
Forum littérature, roman, polar, poésie, théâtre, BD, SF, auteurs et livres du monde entier sur le forum littéraire et tous les arts, cinéma, peinture ...
Une table conviviale pour parler des livres, des spectacles, et goûter aux plaisirs des mots. |
| | |
| Auteur | Message |
|---|
rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22948
 | Sujet: Ramuz Sam 13 Mai - 8:55 | |
| Charles-Ferdinand Ramuz, Derborence;
| Citation: | | Derborence, le mot chante doux ; il vous chante doux et un peu triste dans la tête. Il commence assez dur et marqué, puis hésite et retombe, pendant qu'on se le chante encore, Derborence, et finit à vide, comme s'il voulait signifier par là la ruine, l'isolement, l'oubli. |
|
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22948
 | Sujet: Re: Ramuz Sam 13 Mai - 9:03 | |
| Derborence
Film suisse, français (1985)
Un film dramatique de Francis Reusser Avec Bruno Crémer, Isabel Otero, Jacques Penot, Maria Machado.
(a suivre).
Pour goûter Ramuz, il faut savoir attendre, respecter le silence. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22948
 | |  | | Provence pilier

Age : 48 Inscrit le : 04 Jan 2006 Messages : 2155 Localisation : Au bord de la mer...
 | Sujet: Re: Ramuz Sam 13 Mai - 12:40 | |
| J'ai lu Derborence il y a fort longtemps, je devais avoir moins de 20 ans.... j'en garde un souvenir ébloui, et une grande tendresse pour Ramuz !
Dernière édition par le Sam 13 Mai - 13:19, édité 1 fois |
|  | | coline pilier
Inscrit le : 04 Jan 2006 Messages : 4104
 | Sujet: Re: Ramuz Sam 13 Mai - 13:15 | |
| "Tendresse...Douceur...Souvenir ébloui..." dites-vous... Et allez!...Encore un autre à découvrir!...  |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22948
 | Sujet: Re: Ramuz Sam 13 Mai - 13:36 | |
| voir aussi ses poésies dans "poesie ininterrompue". Voici un site
http://pages.infinit.net/poibru/ramuz/
Ramuz a collaboré avec Strawinsky pour l'histoire du soldat. |
|  | | Provence pilier

Age : 48 Inscrit le : 04 Jan 2006 Messages : 2155 Localisation : Au bord de la mer...
 | Sujet: Re: Ramuz Sam 13 Mai - 14:52 | |
| J'ai repris mon exemplaire de Derborence, un vieux Livre de Poche 1973, dont les pages se détachent
Deux extraits, presque au hasard :
"Là-haut (on dit "là-haut ") quand on vient du Valais, mais quand on vient d'Anzeindaz on dit "là en bas" ou "là au fond"), la neige, en se retirant, faisait de gros bourrelets ; ils découvraient sur leurs bords, dans l'humidité noire que la vieille herbe recouvrait mal d'une expèce de feutre terne, toute espèce de petites fleurs s'ouvrant à l'extrême limite d'une frange de glace plus mince que du verre à vitre. Toute espèce de petites fleurs de la montagne avec leur extraordinaire éclat, leur extraordinaire pureté, leurs extraordinaires couleurs : plus blanches que la neige, plus bleues que le ciel, ou orange vif, ou violettes : les crocus, les anémones, les primevères des pharmaciens. Elles faisaient de loin, entre les taches grises de la neige qui allaient se rétrécissant, des taches éclatantes. Comme sur un foulard de soie, un de ces foulards que les filles achètent en ville, quand elles y descendent pour la foire, à la Saint-Pierre ou à la Saint-Joseph. Puis c'est le fond même de l'étoffe qui change ; le gris et le blanc s'en allaient ; le vert éclatait de partout : c'est la sève qui repart, c'est l'herbe qui se montre à nouveau ; c'est comme si le peintre avait d'abord laissé tomber de son pinceau des gouttes de couleur verte, puis elles se rejoignaient."
....
"Cà bouge toujours blanc et brillant au-dessus de vous dans le ciel qui est un peu recourbé et s'abaisse à votre rencontre comme la voûte d'une cave : là-dessous la nouvelle s'avance. Elle a suivi d'abord le chemin, puis elle a quitté le chemin. Elle court droit vers en bas, sautant pardessus les haies. Un homme, qui est en train de réparer la bisse, lève la tête : "Qu'est-ce que c'est ? - C'est la montagne... - Quelle montagne ?" Et alors les lézards, qui se chauffent au soleil, allongés dans la pierraille, rentrent se cacher cans leur trou. "Derborence..."
Un chalet d'alpage dans la combe de Derborence. Une nuit, le front du glacier tombe sur Derborence. Le village pleure les siens, mais il y a un rescapé, qui va survivre enseveli sous le pierrier géant. Le récit poétique d'un drame de la montagne. Une belle histoire d'amour aussi. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22948
 | Sujet: Re: Ramuz Lun 15 Mai - 11:28 | |
| Derborence
D’abord la vie quotidienne, puis l’inattendu, l’incompréhensible : « la montagne est tombée » ! Là-haut, à Derborence, le chalet est sous le pierrier. Au village on s’interroge : ce bruit ? ces poussières ? Jusqu’à ce que, lentement, la vérité vienne au jour. En bas, une jeune épousée attend son homme pour lui confier un secret…
Roman du silence et de l’attente, célébration de la vie et de l’amour, Derborence est à la hauteur de sa réputation. Devant l’inattendu du malheur, restent l’espérance et le courage quotidien. Ramuz adapte le temps du récit au respect du village et des hommes : on vit lentement, les paroles sont rares, les croyances, bien ancrées.
Pourtant à lire cette histoire, on pense aussi à une dimension symbolique sous-jacente. La force des hommes devant la catastrophe, la vie qui finit, obstinée, par triompher de l’adversité et du malheur.
| Citation: | | Derborence, le mot chante triste et doux dans la tête pendant qu’on se penche sur le vide, où il n’y a plus rien, et on voit qu’il n’y a plus rien. | […]
| Citation: | | La mousse, d’un pinceau lent et minutieux, a peint un jaune vif, en gris sur gris, en toutes sortes de verts, les plus gros des quartiers de roc ; ils nourrissent dans leurs fissures plusieurs espèces de plantes et de buisson, airelle, myrtille, épine-vinette, aux feuilles dures, aux fruits ligneux, qui tintent dans le vent doucement comme des clochettes. |
|
|  | | Esther pilier

