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Julien Gracq

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rotko
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MessageSujet: Julien Gracq   Lun 7 Aoû - 20:36

clic !





Julien Gracq et le quant-à-soi

Je commence doucement un balcon en forêt de Julien Gracq, c’est-à-dire que je le reprends, après avoir senti qu’ il me fallait pour ce livre un esprit dispos et pas pressé.
Julien Gracq, auteur discret, ne fait pas d’effets de manche et indique, me semble-t-il, la route à suivre quand il parle du quant-à-soi.

Un petit coup d'oeil sur "le trésor de la langue française" :

Citation:
Quant-à-soi
Attitude réservée, domaine personnel intime que chaque personne désire préserver (notamment pensée intime, sentiments)
Garder son quant(-)à(-)soi, rester dans/sur son quant-à-soi. Garder ses distances.


Or cette expression, Gracq l'emploie pour définir son personnage de grange dans un balcon

Citation:
Embarqué dans cette guerre qui tournait à petit bruit, au point mort, Grange ne songeait pas à rechigner à la besogne possible mais il n e participait pas d’instinct, chaque fois qu'il pouvait, il gardait son quant-à-soi et prenait du recul.
p.14

il apprécie la même qualité chez ses deux compagnons "dans cette maisonnette de mère grand perdue au fond de la forêt" p.22

Citation:
Tous deux plaisaient à Grange, à cause de leur vie de plein air qui faisait bonne mesure à sa solitude et aussi par leur quant-à-soi et leurs manières discrètes et silencieuses de coureurs des bois et de batteurs d’estrade, habitués à vivre la bouche close et l’oreille au guet, et peu enclins à s’ouvrir de leurs petites affaires.
P.27

N'est-ce pas donner-là, à demi-mots, une conduite de lecture pour ce livre et pour connaître Julien Gracq ?


Dernière édition par le Jeu 15 Fév - 20:48, édité 1 fois
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rotko
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Dim 13 Aoû - 9:34

Au début de la guerre, le lieutenant Grange devient le gradé chargé d’une maison forte en pleine forêt ardennaise. Seuls quelques hommes discrets et silencieux occupent le blockhaus.

Grange trouve du plaisir à cet isolement qu’accentue la neige. Il retrouve le domaine de l’enfance dans cette « maisonnette de mère-grand au fond de la forêt » , avec « une armée au bois dormant » et la compagnie d’une enfant-fée avec qui il fait de la luge.

Certes des pressentiments inquiètent, mais la peur elle-même se rattache aux anciennes lectures.

Citation:
« C’était une peur un peu merveilleuse, presque attirante qui remontait à Grange au fond de l’enfance et des contes : la peur des enfants perdus dans la forêt crépusculaire, écoutant craquer au loin le tronc des chênes sous le talon formidable des bottes de sept lieues »
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rotko
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Dim 13 Aoû - 9:38

Un balcon en forêt est un roman du silence et de l’attente : de la forêt émanent en continu des sensations diffuses : odeurs de sous bois, écharpes de brumes, craquements de brindilles. Au loin, d’inquiétants ronflements de moteurs.

Dans cet univers, Grange goûte le temps qui s’écoule : le vin râcle la gorge, la cigarette nourrit la pensée vague.

« Pendant de minutes entières, on n’entendait plus rien ; le monde semblait se rendormir après s’être secoué de l’homme d’un tour d’épaules paresseux ».

Grange faisait sauter une à une les amarres, éprouvant ce sentiment de délestage et de légèreté profonde qui lui faisait bondir le cœur et qui était celui du lâchez tout ».

Un livre à lire sans se presser, pour être disponible au recueillement.
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rotko
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Mar 13 Fév - 19:39

Le charme de Julien Gracq.

Gracq est un auteur dont on savoure la lecture des pages, et une fois la confiance instaurée avec son lecteur, dépassant sa discrétion première, il livre parfois une confidence inattendue :

Citation:
J’ai toujours aimé depuis mon enfance, sentir autour de moi une maison s’enfoncer toute close dans le crépuscule- toujours goûté le sentiment trouble des eaux basses, la petite mort qui rôde un moment dans les pièces vides avant qu’on allume les lampes
.

