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Calou pilier
Inscrit le : 05 Jan 2006 Messages : 47
| Sujet: Re: Philippe Claudel Dim 19 Fév - 23:26 | |
| | Pour avoir travaillé dans un service de dons d'organes Rotko, je me permets de te dire qu'il ne déforme rien. Que ce qu'il dit est vrai, que ce n'est hélas pas caricatural. Que cela ne te plaise pas, c'est un autre problème, mais les faits sont là. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 20283
| Sujet: Re: Philippe Claudel Lun 20 Fév - 8:27 | |
| Il faudrait donc dénoncer les dons d'organes ?
Échantillons des propos 1 la serveuse au lit
| Citation: | | "Un peu étroite hein ? mais tu m'as fourré comme un chef quand même... Eh tu sais, fallait pas te gêner, t'aurais pu me sodo, no problème.. t'en fais des yeux ! tu ne pannes pas ? Sodo, sodomiser, enculer quoi j'aime pas le mot, ça fait vulgaire... |
2 la baby-sitter
| Citation: | "Ce matin j'ai dit à la baby-sitter qu'il était possible que je ne rentre pas du tout [...] -Un plan cul ? Oh c'est bon quoi ! c'est normal... dove y dit, dove c'est mon nouveau mâle Dove y dit que c'est la queue qui gouverne le monde...[...]Oui la queue y dit Dove, d'ailleurs, tous les chefs d'État tringlent comme des gorilles, c'est un signe ça ! remarquez Clinton, "à donf" y sabre ce mec, même avec les peggy pork comme Monica! et Chirac, j'suis sûr que ce mec fuk tout ce qu'y voit, et même sa touffe aussi, de la balle..." |
3 Un électricien
| Citation: | | Les Français sont des dégueulasses... C'est affligeant, j'ai lu ça dans un sondage, y en a pas un sur quatre qui se lave les mains après avoir été aux chiottes,[...] Y'a des gonzesses qui gardent leur culotte trois jours d'affilée et des mecs leur caldé une semaine, j'te dégoûte ? |
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|  | | Calou pilier
Inscrit le : 05 Jan 2006 Messages : 47
| Sujet: Re: Philippe Claudel Lun 20 Fév - 9:10 | |
| Ce genre de raisonnement m'afflige. Pourquoi ne dis-tu pas après avoir lu un livre sur des naissances "inhumaines" qu'il faudrait dénoncer aussi les naissances ? Il ne faut pas tout mélanger, rester objectif. Pourquoi le livre sur les prisons ne te choque pas? Car il correspond à l'idée que tu en as. Tirer des phrases de leur contexte ne prouve rien, si ce n'est un procés d'intention. Ne compte pas sur moi pour l'alimenter. Philippe Claudel dérange dans ce livre. Ce n'est plus l'auteur du gentil conte, de la belle et triste histoire. J'aime les auteurs qui osent se mouiller justement. Qunad j'ai lu ce livre à sa sortie, j'étais en parfaite adéquation avec sa dénonciation. Son style est volontairement différent et colle tout à fait à la réalité. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 20283
| Sujet: Re: Philippe Claudel Lun 20 Fév - 9:23 | |
| | Calou a écrit: | Tirer des phrases de leur contexte ne prouve rien, si ce n'est un procés d'intention. . |
Ce sont des exemples de phrases vulgaires prononcées par des types sociaux caricaturaux. Tu en penses ce que tu veux, je fournis seulement des données. C'est pourquoi j'ai bien precisé la récompense obtenue par ce livre et les jugements favorables de la plupart des lecteurs sur le web. |
|  | | colbrune pilier

