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| Auteur | Message |
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rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 23714
 | Sujet: Re: Philippe Forest Mer 28 Nov - 17:27 | |
| A mon avis il interprète et l'avoue pour Yosuke Yamahata, il écrit :
| Citation: | | Et s’il n’en dit rien, on doit imaginer qu’il s’arrête enfin devant elles, que leur signification soudain lui parvient | .
dès qu'on raconte l' histoire d'un roman, on parle de sa propre lecture. Forest exprime à travers ces trois personnages des éléments personnels. C'est donc une autobiographie détournée. |
|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Philippe Forest Mer 28 Nov - 19:22 | |
| Merchi ! C'est mieux de le savoir que je n'intègre pas des éléments imaginés comme des vrais 
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|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Philippe Forest Ven 7 Déc - 23:14 | |
| | rotko a écrit: | Le voyage de Forest au Japon avait un pretexte universitaire qu'il mentionne, mais aussi un dessein personnel, voir comment les Japonais traitaient du pathétique dans l'autobiographie (il y fait une allusion dans son texte).
Il voulait aussi rencontrer Kenziburo Oe qui a un enfant handicapé. |
Je n'ai pas compris la même chose, il voulait fuir, il le redit, lorsqu'il reçoit une bourse pour aller étudier la littérature japonaise, il saute sur l'occasion pour fuir, loin, n'avoir aucun repère, aucun lieu ni personne connu.
Comme tu m'avais conseillé ce livre car à ton sens et celui de Forest, il n'y avait pas de caractéristiques spécifiques, j'avoue que j'ai souri quand il part étudier la littérature japonaise ...
Le sujet du livre ne m'a pas semblé être sur des artistes japonais, dont leurs vies semblent imaginées. Il généralise l'humain, son sujet c'est la vacuité de la vie, ses joies et ses souffrances, son inutilité. C'est un livre sur l'existence, c'est une vision très subjective et il ne se positionne pas comme observateur d'une littérature ni même d'un pays en particulier, mais comme un homme en souffrance qui recherche celle des autres pour ??? survivre, oublier, se torturer, se rassurer .... ??? C'est une autobiographie intéressante, très pessimiste, où il utilise la vie supposée de trois artistes. |
|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Philippe Forest Ven 7 Déc - 23:33 | |
| Ce que j'ai préféré dans le livre, c'est la troisième partie sur le photographe, Yosuke Yamahata, même si là aussi l'auteur lui prête des sentiments, il y a quand même des faits.
Le photographe ne sait jamais engagé d'un combat pour la paix par exemple, il travaillait pour l'armée, sa vie ne semble pas avoir été perturbée.
Ce chapitre est bouleversant, de plus il prend corps en regardant les photos dont Forest parle.
Le tout dernier chapitre sur Kobe, même si il m'a paru bavard et un peu brumeux, la fin me parait comme la réponse au pourquoi du livre. |
|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Philippe Forest Ven 7 Déc - 23:38 | |
| Il a parfois des raisonnements qui m'ont semblé pour le moins catégoriques et noirs, la détresse explique peut-être cela.
Extraits :
| Spoiler: | | | La vraie poésie se moque de la poésie : elle l’attire avec elle dans un abîme qui peut être celui du silence le plus grave. Mais parfois elle en fait aussi un énorme sujet de farce ou de plaisanterie légère. Et puis elle passe à autre chose : au roman, à l’amour, au jeu et puis à l’oubli. p55 |
| Spoiler: | | | Mais les vrais écrivains - cette règle ne connaît pas d’exception - ressemblent à tout sauf à des écrivains. on les dirait souvent banquiers, professeurs, médecins. Ou bien hauts fonctionnaires administrant les affaires de l’Etat dans le confort un peu secret d’un quelconque cabinet.
S’il n’y avait eu le minuscule et insignifiant hasard de ce que les autres notamment leur vocation, ils exerceraient tel ou tel métier indifférent qui leur irait aussi bien. Rien de plus risible qu’un écrivain qui ait l’air d’un écrivain et qui pousse le ridicule jusqu’à en être fier. L’habituelle profession de foi névrotique du très mauvais romancier, du trop faible poéte confessant qu’il lui fallait absolument écrire, que cela était indispensable à son équilibre, à sa survie ...
