Forum littérature, roman, polar, poésie, théâtre, BD, SF, auteurs et livres du monde entier sur le forum littéraire et tous les arts, cinéma, peinture ...

Une table conviviale pour parler des livres, des spectacles, et goûter aux plaisirs des mots.
AccueilPortailFAQRechercherIndex auteursS'enregistrerConnexion
 

Borges [Argentine]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
maïa
pilier



Inscrit le : 05 Jan 2006
Messages : 3121

MessageSujet: Borges [Argentine]   Jeu 23 Fév - 17:57

Pourquoi lire Borges ? :pirat:
J'adore les gros romans qu'il déteste. Il n'a pas écrit un ouvrage qui dépasse les trente pages. J'adore les livres qui me peignent une époque, qui m'offrent des héros à la psychologie finement élaborée. Il déteste le réalisme et l'analyse psychologique est un truc qui le fait frémir d'horreur. J'aime les écrivains ancrés dans leur temps, Borges refuse le temps et se balade dans l'intemporel. De plus, son univers est plutôt épique, peuplé de gauchos et de guerriers, d'hommes illettrés dont la seule raison d'être est de se battre, de mourir et de tuer. Des femmes ? Si peu. Emma Zunz ou la défunte et ridicule Beatriz Viterbo, dans L'Aleph. Autant dire rien. Des silhouettes, des destins, plus que des individus.
Je ne suis pas fan de littérature fantastique, c'est son domaine de prédilection. Certes, j'aime bien les intrigues policières, mais ce qui l'intéresse, c'est l'énigme à résolution purement intellectuelle, moi plutôt les atmosphères et les gens. Bref ! Je pourrais continuer longtemps comme ça. Comment avoir envie de lire un type pareil, si j'ajoute que la plupart du temps il faut relire trois fois ses histoires pour commencer à les comprendre. Et encore, on n'est jamais sûr d'avoir compris !

En réalité, Borges est indispensable. D'abord pour des raisons indicibles. en tout cas qu'on ne peut développer autrement qu'entre soi et soi. Et puis, bon il nous titille les neurones, mais ce n'est pas forcément désagréable. Alors, il faut se défaire de tous ses a priori, accepter de se dédoubler, devenir autre, se poser à côté de soi-même et partir à sa rencontre. Et j'ajoute que, à quelque degré qu'on les lise, ses histoires sont la plupart du temps passionnantes.
Certes, quand on pénètre dans cet univers, on est effrayé par la multiplicité des thèmes et des contextes. Ça part dans tous les sens, ça nous trimbale à travers les siècles et aux quatre points cardinaux. On s'égare dans ce labyrinthe où on se fait bouffer par des tigres bizarres. Qu'est-ce que ce jeu de piste stupide, sans règles ni cohérence ? Où veut nous conduire cet homme en étalant son érudition gargantuesque ? On perçoit pourtant qu'on pourrait se laisser aller à une certaine complicité. Ironie, distance, rendent le « monstre » finalement humain. Comment ne pas sourire d'un écrivain qui commente des romans qui n'ont jamais été écrits ? Ou qui imagine des auteurs réécrivant les oeuvres des autres ? Qui ose prétendre à la fois que tout auteur crée ses propres précurseurs, et qu'une seule personne est l'auteur de tous les livres qui existent dans le monde ?
Bon, je me suis laissée aller. J'ai joué le jeu, j'ai passé le nez dans une faille d'un mur rose du quartier de Palermo, à Buenos-Aires et je me suis retrouvée dans cette sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Dépaysement garanti, mais on finit par trouver des réponses.
Comment approcher d'une perception de l'univers infini ? Question récurrente, obsédante, à laquelle les mots dans leur simple succession, sont incapables de répondre. Puisque ils sont justement successifs et que la vision de l'infini implique la simultanéité. Impuissance, donc de la littérature ? Borges ne cesse de le clamer et pourtant, en bon imposteur, il ose, dans ses nouvelles fantastiques, (mais est-ce vraiment du fantastique ?) concilier l'inconciliable. Quel toupet, ou quel génie ! Dans « l'Aleph », la solution tant désirée se trouve dans un coin de la 19ème marche, escalier de la cave, rue Garay, Buenos-Aires : avis aux amateurs.
Mais les Aleph ne courent ni les rues ni les escaliers. Il faut des solutions de rechange pour essayer de reproduire le miracle.
Borges dit aussi que si mythologies et cosmogonies sont à l'origine de toutes les civilisations, c'est que la fiction est tout autant habilitée à appréhender et à représenter les mystères que les religions et la métaphysique et que la métaphore ou l'image sont porteuses d'autant de sens que la pensée abstraite, ou le mouvement, ou l'histoire, ou - surtout - le réel. Et c'est pourquoi Borges est un homme bibliothèque, et c'est pourquoi le monde est une bibliothèque. Et si le but ultime de la pensée est de réduire le tout à l'unité, on comprend comment l'imaginaire borgésien est passé de l'infinie bibliothèque de Babel à l'idée, dans l'un de ses derniers recueils, Le Livre de sable, d'un mot unique qui serait la littérature («  Le miroir et le masque »  et « UNDR »).
En tout cas, si la mythologie est une métaphysique, il est loisible de penser que les récits fictifs, à condition qu'ils soient libérés des scories du réalisme et de la psychologie - qui les ancrent dans un moment figé - se recoupent, se croisent, s'entrechoquent, se répètent, tissent à travers l'espace et le temps ( un temps évidemment plus cyclique que linéaire) de l'humanité un réseau complexe dans lequel les ressemblances ou les « doubles » ne sont pas des coïncidences, ni même comme une première lecture peut le faire croire les thèmes ordinaires du « fantastique », mais des morceaux de la réponse. Ni des hasards ni des plagiats, ni des contes à faire peur aux petits et aux grands, juste des pépites arrachées à l'inconnaissable par le choc d'étranges similitudes, par l'intrusion du passé dans le présent, de l'ailleurs dans l'ici . Le boulot de Borges, grâce à son érudition, c'est de collectionner ces fictions et de les réinventer. Et voilà pourquoi à un guerrier barbare décidant de défendre Rome, répond en écho, au 19ème siècle, une Anglaise du Yorkshire captive des Indiens, qui adopte la civilisation de ses ravisseurs. Voilà pourquoi, dans un cauchemar d'immortalité, l'auteur aveugle se prend pour Homère, s'approprie la mémoire de Shakespeare, et se demande si nous ne sommes pas que le fruit du rêve d'un autre.
Et c'est pourquoi Borges est un écrivain fascinant qu'il faut lire « autrement » et qui d'ailleurs ne savait plus lui-même très bien s'il existait vraiment. Parce que, comme Argentin, doté d'une histoire individuelle, il savait qu'il n'avait aucune importance.
Excusez-moi d'avoir été un peu longue. lol!
Revenir en haut Aller en bas
coline
pilier