Inscrit le : 27 Déc 2005 Messages : 865
| Sujet: Re: Philippe Claudel Mar 21 Fév - 16:06 | |
| Au Revoir Monsieur Friant, éd. Phileas Fogg, 2001.
Un petit livre très attachant, et selon les propres dires de l'auteur, le plus autobiographique de ses ouvrages.
La vie et l'oeuvre du peintre Emile Friant (1863-1932) est un prétexte pour emmener le lecteur dans sa région (Moselle), la petite ville de Dombasle où il a grandi, la ville de Nancy, chez sa grand-mère éclusière (personnage ayant inspiré le grand-père du Café de l'Excelsior, ou encore Madame Outsander de Meuse l'oubli), mais surtout dans une réflexion sur la création artistique et littéraire, et les bonheurs et les malheurs de la reconnaissance publique de l'oeuvre du jeune créateur.
Des pages pleines de couleur, ponctuées par les tabeaux du peintre, mais qui recèlent de gros paquets de douleur.
On y retrouve tous les éléments de l'univers de Claudel : une photographie vénérée, une jeune fille qui trouve la mort dans l'eau de la rivière dont le courant entraîne la chevelure, ... Et beaucoup de douleur. |
|  | | monilet pilier

Age : 56 Inscrit le : 21 Sep 2006 Messages : 246
| Sujet: Re: Philippe Claudel Dim 29 Oct - 11:19 | |
| J'ai adoré l'écriture de Claudel dès la sortie de son premier roman en 1999 " Meus, l'oubli" dont je vous donne ici le jugement d'une lectrice : ( après, n'oubliez pas de lire " Le café de l'Excelsior").
Véro D. -
Dans ce tout premier roman de Philippe Claudel, le narrateur déroule son lent, sombre et douloureux travail de deuil suite à la disparition de sa compagne Paule. Pour tenter d’apaiser son “malheur qui bégaye” dans cet environnement partagé à deux, il quitte tout ce qui peut encore lui rappeler son amie défunte. Il échoue chez Madame Outsander à Feil, “petite ville qui a si bien joué son rôle de miroir”, sur un méandre de la Meuse. Là, où “tout est admirable d’insignifiance”, il égrène les jours dans l’absence de l’être aimée. Lui qui était enfin parvenu à trouver dans les yeux de Paule son autre enfance, celle que sa mère, prostituée, lui avait toujours refusée l’entourant plutôt de moult humiliations et brimades, il se retrouve à nouveau seul face à une incommensurable douleur. Il s’offre alors le droit de vivre pleinement sa mélancolie et ses larmes. Sa douleur, il la crie aussi en noircissant les pages de plusieurs cahiers, ses Conquérant (“Je souhaite forcer les mots à travailler mon deuil, à le dire, à exiger d’eux ce que moi-même je me refuse à faire ou ne le peux”). Au fil des saisons qui s’écoulent aussi lentement mais invariablement que l’eau de la Meuse, cette souffrance insurmontable du début s’atténue et se cicatrise. “Je redeviens quelconque. Feil m’a permis, dans le jeu de l’oie mis en place à mon insu depuis mon arrivée, de passer bien des cases et d’arriver à la dernière […]Ne suis-je pas le suiveur consentant de ce parcours né de la mort de Paule et qui m’a ramené, sans que je n’y prenne garde, vers ce que je voulais fuir et oublier ? Mais revenu au lieu de douleur, je ne retrouve que le souvenir de la douleur et non plus sa morsure.”
Ce livre, très sombre, est un pénétrant parcours de la souffrance occasionnée par la disparition de l’être aimée jusqu’à ne devenir qu’une “pâle cicatrice”. Son écriture aux détails rigoureux que certains apparentent à Simenon dans ses ambiances brumeuses et grises (comparaison dont il est bien difficile de se détacher tant elle se vérifie), est profonde de sincérité mais de pudeur aussi. Dans un style incontestablement poétique, par moment excessif peut-être, Philippe Claudel développe avec beaucoup de grâce les profondeurs du manque et de l’absence. Apparemment, ce sujet qui semble tant lui tenir à cœur, n’avait pas été entièrement développé à son goût puisqu’il l’exploite à nouveau quelques années plus tard dans son autre roman “J’abandonne”. |
|  | | aérial pilier
Inscrit le : 11 Oct 2006 Messages : 587
| Sujet: Re: Philippe Claudel Lun 30 Oct - 12:12 | |
| J'ai parcouru vos posts au sujet de cet auteur que j'ai découvert grâce à La petite fille de Mr Linh et que j'avais particulièrement apprécié ,surtout pour sa pudeur et sa prose si délicate ,toute en retenue (chose assez rare de nos jours ). J'avais vraiment été charmée , oubliant de ce fait toute logique et tout sens du concret ,par cette fable si lumineuse .Et donc ,la chute n'en n'avait été que meilleure ,bien sûr ! ..Mais suis du coup très surprise par le résumé et les citations qui s'en suivent sur J'abandonne .! A croire qu'il a épuré au maximum son style ,pour mon plus grand bonheur ,en tout cas !Etrange tout de même ce changement radical dans le langage .. :!: |
|  | | mona pilier