Le roi Cophétua, in La presqu'île chez José Corti.

Pour entrer dans son univers, point n’est besoin d’un texte long, La Route -in La presqu'île, fera l’affaire avec ses trente et une pages.

Tout débute en douceur et comme en pays connu :

Citation:
« ce fut si je me souviens bien, dix jours après avoir franchi la Crète que nous atteignîmes l’entrée du Perré ; l’étroit chemin pavé qui conduisait sur des centaines d lieues à la lisière des Marches aux passes du Mont-Habré la dernière ligne droite de vie, vingt fois tronçonnée et ressoudée qui joignait encore par intervalles le Royaume à La Montagne cernée et lointaine. »


J’ai beau chercher à localiser précisément l"histoire, je ne trouve aucun nom de lieu, sinon cette définition, Perré , Mur incliné, en pierres maçonnées ou non. On parle aussi de perré de flottaison

Matériellement, je trouve en effet dans le récit une route de pierres et de dalles dont la création remonte loin dans le passé historique : une route romaine, une route fossile , mais qui mène aussi à un passé personnel : une trace dans ma mémoire ou une cicatrice.

Gracq aime l’entre-deux, le concret et l’imaginaire, il prépare son lecteur à une conjugaison du connu et l‘imprévu.

La Route tient du solide et du liquide, et comme son perré le laissait entendre :, on suit la route comme  on s’embarque sur la mer . Car cette route terrestre est  une digue ,  un gué .

Mais elle ressemblait aux rivières , avec son  lit caillouteux. On parle même d’un  lit de torrent à sec , d’une  mauvaise coulée caillouteuse.

On prend la route quand la lumière est  entre chien et loup , qu’elle progresse  entre les berges de la nuit

Citation:
« laissant couler en nous à mesure les songes vagues et envahissants du grand chemin, les odeurs de plantes et les bruits de bêtes, laissant les branches mouillées nous fouetter le visage ».


De l’obscurité à la rêverie, le passage se fait insensiblement et naturellement.

Risque-t-on de se perdre entre la lumière et la pénombre, et de se laisser égarer dans la rêverie ? Gracq ne sombre pas dans le flou, rien n’est laissé au hasard ;

Intellectuellement, le tracé reste net, la Route est une ligne droite « comme un rai de diamant sur une vitre ou un  coup d’ongle de trace claire  avec une netteté sèche.

Ainsi on embarque de manière concertée pour un voyage onirique, entre le rêve et les incertitudes du souvenir, dans l’univers de Julien Gracq.

Citation:
la Route indéfiniment s’enfonçait vaguement amicale et fée, filtrant à travers le sous bois sa lumière calme et rassurante d’éclaircie pas à pas écartant devant nous comme une main le rideau des branches.


N’est-ce pas un embarquement magique en douceur ?
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rotko
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Jeu 15 Fév - 20:46

le rapport du lecteur au livre selon Julien Gracq

Citation:
Mais le tête-à-tête avec le livre appelle [quelques] réflexions. Elles concernent l’insigne faculté de dilution, d’émiettement et de fragmentation – sans perte réelle de présence, ni d’efficacité – qui est la sienne.

Disloqué, démembré, par les trous, les distractions, les « absences », brèves ou prolongées qui sont celles du lecteur, on dirait que le livre repousse dans l’esprit (ainsi font les articles endommagés de certains insectes) et tend à reformer opiniâtrement son unité et son intégrité. Il est doué d’une aptitude insolite, à se rassembler dans l’esprit aussitôt autour d’un simple fragment, à recomposer sa figure intégrale à partir de ses éléments isolés.

De même qu’il n’est guère possible d’évoquer quelque détail physique d’une personne qui vous est familière, sans qu’elle reprenne vie sympathiquement et se réanime toute dans le souvenir, de même la faculté d’évocation caractéristique de la fiction écrite, ne s’exerce pas seulement sur les images et les souvenirs extérieurs à elle, mais s’exerce aussi de chacune de ses parties, même infimes, sur sa propre totalité.

