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 Ôe KenzaburôVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Akemi
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MessageSujet: Ôe Kenzaburô   Mar 25 Mar - 12:55

Ōe Kenzaburō, prix Akutagawa a 23 ans et nobel de litterature en 1994, est un auteur japonais qui pourra vous permettre de voir le Japon avec un autre oeil.
Ses romans et essais tournent principalement autour de son fils lourdement handicapé.
Il présente aussi une reflexion sur le Japon d'hier et de maintenant. Né en 1935 il a vecu la guerre et ses reflexions sur la condition humaine sont passionnantes. La génération dite "perdue" celle qui a vecu la defaite, Hiroshima, et vu tous ses symboles s'écrouler est passé au peigne fin, la guerre absurde et ses horreurs.
Toute son oeuvre est assez autobiographique ou du moins trés personnelle avec tout "ses" sentiments et c'est ce qui le rend d'autant plus interessant. Il brise certains tabous Japonais en analysant la société et le passé Japonais mais c'est une formidable découverte.

Je peux vous conseiller:

Moi, d'un Japon ambigu
" Le présent ouvrage rassemble quatre textes du grand romancier japonais, lauréat du prix Nobel en 1994 : outre le discours prononce à l'occasion de la remise du prix, il s'agit de trois conférences sur la culture japonaise, la littérature contemporaine et le problème politique de la prise de position des écrivains japonais depuis la Seconde Guerre mondiale.
Qu'il retrace sa propre carrière d'écrivain en remontant jusqu'à son enfance " au milieu de la forêt ", loin de Tokyo, qu'il revienne sur l'histoire récente du Japon en évoquant à la fois l'importance de la philosophie zen et l'attirance du modèle occidental, ou qu'il parle de l'ambiguïté politique du Japon, entre son passé militariste et Hiroshima, Ôé le fait toujours avec une honnêteté intellectuelle et une intelligence rares. De larges développements sont également consacrés aux auteurs qui l'ont influencé tout au long de sa vie.
L'ensemble permettra au lecteur français de comprendre la place qu'occupe Ôé dans le paysage actuel de la littérature et de la société japonaises, et de mieux appréhender l'originalité de son œuvre et de son style."

Je crois que c'est la plus belle façon de le découvrir parce que c'est son plus personnel avec :

Notes de Hiroshima
"En août 1963, Kenzaburô Ôé, alors brillant écrivain de vingt-huit ans, part à Hiroshima faire un reportage sur la neuvième Conférence mondiale contre les armes nucléaires. Indifférent à la politique politicienne, il est immédiatement sensible aux témoignages des oubliés du 6 août 1945, écartelés entre le «devoir de mémoire» et le «droit de se taire» : vieillards condamnés à la solitude, femmes défigurées, responsables de la presse locale et, surtout, médecins luttant contre le syndrome des atomisés, dont la rencontre allait bouleverser son oeuvre et sa vie. Dans leur héroïsme quotidien, leur refus de succomber à la tentation du suicide, Ôé voit l'image même de la dignité.

Quel sens donner à une vie détruite ? Qu'avons-nous retenu de la catastrophe nucléaire ? «À moins d'adopter l'attitude de celui qui ne veut rien voir, rien dire et rien entendre, demande-t-il, qui d'entre nous pourra donc en finir avec cette part de Hiroshima que nous portons en nous-mêmes ?» À aucune de ces questions, toujours d'actualité, Ôé n'apporte de réponse. Il s'interroge, nous interroge. Ainsi confère-til à son «reportage» la dimension d'un traité d'humanisme d'une portée universelle."

Celui là est absolument bouleversant et c'est vrai qu'il pose une foule de questions sur l'homme et cette partie de l'histoire interprétée differement selon l'endroit d'où on la voit mais qui n'en garde pas moins l'horreur et l'absurdité.