Age : 49 Inscrit le : 19 Aoû 2006 Messages : 488 Localisation : Morbihan
| Sujet: Re: Philippe Claudel Mer 17 Jan - 23:42 | |
| Je viens de lire J'abandonne après avoir lu dés leur parution les âmes grises et la petite fille de Mr Linh...
J'abandonne est paru avant ces deux derniers livres... c'est un très court roman J'y ai retrouvé le thème de la souffrance liée au deuil.... le narrateur n'en peut plus de souffrir, l'acuité de sa douleur se révèle par l'opposition entre sa relation avec sa fille de 21 mois pleine de tendresse et d'émerveillement et sa vision noire et caricaturale du monde qui l'entoure englobant son métier et son collègue de travail ..... sa bouée de sauvetage (sa fille) ne lui suffit plus à se maintenir hors de l'eau, il est épuisé....
si je sors de ce contexte de souffrance invivable et insurmontable qui transforme la réalité, la description du don d'organes avec la manière de mettre en condition les proches pour obtenir leur signature est révoltante et choquante.... même s'il y a du vrai
avant la fin le roman bascule (ou essaie), la douleur d'une femme qui vient de perdre sa fille de 17 ans "réveille" le narrateur qui s'apprêtait au pire.....mais non, le roman reste à ras de terre, pas d'envolée et je ne sais comment interpréter la fin.... Pour être juste, même si le dégoût l'emporte dans certains passages, j'ai lu le livre d'une traite sans ennui et émue par ce père veuf fuyant la vie....
Malgré tout Philippe Claudel reste pour moi un incontournable du moment... je n'ai pas encore lu son dernier livre Le monde sans les enfants ....
Dernière édition par le Ven 23 Fév - 22:53, édité 1 fois |
|  | | aérial pilier
Inscrit le : 11 Oct 2006 Messages : 587
| Sujet: Re: Philippe Claudel Mer 17 Jan - 23:56 | |
| | mona a écrit: |
Malgré tout Philippe Claudel reste pour moi un incontournable du moment... je n'ai pas encore lu son dernier livre Le monde sans les enfants .... |
Moi non plus ,mais j'aime bien Claudel ( Philippe ) et vu ce que dit Adl du Monde sans les enfants il ne pèse pas bien lourd ,preuve à l'appui , dans la balance ...Donc ,je m'en tiendrai là . Merci pour ton avis qui me conforte sur J'abandonne |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 20283
| Sujet: Re: Philippe Claudel Jeu 18 Jan - 7:52 | |
| | Heureuses êtes-vous d'avoir été émues par "j'abandonne". Mon émotion était une vraie colère. |
|  | | Nestor Admin

Inscrit le : 25 Déc 2005 Messages : 661
| |  | | maïa pilier

Inscrit le : 05 Jan 2006 Messages : 3068
| Sujet: Re: Philippe Claudel Mer 5 Sep - 18:18 | |
| Je viens de lire Le Rapport de Brodeck.
C'est un très grand livre, si beau qu'il n'aura sûrement aucun des prix littéraires... Puisque les prix littéraires sont très rarement attribués aux vrais beaux livres... Fable ou allégorie... L'histoire se passe dans un village qui n'est pas vraiment situé, dont on sait juste qu'il est dans la montagne, près de la frontière d'un pays dont les villageois parlent presque la langue (un dialecte proche) alors qu'ils ne parlent pas la langue du pays dont ils dépendent... et à une époque qui est certainement la fin de la dernière guerre. Brodeck, obligé d'écrire un rapport sur un meurtre collectif commis par les villageois se met aussi à raconter sa vie. Ecriture labyrinthique, qui digresse, qui forme un lamento pathétique. Malheur individuel et malheur collectif. Comme l'étranger assassiné, Brodeck aussi est "autre", "différent", donc menacé... Brodeck est rentré par miracle d'un camp de concentration, (le mot "juif" n'est jamais prononcé, mais implicitement lisible. ) Il devient dès lors une menace... Des personnages forts, jamais caricaturaux malgré la "parabole", une écriture somptueuse, des descriptions lyriques de la nature. Un hymne pessimiste (ça peut aller ensemble !) à l'humanité...Un constat terrible et pourtant aucun jugement définitif, sinon la certitude que "l'autre", celui qui est différent, qui vient d'ailleurs, restera toujours le bouc émissaire le plus commode. A dévorer de toute urgence ! |
|  | | maïa pilier

