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Leila Sebbar

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kyoko
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Inscrit le : 07 Jan 2006
Messages : 60

MessageSujet: Leila Sebbar   Dim 15 Jan - 0:24

Telle une mélodie lancinante et douloureuse, le titre du livre revient, remanié, à chaque début de chapitre. Leïla Sebbar parle de cette méconnaissance de la langue arabe qui a instauré une distance avec son père : il n’a jamais voulu lui raconter son passé. N'aurait-il pas préféré lui parler dans la langue de son peuple ? Lorsque Leila le questionnait, il répondait invariablement "oublie, va, oublie". Afin de mieux reconstituer l’histoire de ce père, communiste et musulman, elle utilise ses souvenirs d’enfance et les faits historiques, mais surtout remplit les vides par des scènes rêvées et imaginées.
Silence dû à l’exil, mais aussi silences historiques, politiques et linguistiques forment la matière du livre. La romancière cherche donc à déterrer cet "enfouissement" de l’histoire personnelle de son père, mais aussi celle de l'Algérie, les deux étant étroitement imbriquées.
En résulte un beau récit qui célèbre son père, sous l'appellation de "l’étranger bien-aimé".

Leïla Sebbar est née en 1941 à Aflou d’un père algérien et d’une mère française, tous les deux instituteurs. A l’âge de dix-sept ans, elle quitte l’Algérie et s’installe en France. Elle y poursuit ses études et devient professeur de lycée à Paris. Elle s’intéresse à la condition des femmes immigrées, s’engage dans le mouvement féministe et prend la défense des jeunes maghrébin(e)s de la deuxième génération. C’est en 1981 qu’elle a vraiment commencé sa carrière de romancière. Elle collabore au Magazine Littéraire et à diverses revues.

Leila Sebbar, Je ne parle pas la langue de mon père, éd Julliard
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 22889

MessageSujet: Re: Leila Sebbar   Dim 15 Jan - 9:53

Oui, Leila Sebbar dans Je ne parle pas la langue de mon père évoque des cheminements de mondes séparés.

Son père, l'instituteur arabe a choisi d'enseigner dans les écoles francaises, et c'est en français, langue de son épouse, qu'il parle avec ses filles. Celles-ci vivent donc comme des Françaises dans une Algérie qui connaît le début d'une agitation qui sera très vive.

Leïla s'interroge donc sur ce que son père savait dans sa langue maternelle et sa communauté d'origine,- et n'a pas dit. Elle raconte le monde pressenti de l'autre, dont les mots entendus à la dérobée l'ont frappée comme des balles. Les obscénités ou invites des adolescents peu habitués avoir des fillettes aux jambes nues, les mots durs (on approche de la guerre ouverte) qu'une communauté pouvait employer à l'égard de l'autre.
La narratrice tisse ainsi, par ce biais familial, l'histoire des rapports conflictuels et fratricides des deux populations : Parfois les ideologies bouleversent les donnes initiales, et d'une génération à l'autre, on suit les cheminements des engagements individuels.

Mon avis : le livre n'est pas toujours facile à lire, car le récit se montre soucieux de ménager contrepoints et convergences.

je reviendrai sur certains points, car ce livre intéressant ne pratique pas la "langue de bois".
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 22889

MessageSujet: Re: Leila Sebbar   Mer 18 Jan - 8:27

Comme le dit justement Kyoko, l'entreprise d'écriture de leila Sabbar est une interprétation du silence du père, mais aussi une revanche contre les silences qui recouvrent confortablement bien des tabous, dont il paraîtrait malséant de parler. La narratrice, bien que soucieuse de comprendre et de relativiser le harcèlement sexuel des jeunes Algériens, évoque "quelques désagréments" à être comme ses deux soeurs, habillée à l'européenne dans un pays musulman.

Dès la porte de leur maison franchie, elles se trouvent confrontées aux "mots de l'enfer". Là, j'aime que Leila Sebbar parle vrai ! qu'elle dénonce les tabous du bien-penser qui conduisent ses propres soeurs à observer même face à elle, l'aînée, un silence obstiné sur le sujet.
Elle a raison aussi de rapporter les propos obscènes et injurieux des jeunes recrues francaises qui, frustrées de femmes, parle (et parfois agissent !) de façon indigne envers les "fatmas" et les "mouquères".
Entre la France et l'Algérie, la différence réside/résidait aussi sur le statut de la femme, et ce n'est pas des islamistes fondementalistes qu'il faudra attendre des remèdes !
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 22889

MessageSujet: Re: Leila Sebbar   Mer 18 Jan - 8:29

-
Citation:
Les murs n'arrêtaient pas l'écho malfaisant des injures proférées par les garçons, la langue roulée, hurlée, était violente, obscène
...p 31

-
Citation:
Mon père n'a pas su que des garçons injuriaient ses filles, ou le savait-il, mais il ne pouvait garder ses filles sequestrées, comme d'autres pères qui leur avaient interdit l'école, les écoles, coranique et française, parce qu'elles auraient cotoyé des garçons, et le chef aurait contrevenu aux règles de la partition des sexes, les écoles n'étaient pas mixtes, mais le chemin de l'école était le même, la tradition n'avait pas tracé la rue féminine séparée de la rue masculine jusqu'aux bâtiments scolaires, les filles même si des frères les accompagnaient, étaient en danger et elles mettraient en danger l'honneur de la famille
... p 34

-
Citation:
L'excitation physique et verbale, des garçons, je la sentais, sachant que le sang ne coulerait pas, qu'ils n'oseraient pas blesser réellement l'une ou l'autre, comme si nous étions précieuses[...] Terrifiée, je l'étais, mais aussi attentive aux gestes et aux mots qui venaient jusqu'à nous, pour nous, parce que nous étions ces petites filles -là...La rage des garçons, plus furieuse à distance, ils avancaient, reculaient sans jamais dépasser la limite géographique du talus au bord des oliviers, nous de l'autre côté de la route, bien à droite et raides, se heurtait à notre silence, notre détermination à aller toujours plus vite ...
p 40

-
Citation:
Comment n'auraient-ils pas, toujours à l'affût d'un fragment minuscule de peau féminine, hurlé de joie et de colère au passage de ces jambes nues jusqu'à la cuisse et blanches, six fois exhibées, au rythme de la marche et de la courte jupe plissée qui ourlait le tablier de l'école
? p 41

- Ainsi mon père ignorait [..]
Citation:
que ses filles, qu'il croyait à l'abri de la furie sexuelle des garçons, jour après jour, et durant combien d'années [..] que ses filles seraient asphyxiées, étourdies par la violence répétée du verbe arabe, le verbe du sexe
...p 42
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Leila Sebbar

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