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 Guy de MaupassantVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Marie kiss la joue
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Jeu 24 Mai - 16:51

Une vie est magnifique...sans nul doute mon préféré !
Bel-Ami également, bonne critique des arrivistes... Happy
J'avais envie de le baffer ce Georges Duroy Laughing
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Moon
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mar 14 Aoû - 21:06

J'ai fini par lire Une vie. D'après ce que j'ai pu lire dans les notes, une des grandes difficultés de Maupassant a été de se démarquer de Flaubert.

La naïveté, puis l'apathie de Jeanne sont à s'arracher les cheveux.
Moi qui n'avais pas été convaincue par le premier roman que j'ai eu l'occasion de lire, c'est chose faite.
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Moon
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mar 14 Aoû - 21:09

Les phrases de Maupassant sont toujours aussi agréables à lire. J'ai dû relire la première page une bonne dizaine de fois avant de commencer.

Citation:
Jeanne ayant fini ses malles, s'approcha de la fenêtre, mais la pluie ne cessait pas.
L'averse, toute la nuit, avait sonné contre les carreaux et les toits. Le ciel bas et chargé d'eau semblait crevé, se vidant sur la terre, la delayant en bouillie, la fondant comme du sucre (...)
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Moon
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mar 14 Aoû - 21:17

En Corse, pendant le voyage de noce et avant que Jeanne ne perde ses illusions.

Citation:
Et comme elle savourait la fraîcheur de l'eau, il lui prit la taille et tâcha de lui voler la place au bout du conduit de bois. Elle résista ; leurs lèvres se battaient, se rencontraient, se repoussaient. Dans les hasards de la lutte, ils saisissaient tour à tour la mince extremité du tube et la mordaient pour ne point la lâcher. Et le filet d'eau froide, repris et quitté sans cesse, se brisait et se renouait, éclaboussait les visages, les cous, les habits, les mains. Des goutelettes pareilles à des perles luisaient dans leurs cheveux. Et des baisers coulaient dans le courant.
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Moon
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mar 14 Aoû - 21:21

Ce qui me marque le plus avec Maupassant c'est que je n'ai pas l'impression d'avoir retrouvé l'auteur des nouvelles dans Une vie, ni l'auteur d'Une vie dans Notre Coeur.
Il me donne l'impression d'être un auteur à mille visages qui montre une de ses faces dans chacun de ses récits.
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clmemont
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Dim 26 Aoû - 16:05

J'apprécie Maupassant pour son engagement et trouve intéressant de voir comment il réutilise des article dans "Sur l'eau". Ce n'est qu'un extrait de l'article, vous pouvez le lire en intégralité là http://perso.orange.fr/rene.ernst/Guerre/guerre_gil_blas.htm

Citation:
Guy de MAUPASSANT, Sur l’eau,1888.

La guerre! ... se battre! égorger! ... massacrer des hommes! ... Et nous avons aujourd'hui, à notre époque avec notre civilisation, avec l'étendue de science et le degré de philosophie où l'on croit parvenu le génie humain, des écoles où l'on apprend à tuer, à tuer de très loin, avec perfection, beaucoup de monde en même temps, à tuer de pauvres diables d'hommes innocents, chargés de famille et sans casier judiciaire. [...]

N'aurait-on pas honni tout autre que Victor Hugo qui eût jeté ce grand cri de délivrance et de vérité?
«Aujourd'hui, la force s'appelle la violence et commence à être jugée; la guerre est mise en accusation. La civilisation, sur la plainte du genre humain, instruit le procès et dresse le grand dossier criminel des conquérants et des capitaines. Les peuples en viennent à comprendre que l’agrandissement d'un forfait n'en saurait être la diminution; que si tuer est un crime, tuer beaucoup n'en peut pas être la circonstance atténuante; que si voler est une honte, envahir ne saurait être une gloire.

«Ah! proclamons ces vérités absolues, déshonorons la guerre.»
Vaines colères, indignation de poète. La guerre est plus vénérée que jamais.
Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de Moltke, a répondu un jour, aux délégués de la paix, les étranges paroles que voici:
«La guerre est sainte, d'institution divine; c'est une des lois sacrées du monde; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments: l'honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche en un mot de tomber dans le plus hideux matérialisme.»

Ainsi, se réunir en troupeaux de quatre cent mille hommes, marcher jour et nuit sans repos, ne penser à rien, ni rien étudier ni rien apprendre, ne rien lire, n'être utile à personne, pourrir de saleté, coucher dans la fange, vivre comme les brutes dans un hébétement continu, piller les villes, brûler les villages, ruiner les peuples, puis rencontrer une autre agglomération de viande humaine, se ruer dessus, faire des lacs de sang, des plaines de chair pilée mêlée à la terre boueuse et rougie, des monceaux de cadavres, avoir les bras ou les jambes emportés, la cervelle écrabouillée sans profit pour personne, et crever au coin d'un champ, tandis que vos vieux parents, votre femme et vos enfants meurent de faim; voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.

