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Tahar Ben Jelloun - [Maroc]

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Amadak
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Inscrit le : 08 Déc 2007
Messages : 172

MessageSujet: amadak réponse sur Tahar ben jelloun   Sam 9 Fév - 20:30

VIVRE ENSEMBLE
AVEC NOS DIFFERENCES

Chaque visage est un miracle

Un enfant noir, à la peau noire, aux yeux noirs, aux cheveux crépus ou frisés, est un enfant.
Un enfant blanc, à la peau rose, aux yeux bleus ou verts, aux cheveux blonds et raides, est un enfant.
L’un et l’autre, le noir et le blanc, ont le même sourire quand une main leur caresse le visage, quand on les regarde avec amour et leur parte avec tendresse. Ils verseront les mêmes larmes si on les contrarie, si on leur fait mal.
L’enfance est ainsi ; elle est encore innocente. Elle garde en elle la vérité des choses. C’est une lumière. Il faut savoir la préserver, la protéger et la maintenir dans cette vérité que ne souillent ni mensonges ni trahison.
Ces deux enfants ont des couleurs de peau différentes, mais le même sang coule dans leurs veines.
Lorsque le Professeur Barnhart eut besoin d’un coeur à transplanter, ce fut un homme noir qui offrit le sien pour sauver la vie d’un blanc.
Peut-être que le cœur d’un voisin blanc n’aurait pas convenu. Seules les apparences physiques diffèrent. Dans chaque cage thoracique, un cœur bat ; il est irrigué par le sang ; le sang peur être diffèrent, peut être d’un autre groupe ; et pourtant il a la même couleur.
Un enfant ne naît pas raciste.
L’enfance est disponible aussi bien au rejet qu’à l’amour et l’amitié. L’enfant est incapable de violence et de méchanceté. Il suffit pour cela qu’on lui inculque des non-vérité comme par exemple: le Noir est inférieur au Blanc. L’Arabe est sale ; Le Juif est méchant.
Même étonné, l’enfant ne cherchera pas á rétablir la vérité. Il faut pour cela une contre-éducation. Lutter contre le racisme c’est commencer par démolir les préjugés, les jugements subjectifs sans fondement. Comment ? en montrant qu’ils ne tiennent pas, qu’ils sont stupides, irrationnels et dangereux. Ils peuvent: se retourner contre celui qui les utilise.
Tout se joue à l’école et aussi au foyer familial.
La nature ne peut créer des êtres identiques. Elle crée des différences ; la société transforme ces différences en inégalités qu’elle essaie de justifier par des lois et des règles qui ont l’apparence de la science.
Juste l’apparence. Rien d’autre.
Il n’existe pas deux visages absolument identiques. Chaque visage est un miracle. Parce qu’il est unique. Deux visages peuvent se ressembler ; ils ne seront jamais tout à fait les mêmes. La vie est justement ce miracle, ce mouvement permanent et changeant et qui ne reproduit jamais le même visage.
La race pure est impossible.
La vie vient du mélange des êtres et des couleurs. Si on veut garder une race totalement pure, l’humanité deviendra folle: elle me pourra plus se reproduire. Hitler a déjà tenté cette absurdité. Pour cela il a tué six millions de Juifs, de Gitans et s’il n’avait pas perdu la guerre, il aurait continué à exterminer tous les êtres qui n’appartiennent pas à cette race pure : les Arabes, les Noirs, les bruns, etc.
Son projet signifie l’élimination de l’humanité entière moins quelques très rares individus.
Le racisme peut mener à la folie la plus meurtrière. Absurde et bête. Ceux qui sont intelligents et racistes, en même temps sont dangereux car ils savant que leur attitude est basée sur quelque chose de faux.
La haine de celui qui est différent rabaisse celui qui l’exprime. Il croit que mépriser l’Autre est une victoire. C’est une bassesse.
Humilier celui qui ne peut se défendre est une lâcheté. Le racisme est une forme meurtrière de lâcheté.
N’oublions jamais qu’un visage est un miracle.
A chaque fois que nous sommes émus par un visage, c’est de l’amour qui nous est donné.
Vivre ensemble est une aventure ou l’amour. L’amitié est une belle rencontre avec ce qui n’est pas moi, avec ce qui est toujours différent de moi et qui m’enrichit.

Tahar ben Jelloun
Texte inédit
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Seb
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Inscrit le : 26 Fév 2008
Messages : 594

MessageSujet: Re: Tahar Ben Jelloun - [Maroc]   Lun 24 Mar - 15:13

Sur ma mère



Tout d'abord, je dois dire que je ne suis d'habitude pas très sensible aux livres de Tahar Ben Jelloun, surtout ceux qui me semblent par trop exotiques comme La nuit sacrée, L'enfant de sable, etc. J'avais même arrêté de lire ses livres. Cependant, comme le thème de celui-ci m'intéressait, je me suis résolu à le lire.

