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 Guy de MaupassantVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Inès_Tenso
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Inscrit le : 04 Jan 2006
Messages : 991

MessageSujet: Guy de Maupassant   Mar 6 Mar - 22:09


Moon a écrit:
J'aime beaucoup Maupassant...
Si vous lancez un fil, pas de problème.


En préambule, cette citation de Maupassant tirée d’un cas de divorce.
«L'oeil, songez à lui. Il boit la vie apparente pour en nourrir la pensée. Il boit le monde, la couleur, le mouvement, les livres, les tableaux, tout ce qui est beau et tout ce qui est laid, et il en fait des idées.»
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 21297

MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mer 7 Mar - 7:09

Belle citation, Inès, qui expliquerait pourquoi les nouvelles de Maupassant sont de vrais petits scenarios qui trouvent leur aboutissement à la télévision.

On regarde, et on se reconnait, soi-même ou nos semblables dans des conduites faites de revirements, de mesquineries subies ou infligées, d'appétits dévoilés.
Je n'ai pas vu la première volée de ces contes, mais j'ai bien envie de relire quelques contes.

On pourra aussi parler des romans. C'est fou ce qu'il a pu écrire, ce Maupassant, et inspirer de cineastes !
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clmemont
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Inscrit le : 20 Juin 2006
Messages : 916

MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mer 7 Mar - 7:13

Si on lance un tel fil, il faudra se méfier pour les nouvelles le nom des recueils et le groupement des nouvelles appelées quelquefois contes varient d'une maison d'édition à l'autre.
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Moon
Mod.



Age : 18
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mer 7 Mar - 13:57

Parmis les nouvelles de Maupassant que j'ai pu lire - une petite vingtaine pas plus -, il y en a deux qui m'ont particulièrement marqué.

L'Apparition et la Chevelure.

L'angoisse décrite par Maupassant est du grand art. Il arrive à me faire frissoner rien qu'en parlant d'une chevelure. D'ailleurs voilà un petit passage de l'Apparition juste avant l'évocation des cheveux.

Citation:
Je m'écarquillais les yeux à déchiffrer les suscriptions, quand je crus entendre ou plutôt sentir un frôlement derrière moi. Je n'y pris point garde, pensant qu'un courant d'air avait fait remuer quelque étoffe. Mais, au bout d'une minute, un autre mouvement, presque indistinct, me fit passer sur la peau un singulier petit frisson désagréable. C'était tellement bête d'être ému, même à peine, que je ne voulus pas me retourner, par pudeur pour moi-même. Je venais alors de découvrir la seconde des liasses qu'il me fallait ; et je trouvais justement la troisième, quand un grand et pénible soupir, poussé contre mon épaule, me fit faire un bond de fou à deux mètres de là. Dans mon élan je m'étais retourné, la main sur la poignée de mon sabre, et certes, si je ne l'avais pas senti à mon côté, je me serais enfui comme un lâche.
Une grande femme vêtue de blanc me regardait, debout derrière le fauteuil où j'étais assis une seconde plus tôt.
Une telle secousse me courut dans les membres que je faillis m'abattre à la renverse ! Oh ! personne ne peut comprendre, à moins de les avoir ressenties, ces épouvantables et stupides terreurs. L'âme se fond ; on ne sent plus son coeur ; le corps entier devient mou comme une éponge, on dirait que tout l'intérieur de nous s'écroule.
Je ne crois pas aux fantômes ; eh bien ! j'ai défailli sous la hideuse peur des morts, et j'ai souffert, oh ! souffert en quelques instants plus qu'en tout le reste de ma vie, dans l'angoisse irrésistible des épouvantes surnaturelles.
.

J'ai également lu Notre Coeur, et s'il y de très beaux passages comme la description du Mont Saint-Michel, je ne l'ai pas trouvé à la hauteur de ses nouvelles. J'en ai gardé l'impression d'un témoignage intéressant, mais d'un récit plus fade.

Dans la pile sur ma table de nuit il y a Clair de lune et autres nouvelles (Folio 3102). J'ai aussi bien l'intention de me lancer dans une autre sorte de nouvelles (si j'ai bien compris) avec Boule de suif .


Dernière édition par Moon le Jeu 6 Mar - 23:30, édité 3 fois
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 21297

MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mer 7 Mar - 14:16

On en découvre des choses !

Boule de suif a été tourné en film en 1945 par Christian Jaque. Le contexte de fin de guerre explique sans doute cette sortie, une guerre expliquant l'autre.

parmi les acteurs je repère Denis d'Inès (le curé d'Uville) lol!