Nous l'avons vue, la guerre. Nous avons vu les hommes, redevenus des brutes, affolés, tuer par plaisir, par terreur, par bravade, par ostentation. Alors que le droit n'existe plus, que la loi est morte, que toute notion du juste disparaît, nous avons vu fusiller des innocents trouvés sur une route et devenus suspects parce qu'ils avaient peur. Nous avons vu tuer des chiens enchaînés à la porte de leurs maîtres pour essayer des revolvers neufs, nous avons vu mitrailler par plaisir des vaches couchées dans un champ, sans aucune raison, pour tirer des coups de fusil, histoire de rire.
Voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.
Entrer dans un pays, égorger l'homme qui défend sa maison parce qu'il est vêtu d'une blouse et n'a pas un képi sur la tête, brûler les habitations de misérables qui n'ont plus de pain, casser des meubles, en voler d'autres, boire le vin trouvé dans les caves, violer les femmes trouvées dans les rues, brûler des millions de francs en poudre, et laisser derrière soi la misère et le choléra.
Voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.
Qu'ont-ils donc fait pour prouver même un peu d'intelligence, les hommes de guerre? Rien. Qu'ont-ils inventé? Des canons et des fusils. Voilà tout.
Les hommes de guerre sont les fléaux du monde. Nous luttons contre la nature, l’ignorance, contre les obstacles de toute sorte, pour rendre moins dure notre misérable vie. Des hommes, des bienfaiteurs, des savants usent leur existence à travailler, à chercher ce qui peut aider, ce qui peut secourir, ce qui peut soulager leurs frères.
Ils vont, acharnés à leur besogne utile, entassant les découvertes, agrandissant l'esprit humain, élargissant la science, donnant chaque jour à l'intelligence une somme de savoir nouveau, donnant chaque jour à leur patrie du bien-être, de l'aisance, de la force.
La guerre arrive. En six mois, les généraux ont détruit vingt ans d'efforts, de patience et de génie.
Voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.



Citation:

Guy de Maupassant ; « La guerre ».
Article publié dans Gil Blas du 11 décembre 1883

Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de Moltke, a répondu, voici deux ans, aux délégués de la paix, les étranges paroles que voici : « La guerre est sainte, d'institution divine ; c'est une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments, l'honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche en un mot de tomber dans le plus hideux matérialisme ! ».

Ainsi, se réunir en troupeaux de quatre cent mille hommes, marcher jour et nuit sans repos, ne penser à rien, ne rien étudier, ne rien apprendre, ne rien lire, n'être utile à personne, pourrir de saleté, coucher dans la fange, vivre comme les brutes dans un hébétement continu, piller les villes, brûler les villages, ruiner les peuples, puis rencontrer une autre agglomération de viande humaine, se ruer dessus, faire des lacs de sang, des plaines de chair pilée mêlée à la terre boueuse et rougie, des monceaux de cadavres, avoir les bras ou les jambes emportés, la cervelle écrabouillée sans profit pour personne, et crever au coin d'un champ tandis que vos vieux parents, votre femme et vos enfants meurent de faim ; voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme !

Les hommes de guerre sont les fléaux du monde. Nous luttons contre la nature, contre l'ignorance, contre les obstacles de toute sorte, pour rendre moins dure notre misérable vie. Des hommes, des bienfaiteurs, des savants usent leur existence à travailler, à chercher ce qui peut aider, ce qui peut secourir, ce qui peut soulager leurs frères. Ils vont, acharnés à leur besogne utile, entassant les découvertes, agrandissant l'esprit humain, élargissant la science, donnant chaque jour à l'intelligence une somme de savoir nouveau, donnant chaque jour à leur patrie du bien-être, de l'aisance, de la force.

La guerre arrive. En six mois, les généraux ont détruit vingt ans d'efforts, de patience, de travail et de génie.

Voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme.

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Amadak
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MessageSujet: pour Rotko et les gds maupassnt   Jeu 6 Mar - 23:22

je suis enchantée de voir les commentaires sur Maupassant,J'ai toujours pensé que on lui devait une place sur ce forum J'ai lu beaucoup et aimé,Bel Ami , ses contes du jour et de la nuit, une vie,et d'autres que je garde dans ma biblothèque comme des joyaux.C'est un écrivain passioné dont le style est simple
facile à lire et qui laisse,portant un grand souvenir.
Amadak
Louba
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rabiblio
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Ven 7 Mar - 0:13

Amadak a écrit:
je suis enchantée de voir les commentaires sur Maupassant,J'ai toujours pensé que on lui devait une place sur ce forum J'ai lu beaucoup et aimé,Bel Ami , ses contes du jour et de la nuit, une vie,et d'autres que je garde dans ma biblothèque comme des joyaux.C'est un écrivain passioné dont le style est simple
facile à lire et qui laisse,portant un grand souvenir.
Amadak
Louba

Tout à fait d'accord , je lis cet auteur depuis mon adolescence et je suis toujours fan de son écriture , de toute façon je suis fan du courant réaliste : Zola , Maupassant.. celui-ci ayant en effet un style beaucoup plus simple et plus facile à lire , il a d'ailleurs écrit plus de nouvelles que de romans.
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Syl
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Ven 7 Mar - 7:33

J'aime bien Maupassant. D'ailleurs, un de mes poèmes préféré est de lui :"Jour de neige".

