
Forum littérature, roman, polar, poésie, théâtre, BD, SF, auteurs et livres du monde entier sur le forum littéraire et tous les arts, cinéma, peinture ...
Une table conviviale pour parler des livres, des spectacles, et goûter aux plaisirs des mots. |
| | |
| Auteur | Message |
|---|
Nam pilier

Age : 23 Inscrit le : 04 Jan 2006 Messages : 268 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Jeu 13 Avr - 1:01 | |
| Je me souviens que j'avais été moi aussi destabilisée par la fin, notamment à Marseille (mais le moment où je l'ai lu commence à être loin..). La toute fin par contre, m'avait réconcilée .. mais je parle encore de souvenirs vagues _________________ Les seules pensées zen que vous puissiez trouver en haut d'une montagne sont celles que vous avez apportées avec vous. (Robert Pirsig) |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Jeu 13 Avr - 7:55 | |
| Desert est un livre composite : il est lent pour les deambulations de Lalla, c'est le temps du désert, et des pays pauvres, rapide pour la fuite de Radicz, dans la ville lieu d'agressions ;
le recit est fabuleux pour les populations de Mai el Ainine, sorte d'épopée qui tourne mal, et le ton héroïque devient une déploration, l'histoire de Lalla est "primitive", d'une "naîveté" originelle.
Avec Marseille, on en vient à un réalisme qui correspond à certains livres de Tahar Ben Jelloun sur la condition des immigrés en France. En même temps persiste un aspect "conte de fée" avec Lalla covergirl. C'est vrai que son caractère ne correspond pas aux exigences des séances de pose; ce que Le Clezio tente de dissimuler en transformant son photographe en un "mitrailleur" de Lalla au naturel.
C'est vrai aussi qu'il y a des "ellipses" ! la grossesse de Lalla n'apparait pas sur les photos alors qu'un vieillard de l'hôtel l'a remarquée... |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Jeu 13 Avr - 18:19 | |
| | Esther a écrit: | | Il y a comme une atmosphère magique qui se produit : très peu d'actions, et pourtant on suit les personnages avec grande attention. Tout l'intérêt du roman réside dans les descriptions, les sensations, les odeurs, non, j'avoue ce texte me fascine |
Dans Désert, , à l’instar de beaucoup de protagonistes de son récit - Naman, Aamma, le guerrier aveugle, Le Clézio se fait conteur : pour mettre en relief les sensations fondamentales, il a recours à un langage élémentaire, aussi naïf que Lalla. Le lecteur devient un enfant à qui le conteur communique des sensations et sentiments primitifs, bien loin de la modernité. La sensation brute est celle d’une « petite croix blanche » et il retarde le plus possible le mot « avion ».
| Citation: | | Certains matins, il y a dans le ciel quelque chose que Lalla aime bien : c’est un grand nuage blanc, long et effilé qui traverse le ciel à l’endroit où il y a le plus de bleu. Au bout du fil blanc, on voit une petite croix d’argent qui avance lentement, si haut qu’on la distingue à peine. Lalla regarde longtemps la petite croix qui avance dans le ciel, la tête renversée en arrière. Elle aime voir comment elle avance dans le grand ciel bleu, sans bruit, en laissant derrière ce long nuage blanc, formé de petites boules cotonneuses qui se mélangent et s’élargissent comme une route, puis le vent passe sur le nuage en blanc et lave le ciel. Lalla pense qu’elle aimerait bien être là-haut, dans la minuscule croix d’argent, au-dessus de la mer, au-dessus des îles, comme cela, jusqu’aux terres les plus lointaines. Elle reste encore longtemps à regarder le ciel, après que l’avion a disparu. |
|
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Ven 14 Avr - 11:33 | |
| Dans son évocation des éléments, Le Clézio montre souvent la présence humaine comme inopportune . Il ne va pas jusqu’à dire comme Valéry que l’homme est « le secret défaut à l’intérieur du grand diamant » de la nature, mais certaines phrases sont révélatrices.
Le silence du Hartani :
| Citation: | | « il ne veut pas entendre le langage des hommes »; | p.131
le vent du désert : | Citation: | | « le vent froid brûle [Lalla], le vent terrible qui n’aime pas la vie des hommes,,il souffle pour l’abraser, pour la réduire en poudre. Le vent qui souffle ici n’aime guère que les scorpions et les scolopendres, les lézards et les serpents, à la rigueur les renards au pelage brûlé. » | p.202
Le désert lui-même : | Citation: | | " La brûlure du désert se répand, remonte ses veines, se mêle à ses viscères. Le regard d’Es Ser est terrible et fait mal parce que c’est la souffrance qui vient du désert,la faim, la peur, la mort qui arrivent, qui déferlent. La belle lumière d’or, la ville rouge, le tombeau blanc et léger d’où émane la clarté surnaturelle, portent eux aussi le malheur l’angoisse, l’abandon.. C’est un long regard de détresse qui vient, parce que la terre est dure et que le ciel ne veut pas des hommes ». | p. 206 |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Ven 14 Avr - 17:36 | |
| | Nam a écrit: |
Ce qui ressort pour moi des textes de Le Clézio, c'est une lumière toute particulière.[...] la lumière de l'extérieur et les murs blancs,[...] On a envie d'y rester, dans la lumière de Le Clezio, juste une minute, et repartir, comme si de rien n'était. Regarder encore ce soleil qui sait transformer n'importe quelle ville. C'est tout juste le silence de la lumière lorsque les regards se tournent enfin vers elle. |
Nam a raison de parler de la lumière chez Le Clézio : le personnage de Lalla en retire une aura merveilleuse qui irradie et transforme tout le décor. Bachelard y verrait une épiphanie.