écoutons wikipedia Wink

Citation:
Boule de suif écrite dans le courant de l'année 1879, rendue publique en 1880.


films :
1934 : Boule de Suif (Pyshka), film soviétique réalisé par Mikhail Romm ;
1945 : Boule de Suif, film français réalisé par Christian-Jaque, sur une adaptation et des dialogues signés Henri Jeanson, avec notamment Micheline Presle dans le rôle de Boule de Suif.

on recense aussi 3 adaptations télévisées. (et une adaptation théatrale)
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 21297

MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mer 7 Mar - 14:22

Il n'est pas sûr que la reprise en film soit dirigée contre les Allemands ex- Prussiens, mais sans doute contre l'hypocrisie des Francais et leur lâcheté dans des conditions difficiles.
Ca devait donc être un tableau un peu piquant. Dans son récit, Maupassant a l'art de nous faire prendre parti pour "Boule de suif", le personnage, sans vraiment plaider sa cause.
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Inès_Tenso
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Inscrit le : 04 Jan 2006
Messages : 991

MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mer 7 Mar - 22:09

rotko a écrit:
On en découvre des choses !
parmi les acteurs je repère Denis d'Inès (le curé d'Uville) lol!


Happy en plus il utilise un pseudo lui aussi , c'est fort ça !!

Citation:
Joseph-Victor-Octave Denis, dit Denis d'Inès
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schlass
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Jeu 8 Mar - 14:21

Je suis aussi très friand de ses romans, notamment la sécheresse absolue d'Une vie ou de Mont-Oriol, sans parler du vaste panorama social qu'offre Bel-Ami.

Et j'aime beaucoup ses Chroniques , qu'on peut d'ailleurs lire dans leur intégralité sur le Web.
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rotko
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Jeu 8 Mar - 14:31

je ne garde pas un grand souvenir d'une vie qui m'avait paru longuet. En revanche Bel Ami pour l'ascension sociale d'un intrigant de premier ordre, qui joue des medias (journal) pour se lancer dans la politique, et reussir par tous les moyens, me parait bien actuel. Bernard Tapie n'est pas loin.
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schlass
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Age : 24
Inscrit le : 20 Nov 2006
Messages : 76

MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Jeu 8 Mar - 14:44

Il semblerait que Maupassant se soit inspiré d'un personnage réel, Emile de Girardin si ma mémoire est bonne. On peut y voir une sorte de manuel du parvenu, nouvel avantar du courtisan. Mais je n'ai pas eu l'impression qu'il s'agissait uniquement de la chronique d'une réussite sociale. Ce sont plus les à-côtés de ce brillant parcours qui m'ont séduit.
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Seuguh
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Jeu 8 Mar - 15:13

schlass a écrit:
Et j'aime beaucoup ses Chroniques , qu'on peut d'ailleurs lire dans leur intégralité sur le Web.


Oui, maizoù ? rotko avait posté un court texte sur la nuit, de GdM - à lire.

rotko a écrit:
Citation:
Or, une nuit, trois mois après le crime, j'eus un affreux cauchemar. Il me sembla que je voyais la main, l'horrible main, courir comme un scorpion ou comme une araignée le long de mes rideaux et de mes murs. Trois fois, je me réveillai, trois fois je me rendormis, trois fois je revis le hideux débris galoper autour de ma chambre en remuant les doigts comme des pattes.



Maupassant La Main. Ce conte a été écrit en 1983 et on le lit rapidement sur le site.
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 21297

MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Jeu 8 Mar - 17:21

les chroniques sont sur ce site.

De quels à-cotés de Bel Ami parles-tu, Schlass ?
les petites intrigues sentimentales et les revirements des personnages féminins par exemple ? ces tableaux des moeurs féminines, de la prostituée aux bourgeoises, mère et fille, coincées ou délurées, sont croquignolets.
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clmemont
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Inscrit le : 20 Juin 2006
Messages : 916

MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Jeu 8 Mar - 19:17

Bel Ami comporte des passages sombres aussi comme le fameux "discours sur la mort" de Norbert de Varenne
Citation:
Duroy, qui se sentait le coeur gai, ce soir-là, dit, en souriant:

"Vous avez du noir, aujourd'hui, cher maître."

Le poète répondit .

"J'en ai toujours, mon enfant, et vous en aurez autant que moi dans quelques années. La vie est une côte. Tant qu'on monte, on regarde le sommet, et on se sent heureux; mais, lorsqu'on arrive en haut, on aperçoit tout d'un coup la descente, et la fin qui est la mort. Ça va lentement quand on monte, mais ça va vite quand on descend. A votre âge, on est joyeux. On espère tant de choses, qui n'arrivent jamais d'ailleurs. Au mien, on n'attend plus rien... que la mort. "

Duroy se mit à rire:

"Bigre, vous me donnez froid dans le dos."

Norbert de Varenne reprit:

"Non, vous ne me comprenez pas aujourd'hui, mais vous vous rappellerez plus tard ce que je vous dis en ce moment.

