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Umberto Eco [Italie]

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Inès_Tenso
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MessageSujet: Umberto Eco [Italie]   Dim 9 Juil - 13:56

Comment voyager avec un saumon

Dans ce recueil, une nouvelle qu'il me semble judicieux de mettre in extenso pour son à-propos Wink

Eco a écrit:

Comment ne pas parler de foot

Je n'ai rien contre le foot. Je ne vais pas au stade pour les mêmes raisons qui font que je n'irais jamais dormir la nuit dans les passages souterrains de la Gare Centrale de Milan (ou me balader à Central Park àNew York après six heures du soir), mais il m'arrive de regarder un beau match à la télé, avec intérêt et plaisir car je reconnais et apprécie tous les mérites de ce noble jeu. Je ne hais pas le foot. Je hais les passionnés de foot.

Comprenez-moi bien. Je nourris envers les tifosi un sentiment identique à celui des partisans de la Ligue Lombarde envers les immigrés extra-communautaires : "Je ne suis pas raciste, à condition qu'ils restent chez eux." Par chez eux, j'entends leur lieu de réunion en semaine (bar, famille, club) et les stades le dimanche où je me fiche de ce qu'il peut arriver, où ce n'est pas plus mal si les hooligans déboulent, car la lecture de ces faits divers me divertit, et puisque ce sont des jeux du cirque, autant que le sang coule.

Je n'aime pas le tifoso parce qu'il a une caractéristique étrange : il ne comprend pas pourquoi vous ne l'êtes pas, et s'obstine à vous parler comme si vous l'étiez. Pour bien faire comprendre ce que je veux dire, je vous donne un exemple. Je joue de la flûte à bec (de plus en plus mal, à en croire une déclaration publique de Luciano Berio, et je suis ravi de me savoir suivi avec tant d'attention par un Grand Maître). Supposons maintenant que je sois dans un train et que, pour engager la conversation, je demande au voyageur assis enface de moi :

- "Avez-vous écouté le dernier C.D. de Frans Brüggen ?

- Pardon ?

- La Pavane Lachryme. À mon avis, le début est trop lent.

- Excusez-moi, je ne comprends pas.

- Je parle de Van Eyck, voyons ! (en articulant) le Blockflöte.

- Oh, vous savez, moi... Ça se joue avec un archet ?

- Ah, je vois, vous ne...

- Je ne...

- Comme c'est curieux. Mais savez-vous que pour une Coolsma faite à la main il faut attendre trois ans ? À ce compte-là, mieux vaut une Moeck en ébène. C'est la meilleure de toutes celles qu'on trouve dans le commerce. C'est Rampal lui-même qui me l'a dit. Au fait, vous êtes déjà allé jusqu'à la cinquième variation de Derdre Doen Daphne d 'Over ?

- J'en sais rien, moi je vais à Parme...

- Ah, j'y suis, vous ne jouez que de l'alto. C'est en effet plus satisfaisant. À propos, j'ai découvert une sonate de Loeillet qui...

- L'oeil quoi ?

- Je voudrais bien vous y voir dans les fantaisies de Telemann. Vous vous en sortez ? Vous n'allez pas me dire que vous utilisez le doigté allemand ?

- Vous savez, moi, les Allemands... Leur BMW est sans doute une grande voiture et je la respecte, mais...

- J'ai compris. Vous pratiquez le doigté baroque. Très juste. Prenez ceux de Saint Martin in the Fields... "

Voilà. Je ne sais si j'ai bien rendu l'idée, mais je crois que vous approuveriez mon malheureux compagnon de voyage s'il se suspendait au signal d'alarme. Eh bien, ça se passe exactement comme ça avec les tifosi. Le pire, ce sont les chauffeurs de taxi :

- "Vous avez vu Vialli ?

- Non, il a dû passer pendant que je n'étais pas là."

- "Vous regardez le match, ce soir ?

- Non, je dois travailler sur le livre Z de la Métaphysique, vous savez, le Stagirite.

