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Milan Kundera

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rotko
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MessageSujet: Milan Kundera   Dim 5 Fév - 9:42

Milan Kundera, Le livre du rire et de l'oubli, Gallimard.
2070705234
Variations sur des "thèmes existentiels".
Kundera a voulu d'abord faire une suite à "Risibles amours". Puis il a décidé d'organiser les sept nouvelles qui composent le présent recueil comme "sept petites compositions indépendantes ". Il précise
Citation:
:" Le seul lien qui les tient ensemble, qui en fait un ROMAN, c'est l'unité des mêmes thèmes. Ainsi ai-je rencontré sur mon chemin, une autre vieille stratégie : la stratégie beethovenienne des variations ; grâce à elle, j'ai pu rester en contact direct et ininterrompu avec quelques questions existentielles qui me fascinent et qui, dans ce ROMAN-VARIATIONS, sont explorées progressivement sous de multiples angles."
( "les testaments trahis" pp 199-200 ).

Ces thèmes connus de Kundera et des écrivains exilés tournent autour des perversions du totalitarisme qui, falsifiant l'histoire du pays et abusant les citoyens, place les vies individuelles sous le signe du mensonge et de l'arbitraire. Ainsi voit-on les personnages se méprendre sur les intentions d'autrui, accepter des rôles à contre-emploi, devenir les victimes d'un passé encombrant.

Le lecteur s'amuse parfois de situations cocasses/loufoques et d'évidents malentendus. Toutefois l'ensemble, à mon goût, reste bien cérébral et le recueil me paraît plus propice à une étude littéraire qu'à une lecture désinteressée.

La volonté de Kundera de produire des textes où l'auteur refuse d'afficher tout sentiment, l'amène à décrire des situations cocasses/loufoques où le lecteur, attentif au moindre indice d'ironie, ne trouve pas toujours son compte. Sans doute voit-on l'index pointé sur des personnages incohérents, s'amuse-t-on parfois de retournements de situations ou d'évidents malentendus, mais l'ensemble reste bien cérébral. Le recours de l'auteur à "la stratégie beethovenienne des variations"

Une question : j'ai dans la collection Folio, l'immortalité. quelqu'un l'a -t-il lu ?
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rotko
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Lun 6 Fév - 12:54

Nam 'lintervention de Nam méerite d' aussi d'être mise en ligne a propos de kundera
Citation:
A ce sujet,[" liberté d'expression et censure", à propos de caricatures ] je me permets de citer quelques mots de Kundera à propos de Salman Rushdie, qui me semblent étrangement d'actualité, même s'il s'agit du roman.

" Situation unique dans l'Histoire : par son origine, Rushdie appartient à la société musulmane qui, en grande partie, est encore en train de vivre l'époque d'avant les Temps modernes. Il écrit son livre en Europe, à lépoque des Temps modernes ou, plus exactement, à la fin de cette époque.
De même que l'Islam iranien s'éloignait à ce moment de la modération religieuse vers une théocratie combative, de même l'histoire du roman, avec Rushdie, passait du sourire gentil et professoral de Thomas Mann à l'imagination débridée puisée à la source redécouverte de l'humour rabelaisien. Les antithèses se rencontrèrent, poussées à l'extrême.
De ce point de vue, la condamnation de Rushdie apparaît non pas comme un hasard, une folie, mais comme un conflit on ne peut plus profond entre deux époques : la théocratie s'en prend aux Temps modernes et a pour cible leur création la plus représentative : le roman. Car Rushdie n'a pas blasphémé. Il n'a pas attaqué l'Islam. Il a écrit un roman. Mais cela, pour l'esprit théocratique, est pire qu'une attaque ; si on attaque une religion (par une polémique, un blasphème, une hérésie), les gardiens du temple peuvent aisément la défendre sur leur propre terrain, avec leur propre langage ; mais, pour eux, le roman est une autre planète ; un autre univers fondé sur une autre ontologie ; un infernum où la vérité unique est sans pouvoir et où la satanique ambiguïté tourne tout en énigme.

(...)

Avec les Versets sataniques, c'est donc l'art du roman en tant que tel qui est incriminé. C'est pourquoi, de toute cette triste histoire, le plus triste est non pas le verdict de Khomeiny (qui résulte d'une logique atroce mais cohérente) mais l'incapacité de l'Europe à défendre et à expliquer (expliquer patiemment à elle-même et aux autres) l'art le plus européen qu'est l'art du roman, autrement dit, à expliquer et à défendre sa propre culture. Les 'fils du roman' ont lâché l'art qui les a formés. L'Europe, la 'société du roman' s'est abandonnée elle-même."


