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John Le Carré

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rotko
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MessageSujet: John Le Carré   Mer 15 Fév - 8:33

John Le Carré, Les gens de Smiley, Robert Laffont.
2221004574

"Gens de Smiley" est le troisième volet d'une trilogie qui comprend "La taupe" et "Comme un collégien". Ce récit aurait sans doute été plus clair si j'avais lu les deux volumes précédents. Mais j'aime bien que demeure une certaine opacité des êtres et des faits. La clarté brutale des explications d'Hercule Poirot me fatigue les yeux. !

Le réveil des ombres.

Une agression contre une émigrée russe et l'appel d'un ancien collaborateur, assassiné peu après, amènent Smiley à reprendre contact avec son groupe d'agents. A travers mille difficultés, il va remonter la piste d' anciens réseaux criminels qui ont repris de l'activité.

Le monde de John Le Carré est oppressant pour le lecteur qui évolue dans un monde d'ombres, parlant à demi-mots, visages cachés.

Gare à qui n'est pas attentif : on laisserait échapper un indice ou une révélation essentielle sur laquelle l'auteur ne revient pas. De même que Smiley doit patiemment décrypter les signes, le lecteur doit être, pour l'accompagner, d'une constante vigilance.
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rotko
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MessageSujet: Re: John Le Carré   Mer 15 Fév - 8:34

Le Carré campe des scènes d'une rare tension dramatique : Les victimes ne savent pas plus identifier l'adversaire qu'elles ne savent reconnaître leurs propres alliés. Smiley retrouvant ses anciens compagnons n'est pas toujours bien reçu, en particulier par leurs compagnes. Certains ont entamé une nouvelle existence et ne veulent plus entendre parler ni du passé, ni des agents doubles, ni des prétendus amis qui les avaient trahis. La rencontre la plus éprouvante : celle de Connie, moribonde alcoolique, tour à tour en proie à l'excitation joyeuse et à la crise d'étouffement.

Dans ce monde d'incertitudes, il arrive à Smiley de ne plus savoir ce qu'il pense réellement. A lui le mont des Oliviers, et la crise d'angoisse. Remontent à sa mémoire des souvenirs blessants. Il voudrait la présence d'Anne, qu'il aime, mais en qui il ne peut avoir pleinement confiance, car il n'est pas le seul homme de sa vie. Quant à ses auxiliaires-informateurs, quel crédit leur accorder, eux qu'on voit parfois séniles ou inventant de bonne foi d'improbables complots ?

D'où un ton désabusé pour raconter une enquête vécue comme une douloureuse expérience personnelle qui remet tout en cause. Pourtant le récit , un peu distancié, prend parfois aux yeux de ceux qui vécurent cette aventure une tonalité épique pour célébrer l'habileté de Smiley dans l'épisode final; Oh ! il ne s'agit pas de l'épopée classique avec des héros solaires, clairement typés, mais d'une Iliade des ombres, avec des personnages saturniens.
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queenieinlove
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MessageSujet: Re: John Le Carré   Lun 9 Oct - 8:54

je ne sais plus où rotko me conseillait de lire un livre de cet auteur, et notamment L'espion qui venait du froid. Mais voilà, c'est fait, monsieur le professeur. Voici mon compte-rendu geek

Tout d'abord précision : je ne lis que très rarement des romans policiers, et je n'avais jamais lu de romans d'espionnage (ni même regardé les films traitant ce thème, mis à part un ou deux mission impossible - série et films confondus)

Donc me voilà, vierge et innocente, plongée dans le monde noir et manipulateur de L'espion qui venait du froid.
Au début, peut-être pas habituée à ce genre d'ouvrages, j'ai trouvé le temps non pas ennuyeux, mais comment dirais-je ?? éthéré ? En tout cas, un univers au-dessus duquel je survolais sans vraiment y trouver quelques prises pour m'y rattacher...

Et puis... je ne sais pas trop ce qui s'est passé. Une fois que le personnage principal sort de sa léthargie (simulée?) les choses s'accélèrent et prennent plus de profondeur.
On dépasse alors les situations et les personnages quelque peu caricaturaux pour essayer de comprendre qui dit quoi, qui manipule qui, et BON DIEU : MAIS QU'EST-CE QU'IL SE PASSE ??!

Bref, un roman vraiment très intéressant sur les manipulations diverses et variées, avec un personnage, au final assez attachant, une atmosphère à la fois sombre et calme. Comme allant vers l'ineluctable destin macabre.

J'ai apprécié cette lecture, plongée dans un univers que je ne connaissais pas. je trouve qu'on passe un bon moment à lire ce livre, même si je ne suis pas sûre que dans dix ans il m'en reste une trace importante.

Avez-vous vu l'adaptation cinématographique ?
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rotko
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MessageSujet: Re: John Le Carré   Sam 14 Oct - 12:29

un petit article du journal quebecois le devoir

Citation:
L'espion qui venait du froid, un de ses premiers romans, dépeint un homme dont le travail et les tourments ne ressemblent ni de près ni de loin à ceux d'un James Bond. Aucun mannequin à l'horizon, des attentes interminables, des prouesses modestes, bref, tout sauf le glamour et l'exotisme pour Alec Leamas, qui rêve... à la retraite.

