
Forum littérature, roman, polar, poésie, théâtre, BD, SF, auteurs et livres du monde entier sur le forum littéraire et tous les arts, cinéma, peinture ...
Une table conviviale pour parler des livres, des spectacles, et goûter aux plaisirs des mots. |
| | |
| Auteur | Message |
|---|
rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: John Cheever Mar 6 Fév - 8:26 | |
| John Cheever, Insomnies, Le serpent à plumes.
Seize nouvelles, dans le monde de l'americain moyen : on trouve des personnages qui ont la bizarrerie de ceux qu'on pourrait connaitre dans la vie courante, si on vivait dans une ville de province aux Etats Unis.
Ce sont les "collants", ceux dont on n'arrive pas à se debarrasser, et qui vous empoisonnent insidieusement l'air que vous respirez. A tel point qu'on ne s'en rend pas toujours compte. Pourtant le drame n'eclate pas, il s'intègre dans la vie de tous les jours, ou tout finit parfois par rentrer dans l'ordre, mais un ordre vicié.
La distance du ton, la mise en veilleuse d'une angoisse, le renoncement à un desir violent, on se resigne à vivre ainsi. un ton original. qui tient la douleur à distance dans une angoisse larvée. grande economie de moyens. un style banal comme un synopsis. "Est ce ainsi que les gens vivent" ?
Dernière édition par le Mar 6 Fév - 8:29, édité 1 fois |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: Re: John Cheever Mar 6 Fév - 8:28 | |
| John Cheever, Insomnies
le voyeur qui vous sait dans la detresse, et rêve de vous voir vous pendre... voici un suiveur :
| Citation: | | " j'avais peine à me retenir de lui chuchoter à l'oreille d'une voix très douce : "Madame, puis-je mettre ma main autour de votre cheville ? c'est tout ce que je veux , Madame, Cela me sauverait la vie". |
L'employée licenciée, qui vous braque un revolver sur le ventre, et dit doucement :
| Citation: | | "La seule chose que j'aie jamais voulu dans la vie, c'est un peu d'amour". |
Le décor est pourtant tranquille, une gare parmi tant d'autres . "| Citation: | | Quelques affiches etaient placardées au mur derrière eux. On y voyait un couple trinquant avec des verres de vin, un talon de caoutchouc Cat's Paw et une danseuse Hawaienne. La gaieté qu"elles irradiaient semblait ne pas depasser les flaques d'eau et s'y eteindre. Le quai et les voyageurs dégageaient une impression de solitude." |
C'est vrai, on angoisse... |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: Re: John Cheever Mer 7 Fév - 8:13 | |
| Les scènes de ménage, les espérances déçues, les attentes impossibles se font dans l'univers de "l'home, sweet home", comme des lames de fond qui ne viennent pas troubler la surface. Finalement, en apparence, tout va bien. John Cheever a reçu le prix Pulitzer en 1978. Sur un ton anodin, dépourvu d'effets, il sonde les profondeurs, là où règnent les turbulences. Il arrive aussi à Cheever de mêler à ses histoires un humour noir ou "pince sans rire". Cet humour fuse de partout dans la nouvelle intitulée "l'océan". A sa femme qui tient à arroser la pelouse sous une pluie d'orage, le narrateur, en mari plein de tact, suggère :| Citation: | | "rentre ma chérie. Tu pourrais être frappée par la foudre". |
Il n'apprécie pas sa belle mère :
| Citation: | | "une blonde à la voix sèche, d'environ soixante dix ans, dont le visage porte sur les côtés quatre cicatrices dues à la chirurgie esthétique" | , et se désole de voir sa fille liée à un "détraqué sexuel".
On ne devrait pas rire du malheur des autres. Je l'ai fait pour cette nouvelle, et avec plaisir :-) |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: Re: John Cheever Jeu 8 Fév - 8:30 | |
| Parfois John Cheever jette sur ses contemporains un regard cru et sans concession, parfois leurs revirements font d'eux des marionnettes, dont la conduite prête à rire.
Ainsi cet obsédé des cigarettes :
| Citation: | "Regardant la population de la ville passer près de lui dans le crepuscule, il la vit composée de Winston, de Chesterfield, de Marlboro, de Salem, de narguilés, de pipes en ecume de mer, de cigarillos [..] de Camel et de Players.
Ce fut une jeune femme, -presqu'une enfant- qu'il prit pour une Lucky Strike qui causa sa perte. Elle hurla quand il l'assaillit, et deux inconnus le jetèrent à terre, le rouant de coups de pied et de poing avec une juste indignation morale[..].Il y eut un vaste tohu-bohu, puis les sirènes de la voiture de police qui l'emmenait". |
|
|  | | Seuguh pilier

Age : 31 Inscrit le : 17 Mai 2006 Messages : 2598 Localisation : Bruxelles
 | Sujet: Re: John Cheever Jeu 8 Fév - 12:02 | |
| | rotko a écrit: | Ainsi cet obsédé des cigarettes :
| Citation: | "Regardant la population de la ville passer près de lui dans le crepuscule, il la vit composée de Winston, de Chesterfield, de Marlboro, de Salem, de narguilés, de pipes en ecume de mer, de cigarillos [..] de Camel et de Players.
Ce fut une jeune femme, -presqu'une enfant- qu'il prit pour une Lucky Strike qui causa sa perte. Elle hurla quand il l'assaillit, et deux inconnus le jetèrent à terre, le rouant de coups de pied et de poing avec une juste indignation morale[..].Il y eut un vaste tohu-bohu, puis les sirènes de la voiture de police qui l'emmenait". |
|
Ca devait être une blonde bien roulée… J'aime ce genre d'humour, j'inscrit cela dans mon calepin. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: Re: John Cheever Sam 28 Avr - 6:51 | |
| John Cheever Déjeuner de famille Traduit de l'anglais par Dominique Mainard et Florence Levy-Paolini. chez Joëlle Losfeld,
C'est le troisième volume paru en français, après Insomnies et l'Ange sur le pont au Serpent à plumes.