(Les Testaments trahis, 1993
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rotko
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Lun 6 Fév - 12:55

Milan Kundera, testaments trahis, Gallimard .
2070736059
Nettoyage à sec.
Se promener avec Kundera sur le terrain d'exercice du roman est l'occasion d'un bol d'air salutaire. On renoue avec la liberté initiale des écrits en prose qui vont donner naissance au roman. Les rappels d'épisodes de la vie de Panurge chez Rabelais font rire et alimentent la réflexion :

Citation:
"[Panurge] tombe amoureux d'une dame et veut à tout prix l'avoir. Dans l'église, pendant la messe, il lui adresse d'ébouriffantes obscénités [...] et quand elle ne veut pas entendre, il se venge en dispersant sur ses vêtements le sexe d'une chienne en chaleur. Sortant de l'Eglise, tous les chiens des environs (six mille et quatorze dit Rabelais) courent après elle et pissent sur elle
".
Le plaisir qu'on prend à lire ne se préoccupe pas de moralité ou de bienséance.Voila qui met un terme à certaines prétentions de soumettre l'écriture aux diktats de la morale ou de la religion. Le roman en effet est "un territoire où le jugement moral est suspendu". Ainsi remet-on doucement à leur place les intrus ; On réhabilite l'humour comme santé de l'esprit.
Kundera fait donc agréablement des mises au point : Max Brod a créé, dit-il, la "kafkologie", c'est-à-dire, un système d'explications ou de regards sur l'oeuvre qui fait intervenir des éléments extérieurs au texte - élément d'ailleurs parfaitement contestables. "La kafkologie est le discours destiné à kafkologiser Kafka". Kundera s'en prend donc en particulier à des critiques littéraires (?) qui ont sans cesse recours aux soi-disant données biographiques. Il en donne un exemple avec la courte nouvelle de Hemingway "collines comme des éléphants blancs". On pourrait ajouter aux biographes invétérés les psychanalystes à tout crin.

Tout en cheminant, et par petites touches, Kundera montre la riche palette des grands créateurs. Tantôt on parle d' écriture à propos de Thomas Mann ou de Salman Ruhdie, ou de musique avec Janacek ou Stravinsky. Au passage, Kundera glisse quelques renseignements sur ses oeuvres :"Dans "la plaisanterie", les quatre personnages sont créés ainsi : quatre univers communistes personnels, greffés sur quatre passés européens : Ludvik : le communisme qui pousse sur l'esprit corrosif voltairien; Jaroslav : le communisme en tant que désir de reconstrure le temps patriarcal conservé dans le folklore; Kotska : l'utopie communiste greffée sur l'évangile; Hélène : le communisme, source d'enthousiasme d'un "homo sentimentalis. Tous ces univers sont saisiq au moment d eleur decomposition : quatre formes de désintégration du communisme; ce qui veut dire aussi : effondrement de quatre vieilles aventures européennes " p 24.
Ce livre en neuf parties et tout petits chapitres n'a rien de pédant . Kundera est très fréquentable !
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rotko
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Lun 6 Fév - 13:06

Nam a raison , l'analyse de Kundera sur les versets sataniques est un joyau d'explication de texte; non pedante et éclairante.
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Nam
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Lun 6 Fév - 14:04

J'ai du mal à poster une réponse, parce que je sens que si je commence, je ne vais jamais m'arrêter de poster à ce sujet. A la fois, l'envie est loin de me manquer de faire des post de 4 pages... et en même temps.. sachant que je suis sensée en rendre une quinzaine sous peu... je suis partagée. Et me voilà à rendre mes états d'ames sur son post, désolée, Kundy !
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Nam
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Lun 6 Fév - 17:36

Elle dit ça et ne peut s'empêcher de citer ...

L'extase selon Kundera

"Par l'extase, l'émotion touche à son paroxysme, et ainsi, simultanément, à sa négation (à son oubli).
L'extase signifie être "horsde soi", comme le dit l'étymologie du mot grec : action de sortir de sa position (stasis). Etre 'hors de soi' ne signifie pas qu'on est hors du moment présent à la manière d'un rêveur qui s'évade vers le passé ou l'avenir. Exactement le contraire : l'extase est l'identification au moment présent, oubli total du passé et de l'avenir. Si on efface l'avenir ainsi que le passé, la seconde présente se trouve dans l'espace vide, en dehors de la vie et de sa chronologie, en dehors du temps et indépendante de lui (c'est pourquoi on peut la comparer à l'éternité qui, elle aussi, est la négation du temps.

(...)


On est habitués à lier la notion d'extase aux grands moments mystiques. Mais il y a l'extase quotidienne, banale, vulgaire : l'extase de la colère, l'extase de la vitesse au volant, l'extase de l'assourdissement par le bruit, l'extase dans les stades de football. Vivre, c'est un lourd effort perpétuel pour ne pas se perdre soi-même de vue, pour être toujours solidement présent dans soi-même, dans son stasis. Il suffit de sortir un petit instant de soi-même et on touche au domaine de la mort."

Les Testaments trahis
!
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rotko
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Jeu 23 Mar - 19:43

Milan Kundera, L'identité, Gallimard.

Les cauchemars de Chantal

Jean-Marc, très pressé de rejoindre sa compagne, au bord de la mer, commence par se tromper sur une silhouette ; il se méprend aussi sur certaines paroles et attitudes de Chantal. C'est le règne des malentendus.