En 1965, le cinéaste Martin Ritt, qui deviendra plus tard la conscience de gauche de Hollywood (Conrack, The Front, Norma Rae), reproduit fidèlement le climat pessimiste et mélancolique du roman de Le Carré, ainsi que son intrigue extrêmement complexe où la vérité est une denrée très rare.
[...] il y aura très peu de gagnants dans cette affaire où les espions sont peu à peu réduits à être de simples pions.
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rotko
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MessageSujet: Re: John Le Carré   Ven 21 Sep - 6:03

«Le Chant de la mission», par John le Carré, traduit de l’anglais par Mimi et Isabelle Perrin, Seuil

Une enquête sur le Congo livré aux multinationales. Manicheen et simpliste, dit le nouvel obs qui le trouve cependant interessant et instructif.

La presse avait parlé en bien de The Constant Gardener,, le film de Fernando Meirelles inspiré du roman de John Le Carré,(la constance du jardinier) mais je n'avais pas été conquis.

S'il y a un film, espérons qu'il ne tombera pas dans la simplification invraisemblable qui dessert trop souvent les justes causes.
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rotko
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MessageSujet: Re: John Le Carré   Ven 21 Sep - 19:46

Le monde et libération disent du bien du chant de la mission

Citation:
Le roman vaut par un sens très «dickensien» de la scène et cette capacité à décrire, en détail, des apprentis sorciers qui ont tous les pouvoirs Ñ ou croient les avoir. Et il y a assez de savoir-faire pour qu'on ne puisse s'empêcher d'imaginer peu à peu le casting de la superproduction qui devrait en être tirée


libé
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rotko
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MessageSujet: Re: John Le Carré   Sam 22 Sep - 6:47

incipit du chant de la mission

Citation:
Je m’appelle Bruno Salvador. Salvo pour mes amis comme pour mes ennemis. Malgré tout ce que vous pourrez entendre, je suis un citoyen respectable du Royaume-Uni, interprète éminent de swahili et d’autres langues moins connues quoique très répandues du Congo oriental, jadis sous domination belge, d’où ma maîtrise du français, une corde de plus à mon arc professionnel.

Familier des tribunaux civils et cours d’assises londoniens, régulièrement demandé pour des conférences sur le tiers-monde (cf. les références élogieuses fournies par nombre des plus prestigieuses entreprises de notre pays), j’ai également été sollicité en raison de mes compétences spécifiques par un service gouvernemental sans existence reconnue pour faire mon devoir patriotique en toute confidentialité.

Je n’ai jamais eu d’ennuis, je paie régulièrement mes impôts, j’ai un bon degré de solvabilité et un compte en banque bien géré. Ce sont là des faits irréfutables qu’aucune manoeuvre administrative ne peut altérer, si acharnée soit-elle.

la suite des premières pages
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rotko
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MessageSujet: Re: John Le Carré   Lun 17 Déc - 11:55

John le Carré n’ a pas perdu la main et « le chant de la mission » mérite bien tous les éloges reçus.

On y voit les magouilles bien connues de compagnies minières - ou autres, qui s’immiscent pour leur plus grand profit dans les affaires politiques de pays du tiers monde, avec la bénédiction , sinon l’aide, de gouvernements européens de premier plan.

Le récit introduit petit à petit à ces intrigues, et le mérite de l’auteur consiste à mettre progressivement au jour les différentes manœuvres, par le « suspens du naïf » : appelé en urgence pour sa mission, l’interprète Salvo en découvre d’abord les buts déclarés, puis les coulisses.

L’écriture est brillante, puisqu’on assiste à une grande variété de tons, en particulier lors d’un colloque secret, à des morceaux de bravoure d’éloquence africaine : le discours offensif d’ouverture,suscite différentes interventions au rythme de rap qui fascinent l’auditoire.

C’est la partie centrale du livre transmise par Salvo le traducteur en mission officielle, et par le même Salvo procédant à des écoutes clandestines.

La dernière partie renoue avec les modèles connus : il s’agit d’empêcher un mauvais coup contre un État africain, avec un compte à rebours et des alliés douteux.
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rotko
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MessageSujet: Re: John Le Carré   Mar 18 Déc - 7:16

le chant de la mission

Une réserve cependant ; le début me paraissait cynique :
Citation:

« Demandez-moi si, en facilitant semblables transactions. je me suis cru obligé de consulter ma conscience, vous obtiendrez pour réponse un non catégorique. Le code d’honneur de l’interprète éminent est sacro-saint: il n’est pas payé pour écouter ses scrupules mais pour servir son employeur comme un soldat son drapeau ».


On verra pourtant que toute fibre morale n’est pas étouffée chez le personnage principal. Tant mieux pour la morale, et pour le récit !

Au centre du livre, pas facile de s’y retrouver dans les différents intervenants, mais quand un pays comme l’ancien Congo comprend différentes ethnies, on saisit la complexité politique de la situation.

L’intrigue sentimentale évite au récit d’être trop aride et participe du dénouement.

Quant au rôle du traducteur interprète, rien à redire : il est effectivement chargé d’instaurer le dialogue, mais aussi d’arrondir les angles, donc d’agir « diplomatiquement ». Le rôle de Salvo est donc parfaitement crédible.
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rotko
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MessageSujet: Re: John Le Carré   Mar 18 Nov - 7:15

Citation:
John Le Carré retrouve dans Un homme très recherché paru au Seuil, la verve et la complexité de ses romans d'espionnage. Il y ajoute une saine colère, venue sur ses vieux jours.

Colère contre ses compatriotes qui acceptent de sacrifier leur liberté à une sécurité qui justifie toutes les manipulations étatiques.

Colère que l'on retrouve, plus directe, dans Le chant de la mission, qui ressort en poche.


source : Ouest-France
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