"Il arrive un jour, voyez-vous, et il arrive de bonne heure pour beaucoup, où c'est fini de rire, comme on dit, parce que derrière tout ce qu'on regarde, c'est la mort qu'on aperçoit.

"Oh! vous ne comprenez même pas ce mot-là, vous, la mort. A votre âge, ça ne signifie rien. Au mien, il est terrible.

"Oui, on le comprend tout d'un coup, on ne sait pas pourquoi ni à propos de quoi, et alors tout change d'aspect, dans la vie. Moi, depuis quinze ans, je la sens qui me travaille comme si je portais en moi une bête rongeuse. Je l'ai sentie peu à peu, mois par mois, heure par heure, me dégrader ainsi qu'une maison qui s'écroule. Elle m'a défiguré si complètement que je ne me reconnais pas. Je n'ai plus rien de moi, de moi l'homme radieux, frais et fort que j'étais à trente ans. Je l'ai vue teindre en blanc mes cheveux noirs, et avec quelle lenteur savante et méchante! Elle m'a pris ma peau ferme, mes muscles, mes dents, tout mon corps de jadis, ne me laissant qu'une âme désespérée qu'elle enlèvera bientôt aussi.

"Oui, elle m'a émietté, la gueuse, elle a accompli doucement et terriblement la longue destruction de mon être, seconde par seconde. Et maintenant je me sens mourir en tout ce que je fais. Chaque pas m'approche d'elle, chaque mouvement, chaque souffle hâte son odieuse besogne. Respirer, dormir, boire, manger, travailler, rêver, tout ce que nous faisons, c'est mourir. Vivre enfin, c'est mourir!

"Oh! vous saurez cela! Si vous réfléchissiez seulement un quart d'heure, vous la verriez.

"Qu'attendez-vous? De l'amour? Encore quelques baisers, et vous serez impuissant.

"Et puis, après? De l'argent? Pour quoi faire? Pour payer des femmes? Joli bonheur? Pour manger beaucoup, devenir obèse et crier des nuits entières sous les morsures de la goutte?

"Et puis encore? De la gloire? A quoi cela sert-il quand on ne peut plus la cueillir sous forme d'amour?

"Et puis, après? Toujours la mort pour finir.

"Moi, maintenant, je la vois de si près que j'ai souvent envie d'étendre les bras pour la repousser. Elle couvre la terre et emplit l'espace. Je la découvre partout. Les petites bêtes écrasées sur les routes, les feuilles qui tombent, le poil blanc aperçu dans la barbe d'un ami me ravagent le coeur et me crient: "La voilà!"

"Elle me gâte tout ce que je fais, tout ce que je vois, ce que je mange et ce que je bois, tout ce que j'aime, les clairs de lune, les levers de soleil, la grande mer, les belles rivières, et l'air des soirs d'été, si doux à respirer!"

Il allait doucement, un peu essoufflé, rêvant tout haut, oubliant presque qu'on l'écoutait.

Il reprit: "Et jamais un être ne revient, jamais... On garde les moules des statues, les empreintes qui refont toujours des objets pareils; mais mon corps, mon visage, mes pensées, mes désirs ne reparaîtront jamais. Et pourtant il naîtra des millions, des milliards d'êtres qui auront dans quelques centimètres carrés un nez, des yeux, un front, des joues et une bouche comme moi, et aussi une âme comme moi, sans que jamais je revienne, moi, sans que jamais même quelque chose de moi reconnaissable reparaisse dans ces créatures innombrables et différentes, indéfiniment différentes bien que pareilles à peu près.

"A quoi se rattacher? Vers qui jeter des cris de détresse? A quoi pouvons-nous croire?

"Toutes les religions sont stupides, avec leur morale puérile et leurs promesses égoïstes, monstrueusement bêtes.

"La mort seule est certaine."

Il s'arrêta, prit Duroy par les deux extrémités du col de son pardessus, et, d'une voix lente:

"Pensez à tout cela, jeune homme, pensez-y pendant des jours, des mois et des années, et vous verrez l'existence d'une autre façon. Essayez donc de vous dégager de tout ce qui vous enferme, faites cet effort surhumain de sortir vivant de votre corps, de vos intérêts, de vos pensées et de l'humanité tout entière, pour regarder ailleurs, et vous comprendrez combien ont peu d'importance les querelles des romantiques et des naturalistes, et la discussion du budget."

Il se remit à marcher d'un pas rapide.

"Mais aussi vous sentirez l'effroyable détresse des désespérés. Vous vous débattrez, éperdu, noyé, dans les incertitudes. Vous crierez " A l'aide " de tous les côtés, et personne ne vous répondra. Vous tendrez les bras, vous appellerez pour être secouru, aimé, consolé, sauvé; et personne ne viendra.