Inscrit le : 27 Mar 2006 Messages : 152 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: Ramuz Dim 21 Mai - 9:11 | |
| Aline C.F Ramuz Grasset
Beaucoup vous diront que ce roman est un chef-d’œuvre. Ils n’auront pas tort. Pourquoi ? Tout simplement parce que Ramuz exprime les sentiments humains dans le plus simple des styles. Les personnages prennent vies et nous soufrons auprès d’eux. Une simple amourette pour nous aujourd’hui entre cette jeune fille de 17 ans (Aline) qui vient d’une famille modeste, et ce Julien Damon, fils de paysans riches. Oui, une simple amourette pour nous en 2006, sauf que leur rencontre se passe dans un passé très lointain. Une époque où il était hors de question pour une jeune fille de se montrer en compagnie d’un jeune homme, une époque où les jugements allaient bon train, une époque enfin à laquelle il valait mieux s’assurer des bons sentiments de l’homme que l’on avait en face de soi, au risque d’une terrible tragédie. La vertu était de mise. Elle l’est également pour le lecteur qui ne pourra qu’imaginer les scènes de rapprochements entre Aline et Julien. Exactement comme dans le film « Une partie de campagne » de Renoir avec ce plan dans lequel la caméra fixe un oiseau s’égosillant ainsi que la montée en puissance de la tempête qui gronde au loin, nous laissant imaginer les va-et-vient d’Henriette et d’Henri. Nous comprenons donc vaguement qu’Aline et Julien n’en sont pas restés à de gentilles rencontres. Et c’est le drame. Le roman prend alors toute son ampleur et ce n’est que souffrance. Nous refermons d’ailleurs ce livre avec une profonde tristesse mais une envie irrésistible de se replonger dans un autre roman de Charles-Ferdinand Ramuz |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22948
 | Sujet: Re: Ramuz Dim 4 Juin - 8:26 | |
| L’histoire du soldat est un petit conte musical, parlé, joué et dansé. J’ai seulement lu le petit livret de 50 pages paru aux éditions séquences. Un soldat rentre chez lui avec son violon. Tenté par le diable, il échange son instrument contre un livre qui lui promet la fortune. On devine la suite, encore que…la fin n’est pas si banale.
Fruit de la collaboration entre Ramuz et Strawinsky, qui vivent en 1918 dans le dénuement, ce conte a été dit par Cocteau, joué par les Pitoeff, dirigé par Ansermet etc.
Trois personnages : le lecteur le soldat et le diable - la princesse reste muette. Sept musiciens, violon, contrebasse, clarinette, basson cornet à pistons et trombone + un musicien de batterie.
Il ne me reste plus qu’à écouter l’enregistrement par Pierre Boulez.  |
|  | | Esther pilier