- Bon. Regardez et vous m'en direz des nouvelles. Pour moi, Van Basten pourrait être le Maradona des années 90, vous croyez pas ? Mais enfin bon, faut pas non plus perdre de vue Hagi."

Inutile d' essayer de l' interrompre, autant parler à un mur. Ce n'est pas qu'il se fiche complètement du fait que je m'en fiche complètement. C'est qu'il ne peut concevoir que quelqu'un puisse s'en ficher complètement. I1 ne le concevrait même pas si j'avais trois yeux et deux antennes plantées sur les écailles vertes de mon occiput. Il n'a aucune notion de la diversité, de la variété et de l'incomparabilité des Mondes Possibles.

J'ai donné l'exemple du chauffeur de taxi, mais c'est pareil avec un interlocuteur appartenant aux classes dominantes. À l'instar de l'ulcère, ça frappe aussi bien le riche que le pauvre. Il est toutefois curieux que des êtres si clairement convaincus de l'égalité des hommes soient prêts à aller casser la gueule au premier tifoso de la province voisine. Ce chauvinisme oecuménique m'arrache des cris d'admiration. C'est comme si les partisans de la Ligue s'écriaient: "Laissez venir à nous les Africains. On va pouvoir leur régler leur compte


D'autres sont croustillantes telle que Comment ne pas répondre "absolument"
et toutes sortes de Comment ... démontrant que nous nous retrouvons bien souvent dans des situations embarrassantes, mais que nous ne sommes pas les seuls cheers

En dernière partie, quelques fragments de la cacopédie, Eco nous divertit en répertoriant des néologismes, mon préféré Luthomiction: art de pisser dans un violon
Un autre pour le plaisir Orchopercussion : art de s'en battre les couilles
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bertrand-môgendre
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MessageSujet: le pendule de Foucault de Umberto Eco   Sam 5 Aoû - 22:00

Ah ! quelle étrange affaire que nous expose là, ce génial Eco.
Et une plongée en apnée dans le monde souterrain des templiers, garçon ! S’il vous plait !
Parfois l’analyse combinatoire des symbolismes exigeant en réflexion et cosmogéniques recoupement, étouffe le lecteur que je suis peu initié mais pourtant intéressé.
Lorsque le colonel arriva avec l’objet de ses recherche pour entrevoir l’édition de ses découvertes je me suis senti totalement informé, déjà introduit dans cet univers trouble (parlant des templiers l’introduction à double sens, je devrai changer de verbe…)
Et d’aller plus en avant dans la recherche donne au livre tout l’intérêt que je lui porte.
Eco manie la plume avec la dextérité d’un professeur de langue enseignant le chinois à des étudiants première année.
Au visage lent des gardiens du temples, porteur de vérité partielle, il oppose la quête incessante des titilleurs assidus (trois complices dans le monde de l’édition) trop heureux de recouper des indices par quelques grimoires retrouver grâce à l’interprétation de vagues signes cabalistiques gravés au cœur des pierres édifiants les hauts lieux chargés d’histoires moyenâgeuses.
Cet homme est une référence livresque , une bibliothèque puissante, un monstre de connaissances qui étale devant nous sa science parfaite des écrits. C’est à s’y noyer.
L’absorption des messages devient étouffante
Son séjour au brésil sombrerai dans l’ennui si les conversations drôles, voire loufoques avec la jeune et bouillonnante autochtone ne venait pas dérider un peu la dérive orchestrée par les nombreuses références atteignant presque la boulimie du personnage principal.
Vit-on dans le même monde ?. Dérivant à bord d’ un autogire soumis au sens contraire des courants ascensionnels, les textes sacrés, triturés, interprétés, se transforment en autant d’apocryphes événementiels.
Recommandation : à lire si vous voulez approfondir le mystère de ceux qui connaissent la Vérité mais qui ne disent à personne qu’ils possède ce savoir.
Petit extrait délicieux rapportant une conversation entre le jeune novice en quête de Vérité, et un professeur lui prodiguant son savoir :
« -- Mais en somme, et je m’excuse si je suis banal, les Rose-Croix existent ou pas ?
-- Que signifie exister ?
-- A vous l’honneur.
--La Grande Fraternité Blanche, que vous les appeliez Rose-Croix, que vous les appeliez chevalerie spirituelle dont les Templiers sont une incarnation occasionnelle, est une cohorte de sages, peu, très peu d’élus, qui voyage à travers l’histoire de l’humanité pour préserver un noyau de sapience éternelle. L’histoire ne se développe pas au hasard. Elle est l’œuvre des Seigneurs du Monde, auxquels rien n’échappe. Naturellement, les Seigneurs du Monde se défendent par le secret. Et donc, chaque fois que vous rencontrerez quelqu’un qui se dit Seigneur, ou Rose-Croix, ou Templier, celui-là mentira. Il faut les chercher ailleurs.
--Mais alors cette histoire continue à l’infini ?
--C’est ainsi. Et c’est l’astuce des Seigneurs.
--Mais qu’est-ce qu’ils veulent que les gens sachent ?
--Qu’il y a un secret. Autrement pourquoi vivre, si tout était ainsi qu’il apparaît ?
--Et quel est le secret ?
--Ce que les religions révélées n’ont pas su dire. Le secret se trouve au-delà ».