Inscrit le : 05 Jan 2006 Messages : 3068
| Sujet: Re: Philippe Claudel Sam 13 Oct - 18:52 | |
| Je viens de lire J'abandonne.
Je ne partage pas du tout le point de vue de rotko. Les citations extraites donnent, à mon avis, une idée fausse de ce court roman coup de poing qui dit toute la désespérance de notre monde gouverné justement par la vulgarité et où les âmes, comme les idéaux sont devenus gris... Le narrateur ne reprend à son compte aucune de ces vulgarités, il ne les supporte plus et il s'apprête à en mourir, quitte à "abandonner" sa toute petite fille, comme la mère de l'enfant l'a abandonné, lui, en mourant deux jours après la naissance de sa fille. Claudel ne dénonce pas les dons d'organes, il dénonce le fait que les équipes chargées d'obtenir les organes d'un mort en profitant du chagrin des proches sont effectivement transformées en "hyènes", comme si les foies ou les reins étaient devenus des objets de consommation comme les autres, dans ce monde sans compassion où tout est marchandisé.
Et quel bonheur que "le phrasé" de Philippe Claudel, son écriture fluide, superbe, qui n'a besoin d'aucun "truc", d'aucun effet pour être forte et efficace. Ça m'a changé de tous ces "effets de style" factices et dérisoires que j'ai trouvés dans un certain nombre des goncourables que je viens de lire
Vous voulez un exemple (entre autres !) : Les frères Poivre mettent un point entre la principale et la subordonnée. Ridicule, non ?  |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 20283
| Sujet: Re: Philippe Claudel Lun 15 Oct - 18:25 | |
| | maïa a écrit: | Je viens de lire J'abandonne.
Le narrateur ne reprend à son compte aucune de ces vulgarités, il ne les supporte plus et il s'apprête à en mourir, quitte à "abandonner" sa toute petite fille, comme la mère de l'enfant l'a abandonné, lui, en mourant deux jours après la naissance de sa fille. |
il les retranscrit sans les desavouer. Comment confier son enfant à une baby sitter aussi vulgaire, comment supporte-t-il qu'on s'adresse à lui de cette façon sans réagir ? je veux bien admettre la passivité, mais quand même !
| maïa a écrit: | Claudel ne dénonce pas les dons d'organes, il dénonce le fait que les équipes chargées d'obtenir les organes d'un mort en profitant du chagrin des proches sont effectivement transformées en "hyènes", comme si les foies ou les reins étaient devenus des objets de consommation comme les autres, dans ce monde sans compassion où tout est marchandisé. |
si la pratique des dons d'organe en est reduite à ce honteux trafic de hyènes, comment y être favorable ? il n'y a pas d'un côté la théorie et de l'autre les pratiques. C'est un Tout !
| maïa a écrit: | | Je ne partage pas du tout le point de vue de rotko |
Ca ne nous empêchera pas de nous saluer dans les couloirs !  |
|  | | maïa pilier

Inscrit le : 05 Jan 2006 Messages : 3068
| Sujet: Re: Philippe Claudel Lun 15 Oct - 19:27 | |
| J'abandonne n'est certes pas un livre politiquement correct. Ni dans l'air d'un temps où le livre doit être un produit efficace comme un autre.
En tout cas, ce n'est pas un livre militant, ni pour ni contre le don d'organe, ni pour ni contre les baby-sitters au langage "djeune".
Je ne porte aucun jugement moral sur le personnage, et à mon avis Claudel non plus. Il peint - et très bien - l'absolu de la détresse humaine et il fait de la belle littérature.
itou dans le couloir  |
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