De son côté, Chantal recoit des lettres d'un amoureux inconnu, ce qui déclenche dans le couple des interrogations sur l'autre, et la jalousie qui, comme chacun sait, déforme tout ce qu'elle touche.

Aucun d'eux ne sait trouver les mots qui conviennent, et avec le silence et les soupçons s'installe le malaise : ils deviennent deux "étrangers". Chacun s'enferme dans sa solitude et son délire.
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swallow
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Dim 27 Aoû - 17:21

Je suis un peu comme toi, Rotko. j´ai besoin d´un coup de pouce pour apprecier Kundera.
Mon erreur fut peut-être de commencer par "La lenteur", car c´etait un petit format.
Mais ce chateau transformé en hotel, certaines scènes qui se veulent crues et sombrent dans le trivial.... Non, pas du tout accroché pour l´instant.
J´attends Yugcib pour me guider dans sa foulée...
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Nam
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Ven 1 Sep - 16:17

Je reviens pour parler des mêmes choses, bonjour à tous !
Je pense toujours autant à vous, je passe de temps en temps lire vos fils, toujours aussi nombreux, et intéressants ! Je pense revenir plus régulièrement quand j'aurai fini mon maudit mémoire... sur Kundera justement (ca ne devrait plus tarder)

Il ne faut pas, je crois, s'arrêter à l'aspect cérébral des livres de Kundera, peut-être s'agit-il simplement de les aborder avec légèreté. Il est plus facile, néanmoins de comprendre ses objectifs si on s'arrête sur ses essais, notamment les "entretiens" avec Christian Salmon dans L'art du roman dans lesquels il explique son approche si particulière des personnages :
puisque sa définition du roman se caractérise essentiellement par son "exploration des territoires inconnus de l'existence", et que dans son histoire du roman, la période contemporaine accomplit cette tache en utilisant essentiellement un rapport phénoménologique avec ses personnages, il faut bien comprendre qu'il observe ses héros ( qu'il considère comme des "ego expérimentaux") avec recul (son ironie) mais aussi avec comme seul but de pouvoir saisir leur "code existentiel". Celui-ci se résume à quelques mots-clefs (mots-thèmes) qu'il découvre en plaçant ses personnages dans tel ou telle situation.


"Quelle est la façon non psychologique de saisir le moi? Saisir un moi, cela veut dire, dans mes romans, saisir l'essence de la problématique existentielle. Saisir son code existentiel. En écrivant L'insoutenable légèreté de l'être je me suis rendu compte que le code de tel ou tel personnage est composé de quelques mots clés. Pour Tereza : le corps, l'âme, le vertige, la faiblesse, l'idylle, le Paradis. Pour Tomas : la légèreté, la pesanteur. Dans le chapitre intitulé Les mots incompris, j'examine le code existentiel de Franz et celui de Sabina en analysant plusieurs mots : la femme, fidélité, la trahison (...) Chacun de ces mots a une signification différente dans le code existentiel de l'autre. Bien sûr ce code n'est pas étudié in abstracto, il se révèle progressivement dans l'abstraction, dans les situations"

L'art du roman
, p.43 (LDP)

Le premier livre que j'ai lu de lui, c'était La vie est ailleurs, et il m'a bouleversé sans que je ne comprenne bien toute ce caractère ironique. Peut-être que les plus faciles à aborder restent L'insoutenable légèreté de l'être et Le livre du rire et de l'oubli, et essayer de se laisser porter pour "voler" nous aussi légèrement, au dessus des mots Smile
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rotko
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Ven 1 Sep - 16:33

super, te voila !

Seras-tu encore disposée à parler de kundera une fois ton memoire terminé ? car l'immortalité m'attend !
enfin, façon de parler, hein ? Wink
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Nam
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Ven 1 Sep - 16:39

Bien sûr j'en parlerai à volonté !! (même si ses romans ne sont pas ma spécialité drunken )
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coline
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Ven 1 Sep - 17:33

Ravie de te retrouver Nam... Wink ...
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Nam
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Ven 1 Sep - 17:46

Moi aussi, très heureuse Embarassed
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Sam 2 Sep - 22:53

rotko a écrit:
super, te voila !

Seras-tu encore disposée à parler de kundera une fois ton memoire terminé ? car l'immortalité m'attend !
enfin, façon de parler, hein ? Wink


(si ca intéresse quelqu'un je mettrais des passages de mon mémoire sur le forum d'ailleurs)

Je ne sais pas si je te souhaite l'immortalité Rotko, mais en tout cas, je souhaite vivement que tu nous parles du livre, que je n'ai pas eu le plaisir de lire !
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coline
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MessageSujet: Re: Milan Kundera   Sam 2 Sep - 23:07

Nam a écrit:


(si ca intéresse quelqu'un je mettrais des passages de mon mémoire sur le forum d'ailleurs)


Bien sûr que cela nous intéressera Nam!...
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Milan Kundera

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