| Citation: | Maintenant, elle marche plus légèrement, en rebondissant sur ses semelles élastiques, une main dans la poche de sa salopette. Ses cheveux noirs tombent en lourdes boucles sur le col de son manteau, étincellent à la lumière de l’électricité blanche.
[…] Il y a comme l’éclair du feu dans le noir des cheveux de Lalla, dans le cuivre rouge de son visage. Maintenant c’est comme si la lumière de l’électricité avait ranimé la couleur du soleil du désert, comme si elle était venue là, dans le Prisunic, directement du chemin qui vient des plateaux de pierre.
Peut-être que tout a disparu, réellement, et que le grand magasin est seul au centre du désert sans fin, pareil à une forteresse de pierre et de boue. Mais c’est la ville que le sable entoure, que le sable enserre, et on entend craquer les superstructures des immeubles de béton, tandis que courent les fissures sur les murs, et que tombent les panneaux de verre miroir des gratte-ciel.
C’est le regard de Lalla qui porte la force brûlante du désert. La lumière est ardente sur ses cheveux noirs, sur la natte épaisse qu’elle tresse au creux de son épaule, en marchant. La lumière est ardente dans ses yeux couleur d’ambre, sur sa peau, sur ses pommettes saillantes, sur ses lèvres…. |
Désert p.332. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Sam 15 Avr - 8:53 | |
| Bien souvent, Le Clézio offre des images toutes faites pour, comme dans un spot de pub, suggérer des impressions au lecteur :
Lalla et la mer (on la voit déjà en cover girl !)
| Citation: | | Lalla marche sur le sable, le long de la frange d’écume. Sa robe mouillée jusqu’à la poitrine sèche dans le vent. Ses cheveux très noirs sont tressés par le vent, d’un seul côté, et son visage est couleur de cuivre dans la lumière du soleil | . P.82
Taroudannt
| Citation: | | Jamais Nour n’avait vu une ville aussi belle. Les hauts murs de pierre et de boue, sans fenêtres, resplendissaient dans la lumière du couchant. Un halo de poussière flottait au-dessus de la ville comme du pollen, l’entourait de son nuage magique | . P. 252 |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Sam 15 Avr - 8:57 | |
| Autre image, sorte de vignette du crime.
| Citation: | | [Lalla] voit, à la lumière blême du lampadaire, un homme qui rampe sur le sol en tenant un couteau enfoncé dans sa poitrine. Le lendemain, il y a une longue traînée gluante par terre où les mouches viennent vrombir | . P.284 |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Sam 15 Avr - 16:41 | |
| Le Clézio rappelle des événements historiques précis : la « pacification » du Maroc en 1910 par les troupes du général Mangin, le grand théoricien de la « force noire ». Il s’agissait de recruter et d’entraîner au combat les tirailleurs sénégalais dans l’attente du conflit senti comme imminent avec l’Allemagne.
L’intervention des troupes françaises au Maroc est bien expliquée dans les pages 376 et 377. Intérêts financiers des banques, appétits de différentes sociétés (les noms sont donnés) etc…. Mai el Ainine avec les tribus qui l’ont rejoint doit résister à « une vague d’argent et de balles » : «| Citation: | | Que peut son regard farouche d’animal traqué contre ceux qui spéculent, qui convoitent les terres, les villes, contre ceux qui veulent la richesse que promet la misère de ce peuple ». |
L’autre volet de la violence, les Arabes immigrés la connaîtront en France où ils pensaient trouver un Eldorado : « Mé-di-terr-anée » chantonne Lalla rêvant de partir vers les villes européennes. Pourtant ce qu’elle connaîtra à Marseille ressemblera plus aux récits de bagarre de Naman (p 104) qu’à ses descriptions enthousiastes des grandes villes. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Dim 16 Avr - 8:33 | |
| | Nam a écrit: | | La toute fin m'avait réconciliée [avec Désert] |
On peut en effet parler de fin/début plein d'espoir. Héritière par sa famille et sa culture orale des tribus vaincues et exterminées, Lalla tourne le dos aux mirages de l’occident. Elle a connu à Marseille « la vie chez les esclaves », elle refuse maintenant le règne de l’argent et de la violence. Son retour est un éveil aux promesses de l’aube. |
|  | | Esther pilier

Inscrit le : 27 Mar 2006 Messages : 152 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Dim 16 Avr - 11:05 | |
| | doucement, j'ai du mal à suivre avec mon peu de connexion. La fin de soirée sera, si c'est possible un moment creux pour que je puisse argumenter mon ressentie face à Le Clézio. Avec du recul, il ne m'en reste pas vraiment un bon souvenir. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | |  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Lun 24 Avr - 7:19 | |
| J.M.G. Le Clézio, L'Africain, Mercure de France.
