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Kateb Yacine [Algérie]

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Jilla
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Age : 59
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Localisation : saida (Algerie).

MessageSujet: Kateb Yacine [Algérie]   Mar 19 Fév - 15:19



Biographie
Kateb Yacine est né le 6 août 1929 à Constantine. Il est issu de la tribu des Keblout du Nadhor (Est algérien), et d'une famille de lettrés : Kateb signifie écrivain.

Le 8 mai 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale en Europe, Kateb Yacine participe aux soulèvements populaires du Constantinois pour l'indépendance.
Il est arrêté à Sétif et incarcéré au cours d'une répression sanglante (50 000 morts).

Sa vie bascule : sa mère le croyant mort sombre dans la folie, il est exclu du collège, devient militant de l'indépendance de l'Algérie et se découvre poète. En septembre de cette même année, à Annaba, il rencontre sa cousine, Nedjma, dont il s'éprend. Le personnage de « Nedjma », la femme et la patrie confisquée, inaccessible, hantera toute son oeuvre.

Journaliste à l'Alger-Républicain, quotidien algérien de langue française, d'obédience communiste où Albert Camus l'a précédé, il se fait docker, manoeuvre, écrivain public pour subvenir aux besoins de sa famille à la mort de son père. Pendant la guerre d'Algérie, Kateb Yacine doit s'expatrier. De 1952 à 1959, il habite à Paris. Il y rencontre Bertolt Brecht et côtoie de nombreux écrivains. Alors commence sa collaboration avec Jean-Marie Serreau. En 1955, Le Cadavre encerclé première pièce de théâtre d'un auteur algérien, paraît dans la revue Esprit. Mise en scène par Jean-Marie Serreau, la pièce est interdite en France. Elle sera finalement jouée à Bruxelles.
En 1956, avec Nedjma, son premier roman édité au Seuil, l'auteur fait une entrée fracassante en littérature.

En juillet 1962, après la déclaration d'indépendance de l'Algérie, il rentre à Alger et reprend sa collaboration à l'Alger-Républicain. En 1966 paraît son second roman Le Polygone étoilé, mais l'auteur n'a de cesse de publier dans les revues littéraires et journaux des deux rives de la Méditerranée. Le Vietnam, il y effectue plusieurs voyages entre 1967 et 1970, marque un tournant important dans sa vie. Entre 1972 et 1975, Kateb Yacine quitte l'Algérie pour une tournée au Festival d'Automne à Paris, avec ses nouvelles productions : Mohamed prends ta valise et La Guerre de 2000 ans. Sa troupe, "l'Action Culturelle des Travailleurs" (A.C.T), fondée en 1970, sous l'égide du ministère algérien du Travail, sillonne plusieurs régions de France et de RDA.

En 1979, "l'Action Culturelle des Travailleurs" est dissoute et Kateb Yacine est isolé à Sidi Bel Abbès, où il prend la direction d'un théâtre vétuste au début des années 80. En 1986, L'Oeuvre en fragments, textes de l'auteur réunis par Jacqueline Arnaud, paraît aux éditions Sindbad. L'année suivante Kateb Yacine reçoit le Prix National des Lettres, décerné par le ministère de la Culture en France.

En 1988, Kateb Yacine s'installe provisoirement en France, dans la Drôme pour travailler à sa dernière pièce Le Bourgeois sans culotte ou le Spectre du Parc Monceauprésentée à Arras et à Avignon à l'occasion du bicentenaire de la révolution de 1789. Il entreprend un premier voyage aux USA pour la présentation à New York en version anglaise de La Poudre d'intelligence. En octobre de la même année éclate à Alger une émeute de la jeunesse algérienne, excédée par la corruption de l'équipe dirigeante, réprimée dans le sang.

Le 29 octobre 1989, Kateb Yacine s'éteint à Grenoble, atteint d'une leucémie. Sa dépouille est rapatriée en Algérie où il est enterré au cimetière des martyrs d'El Alia à Alger.



Bibliographie :
Nedjma, Edition du Seuil, Paris, 1956, Points roman, 1981.
Le cercle des représailles, Edition du Seuil, Paris, 1959.
Le Polygone étoilé, Edition du Seuil, Paris, 1966
L'homme aux sandales de caoutchouc, Edition du Seuil, Paris, 1970.
L'oeuvre en fragments, Edition Sindbad, 1986.
Théâtre en arabe dialectal algérien :
Mohammed prends ta valise, 1971.
Saout Ennisa, 1972.
La guerre de 2000 ans, 1974.
La Palestine trahie, 1972-1982.


c'est son livre culte chez nous
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 22889

MessageSujet: Re: Kateb Yacine [Algérie]   Mar 19 Fév - 15:34

j'ai vu au theâtre les ancêtres redoublent de férocité, maisje crois que le texte m'était passé au-dessus de la tête.

Nedjma, c'est un roman ou une pièce de théâtre ? je crois qu'il a été adpaté au théâtre.
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Jilla
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Age : 59
Inscrit le : 19 Fév 2008
Messages : 34
Localisation : saida (Algerie).