Si je reviens à une page d’un livre qui m’est familier, c’est le livre entier : sous ces espèces (comme on dit) qui vient me repeupler. La mémoire des livres est une mémoire bourgeonnante, étrangement multipliée parce que chacun de ses éléments est lui-même un petit monde toujours en puissance d’éclosion.

Elle est consultable, et elle est un peu (ce n’est pas la mémoire d’une pièce musicale ou d’un tableau) monnayable, susceptible d’être introduite et de circuler – fragmentée, mais en fragments à son effigie – dans des milieux qui lui sont organiquement étrangers.


l'article entier.
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rotko
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Jeu 19 Juil - 11:45

Voyages, lectures, réflexions diverses sur les peintres et les écrivains, les carnets du grand chemin est un livre à goûter, à petites bouchées, au hasard des pages.

Citation:
Il est des femmes que, du fait des circonstances, on ne rencontre que de temps en temps, et de qui on souhaiterait s’éprendre, tant leur charme, discret au point d’en être un peu effacé, marqué de réserve délicate, est prometteur de quiétude et de calmes plaisirs. Mais on ne les voit pas assez fréquemment pour que d’une rencontre à l’autre, ce charme un peu froid, un peu frêle, ne s’évente et ne se volatilise dans le souvenir, et on se fatigue, jusqu’à renoncer, de devoir recommencer chaque fois à en devenir amoureux.


Julien Gracq, Carnets du grand chemin, José Corti.
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rotko
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Dim 22 Juil - 11:08

Le château d’Argol (1938) premier roman de Julien Gracq est-il d’un accès difficile ?

On pourrait le croire à première vue, sauf que l’auteur de ce roman dit "surréaliste", n’abandonne pas son lecteur : il balise sa route avec des mots en italique, importants puisqu’ils caractérisent l’essence des choses et non ses accidents, comme pourrait le dire Albert , premier personnage de ce livre, attiré par la philosophie, cherchant
Citation:
à résoudre les énigmes du monde des sens et de lapensée.


D’autre part, le récit est agencé en 10 épisodes inférieurs à 20 pages, qui permettent une lecture fragmentée. Faute de quoi, on se perdrait.
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Dim 22 Juil - 11:11

Il faut savoir attendre et regarder, car le récit de Gracq m’a paru très visuel :

Citation:
Le château se dressait à l’extrémité de l’éperon rocheux que venait de côtoyer Albert. Un sentier tortueux y conduisait - impraticable à toute voiture- et s’embranchait à gauche de la route. Il serpentait quelque temps dans une étroite prairie marécageuse […] D’épaisses masses de fougères bordaient le sentier à hauteur d’homme […] Des bois touffus enserraient le chemin dans ses détours les plus capricieux […] Depuis le pied des murailles la forêt s’étendit en demi-cercle jusqu’aux limites extrêmes de la vue ; c’était une forêt triste et sauvage, un bois dormant, dont la tranquillité étreignait l’âme avec violence. Elle enserrait le château comme les anneaux d’un serpent pesamment immobile, dont la peau marbrée eût été alors assez bien figurée par les taches sombres des nuages qui couraient sur sa façade ridée.


Tel est l’itinéraire labyrinthique et difficile que doit suivre Albert avant d’atteindre le château et d’ y retrouver un ami capable « d’entrer dans un rôle que lui-même dessinait à chaque minute dans ses moindres replis ».

Autant dire que le lecteur doit abandonner la ligne droite et suivre Albert dans sa progression lente et prudente d’approche des lieux et des êtres.
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rotko
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Dim 22 Juil - 19:00

Les vues se succèdent horizontales ou verticales, toujours inattendues, en plongée ou contre-plongée :

Citation:
Il abaissa ses yeux vers le sol, et vit alors Herminien et Heide quitter le château et s’enfoncer dans la forêt