Je m’en tiens à ce principe : ne jamais faire confiance à un écrivain qui aurait été incapable d’être aussi bien chirurgien, magistrat, pilote de ligne ou qui, si les circonstances s’étaient présentées, aurait manqué des moyens de le devenir. p109 |
| Spoiler: | | | Qu’est ce qu’un professeur ? quelqu’un qui doit parler pendant une heure, explique quelque part un poète américain. Et tout se déduit, de cette simple définition. Sôseki enseigne malgré lui : il est cet homme, debout devant la grande solitude maussade de l’estrade et du tableau noir, qui parle tout seul. p124 |
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|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Philippe Forest Sam 8 Déc - 0:31 | |
| Quelques articles :
Ph. Forest, La beauté du contresens et autres essais sur la littérature japonaise par là
Un autre avis mitigé sur ce site
Une présentation du livre : par ici
«On écrit à seule fin d'effacer, de faire s'étendre encore davantage le vide où vont toutes les histoires et, quand tout s'est perdu, pour guetter le retour des formes qui veillent dans le blanc sans fond de la nuit.» |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 23714
 | Sujet: Re: Philippe Forest Sam 8 Déc - 7:51 | |
| | Citation: | Je n'ai pas compris la même chose, il voulait fuir, il le redit, lorsqu'il reçoit une bourse pour aller étudier la littérature japonaise, il saute sur l'occasion pour fuir, loin, n'avoir aucun repère, aucun lieu ni personne connu.
Comme tu m'avais conseillé ce livre car à ton sens et celui de Forest, il n'y avait pas de caractéristiques spécifiques, j'avoue que j'ai souri quand il part étudier la littérature japonaise ... |
Oui, il saute sur l'occasion car c'est un prétexte à usage personnel, il le dit oralement, même si le livre présente un autre version, un pretexte officiel d'étude.
Tu peux l'interprèter comme tu veux, moi je l'ai entendu donner sa version.
On pourra admettre qu'Issa 1763-1828, et Soseki 1867-1916, sont des auteurs d'avant "l'ouverture" du Japon, au moins dans les esprits des auteurs  |
|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Philippe Forest Sam 8 Déc - 17:14 | |
| | Citation: | Oui, il saute sur l'occasion car c'est un prétexte à usage personnel, il le dit oralement, même si le livre présente un autre version, un pretexte officiel d'étude.
Tu peux l'interprèter comme tu veux, moi je l'ai entendu donner sa version. |
Ah bien ceci explique cela, ce n'est pas une question d'interprétation mais d'infos  |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 23714
 | Sujet: Re: Philippe Forest Sam 8 Déc - 17:29 | |
| eh oui !
mais le lecteur a toujours le dernier mot, vu que l'auteur écrit et dit bien ce qu'il veut 
Je ne vois pas pourquoi tu as mis en spoiler des extraits qui ne dévoilaient rien d'essentiel au livre : à moins de vouloir piquer la curiosité du lecteur
sur la possibilité d'un homme à être romancier et professeur ou notaire, ou journaliste ou commis voyageur, rien ne m'étonne, surtout lorsqu'il doit faire une recherche de documentation ou vendre ses productions.
"L'écriture ou la mort", "Chateaubriand ou rien", ces slogans ont vécu, non ?
Pendant que j'écris, je vois que tu es intervenue.
Pour ce qu'on ressent en Asie et maintenant, je laisse Diane de Selliers te donner son avis avec le Dit du Genji. J'ai écouté l'emission mais d'une oreille distraite.
Dernière édition par le Sam 8 Déc - 17:56, édité 1 fois |
|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Philippe Forest Sam 8 Déc - 17:31 | |
| J'ai noté d'autres passages, ceux qui me laissent interrogative et ceux que j'ai bien aimés.
A propos du recul de Sôseki, que je peux comprendre, tout le monde ne met pas ses espoirs dans l'ambition, même si pour Sôseki, il semble bien que c'est un recul puisqu'il acceptera d'autres situations plus tard. Une notion du mérite, de l'ambition qui m'a laissée perplexe...
Extraits ...
| Spoiler: | | | Du jour au lendemain, Sôseki, quitte la capitale et accepte la première proposition d’emploi qui lui est faite. Il tourne le dos à son avenir, humilie toutes ses ambitions intellectuelles et sociales et entreprend très sérieusement de disparaître dans le confort le lus médiocre dont une intelligence comme la sienne puisse rêver. Il se retrouve à enseigner dans un collège de Matsuyama dans la plus lointaine des provinces inimaginables, sur l’île de Shikoku. Autant dire : nulle part. p123
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| Spoiler: | | | Sôseki a cette formule étrange « je ne désirais ni enseigner ni ne pas enseigner » Ce sont à peu près les mêmes mots qu’il prête au héros de son roman le plus populaire, le jeune et naïf Botchan, acceptant une proposition d’emploi comparable à celle qui conduisit Sôseki à Matsuyama et déclarant que, comme il n’éprouvait aucun désir de devenir qui que ce soit dans la vie, il pouvait tout aussi bien faire n’importe quoi n’importe où. p125 |
| Spoiler: | | | La vie continue, c’est ce qu’on dit d’ordinaire quand de telles situations s’éternisent et que le sentiment même d’être insatisfait de soi, dans l’attente d’autre chose que l’on ne sait pas nommer finit par s’effacer et qu’on préfère ne plus avouer même à soi-même l’espèce de dégoût sans fond qui vient avec l’âge et la répétition des années.p126 |
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|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Philippe Forest Sam 8 Déc - 17:44 | |
| Ce qui m'a étonnée mais que je comprends dans le contexte où l'auteur est confronté à la perte d'un être cher, c'est son étonnement sur l'inutilité de nos vies. Ses réflexions à ce sujet sont un peu naïves, cela m'a fait penser aux questions des enfants : pourquoi je suis né, pourquoi on vit, etc.