Aprés il y a ses romans comme "Jeu du siècle" ou "Dites-nous comment survivre à notre folie" qui sont des oeuvres riches mais toujours avec cette touche personnelle (son fils handicapé).
Mais j'ai du mal a vous dire ce qu'il y a de mieux parce que c'est n univers particulier, on retrouve dans son écriture son penchant pour Camus ou Celine et tout est interessant et nous entraine dans son monde d'où l'on ressort en remettant tout en cause.
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Hayaki koto kaze no gotoku.
Shizukanaru koto hayashi no gotoku.
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MessageSujet: Re: Ôe Kenzaburô   Jeu 10 Avr - 16:48

« Dites-nous comment survivre à notre folie » est en fait un recueil de quatre nouvelles :

- Gibier d’élevage
- Dites-nous comment survivre à notre folie
- Agwîî le monstre des nuages
- Le jour où Il daignera Lui-même essuyer mes larmes


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MessageSujet: Re: Ôe Kenzaburô   Jeu 10 Avr - 16:57

Gibier d'élevage : Un avion s'écrase ; un survivant capturé par les japonais ; ces japonais ne sont en fait que des paysans montagnards ; le survivant est en fait un soldat américain... noir.

Ainsi après avoir capturé ce soldat noir, les pauvres paysans japonais vont vivre dans la peur et la terreur de ce prisonnier. Que faire, si ce n'est attendre les directives gouvernementales qui ne viennent pas et l'enchaîner comme un animal...

Mais le contact s'installe entre le soldat et les enfants du village... Des rires et des chants illuminent le regard des enfants. La méfiance existe toujours mais la peur semble s'estomper. Les japonais ont réussi à dresser la bête, à la domestiquer comme on l'aurait fait pour un animal de compagnie. D'ailleurs, ce prisonnier noir ne serait-il pas devenu l'égal du chien ?

Citation:
Allongé sur le sol transpirant de la cave, le noir était en train de chanter à mi-voix, de sa voix grave, un chant qui nous prenait étrangement aux entrailles, un chant plein de sanglots et de cris étouffés qu’on sentait prêts à fondre sur nous.


Mais peut-on réellement domestiquer un animal sauvage ?

à suivre...

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MessageSujet: Re: Ôe Kenzaburô   Ven 11 Avr - 13:40

Comment ne pas voir dans « Dites-nous comment survivre à notre folie » un récit hautement biographique. Le protagoniste voit sa vie bouleversée par la naissance de son fils. Mais le jour tant attendu de cette venue au monde, son univers s’écroule subitement. Son fils présente une grave anomalie et sera handicapé mentalement. Dès lors, il va se couper du monde tout en essayant de communiquer avec son fils simplement en lui tenant la main. Petit à petit, il va s’exclure du reste de la société pour pouvoir rester au plus près de son fils, quitte à approcher la folie. Beaucoup d’amour et de tendresse dans cette nouvelle, mais une certaine rage apparaît contre l’incompréhension et la gêne qu’engendre la vision d’un handicapé. Le regard des autres pèse lourd sur ce père et son fils qui n’ont comme seul plaisir de se tenir la main, de faire de la bicyclette et de manger un bouillon d’os aux nouilles avec un pepsi-cola.

Citation:
Au jour limite pour déclarer le nouveau-né, il s’était rendu à la mairie de son quartier, où l’employée lui avait demandé quel prénom il voulait donner à l’enfant ; mais il n’avait encore aucunement réfléchi à la question. A ce moment l’opération était en cours, et l’enfant allait être sommé de choisir entre la mort et l’imbécillité : une telle existence mériterait-elle de recevoir un prénom ?


émouvant... et bouleversant...

à suivre...

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MessageSujet: Re: Ôe Kenzaburô   Mer 16 Avr - 11:49

Ce poème de Chuya Nakahara « Vergogne » résume à lui-seul la nouvelle « Agwîî le monstre des nuages »

Là où les branches s’entremêlent
Le ciel morne fourmille
De spectres d’enfants morts…
Un battement de cils et juste à cet instant
Là-bas, au loin, au-dessus de la lande,
Se faufilait parmi les toisons d’astrakan
Un antique éléphant de songe…


Tout l’univers de Kenzaburô Ôé semble présent dans cette strophe : de la poésie, de l’onirisme et des spectres. Cette nouvelle est peut-être celle qui m’a semblé la plus forte, la plus « typiquement » japonaise et je ne peux que faire le rapprochement avec « Train de nuit dans la voie lactée » de Kenji Miyazawa…
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