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Philippe Jaccottet

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rotko
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MessageSujet: Philippe Jaccottet   Sam 4 Mar - 11:34

poète suisse, etabli en france, et traducteur : sa traduction de l'odyssée aux éditions de la Decouverte, est une merveille.

les violettes

Rien qu'une touffe de violettes pâles, une touffe de ces fleurs faibles et presque fades, et un enfant jouant dans le jardin...

Ce jour-là, en ce février-là, pas si lointain et tout de même perdu comme tous les autres jours de sa vie qu'on ne ressaisira jamais, un bref instant, elles m'auront désencombré la vue.

Fleurs parmi les plus insignifiantes et les plus cachées. Infimes. A la limite de la fadeur. Nées de la terre ameublie par les dernières neiges de l'hiver. Et comment, si frêles, peuvent-elles seulement apparaître, sortir de terre, tenir debout ? [...]
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rotko
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Mar 25 Juil - 18:14

Longer le pré aujourd’hui m’encourage, m’égaie. C’est plein de coquelicots parmi les herbes folles.
Rouge, rouge ! Ce n’est pas du feu, encor moins du sang. C’est bien trop gai, trop léger pour cela.

Ne dirait-on pas autant d petits drapeaux à peine attachés à leur hampe, de cocardes que peu de vent suffirait à faire envoler ? Ou de bouts de papier de soie jetés au vent pour vous convier à une fête, à la fête de mai ?
Fête de l’herbe, fête des prés.
Mille rouges, dix mille et du plus vif, tant ils sont brefs ! Gaspillés pour la gloire de mai.
Toutes ces robes transparentes ou presque, mal agrafées, vite, vite ! Dimanche est court…

Philippe Jacottet, le pré de mai, in paysages avec figures absentes. Poésie Gallimard.
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coline
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MessageSujet: Philippe Jaccottet   Sam 28 Oct - 16:16

L'ignorant

Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,

plus j'ai vécu, moins je possède et moins je règne.

Tout ce que j'ai, c'est un espace tour à tour

enneigé ou brillant, mais jamais habité.

Où est le donateur, le guide, le gardien ?

Je me tiens dans ma chambre et d'abord je me tais

(le silence entre en serviteur mettre un peu d'ordre),

et j'attends qu'un à un les mensonges s'écartent :

que reste-t-il ? que reste-t-il à ce mourant

qui l'empêche si bien de mourir ? Quelle force

le fait encor parler entre ses quatre murs ?

Pourrais-je le savoir, moi l'ignare et l'inquiet ?

Mais je l'entends vraiment qui parle, et sa parole

pénètre avec le jour, encore que bien vague :

« Comme le feu, l'amour n'établit sa clarté

que sur la faute et la beauté des bois en cendres... »

(L'ignorant, Editions Gallimard, 1957)
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Sam 28 Oct - 16:19

L'effraie

La nuit est une grande cité endormie

où le vent souffle... Il est venu de loin jusqu'à

l'asile de ce lit. C'est la minuit de juin.

Tu dors, on m'a mené sur ces bords infinis,

le vent secoue le noisetier. Vient cet appel

qui se rapproche et se retire, on jurerait

une lueur fuyant à travers bois, ou bien

les ombres qui tournoient, dit-on, dans les enfers.

(Cet appel dans la nuit d'été, combien de choses

j'en pourrais dire, et de tes yeux...) Mais ce n'est que

l'oiseau nommé l’effraie qui nous appelle au fond

de ces bois de banlieue. Et déjà notre odeur

est celle de la pourriture au petit jour,

déjà sous notre peau si chaude perce l’os,

tandis que sombrent les étoiles au coin des rues.

(L'Effraie, éd. Gallimard, 1953)
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Sam 28 Oct - 16:21

Sois tranquille, cela viendra ! Tu te rapproches,
tu brûles ! Car le mot qui sera à la fin
du poème, plus que le premier sera proche
de ta mort, qui ne s'arrête pas en chemin.

Ne crois pas qu'elle aille s'endormir sous des branches
ou reprendre souffle pendant que tu écris.
Même quand tu bois à la bouche qui étanche
la pire soif, la douce bouche avec ses cris

doux, même quand tu serres avec force le noeud
de vos quatre bras pour être bien immobiles
dans la brûlante obscurité de vos cheveux,

elle vient, Dieu sait par quels détours, vers vous deux,
de très loin ou déjà tout près, mais sois tranquille,
elle vient : d'un à l'autre mot tu es plus vieux.

(L'Effraie, éditions Gallimard)
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Sam 28 Oct - 16:24

Qu’est-ce qui se ferme et se rouvre

suscitant ce souffle incertain

ce bruit de papier ou de soie

et de lames de bois léger ?



Ce bruit d’outils si lointain

que l’on dirait à peine un éventail ?