De là, je me suis demandée si il n'interprêtait pas les mots et les faits de ces artistes pour étayer cette pensée. Dans l'absolu, nous en sommes tous là mais de façon très large.
Je ne suis pas assez calée pour le démontrer mais selon la culture, ces notions de vie, de mort, de temps qui passe se posent, mais ne se perçoivent pas de la même façon. C'est un point que je ressens dans la littérature asiatique, on ne peut pas calquer nos modes de pensées, même si, effectivement, l'humain a des questions similaires, la façon de l'aborder ne me semble pas la même. Il me semble que Ph. Forest unifie le ressenti humain... sans demi-mesure.
extrait ...
| Spoiler: | | | Si Issa se résout à écrire, peut-être est-ce avec la certitude que cette décision ne l’engage à rien, que toute l’histoire est finie, qu’il n’y a rien à ajouter du tout à ce que d’autres ont dit, qu’il est juste question de s’effacer, de fatiguer sa vie dans l’insignifiance paisible d’un temps, qui de toute façon, s’enfuit.
Ecrire, il le sait, est juste une façon de laisser pour personne un signe dans l enoir :
au soleil couchant - sur un mur pour toi j’écris - j’ai été ici |
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|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Philippe Forest Lun 10 Déc - 17:11 | |
| J'avais noté quelques extraits, pour que chacun puisse se faire sa propre idée. L'auteur exprime ses doutes sur la compréhension de l'âme japonaise, je n'ai pas d'avis précis, son sentiment m'apparaît un peu simpliste, il me semble que sa vision est très personnelle et subjective.
Extraits ...
| Spoiler: | | | La vie que décrit Sôseki nous est moins étrangère que celle que peindront plus tard Kawabata, Mishima ou même Tanizaki. Sans doute par ce que la page de l‘Histoire nationale n’a pas encore tout à fait tourné pour lui et que les formes mortes du Japon d’autrefois n’ont pas acquis à ses yeux la vertu légendaire que lui accorderont des écrivains plus tardifs.
Il n’y a pas de nostalgie chez Sôseki, juste une sorte d’effarement devant le mouvement s’accélérant du temps, ce mouvement qui rend également vaines es valeurs d’hier et celles de demain et laisse absolument solitaire, sans secours ni recours, la conscience inquiète des vivants. A cela - et à rien d’autre - tient le secret de Sôseki. p117 |
| Spoiler: | | | Ce secret ne dépend nullement d’un mystère qui, comme on préfère parfois le penser, serait celui de l’âme japonaise. Car un tel mystère n’existe pas. Ou alors à la façon d’une fiction que les idéologues d’Orient et d’Occident ont forgée pour accréditer la très douteuse fantaisie d’un fossé séparant sans retour les peuples et les individus. Il y a bien un grand vide à l’intérieur duquel toute pensée se trouve plongée et dont cherchent à répondre les religions, les philosophies et toutes les autres élucubrations. P118 |
| Spoiler: | | | Sauf exception (Barthes bien sûr et quelques autres), les livres dans lesquels un écrivain français prétend initier son lecteur aux trésors inintelligibles de l’âme japonaise, abordant avec l’infinie délicatesse d’un initié toutes sortes de fadaises folkloriques, ont à peu près autant de valeur que les récits dans lesquels un professeur anglais ‘improvisant spécialiste de l’identité française, raconte ses vacances en Provence, au pays de la pétanque et du pastis et ils méritent le même succès un peu honteux. C’est toujours la même avantageuse aventure au pays du Soleil Levant où le héros (nécessairement occidental) vient en passant faire la démonstration de sa supériorité.p180 |
Ce dernier point m'a fait penser à Soie de Baricco, l'histoire de l'homme épris de la belle orientale ne m'avait pas touchée. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 23714
 | Sujet: Re: Philippe Forest Lun 10 Déc - 19:46 | |
| je ne connais pas suffisamment les auteur dont il parle pour juger du bien-fondé de ses remarques.
Par ailleurs ce qui m'a interessé dans ce livre, ce n'est pas les auteurs japonais, mais le rôle qu'il leur fait jouer dans son roman. |
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