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Claude Simon

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rotko
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MessageSujet: Claude Simon   Ven 18 Avr - 15:16

Les photos de Claude Simon montraient son attachement aux signes matériels de l'écriture, quand bien même ce ne serait pas des lettres qu se suivraient sur la ligne.

Avec Orion aveugle qui date de 1970 ,et paru chez Skira, il écrit un texte sinueux qui parle de différentes peintures ou gravures d'époque, type images d'Epinal. Ses phrases semblent suivre les contours de tableaux hyperréalistes.

J'y verrais bien un tableau de rue de Balthus, un intérieur d'immeuble administratif peint par Hopper, ou une vitrine de magasin où se cotoiraient différents objets hétéroclites.

Ce ne sont pas les tableaux choisis par Claude Simon ! cheese

Lui, donne plutôt des tableaux de Rauschenberg mêlant un oiseau empaillé et un arrière-fond d'affiches déchirées, d'où la mention d'un mot, d'un début de mot, d'hypothèses sur le mot entier, suivies de définitions d'un dictionnaire que le regard embrasserait d'un coup d'oeil : serpent, serpent à sonnettes, serpentaire et voici la définition du rapace etc.
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rotko
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Messages : 21873

MessageSujet: Re: Claude Simon   Ven 18 Avr - 15:27

Parmi les illustrations qui jalonnent le texte - sans l'emprisonner, des planches anatomiques, comme celle-ci


clic !


une gravure représentant l'attentat d'Edouard Vaillant à l'assemblée nationale (1893)

un montage avec les photos de Marylin Monroe, des portraits de Che Guevara, des réclames lumineuses de Coca cola, et la série de photos de kennedy recevant des balles mortelles à Dallas.
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Syl
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Age : 45
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MessageSujet: Re: Claude Simon   Ven 18 Avr - 16:23

Voici donc la conférence de Claude Simon à Stockholm, le 9 décembre 1985, lors de la remise du Prix Nobel.

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Syl
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Age : 45
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MessageSujet: Re: Claude Simon   Ven 18 Avr - 16:24

Suite de la conférence ....

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Syl
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MessageSujet: Re: Claude Simon   Ven 18 Avr - 16:26

Claude Simon établit un intéressant parallèle entre l'évolution du roman et celle de la peinture :

Il y aurait, me semble-t-il, un intéressant parallèle à tracer entre l'évolution qui s'est produite dans le roman au cours du XIXe siècle et celle de la peinture, commencée beaucoup plus tôt: « La fin (le but) de l'art chrétien », écrit Ernest Gombrich, « consiste à donner au personnage sacré et surtout à l'Histoire sainte une place convaincante et émouvante aux yeux du spectateur ». Conçu au départ, chez les Byzantins, comme un instrument d'édification et employé à des fins didactiques, « l'événement y est raconté à l'aide de hiéroglyphes clairs et simples qui le feront comprendre plutôt que voir ». Un arbre, une montagne, un ruisseau, des rochers sont indiqués par des « signes » pictographiques. « Cependant, peu à peu, une exigence nouvelle se fait sentir, qui est celle de faire en sorte que le spectateur devienne pour ainsi dire le témoin de l'événement (...) qui est censé être l'object de sa méditation », et on assiste ainsi progressivement à l'avènement du naturalisme, dont Giotto est l'un des premiers artisans, l'évolution poursuivant son cours jusqu'à ce que nous dise Gombrich, « le paysage naturaliste des arrière-plans, conçu jusque-là selon les conceptions de l'art médiéval illustrant des proverbes et inculquant des leçons morales, ce paysage qui remplissait les endroits dépourvus de personnages et d'actions (...), dévore pour ainsi dire au XVIe siècle les premiers plans, jusqu'à ce que le but soit atteint avec des spécialistes comme Joachim Patinir, si bien que ce que le peintre crée tire sa pertinence, non plus de quelque association avec un sujet important, mais du fait qu'il reflète, comme la musique, l'harmonie même de l'univers. ».

* * *

Ainsi, à la suite d'une lente évolution, la fonction du peintre s'est trouvée en quelque sort inversée et le savoir ou, si l'on préfère, le sens, est passé d'un côté à l'autre de son action, la précédant dans un premier temps, la suscitant, pour, à la fin, résulter de cette action elle-même, qui va non plus exprimer du sens mais en produire.

Et de même en a-t-il été de la littérature, si bien qu'il semble aujord'hui légitime de revendiquer pour le roman (ou d'exiger de lui) une crédibilité, plus fiable que celle, toujours discutable, qu'on peut attribuer à une fiction, une crédibilité qui soit conférée au texte par la pertinence des rapports entre ses éléments, dont l'ordonnance, la succession et l'agencement ne relèveront plus d'une causalité extérieure au fait littéraire, comme la causalité d'ordre psychosocial qui est la règle dans le roman traditionnel dit réaliste, mais d'une causalité intérieure, en ce sens que tel événement, décrit et non plus rapporté suivra ou précédera tel autre en raison de leurs seules qualités propres.

Si je ne peux accorder crédit à ce deus ex machina qui fait trop opportunément se rencontrer ou se manquer les personnages d'un récit, en revanche il m'apparaît tout à fait crédible, parce que dans l'ordre sensible des choses, que Proust soit soudain transporté de la cour de l'hôtel des Guermantes sur le parvis de Saint-Marc à Venise par la sensation de deux pavés inégaux sous son pied, crédible aussi que Molly Bloom soit entarînée dans des rêveries erotiques par l'évocation des fruits juteux qu'elle se propose d'acheter le lendemain au marché, crédible encore que le malheureux Benjy de Faulkner hurle de souffrance lorsqu'il entend les joueurs de golf crier le mot « caddie », et tout cela parce qu'entre ces choses, ces réminiscences, ces sensations, existe une évidente communauté de qualités, autrement dit une certaine harmonie qui, dans ces exemples, est le fait d'associations, d'assonances, mais peut aussi résulter, comme en peinture ou en musique, de contrastes, d'oppositions ou de dissonances.

* * *


Dernière édition par Syl le Ven 18 Avr - 16:34, édité 1 fois
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Syl
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MessageSujet: Re: Claude Simon   Ven 18 Avr - 16:28

suite et fin de la conférence :

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Claude Simon

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