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

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rabiblio
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Ven 7 Mar - 13:55

Merci Syl Happy je n' avais encore jamais lu de poèmes de Maupassant.
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rotko
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Ven 7 Mar - 14:19

je crois bien n'avoir jamais lu depoèmes de Maupassant. Merci Syl

je rejoins Clmemont sur l'eau, je veux dire sur le titre du journal Sur l"eau , car il y a une nouvelle du même nom.

Ici, Maupassant apparait plus intime, et j'aime particulièrement ce passage, et la fin, inhabituelle pour l'image d'un homme à bonnes fortunes

Citation:
quand je fus remonté sur mon bateau, je demeurai longtemps assis sur le pont, plein de tristesse sans savoir pourquoi, plein de regrets sans savoir de quoi, ne pouvant me décider à descendre enfin dans ma chambre, comme si j’eusse voulu respirer plus longtemps un peu de cette tendresse répandue dans l’air, autour d’eux.

Tout à coup une des fenêtres de l’auberge s’éclairant, je vis dans la lumière leurs deux profils. Alors ma solitude m’accabla, et dans la tiédeur de cette nuit printanière, au bruit léger des vagues sur le sable, sous le fin croissant qui tombait dans la pleine mer, je sentis en mon coeur un tel désir d’aimer, que je faillis crier de détresse.
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Syl
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Ven 7 Mar - 15:22

Je vous en prie, Ratbiblio et Rotko. J'ai eu du plaisir à partager ce poème avec vous car, depuis longtemps, c'est un de mes préférés. Dès qu'un flocon de neige tombe dans le jardin, j'y pense, à coup sûr ! :neige: sapin
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Amadak
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Messages : 149

MessageSujet: amadak por Syl   Ven 7 Mar - 16:12

merci, merci de tout mon coeur pour ce beau poème de Maupasant, malgré tous les livres que j'ai de lui j¡ignorais ses poèmes et celui-là je vais le garder et je t'en prie si tu as un ou plusieurs d'autres je te remercierai si tu veux m'en envoyer.Ici en Argentine c'est difficile de trouver des livres
amicalement
Amadak
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rotko
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Messages : 21297

MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Ven 7 Mar - 19:55

Amadak
Citation:
c'est difficile de trouver des livres


Tu peux télécharger des livres sur internet.

Sur cette page, clique pour télécharger sur l'eau de Maupassant.
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Syl
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Age : 45
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Ven 7 Mar - 22:31

Merci Amadak. cheers
Voici un autre joli poème de Guy de Maupassant pour bien terminer la journée :

Désirs

Le rêve pour les uns serait d'avoir des ailes,
De monter dans l'espace en poussant de grands cris,
De prendre entre leurs doigts les souples hirondelles,
Et de se perdre, au soir, dans les cieux assombris.

D'autres voudraient pouvoir écraser des poitrines
En refermant dessus leurs deux bras écartés ;
Et, sans ployer des reins, les prenant aux narines,
Arrêter d'un seul coup les chevaux emportés.

Moi ; ce que j'aimerais, c'est la beauté charnelle :
Je voudrais être beau comme les anciens dieux,
Et qu'il restât aux coeurs une flamme éternelle
Au lointain souvenir de mon corps radieux.

Je voudrais que pour moi nulle ne restât sage,
Choisir l'une aujourd'hui, prendre l'autre demain ;
Car j'aimerais cueillir l'amour sur mon passage,
Comme on cueille des fruits en étendant la main.

Ils ont, en y mordant, des saveurs différentes ;
Ces arômes divers nous les rendent plus doux.
J'aimerais promener mes caresses errantes
Des fronts en cheveux noirs aux fronts en cheveux roux.

J'adorerais surtout les rencontres des rues,
Ces ardeurs de la chair que déchaîne un regard,
Les conquêtes d'une heure aussitôt disparues,
Les baisers échangés au seul gré du hasard.

Je voudrais au matin voir s'éveiller la brune
Qui vous tient étranglé dans l'étau de ses bras ;
Et, le soir, écouter le mot que dit tout bas
La blonde dont le front s'argente au clair de lune.

Puis, sans un trouble au coeur, sans un regret mordant,
Partir d'un pied léger vers une autre chimère.
Il faut dans ces fruits-là ne mettre que la dent :
On trouverait au fond une saveur amère.

Recueil : "Des vers" - Guy de Maupassant
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