Citation:
La mer n’offrait à l’œil qui balayait en un instant son immense étendue, ni un oiseau ni une voile , lui paraissait insupportable par sa mortelle vacuité, car demeurant tout entière d’un blanc grisâtre et terne sous un ciel éclatant, sa surface parfaitement bombée, dont la vue suivait malgré elle les courbes, imposait irrésistiblement à l’esprit l’image d’un œil révulsé dont la pupille eût chaviré en arrière…
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Lun 23 Juil - 11:53

Parfois les images se juxtaposent , s’inversent et se brouillent :

Citation:
Il avait découvert le sens réel de cet inconcevable paysage, qu’il n’avait jusqu'alors considéré qu’à l’envers. Du fond de cet abîme, dont le froid mortel mordit sa peau, monta le visage tremblant et humide du soleil, les colonnades réfléchies des arbres s’ordonnèrent comme de lourdes tours, lisses et lustrées comme le cuivre et, du centre de ce péristyle renversé à la régularité solennelle, la face du ciel vint sous ses yeux et sous ses lèvres comme un gouffre miséricordieux et désormais immédiatement ouvert, où l’homme pût enfin plonger sans retour [...]
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rotko
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Mar 24 Juil - 8:24

A mon avis l’intérêt pour l’histoire proprement dite faiblit après l’ inoubliable épisode du bain.

Je laisse donc à chacun le loisir d’en juger, pour relever un moment où la mémoire fait un travail difficile de recomposition à partir d’ éléments divers:

Citation:
« Il lui parut qu’un travail obscur commençât à se faire au fond de sa mémoire, sans que son esprit, prostré et entièrement inactif, y apportât encore le moindre concours. Dans la masse de ses souvenirs, des décrochements, des déplacements légers et presque moléculaires semblèrent se faire sous la pression d’une énorme profondeur, et comme la limaille de fer orientée sur une feuille par un aimant invisible, parurent s’ordonner, et s’ordonnèrent enfin, selon ce que semblait dès maintenant une figure interprétable, mais dont sa raison enfiévrée, frappée d’une rageuse impuissance, faisait le tour sans succès et, comme sous l’effet d’un charme, reconnaissait les lignes clairement orientées sans en pénétrer encore par l’intuition la signification brusquement éblouissante. »
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Mar 24 Juil - 20:46

Très beaux paysages bretons dans le chateau d'Argol

La forêt, les landes, mais aussi les paysages marins :

Citation:
La grève mouillée était mangée par de longs bancs de brume blanches que la mer plate, et qui réfléchissait les rayons presqu' horizontaux du soleil, éclairait par dessous d'un poudroiement lumineux, et les écharpes lisses du brouillard se distinguaient à peine pour l'oeil surpris des flaques d'eau et des étendues de sable humide - comme si l'oeil enchanté, au matin de la création, eût pu voir se dérouler le mystère naïf de la séparation des éléments.
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rotko
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Lun 30 Juil - 20:18

Rendez-vous à Bray est un film franco-belge d'André Delvaux sorti en 1971, inspiré de la nouvelle Le Roi Cophetua de Julien Gracq.
Anna Karina : Elle, la servante, Bulle Ogier : Odile.

Mathieu Carrière joue le rôle de Julien Eschenbach. Ce jeune pianiste luxembourgeois, reçoit un jour un télégramme de son ami Jacques, pilote de guerre français, qui l’invite pour le week-end dans sa maison de famille à Bray. Julien y est accueilli par une jeune servante mystérieuse. Son ami se fait attendre...

La presqu'île que j'ai vu aussi en film, tourné dans des lieux que je connais bien, ne figure nulle part. bizarre ! il présentait de grandes ressemblances avec Rendez-vous à Bray

par contre je n'ai pas vu Un balcon en forêt film de Michel Mitrani.

Mon meilleur souvenir de Julien Gracq, c'est le rivage des Syrtes que j'ai écouté adapté pour la radio, et la lecture récente d' un balcon en forêt.
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Mar 31 Juil - 14:14

Au château d'Argol...
Très étrange ce livre, une ambiance pesante, une sorte de huis clos entre trois personnages : Albert, qui a acheté le château d'Argol, Herminien, et Heide.
Je comprends mieux l'article du Magazine littéraire qui situait le roman dan sun un univers romantique et gothique; le château correspond parfaitement à cette description, ainsi que les nombreux topos romantiques que l'on retrouve durant la lecture : la nature, le plus souvent inquiétante (une lande battue par le vent et la pluie), ou encore le temps qui passe, les dix coups sonnés par l'horloge, qui ne cessent de revenir.