Inscrit le : 27 Mar 2006 Messages : 152 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: Ramuz Dim 4 Juin - 9:54 | |
| Cela est bien tentant, d'autant plus que je suis toujours très attirée par ces histoires mystiques, combat de l'homme avec son âme.
Cela m'a fait penser au formidable livre de Falkner "Le stradivarius perdu". Ici, le violon n'est pas abandonné, au contraire, il s'empare de l'âme du joueur.
Je vais voir si je peux me procurer le livret. Merci d'avoir répondu, cela aurait été dommage de passer à côté d'un petit bijou, j'en suis sûre. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22948
 | Sujet: Re: Ramuz Dim 4 Juin - 17:32 | |
| | Esther a écrit: | Je vais voir si je peux me procurer le livret. Merci d'avoir répondu, cela aurait été dommage de passer à côté d'un petit bijou, j'en suis sûre. |
L'ideal est d'ecouter et de voir l'histoire du soldat puisqu'il est composé pour la musique et la representation. |
|  | | Esther pilier

Inscrit le : 27 Mar 2006 Messages : 152 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: Ramuz Jeu 15 Juin - 11:48 | |
| Que ce soit par le roman « Aline », « Le garçon savoyard » ou bien ici « Derborence », on ne peut rester indifférent au style de C.F Ramuz… soit on y prend goût, soit ses œuvres nous tombent des mains, pas de juste milieu. Son univers est souvent d’une simplicité extrême, le vocabulaire reste simple, ses joutes verbales quasi inexistantes, ses tournures sont parfois trop lourdes, quant aux entorses à la syntaxe, n’en parlons même pas. Et c’est là tout le charme de Ramuz : le naturel pour mettre en avant ses personnages. Ainsi, il préfère reproduire le langage de tous les jours, avec ses éventuelles maladresses, que de suivre un style littéraire académique.
Me concernant, « Aline » m’a beaucoup plus, ainsi que « Le garçon savoyard ». Je continue aujourd’hui avec « Derborence » (vivement recommandé par Rotko). Il serait donc inutile de préciser que je suis tout à fait séduite par les œuvres de Ramuz. Pas forcément, au passage, pour son style « haché », mais plutôt par son don de nous rendre ses personnages indispensables.
Ici, dans « Derborence », outre nos protagonistes Antoine et Thérèse, c’est le personnage de la montagne, qui pour moi, a pris le plus de valeur. Car tout vient de cette dernière. Montagne qui sans prévenir et sans raison apparente a misé toute sa colère en s’éboulant sur une vingtaine de bergers, dont Antoine. Crainte par les villageois, elle ne fera que confirmer leurs dires : cette montagne est la demeure du Diable.
Antoine a-t-il succombé ? Thérèse sera-t-elle faire face aux superstitions lorsque ce dernier ou son spectre réapparaîtra ? C’est tout l’art de Ramuz que de nous tisser au fil des pages cette histoire, nous laissant, lecteurs avides de sensations fortes, si petit face à la force de la nature. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22948
 | Sujet: Re: Ramuz Jeu 15 Juin - 12:34 | |
| | j'ai reservé à la mediathèque la vie de Samuel Belet. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22948
 | Sujet: Re: Ramuz Mer 28 Juin - 14:24 | |
| J'ai bien fait ! j'ai lu de Charles-Ferdinand Ramuz, la Vie de Samuel Belet, collection l’imaginaire, chez Gallimard, et ça m'a bien plu
On y voit comment vivent les hommes à travers une vie en boucle :
| Citation: | C’est ainsi que j’ai été petit garçon, puis jeune homme, puis homme ; c’est ainsi que j’ai passé de la Maladière à Roche, de Roche dans le Gros de Vaud, de là en Savoie, et de la Savoie à Paris, et de Paris à Vevey; c’est ainsi que Mélanie est venue, puis Duborgel, et puis Louise ; c’est ainsi que finalement je me suis retrouvé à l’endroit d’où j’étais parti. |
Samuel Belet, né en 1840, traverse le monde rural en faisant des petits boulots, puis il fréquente les ouvriers, plus marqué par les sentiments d’amitié ou d’amour que par les évènements historiques ou la question sociale.
Ramuz propose une autobiographie de fiction qui séduit par le ton : aucun pittoresque de mauvais aloi, la langue est sobre et les détails crochent dans une réalité qu’on vit avec le protagoniste.
Pas question de s’identifier à lui : même s’il utilise le « je », son regard lui est personnel. On comprend ses déceptions et ses inquiétudes. Il ressent tout ce qu’il voit, et le transmet sans fard. Belet commet des maladresses, adopte parfois des comportements provocateurs, mais sa revendication d’un bonheur affectif est légitime. Il y a droit par une honnêteté foncière qui exclut toute tricherie avec les mots comme toute ambiguïté dans les comportements.
Sa vie est « minuscule » mais elle force le respect, comme le talent de Ramuz : la sobriété du style donne à cette histoire un caractère convaincant qui émeut parce qu’il nous fait parcourir sans artifice l’ itinéraire d’un homme qui découvre sa sagesse. |
|  | | |
| Page 1 sur 2 | Aller à la page : 1, 2  |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|