Naissance.
Voici un livre essentiel pour approcher l'oeuvre et l'écrivain, dans leurs premiers replis. On connaît le "primitivisme" de Le Clézio, cet amour des origines qui fait remonter aux sources géographiques et culturelles des personnalités, mais aussi des groupes humains. Toute son oeuvre témoigne de la recherche de cette genèse, d'un paradis que la violence - guerrière ou autre, a irrémédiablement détruit.
Pourtant l'écrivain le reconstruit dans son imaginaire et par son écriture, non sans en dénoncer les agents destructeurs du passé comme du présent. Parfois même il rêve d'une improbable/impossible réconciliation.
La naissance est l'héritage d'un passé qui remonte plus loin que la conception elle-même, elle tient compte de l'environnement et de l'histoire du couple. Ici, Le Clézio retrace l'histoire du père qui chassé de l'Ile Maurice, le paradis originel, croit le retrouver sur la terre africaine. Au prix de quelles tribulations !
Pourtant il aura ancré/encré chez son fils J.M.G des sensations fondamentales, car l'Afrique est l'univers des éléments à l'état brut. On y trouve la vérité des corps et de la condition humaine, un monde sans fard, primitif où le bonheur est moins incertain que dans la civilisation occidentale. Encore que celle-ci ait finalement tout dénaturé. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Lun 24 Avr - 7:20 | |
| L'africain
Ce livre est poignant comme un remords : celui de n'avoir ni compris ni aimé un père revenu vieilli et usé, autoritaire, maniaque, muré dans le silence. La mission que s'est assignée l'écrivain a été de faire à son tour le chemin que le père avait parcouru, tentative quasi mimétique du corps et de l'écriture pour enfin le comprendre, l'aimer, et retrouver en soi les racines profondes de sa personnalité d'homme et d'écrivain.
Un très beau livre, à l'écriture dense, refusant tout effet. D'où cet aspect authentique que viennent confirmer des photos si personnelles qu'on reste saisi de respect devant ce pudique dévoilement de l'intime. |
|  | | Esther pilier

Inscrit le : 27 Mar 2006 Messages : 152 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Lun 24 Avr - 15:23 | |
| j'ai dû déjà le dire, mais c'est ce livre là, "l'africain" qui m'a réconcilié avec Le Clézio, comme quoi, la lecture ne tient qu'à peu de chose.
Avec du recul, concernant "désert", j'en retiens l'aspect magique du roman. La dureté, la souffrance, la chaleur ... dela me fait penser à deux livres pour lesquels je me suis retrouvée en les lisant dans le même état que "Désert". Il s'agit d'un roman de Scarborough "Le vent" ainsi que de "Chamelle" de Durin-Valois. Tout comme "désert", notre lecture est pris en otage par les éléments naturels et nous nous retrouvons à suffoquer, à plisser les yeux, à être assoifé... |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22823
 | Sujet: Re: JMG Le Clézio Mer 26 Avr - 21:11 | |
| Diego et Frida, jmg Le Clezio, Stock.
Tous deux sont peintres. Physiquement dissemblables comme un éléphant et une colombe, ils mènent ensemble une vie amoureuse agitée, marquée par le désir de liberté, et la nécessité d'être ensemble, partageant le même idéal revolutionnaire, et le même engagement artistique.
Diego Rivera, un ogre, d'une stupéfiante capacité de travail, compose des fresques immenses, qui célèbrent à la fois le passé du Mexique et l'avènement d'un monde nouveau, fraternel où le capitalisme serait banni.
Frida Khalo est une femme petite au caractère trempé, infirme, qui se lance à corps perdu dans son amour pour Diego et la peinture. Ses tableaux sont liés à sa vie, à ses douleurs, à sa solitude, comme dans cet autoportait, où assise sur sa chaise d'infirme, elle tient, en guise de palette, son coeur aux artères apparentes, et des pinceaux impregnés de son sang.
A sa dernière exposition, à Mexico, les visiteurs verront Frida couchée dans un grand lit à baldaquin, vêtue de sa plus belle robe zapothèque, maquillée, portant ses boucles d'oreilles d'or et de turquoises, femme brisée qui trouve encore la force de sourire. |
|  | | |
| Page 2 sur 4 | Aller à la page : 1, 2, 3, 4  |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |
|