"Pourquoi souffrons-nous ainsi? C'est que nous étions nés sans doute pour vivre davantage selon la matière et moins selon l'esprit; mais, à force de penser, une disproportion s'est faite entre l'état de notre intelligence agrandie et les conditions immuables de notre vie.

"Regardez les gens médiocres: à moins de grands désastres tombant sur eux ils se trouvent satisfaits, sans souffrir du malheur commun. Les bêtes non plus ne le sentent pas."

Il s'arrêta encore, réfléchit quelques secondes, puis d'un air las et résigné:

"Moi, je suis un être perdu. Je n'ai ni père, ni mère, ni frère, ni soeur, ni femme, ni enfants, ni Dieu."

Il ajouta, après un silence: "Je n'ai que la rime,"

Puis, levant la tête vers le firmament, où luisait la face pâle de la pleine lune, il déclama:

Et je cherche le mot de cet obscur problème

Dans le ciel noir et vide où flotte un astre blême.

Ils arrivaient au pont de la Concorde, ils le traversèrent en silence, puis ils longèrent le Palais-Bourbon. Norbert de Varenne se remit à parler:

"Mariez-vous, mon ami, vous ne savez pas ce que c'est que de vivre seul, à mon âge. La solitude, aujourd'hui, m'emplit d'une angoisse horrible; la solitude dans le logis, auprès du feu, le soir. Il me semble alors que je suis seul sur la terre, affreusement seul, mais entouré de dangers vagues, de choses inconnues et terribles; et la cloison, qui me sépare de mon voisin que je ne connais pas, m'éloigne de lui autant que des étoiles aperçues par ma fenêtre. Une sorte de fièvre m'envahit, une fièvre de douleur et de crainte, et le silence des murs m'épouvante. Il est si profond et si triste, le silence de la chambre où l'on vit seul. Ce n'est pas seulement un silence autour du corps, mais un silence autour de l'âme, et, quand un meuble craque, on tressaille jusqu'au coeur, car aucun bruit n'est attendu dans ce morne logis."

Il se tut encore une fois, puis ajouta:

"Quand on est vieux, ce serait bon, tout de même, des enfants!"

Ils étaient arrivés vers le milieu de la rue de Bourgogne. Le poète s'arrêta devant une haute maison, sonna, serra la main de Duroy, et lui dit:

"Oubliez tout ce rabâchage de vieux, jeune homme, et vivez selon votre âge; adieu!"

Et il disparut dans le corridor noir.

Duroy se remit en route, le coeur serré. Il lui semblait qu'on venait de lui montrer quelque trou plein d'ossements, un trou inévitable où il lui faudrait tomber un jour. Il murmura: "Bigre, ça ne doit pas être gai, chez lui. Je ne voudrais pas un fauteuil de balcon pour assister au défilé de ses idées, nom d'un chien!"

Mais, s'étant arrêté pour laisser passer une femme parfumée qui descendait de voiture et rentrait chez elle, il aspira d'un grand souffle avide la senteur de verveine et d'iris envolée dans l'air. Ses poumons et son coeur palpitèrent brusquement d'espérance et de joie; et le souvenir de Mme de Marelle qu'il reverrait le lendemain l'envahit des pieds à la tête.


Je sais, c'est un peu long mais le passage ne manque pas d'intérêt.
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schlass
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Age : 24
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Lun 19 Mar - 14:31

Citation:
Bel Ami comporte des passages sombres aussi comme le fameux "discours sur la mort" de Norbert de Varenne



Je voulais parler précisément de tout ce qui prend place à côté du récit d'ascension sociale, de tout ce à quoi le protagoniste doit renoncer pour parvenir, de tout ce qu'il doit chasser de son esprit et qui parvient pourtant à se manifester. Le "discours sur la mort" est symptomatique, et son souvenir poursuit le héros pendant le reste du roman. Je trouve très intéressant qu'il ne parvienne à rejeter cette maladie de l'esprit (qui a conduit l'auteur à la folie) qu'est le matérialisme absolu que par l'appel des sens, un peu comme on tente de chasser les images des funérailles d'un proche en recherchant une aventure sexuelle.
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rotko
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MessageSujet: Re: Guy de Maupassant   Mer 28 Mar - 6:26

Chez Maupassant
France 2 a « commandé » une deuxième série à Gérard Jourd'hui et Jacques Santamaria, pour une diffsion en 2008.

À nouveau, quatre nouvelles de 60 minutes - La Chambre 11, réalisée par Jacques Santamaria, Le Rosier de Mme Husson, Ce cochon de Morin, réalisée par Laurent Heynemann, Aux champs -

+ quatre contes de trente minutes - Au bord du lit, Le Petit Fût, réalisé par Claude Chabrol avec Tsilla Tchelton, L'Ami Joseph, réalisé par Gérard Jourd'hui, et Une soirée, avec Michel Serraut.

L'actuelle série sera disponible en DVD le 4 avril.
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