MessageSujet: Re: Kateb Yacine [Algérie]   Mer 20 Fév - 10:47

rotko a écrit:
j'ai vu au theâtre les ancêtres redoublent de férocité, maisje crois que le texte m'était passé au-dessus de la tête.

Nedjma, c'est un roman ou une pièce de théâtre ? je crois qu'il a été adpaté au théâtre.

c'est une oeuvre literraire qui etait proposé comme lecture suivie dans les lycées d'antan.

Je crois aussi qu'elle fut adaptée AU THEATRE PAR L'AUTEUR LUI MM ;
CA FAIT UN BAIL JE NE ME RAPELLE PAS .


Dernière édition par Jilla le Mer 20 Fév - 10:48, édité 1 fois
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Varda
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Inscrit le : 26 Déc 2007
Messages : 160

MessageSujet: Re: Kateb Yacine [Algérie]   Mar 1 Juil - 10:34

Je ressuscite ce sujet...j'ai commencé à lire "Nedjma", méconnaissant totalement son auteur et sachant seulement qu'il est inscrit à mon programme de littérature de l'année prochaine...
Première impression: le jury chargé de ce choix a bien fait son boulot!

Ce roman est magnifique, on y découvre tous les tourments de l'Algérie dans cette période trouble située entre les émeutes de Sétif et la guerre proprement dite. C'est une Algérie très belle mais aussi très dure, loin d'être idéalisée qu'il nous décrit avec beaucoup de lucidité, sans jamais sombrer dans une opposition manichéenne français/musulmans. Les personnages sont infiniment complexes, pleins de fêlures traduites par le rythme même de la narration: elle fait penser par moments à celle de Claude Simon ou de Faulkner (d'ailleurs tout le roman est plein du "Bruit et de la Fureur"...la célèbre phrase de Macbeth s'appliquerait ô combien à "Nedjma": fragmentée, éclatée, parcellaire, savante construction mêlant les points de vue et détruisant systématiquement tout ordre chronologique.

On est un peu perdu au début avec tous ces retours en arrière, ces ellipses brutales et puis on se laisse rapidement gagner par l'atmosphère si particulière, par le rythme, le souffle de l'écriture, par cette langue magnifique qui sait magistralement alterner la sécheresse narrative la plus grande avec le lyrisme des moments de méditation. On ne cherche plus à reconstruire rationnellement l'action, ce n'est qu'à la toute fin que les différentes pièces se mettront (peut-être car après tout ce n'est pas là ce qui importe) en place pour reformer la trame.

Un petit extrait :

"Fallait pas partir. Si j'étais resté au collège, ils ne m'auraient pas arrêté. Je serais encore étudiant, pas manoeuvre,et je ne serais pas enfermé une seconde fois, pour un coup de tête. Fallait rester au collège, comme disait le chef de district.
Fallait rester au collège, au poste.
Fallait écouter le chef de district.
Mais les Européens s'étaient groupés.
Ils avaient déplacé les lits.
Ils se montraient les armes de leurs papas.
Y avait plus ni principal ni pions.
L'odeur des cuisines n'arrivait plus.
Le cuisinier et l'économe s'étaient enfuis.
Ils avaient peur de nous, de nous, de nous!
Les manifestants s'étaient volatilisés.
Je suis passé à l'étude. J'ai pris les tracts.
J'ai caché "La vie d'Abdelkader".
J'ai ressenti la force des idées.
J'ai trouvé l'Algérie irascible.Sa respiration...
La respiration de l'Algérie suffisait.
Suffisait à chasser les mouches.
Puis l'Algérie elle-même est devenue...
Devenue traîtreusement une mouche.
Mais les fourmis, les fourmis rouges.
Les fourmis rouges venaient à la rescousse.
Je suis parti avec les tracts.
Je les ai enterrés dans la rivière.
J'ai tracé sur le sable un plan...
Un plan de manifestation future.
Qu'on me donne cette rivière, et je me battrai.
Je me battrai avec du sable et de l'eau.
De l'eau fraîche, du sable chaud. Je me battrai.
J'étais décidé. Je voyais donc loin. Très loin.
Je voyais un paysan arc-bouté comme une catapulte.
Je l'appelai, mais il ne vint pas. Il me fit signe.
Il me fit signe qu'il était en guerre.
En guerre avec son estomac. Tout le monde sait...
Tout le monde sait qu'un paysan n'a pas d'esprit.
Un paysan n'est qu'un estomac. Une catapulte.
Moi j'étais étudiant. J'étais une puce.
Une puce sentimentale...Les fleurs des peupliers...
Les fleurs des peupliers éclataient en bourre soyeuse. Moi j'étais en guerre. Je divertissais le paysan.
Je voulais qu'il oublie sa faim. Je faisais le fou. Je faisais le fou devant mon père le paysan. Je bombardais la lune dans la rivière."
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