Bachy Pierre pilier

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| Sujet: Emmanuel Carrère Mer 26 Sep - 8:14 | |
| Un roman russe
Dans ce roman autobiographique, Emmanuel Carrère effectue un déballage familial et intime sur la place publique. Il a dû avoir un impact douloureux sur l’entourage de l’auteur. Cet ouvrage est la transgression d’un interdit, celui de sa mère, Hélène Carrère d’Encausse, qui est secrétaire perpétuelle de l’Académie Française et qui lui avait demandé de ne pas toucher à son père avant sa mort. Sans doute pour se faire excuser, à la fin du roman, il s’adresse à elle qui a beaucoup souffert : « Tu t’es interdit de souffrir mais tu as interdit aussi qu’on souffre autour de toi. Or ton père a souffert, comme un damné qu’il était, et le silence sur cette souffrance, plus encore que sur sa disparition, a fait de lui un fantôme qui hante nos vies à tous. Ton frère, Nicolas, souffre. Mon père, ton mari, souffre. Je souffre, moi, et mes soeurs aussi, bien que je ne m’accorde pas ici le droit de parler en leur nom. Tu ne nous a pas niés, non, tu nous a aimés, tu as fait tout ce que tu as pu pour nous protéger, mais tu nous as dénié le droit de souffrir et notre souffrance t’entoure au point qu’il fallait bien qu’un jour quelqu’un la prenne en charge et lui donne voix. »
Le 10 septembre 1944, son grand-père maternel, Georges Zourabichvili, qui n’avait pas choisi le bon camp, est arrêté à Bordeaux par des hommes armés de mitraillettes qui l’embarquent dans une traction avant. On ne reverra jamais ce Géorgien déclassé, devenu interprète des services économiques de l’occupant allemand.
Ces recherches du passé, celui du prisonnier Hongrois, celui de son grand-père, cette histoire familiale qu’il porte en lui mais qui n’est pas révélée sont portées par l’apprentissage ou le réapprentissage du russe, la langue « maternelle ». Ce rapport à la langue est peut-être l’aspect le plus émouvant du livre. Il ne sait pas lui-même s’il s’agit de la découverte d’une langue, ou d’un retour vers une langue connue. Comme si toute l’ambiguïté de son identité se cristallisait autour du russe, qu’il a essayé d’apprendre dans le passé, sans parvenir jamais au niveau qui l’aurait satisfait.
http://users.skynet.be/pierre.bachy/carrere_emmanuel_roman_russe.html _________________ *** La culture, c'est comme la confiture, moins on en a, plus on l'étale (Ed. Herriot)*** |
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