Comme comme tu l'as dit, rotko, la scène du bain est magnifique et inoubliable : j'ai ressenti la présence de la mer comme formant un lieu à part, où les trois personnages peuvent oublier le monde qui les entoure. Ils essayent de survivre dans cet élément liquide, mais malheureusement, le monde terrestre les rattrape; au terme de ce bain, on trouve l'expression "un charme s'était brisé".
Idée que l'adolescence peut tout se permettre...

J'aime aussi beaucoup l'espèce de métamorphose de Heide, au tout début de la scène de la baignade; on sent bien le passage de l'adolescence à l'âge adulte grâce à la description de son corps en mouvement.
Peut-être aussi faut-il y voir une sorte de renaissance, l'eau étant riche en symboles...

Je poursuis ma lecture, je suis rendu au chapitre "la chapelle des abîmes", et je continue à lire tes commentaires précédents, rotko, que j'apprécie beaucoup Wink
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MessageSujet: Re: Julien Gracq   Mer 1 Aoû - 12:49

Rotko, quand tu citais "Chaque fois qu´il pouvait, il gardait son quant-à-soi et prenait du recul " Gracq parlait de Grange. personnage du "Balcon dans la forêt", et ce doit être aussi une attitude chère à l´écrivain.
J´ai trouvé cette parenthèse exposée par l´auteur lui-même, au cours d´un interview ( écrit) et concedé au Magazine Littéraire sur ce que Gracq appelle" La bulle de l´écrivain".

Une des particularités de l’écrivain, et qui conditionne profondément son oeuvre, me semble être -s’il n’est pas un polygraphe plus ou moins assujetti à la commande des éditeurs- qu’il secrète de bonne heure autour de lui une bulle, liée à ses goûts, à sa culture, à son climat intérieur, à ses lectures et rêveries familières, et qui promène partout avec lui, autour de lui, une pièce à vivre, un “intérieur” façonné à sa mesure souvent dès la vingtième année, où il a ses repères, ses idoles familières, ses dieux du foyer, où son for intérieur se sent protégé contre les intempéries et à l’aise. Sans l’existence de cette bulle protectrice, deux choses demeurent mal explicables. D’abord que l’oeuvre d’un écrivain reste dans son ensemble cohérente et articulée au milieu d’un monde déchaîné-le XXème siècle pour ma génération- qui n’a souvent été que catastrophes, renversements brutaux, guerres d’extermination et mutation accélérée de toutes ses structures sociales, comme de son environnement technique. Et sans cette “bulle”, il est difficile aussi de comprendre une certaine indifférence de l’écrivain aux vicissitudes de la vie littéraire à laquelle il se trouve mêlé. Il n’est en général ni un grand découvreur de talents nouveaux, ni un lecteur boulimique de ses contemporains. Il se nourrit de son temps, mais il se protège aussi de ses agressions. Il nous semble, à distance, avoir traversé son époque comme le capitaine Nemo dans Jules Verne traverse les océans, passionné par le spectacle, mais toujours derrière la vitre à l’abri de laquelle il a son orgue et sa bibliothèque, et qu’il ne quitte que pour de brèves incursions et descentes dans les abîmes extérieurs. La cohésion de l’oeuvre de l’écrivain est à ce prix; vers la fin de sa vie sa dominante, en fait de lecture, devient souvent la relecture, signature ultime d’une vie intérieure toujours sur la défensive, qui s’est arc-boutée contre les événements qui le menaçaient dans sa continuité organique, tout autant qu’elle en a nourri, une fois filtrés, sa substance littéraire”.
(J´adore l´image du Capitaine Nemo choisie par Gracq! cheese )
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"A quoi rêvent dans les fleurs les papillons qui ne bougent plus ?"
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Julien Gracq

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