Cheever introduit le lecteur dans | Citation: | | l'univers des banlieues cossues de la côte est des États-Unis, les cocktail-parties, les plaisirs de la chair portés à une hauteur presque spirituelle, mais aussi la mélancolie, le mal-être, dont souffrent presque tous les personnages de Cheever, en quête de quelque chose qu'ils ne savent nommer mais dont l'absence leur est insupportable | . |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: Re: John Cheever Sam 28 Avr - 11:53 | |
| | rotko a écrit: | C'est le troisième volume paru en français, après Insomnies et l'Ange sur le pont au Serpent à plumes. . |
j'ai répété l'erreur de liberation c'est oublier les lumières de Bullet Park, et [Falconer , roman aussi édité chez Actes Sud] - et dont on parlera bientôt. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: Re: John Cheever Dim 29 Avr - 9:27 | |
| John Cheever dans les lumières de Bullet Park au Serpent à plumes parle des habitants d’une banlieue aisée qui vivent dans le luxe standard de middle class américaine et… l’asthénie intellectuelle.
Rien n’y est spécialement gai :
| Citation: | | « Il émane des lampadaires allumés le long des quais d la gare une atmosphère chagrine presque palpable » | .
Les habitants se posent quelques questions :
| Citation: | | « Pourquoi tout a-t-il un goût de cendres, pourquoi n’y a t-il ni éclat ni promesse dans ce que j’essaie d’entreprendre ? » |
Mais l’auteur jette sur ce monde un rire sarcastique et pourtant réjouissant. D’une femme, il dit qu’
| Citation: | | « Elle était par sa grâce et son charme l’une de ces femmes qui semblent s’épanouir dans la condition extraordinaire et visionnaire du mariage. Le regret n’avait laissé aucune ride sur son visage. Elle devait exceller dans tous ses rôles : ardente, avisée, sage et tendre. Le mariage semblait avoir été inventé pour les femmes de son genre ». |
Voici pour son portrait :
| Citation: | | « Elle avait ce genre de beauté qu’on voit sur une couverture de magazine trouvé dans la salle d’attente d’un dentiste, un peu défraîchi et vieux de deux ans » | . |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: Re: John Cheever Lun 30 Avr - 7:17 | |
| Au cœur d’une société dont le conformisme est à hurler de rire ou à pleurer, les rites sont cocasses !
| Citation: | « Nailles mit ses essuie-glaces en marche bien que la pluie se soit arrêtée […] la raison en était que la société était devenue si mécanique et nomade que des signaux ou des moyens de communication nomades avaient été établis grâce à l’utilisation des phares, des feux de position, des clignotants et des essuie-glaces.
Le journal du soir exposait les sujets traités et les signaux adéquats. Pendez les assassins d’enfants (phares). Réduisez les impôts sur le revenu (feux de position). Abolissez les services secrets (feux de détresse). L’évêque diocésain avait suggéré aux paroissiens de mettre leurs essuie-glaces pour exprimer leur foi en la résurrection des morts et la vie du monde à venir » |
Bien sûr il y a des suicides, dont le chiffre reste secret, il arrive que parfois un adolescent refuse de se lever plusieurs matins de suite. On entrevoit des tableaux de Edward Hopper et les atmosphères de la face cachée du soleil de J.G Ballard et de virgin suicides de Jeffrey Eugenides. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: Re: John Cheever Mar 15 Juil - 7:34 | |
| Le Ver dans la pomme. chez joelle losfeld.
un florilège de quinze nouvelles cruelles et désenchantées écrites au fil des années 1950-1960. |
|  | | Monique Rannou pilier

Inscrit le : 21 Avr 2008 Messages : 170
 | Sujet: Re: John Cheever Lun 4 Aoû - 12:13 | |
| J'ai lu "le ver dans la pomme", et je ne sais pas trop quoi en penser. Je pense que suis complètement passée à côté. J'ai eu du mal a rentrer dans certaines nouvelles (celles où il balance les 10 prenoms d'une famille dès le premier paragraphe). Les nouvelles m'ont plues sans plus. Désenchantées, oui... cruelle... non (ou pas assez pour que je m'en rende compte !). De la même époque, il y a Dorothy Parker, que j'affectionne particulièrement. As-tu déjà lu ses écrits Rotko ? C'est plus accessible je trouve.
Je vais sans doute lire "insomnies" pour voir si c'est un problème qui vient de moi, ou du contexte (forte chaleur dans le RER !). |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22911
 | Sujet: Re: John Cheever Lun 4 Aoû - 13:04 | |
| oui, lis insomnies, j'avais bien aimé les nouvelles que j'avais lues, idem pour les lumières de bullet Park.
C'est vrai aussi qu'il faut être disponible pour apprécier les nouvelles, et je crois, ne pas les lire à la suite, du moins pour cet auteur.
Je crois qu'on oublie souvent de donner un mode de lecture : certains livres doivent être lus à grandes rasades, et d'autres récits, à petites gorgées.
Merci pour cette incitation à lire Dorothy Parker : j'ai le choix entre mauvaise journée, Demain et la vie à deux.
Que me conseilles-tu ?
je peux aussi jeter un oeil sur hymnes à la haine au rayon poésie.
connais-tu, échange de bons procédés , les nouvelles italiennes de Rosetta Loy ? |
|  | | |
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|