Comme l'indique le titre, c'est un livre consacré à sa mère, qui est atteinte de cette maladie de la mémoire dont j'aimerais oublier le nom rhaa .

C'est un sujet qui a déjà été traité bien sûr, notamment par Annie Ernaux dans Une femme, mais l'approche de Ben Jelloun est beaucoup plus sentimentale il me semble. Là où Annie Ernaux tentait froidement de décortiquer les symptômes visibles sur sa mère, Ben Jelloun donne la parole à la sienne, il nous livre sa parole brute (avec son lot d'oublis, d'incohérences, de paranoïa, etc.) C'est une parole qui frise quelquefois la folie et pourtant, cette femme est terriblement attachante, dans ses excès mêmes. Bien que sans instruction, elle s'est bâtie un ensemble de valeurs, de croyances, tout un univers inspiré par la religion et la magie.

L'auteur analyse au passage le lien qui le relie à elle (et plus généralement tout fils à sa mère dans la société marocaine/arabe), un lien fait d'abnégation réciproque
Citation:
Au Maroc, on nous apprend, en même temps que l'amour de Dieu, le respect quasi religieux des parents. La pire des choses qui puisse arriver à un être est qu'il soit renié par ses parents [...] Nous devons à nos parents cette soumission qui peut paraître ridicule et inadmissible psychologiquement en Ocident.[...] C'est une éducation, une façon d'être avec ceux qui nous aiment. Cela n'empêche pas les conflits et les problèmes, mais avant tout, c'est l'amour qu'on cultive. De leur part, cet amour peut être excessif et possessif. Il peut être énervant et étouffant. Mais cela n'autorise pas le manque élémentaire de respect qui veut dire de l'affection et une sorte de soumission irrationnelle. Cela s'appelle l'amour filial.
mais aussi de pudeur...
Or du fait de cette pudeur, il y a tout un pan de la vie de sa mère qu'il ignorait, dont elle ne lui avait jamais parlé, et que les perturbations de la mémoire font resurgir à la surface. Le romancier extrait ces bribes pour tenter de reconstituer ce que fut la vie de sa mère. En ce sens et comme l'indique l'auteur sur le petit texte qu'il a écrit pour la 4ème de couv, ce livre est vraiment un roman.
A signaler également un parallèle intéressant avec la mère âgée d'un de ses amis occidentaux. Ben Jelloun ne juge pas, mais met en relief les différences entre les cultures.

Seb
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elsa12
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MessageSujet: Re: Tahar Ben Jelloun - [Maroc]   Mar 6 Mai - 9:32

Je viens de finir « La nuit sacrée », et j’ai trouvé un auteur différent, c’était la première fois, que je lisais un écrivain du Maroc, et j’ai imaginais le Maroc dans chaque ligne. La première part du livre, j’ai pu reconnaître les gens, les rues, les mœurs des pays arabes, cette manière de jouir de la vie, doucement, en calme. J’ai reconnu ce monde, de petites rues, en blanc et bleu ciel, un monde très loin du notre. Ça a était un voyage vers une autre culture, sur une autre façon de voir le monde, de vivre la vie. Le thé, les cafés, les hammans toutes ces choses si importantes dans la vie du nord de l’Afrique, et surtout le mélange des vies des uns avec les autres.

Par contre j’ai trouvé, la deuxième partie trop dure, noire, violente, cruelle envers les femmes. L’auteur montre un monde, ou les femmes ne sont rien, dont son destin appartient aux hommes. Un monde plein de restrictions pour les femmes, un monde d’hommes, ou les femmes finissent par se haïr unes aux autres.
_________________
J'ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot...
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katie
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MessageSujet: Re: Tahar Ben Jelloun - [Maroc]   Ven 9 Mai - 20:22

Tahar Ben Jelloun a été élu nouveau juré Goncourt ainsi que Patrick Rambaud, en remplacement de François Nourissier et de Daniel Boulanger qui ont démissionné en début d'année.
_________________
«Les mots sont comme les sacs: ils prennent la forme de ce qu'on met dedans» Alfred Capus
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rotko
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Messages : 22053

MessageSujet: Re: Tahar Ben Jelloun - [Maroc]   Dim 18 Mai - 7:44

Le premier amour est toujours le dernier, de Tahar Ben Jelloun, au Seuil.
recueil de nouvelles



La nouvelle que j'ai entendue (un fait divers et d'amour) est l'histoire d'un chauffeur de taxi protecteur des faibles et laudateur de la sainte famille, qui n'est pas de taille face à la "perfidie" féminine : c'est moins sa naïveté qui est moquée que ses affectations de bien pensant et son goût pour se jucher sur un piedestal.

L'histoire est bien menée avec retournements de situation et chute en forme de gag final.
Cette nouvelle se prête bien à une lecture orale, on pourrait aussi en faire un scénario de sketch.
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Tahar Ben Jelloun - [Maroc]

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