Inscrit le : 04 Jan 2006
Messages : 4104

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Jeu 23 Fév - 19:19

On doit plutôt te remercier Maïa... Wink
Revenir en haut Aller en bas
rotko
pilier



Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 22877

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Ven 24 Fév - 17:33

je me dis que je devrais lire ton post après quelques textes de Borges, car je ne suis pas dupe de tes mots familiers et d'un ton apparemment désinvolte. Tu invites à pénétrer dans un univers hermétique mais tu donnes des indications sur l'itinéraire à emprunter.
Revenir en haut Aller en bas
maïa
pilier



Inscrit le : 05 Jan 2006
Messages : 3121

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Ven 24 Fév - 19:22

Merci à vous deux. Je ne voudrais surtout pas sembler jouer les pédantes. Il se trouve simplement que Borges n'est pas forcément facile à aborder, mais que quand on a plongé dedans c'est comme une drogue et pour le moins une passion totale. Il se trouve aussi que j'ai eu l'occasion et la chance d'avoir à travailler assez longuement sur son oeuvre. J'essayais juste de vous donner envie de vous lancer dans cette aventure, qui m'a énormément apporté Smile
Revenir en haut Aller en bas
coline
pilier



Inscrit le : 04 Jan 2006
Messages : 4104

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Ven 24 Fév - 19:49

maïa a écrit:
Je ne voudrais surtout pas sembler jouer les pédantes.