Une très belle manière de tourner en rond.
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Syl
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MessageSujet: Re: Umberto Eco [Italie]   Lun 4 Aoû - 14:02

Je reprends le livre ci-dessus, que j'ai particulièrement apprécié :

Le pendule de Foucault



A Paris, au Conservatoire des Arts et Métiers où oscille le pendule de Foucault, Casaubon, le narrateur, attend le rendez-vous qui lui révélera pourquoi son ami Belbo se croit en danger de mort.

A Milan, trois amis passionnés d’ésotérisme et d’occultisme, ont imaginé par jeu un gigantesque complot ourdi au cours des siècles pour la domination mondiale. Et voici qu’apparaissent en chair et en os les chevaliers de la vengeance ...

Telles sont les données initiales de ce fabuleux thriller planétaire incroyablement érudit et follement romanesque regorgeant de passions et d’énigmes qui est aussi une fascinante traversée de l’Histoire et de la culture occidentales,des parchemins aux ordinateurs, de Descartes aux Nazis,de la Kabbale à la science.

Extrait :
« Il sirotait son cognac, tirait d’un porte-cigarettes de métal presque blanc des cigarillos de forme inusitée (« c’est mon marchand de tabac de Londres qui me les confectionne,disait-il, comme les cigares que vous avez trouvés chez moi, je vous en prie, ils sont excellents ...) parlait les yeux perdus dans ses souvenirs.

Spoiler:
 


J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, très bien documenté sur les templiers entre autres. L'intrigue est intéressante et garde le lecteur en haleine tout au long du bouquin.


Dernière édition par Syl le Lun 4 Aoû - 14:07, édité 2 fois
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Syl
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MessageSujet: Re: Umberto Eco [Italie]   Lun 4 Aoû - 14:04

Principales références et thèmes qui apparaissent dans l'ouvrage :

Le Pendule de Foucault fourmille de références et thèmes historiques, ésotériques, mythologiques, religieux, scientifiques, métaphysiques, philosophiques, artistiques, politiques, etc. Si certaines trouvent leur origine dans des ouvrages, mythes et courants existants (discutables ou non), d'autres sont issues de l'imagination créative de l'auteur. Le nombre impressionnant de thèmes, concepts et références abordés en fait une oeuvre assez difficile d'accès, il n'en reste pas moins que le récit peut-être appréhendé, et n'en reste pas moins cohérent, sans pour autant que le lecteur ne dispose de la vaste culture d'Umberto Eco, et donc sans qu'il n'ait à connaître ou maîtriser un grand nombre de ces références. Cependant, un lecteur parviendra mieux à se captiver dans le récit s'il possède certaines connaissances historiques, notamment sur les Templiers.
(Source : Wikipedia).
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Umberto Eco [Italie]

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