Un instant la mort paraît vaine

le désir même est oublié

pour ce qui se plie et déplie

devant la bouche de l’aube
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Sam 28 Oct - 16:26

Dans les chambres des vergers

ce sont des globes suspendus

que la course du temps colore

des lampes que le temps allume

et dont la lumière est parfum



On respire sous chaque branche

le fouet odorant de la hâte
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Sam 28 Oct - 16:28



Oeuvres de Philippe Jaccottet

aux Editions Gallimard
L'effraie et autres poésies
L'ignorant, poèmes 1952-1956
Éléments d'un songe, proses
L'obscurité, récit Airs, poèmes 1961-1964
L'entretien des muses, chroniques de poésie
Poésies 1946-1967, choix. Préface de Jean Starobinski
Paysages avec figures absentes, proses
A la lumière d'hiver, précédé de Leçons et de Chants d'en bas
Pensées sous les nuages, poèmes
La semaison, carnets 1954-1979
A travers un verger, suivi de Les cormorans et de Beauregard
Une transaction secrète, lectures de poésie
Cahier de verdure, proses et poèmes
Après beaucoup d'années, proses et poèmes
Écrits pour papier journal, chroniques 1951-1970
La seconde semaison, carnets 1980-1994
D'une lyre à cinq cordes, traductions 1946-1995

chez d'autres éditeurs
La promenade sous les arbres, proses (Bibliothèque des Arts)
Gustave Roud (Éditions universitaires de Fribourg)
Rilke par lui-même (Le Seuil) Libretto (La Dogana)
Requiem, poème (Fata Morgana)
Cristal et fumée, notes de voyage (Fata Morgana)
Tout n'est pas dit, billets 1956-1964
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Sam 28 Oct - 16:31

Pommes éparses

Sur l'aire du pommier



Vite !

Que la peau s'empourpre

Avant l'hiver !
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rotko
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Sam 28 Oct - 17:28

O Muse, conte-moi l'aventure de l'Inventif :
celui qui pilla Troie, qui pendant des années erra,
voyant beaucoup de ville, découvrant beau coup d'usages,
souffrant beaucoup d'angoisses dans son âme sur la mer
pour défendre sa vie et le retour de ses marins
sans en pouvoir pourtant sauver un seul, quoi qu'il en eût :
par leur propre fureur, ils furent perdus en effet,
ces enfants qui touchèrent aux troupeaux du dieu d' En Haut,
le soleil qui leur prit le bonheur du retour...

C'est la traduction de L'Odyssée, en son début,
par Jacottet (la Découverte).



Voici celle de Médric Dufour chez Garnier Flammarion.

Muse, dis-moi le héros aux mille expédients, qui tant erra, quand sa ruse eut fait mettre à sac l'acropole sacrée de Troade, qui visita les villes et connut les moeurs de tant d'hommes ! Combien en son coeur il éprouva de tourments sur la mer, quand il luttait pour sa vie et le retour de ses compagnons ! Mais il ne put les sauver malgré son désir : leur aveuglement les perdit, insensés qui dévorèrent les boeufs d'Hélios Hypérion. Et lui leur öta la journée du retour. A nous aussi, déesse née de Zeus, conte ces aventures, en commençant où tu voudras
A nous aussi, Fille de Zeus, conte un peu ces exploits !
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Lun 6 Nov - 2:03

Portovenere

La mer est de nouveau obscure. Tu comprends,
c'est la dernière nuit. Mais qui vais-je appelant?
Hors l'écho, je ne parle à personne, à personne.
Où s'écroulent les rocs, la mer est noire, et tonne
dans sa cloche de pluie. Une chauve-souris
cogne aux barreaux de l'air d'un vol comme surpris,
tous ces jours sont perdus, déchirés par ses ailes
noires, la majesté de ces eaux trop fidèles
me laisse froid, puisque je ne parle toujours
ni à toi, ni à rien. Qu'ils sombrent, ces "beaux jours"!
Je pars, je continue à vieillir, peu importe,
sur qui s'en va la mer saura claquer la porte.
(L'effraie)
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Lun 6 Nov - 2:09

Intérieur

Il y a longtemps que je cherche à vivre ici,
dans cette chambre que je fais semblant d'aimer,
la table, les objets sans soucis, la fenêtre
ouvrant au bout de chaque nuit d'autres verdures,
et le coeur du merle bat dans le lierre sombre,
partout des lueurs achèvrent l'ombre vieillie.

J'accepte moi aussi de croire qu'il fait doux,
que je suis chez moi, que la journée sera bonne.
Il y a juste, au pied du lit, cette araignée
(à cause du jardin), je ne l'ai pas assez
piétinée, on dirait qu'elle travaille encore
au piège qui attend mon fragile fantôme.
(L'effraie)
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rotko
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Lun 5 Mai - 6:37

Philippe Jaccottet publie deux recueils de poèmes et une traduction intégrale des «Elégies de Duino» de Rilke.

Le Cours de la Broye
. Suite moudonnoise chez Empreintes

'premiers souvenirs d'enfance, à Moudon.)


et Ce peu de bruits chez Gallimard


.
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Philippe Jaccottet

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