Pédante?...Rassure-toi Maïa, on ne peut pas penser cela...
Je crois même que, sur ce forum-là, il n'y en a pas un qui le soit ...
Revenir en haut Aller en bas
maïa
pilier



Inscrit le : 05 Jan 2006
Messages : 3121

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Ven 24 Fév - 19:50

Tu as raison, Coline, pas sur celui-là lol! lol!
Et en plus, il vit et bien, ce forum Smile
Revenir en haut Aller en bas
coline
pilier



Inscrit le : 04 Jan 2006
Messages : 4104

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Ven 24 Fév - 19:59

Wink
Revenir en haut Aller en bas
swallow
pilier



Inscrit le : 17 Mar 2006
Messages : 833
Localisation : Espagne

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Sam 8 Juil - 17:54

J´ai remarqué en vous lisant que pour la plupart, lorsqu´un roman ne vous plaisait point, vous l´abandonniez sans plus de remords ni hésitations.
Moi, je suis du genre "jusqu´au boutiste "sûrement et uniquement par ce que je lis bien moins que vous et cours donc bien moins de risques que vous à me retrouver dans cette situation decepcionnante.
Et lorsque je vous lis, si prompts à laisser le livre ennuyeux en cours de route, je me souviens de Borges qui disait " Quand un livre vous ennuie, il faut le lâcher, car c´est signe qu´il n´a pas été ecrit pour vous".
Il faudra que je vous suive, vous et Borges!!
Revenir en haut Aller en bas
coline
pilier



Inscrit le : 04 Jan 2006
Messages : 4104

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Sam 8 Juil - 19:57

Swallow...ne le prends pas mal surtout, c'est juste que cela me fait sourire..."décepcionnant"...ne serait-ce pas du frangnol?... ou de l'espaçais?... Happy

En général, si je ne suis pas entrée dans un livre en arrivant au tiers de ses pages , je n'ai pas de scrupules à l'abandonner...Il y en a tellement d'autres qui nous attendent! cheers
Revenir en haut Aller en bas
swallow
pilier



Inscrit le : 17 Mar 2006
Messages : 833
Localisation : Espagne

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Sam 8 Juil - 23:04

Oh là là, Coline, tu as tout à fait raison de me faire remarquer que mon français se déforme souvent au contact de l´espagnol! ¡Claro! il s´agit du " decepcionante" d´ici qui me fait ajouter des mots au Larousse!! Ne laisse JAMAIS courir, Coline, quand tu vois que j´ecris des trucs pareils, sinon je suis perdue!
Revenir en haut Aller en bas
coline
pilier



Inscrit le : 04 Jan 2006
Messages : 4104

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Dim 9 Juil - 23:54

swallow a écrit:
Oh là là, Coline, tu as tout à fait raison de me faire remarquer que mon français se déforme souvent au contact de l´espagnol! ¡Claro! il s´agit du " decepcionante" d´ici qui me fait ajouter des mots au Larousse!! Ne laisse JAMAIS courir, Coline, quand tu vois que j´ecris des trucs pareils, sinon je suis perdue!


Je ne l'ai souligné que parce que j'ai trouvé ce mot délicieux... Happy
Revenir en haut Aller en bas
rotko
pilier



Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 22877

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Sam 19 Jan - 17:58

Borges et Bioy Casares, Six problèmes pour Don Isidro Parodi, chez 10/18

Une histoire embrouillée !

L’auteur de la préface que je suppose imaginaire et amateur de canulars, déclare parmi ces six nouvelles sa préférence pour « La victime de Tadeo Limardo ».

On entend donc une histoire bien embrouillée racontée par un intarissable bavard, Savastano, qui multiplie les digressions, et cite, au rayon des grands auteurs, le slogan d’une réclame contre la toux !

A se demander qui est la victime du narrateur Savastano ?

- Est-ce le détective Parodi qui, enfermé dans une cellule, ne peut échapper à son visiteur, et doit d’abord démêler le problème avant de le résoudre,
- ou le lecteur qui prend son mal en patience ?

Un récit oral, mimé, serait peut-être la solution pour proposer cette histoire pleine de verve et de détours.

Pas de problème pour Parodi : il parvient à reconstituer les faits et à éclaircir cette histoire de meurtre qui fait couler beaucoup d’encre !

Qui connaît ?
Revenir en haut Aller en bas
Varda
pilier



Inscrit le : 26 Déc 2007
Messages : 160

MessageSujet: Re: Borges [Argentine]   Sam 19 Jan - 21:35

Je ne connais pas directement mais j'ai lu dessus un article d'Umberto Eco dans De Superman au Surhomme: il étudie les mécanismes, les structures de ce roman policier apparemment bien particulier, et montre la façon dont Borges parodie le genre tout en s'en appropriant les codes.
En tout cas ça m'a donné envie de le lire ( et au passage le bouquin de Eco est lui aussi très bon!)
Revenir en haut Aller en bas

Borges [Argentine]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Grain de sel - Forum littéraire et culturel :: FICTION :: Auteurs d'Amérique latine-