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Alexandre Vialatte

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Tchipette
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Age : 46
Inscrit le : 19 Nov 2007
Messages : 1652

MessageSujet: Alexandre Vialatte   Mar 11 Déc - 21:33

Il y a deux Alexandre Vialatte.
Curieusement ils sont nés tous les deux le 22 avril 1901 en Haute Vienne et morts le 3 mai 1971 à Paris.

Le premier a écrit des romans, toujours les mêmes et toujours différents, sur l'adolescence , les premières amours et sur la mémoire magnifiée, sauvage et fantasque.
Il a le goût du mystère et du surnaturel.

Battling le ténébreux ou la mue périlleuse.
Ou comment un jeune adolescent torturé et réveur cherche à se transformer en homme. Un portrait doux amer de la période adolescente, mélant envie et cruauté, et mépris aussi.

Les fruits du congo
Dans une très petite ville de province, des adolescents fantasment sur une affiche, une magnifique femme noire portant des citrons d'or.
L'on va suivre ces écoliers de 16 ans dans la société qu'ils se sont créée, pleine de rêves et de farces de potaches, d'admiration et de courage un peu fou.

Ce seront là ses deux essais pour devenir un romancier qui ne soit pas "notoirement méconnu" comme il aimait à se définir.

Parallèlement à ses deux romans, il mène des activités de traducteur : Kafka, Nietzsche et Mann.

A sa mort, on éditera les romans restés dans les tiroirs, parce que devant l'échec commercial de ces 2 livres, Vialatte va cesser d'écrire de la fiction. Ou du moins de la faire paraitre.

Et là, on retrouve Alexandre Vialatte II, le chroniqueur, décalé, drôle et désabusé, qui va, durant vingt années, donner aux journaux (la Montagne entre autres) une chroniques quotidienne avec ce ton si particulier, et cette lucidité brillante, tendre et acidulée.

Et c'est ainsi qu'Alexandre sont grands.
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Tchipette
Mod.



Age : 46
Inscrit le : 19 Nov 2007
Messages : 1652

MessageSujet: Re: Alexandre Vialatte   Mar 11 Déc - 22:54

Citation:
L'homme serait un roseau pensant. Disons plutôt un roseau pensif...Ou même songeur...Disons un salsifis songeur. Car la pensée paraît tout de même plus dense que les produits de la cervelle humaine, et le roseau est plus racé que l'homme. Soyons sincères : l'homme est un champignon rêveur ; un concombre qui a des visions; un salsifis qui souffre de marottes.
L'une d'elles est de sauver les hommes : par l'oeuf, par l'oignon, par le nombril, l'ange Cyclamen ou la pleine lune, et parfois même par le druide du bois de Meudon

Dernières nouvelles de l'homme.


Citation:
C'est une histoire de pluie, de boue et de précipices, qui commence par la la pluie et finit par le vent dans les montagnes d'Albanie. Un vieux général italien est venu là en mission récupérer ses morts. Toute une armée, qui s'est engloutie dans ces monts, vingt ans plus tôt, au hasard des villages, des ponts, des embuscades. Mangée par l'Albanie, rongée par les maquis (il y en a même dont la tombe se trouve au fond d'un lac artificiel). Dispersée comme des billes lancées dans une forêt. La pluis tombe sur la tente où gèle le général, tantôt ici, tantôt ailleurs, un peu partout. Il est en compagnie d'un prêtre, un aumonier à rang de colonel. Le général boit du cognac. Le prêtre parle peu. Ils ruminent en silence. Une lampe à pétrole les éclaire. Mal. Et projette les ombres noires sur les parois de la toile de tente. Il y en a pour des mois, peut-être des années. De loin en loin un chien aboie dans la montagne. Quelquefois sur une pente on voit un feu de berger. Le vent est glacial, la terre gelée.
L'après-midi la pluie se remit à tomber.
[]
Chacun de nous, à un certain âge, devient le survivant d'une armée morte, une armée d'ombres.
Enterrée en quelle Albanie?

A propos du 'général de l'armée morte' d'I. Kadaré, dans Antiquité du grand chosier.


Citation:
Les pigeons de Paris, au vol lourd, tournent autour des toits de la Santé et se posent sur le rebord des fenêtres des cellules ; peint en blanc. Et numéroté : 128, 129, 130...Seraient-ce les colombes de la Paix? Sur l'un des rebords il y a un petit pot bleu. En bas tournent les CRS, les sergents de ville ou la garde mobile, la mitraillette braquée. En haut rêvent les détenus.
Ils rêvent, ils font des songes.
Et c'est ainsi qu'Allah est grand.

Chroniques des choses grandes et magnifiques.
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Alexandre Vialatte

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