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Octave Mirbeau

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Marie kiss la joue
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Age : 21
Inscrit le : 03 Avr 2007
Messages : 333
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MessageSujet: Octave Mirbeau   Mer 4 Juin - 19:57

Octave Mirbeau (1848-1917) est né à Trévières (Clavados). A quinze ans, il se fait renvoyer de son collège jésuite.
Il monte à Paris en 1872, et devient le secrétaire particulier d'un Maréchal. Il fut journaliste au service des bonapartiste puis critique d'art, romancier et dramaturge, pamphlétaire.
Il débute dans l'écriture en qualité de "nègre", mais finalement se libère de cette charge pour publier son premier roman : Le calvaire en 1866 qui lui apporte le succès. Par la suite, il rédige Le journal d'une femme de chambre, et le Jardin des Supplices (1899).

J'avais lu il y a deux ans environ Le journal..., dans lequel Célestine, une jeune femme de chambre au service de différentes familles bourgeoises, consignait dans son journal tous les vices et les aspects "sombres" de ces familles en apparence irréprochables.
J'ai donc eu envie de replonger dans l'univers de Mirbeau, et j'ai opté pour le jardin, oeuvre considérée comme un modèle de décadence (et pour cause !).
Le narrateur, qui a subi un important échec politique, se voit dans l'obligation de "changer d'air"; il se voit confier une mission scientifique (il ne connait rien à la science, cela dit) dans une île reculée aux fin fond des mers...Il s'y rend donc en bateau; sur celui-ci, il va rencontrer miss Clara, une jeune anglaise, archétype de la femme fatale de la fin du siècle, mystérieuse et perverse, qui se rend à Canton, ville qu'elle connait bien. Le narrateur, fasciné par sa beauté,va la suivre jusqu'à Canton. Celle-ci va alors lui faire découvrir les moeurs raffinées de la Chine, qui sait, selon Mirbeau, varier ses supplices...Face aux executions, Clara, très loin d'en être horrifiée, semble plutôt éprouver du plaisir.
Dans ce roman, l'amour et la mort entretiennent des rapports ambigus, puisque Clara déclare elle-même que ces deux choses sont identiques. De même, la beauté est liée à l'horreur, la cruauté : dans le jardin des supplices, les plus belles et plus rares fleurs cotoient les gibets et les potences. Le sang des condamnés sert de terreau à la terre, qui produit des fleurs encore plus belles...

J'ai vraiment aimé ce roman, son rythme, l'importance des exclamations, des répétitions; on est très rapidement happé par la folie de Clara, ses névroses. Le contrepoint apporté par le narrateur, qui ne parviendra jamais à partager sa jubilation vis-à-vis du sang, est très intéressant.
D'autre part, le roman revient sur la question posée par Sade (Mirbeau s'est d'ailleurs inspiré des 120 journées de Sodome), à savoir : peut-on tout faire impunément sous prétexte que cela procure du plaisir à certains ?
_________________
Que voulez-vous que je vous dise de moi ? Je ne sais rien de moi ! Je ne sais même pas la date de ma mort.
(Borges)
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 23714

MessageSujet: Re: Octave Mirbeau   Mer 4 Juin - 20:34

Un compte-rendu qui donne envie de lire le livre et de connaître cet auteur.

"Le jardin des supplices" chez folio.


clic !
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troglodyte
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Age : 38
Inscrit le : 25 Jan 2006
Messages : 617
Localisation : Strasbourg

MessageSujet: Re: Octave Mirbeau   Jeu 24 Juil - 21:37

Le Jardin des supplices est une longue suffocation ; on attend toujours un paroxysme qui ne vient jamais, c'est une suite de sas de compression. Par exemple le voyage en bateau :
Citation:
Nous ne nous intéressions à rien. Rien, du reste, ne nous distrayait du supplice de nous sentir cuire avec une lenteur et une régularité de pot-au-feu. Le paquebot naviguait au milieu du golfe : au-dessus de nous, autour de nous, rien que le bleu du ciel et le bleu de la mer, un bleu sombre, un bleu de métal chauffé qui, çà et là, garde à sa surface les incandescences de la forge ; à peine si nous distinguions les cotes somalies, la masse rouge, lointaine, en quelque sorte vaporisée de ces montagnes de sable ardent, où pas un arbre, pas une herbe ne poussent, et qui enserrent comme d'un brasier, sans cesse en feu, cette mer sinistre, semblable à un immense réservoir d'eau bouillante.

Cette suffocation est également obtenue par le lancinant rappel du motif tout du long du récit :
Citation:
[...] une très vieille dame, d'esprit vulgaire, d'éducation négligée, extrèmement vicieuse, par surcroît, et qui, ne pouvant plus cultiver la fleur du vice en son propre jardin, la cultivait en celui des autres, avec une impudeur tranquille, [...]
D'ailleurs ce thème n'est pas sans rappeler Baudelaire et ses Fleurs du mal !
Sur un pont des commerçants vendent toutes sortes de viandes plus ou moins avariées :
Citation:
Je crus que le coeur allait me manquer, à cause de l'épouvantable odeur de charnier qui s'exhalait de ces boutiques, de ces bassines remuées, de toute cette foule, se ruant aux charognes, comme si ç'eût été des fleurs.

Il est impossible de résister à la force d'attraction de ce roman ; on avance dans l'espace (le bateau, une ville, un pont, le pénitencier, le jardin des supplices), un peu comme chez Dante dans sa Divine comédie puisque chaque étape est associée à une notion morale, mais aussi dans la connaissance de cette femme troublante, Clara, qui se délecte à assister aux tortures jusqu'à quel point ?
Par moment l'auteur nous étouffe par ses luxuriantes descriptions de plantes, c'est-à-dire qu'il parvient à nous torturer par accumulation de beau !
Le style n'est pas toujours très heureux *, il y a ci et là quelques lourdeurs, mais l'ensemble est admirable.
Un dernier petit morceau bien représentatif (un bourreau nettoie ses outils après le travail) :
Citation:
Un petit morceau blanchâtre et graisseux était resté entre les dents de la scie... Il le fit sauter d'un coup d'ongle et l'envoya se perdre dans le gazon, parmi les fleurettes...


Edit :
* notamment par l'emploi extrèmement fréquent du double adjectif épithète, comme dans "morceau blanchâtre et graisseux".
_________________
Madame de Motteville :
Nous soupâmes à notre ordinaire dans sa garde-robe
des restes de son souper,
et nous fîmes bonne chère sans nulle inquiétude.
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Octave Mirbeau

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