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| Auteur | Message |
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rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 23714
 | Sujet: Henri Michaux Mer 1 Mar - 20:23 | |
| son "Monsieur Plume" assume ses mésaventures. Le voici en voyage
Plume voyage
Plume ne peut pas dire qu’on ait excessivement d’égards pour lui en voyage. Les uns lui passent dessus sans crier gare, les autres s’essuient tranquillement les mains à son veston. Il a fini par s’habituer. Il aime mieux voyager avec modestie. Tant que ce sera possible, il le fera.
Si on lui sert, hargneux, une racine dans son assiette, une grosse racine : « Allons, mangez. Qu’est-ce que vous attendez ? »
« Oh, bien, tout de suite, voilà. » Il ne veut pas s’attirer des histoires inutilement.
Et si la nuit, on lui refuse un lit : « Quoi ! Vous n’êtes pas venu de si loin pour dormir, non ? Allons, prenez votre malle et vos affaires, c’est le moment de la journée où l’on marche le plus facilement. »
« Bien, bien, oui… certainement. C’était pour rire, naturellement. Oh oui, par… plaisanterie. » Et il repart dans la nuit obscure.
Et si on le jette hors du train : « Ah ! alors vous pensez qu’on a chauffé depuis trois heures cette locomotive et attelé huit voitures pour transporter un jeune homme de votre âge, en parfaite santé, qui peut parfaitement être utile ici, qui n’a nul besoin de s’en aller là-bas, et que c’est pour ça qu’on aurait creusé des tunnels, fait sauter des tonnes de rochers à la dynamite et posé des centaines de kilomètres de rails par tous les temps, sans compter qu’il faut encore surveiller la ligne continuellement par crainte des sabotages, et tout cela pour… »
Bien, bien. Je comprends parfaitement. J’étais monté, oh, pour jeter un coup d’œil ! Maintenant, c’est tout. Simple curiosité, n’est-ce pas. Et merci mille fois. « Et il s’en retourne sur les chemins avec ses bagages.
Et si à Rome, il demande à voir le Colisé : « Ah ! Non. Ecoutez, il est déjà assez mal arrangé. Et puis après, Monsieur voudra le toucher, s’appuyer dessus, ou s’y asseoir. C’est comme ça qu’il ne reste que des ruines partout. Ce fut une leçon pour nous, une dure leçon, mais à l’avenir, non, c’est fini, n’es-ce pas. »
« Bien ! Bien ! C’était… Je voulais seulement vous demander une carte postale, une photo, peut-être… si des fois… « Et il quitte la ville sans avoir rien vu. Et si sur le paquebot, tout à coup le Commissaire du bord le désigne du doigt et dit : « QU’est-ce qu’il fait ici, celui-là ? Allons, on manque bien de discipline là, en bas, il me semble. Qu’on aille vite me le redescendre dans la soute. Le deuxième quart vient de sonner. » Et il repart en sifflotant, et Plume, lui, s’éreinte pendant toute la traversée.
Mais il ne dit rien, il ne se plaint pas. Il songe aux malheureux qui ne peuvent pas voyager du tout, tandis que lui, il voyage, il voyage continuellement
poésie Gallimard |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 23714
 | Sujet: Re: Henri Michaux Mer 1 Mar - 20:27 | |
| LE GRAND COMBAT Il l'emparouille te l'endosque contre terre ; Il le rague et le roupète jusqu'à son drâle ; Il le pratèle et le libuque et lui baruffle les ouillais ; Il le tocarde et le marmine, Le manage rape à ri et ripe à ra. Enfin il l'écorcobalisse. L'autre hésite, s'espudrine, se défaisse, se torse et se ruine. C'en sera bientôt fini de lui ; Il se reprise et s'emmargine... mais en vain Le cerceau tombe qui a tant roulé. Abrah ! Abrah ! Abrah ! Le pied a failli ! Le bras a cassé ! Le sang a coulé ! Fouille, fouille, fouille Dans la marmite de son ventre est un grand secret Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ; On s'étonne, on s'étonne, on s'étonne Et vous regarde, On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.
Michaux, qui je fus. Gallimard |
|  | | Provence pilier

Age : 48 Inscrit le : 04 Jan 2006 Messages : 2155 Localisation : Au bord de la mer...
 | Sujet: Re: Henri Michaux Jeu 2 Mar - 12:10 | |
| Michaux.... un autre de mes poètes fétiches. Tu me fais bien plaisir, là, Rotko !  |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 23714
 | Sujet: Re: Henri Michaux Ven 3 Mar - 17:55 | |
| Pour redonner de l'appetit à Coline , et avec un petit clin d'oeil à Marie Chevalier, adepte des histoires de restaurant , le début et la fin de Plume au restaurant le texte est trop long pour que je le mette en entier, il faudra aller voir in
Michaux, "l'espace du dedans" poésie/ Gallimard
| Citation: | | " Plume déjeunait au restaurant, quand le maître d'hôtel s'approcha, le regarda sévèrement et lui dit d'une voix basse et mystérieuse :" Ce que vous avez là dans votre assiette ne figure pas sur la carte. " |
[...] "| Citation: | | Un fromage lent, jaune à pas de chevaux de catafalque, un fromage lent, jaune, à pas de catafalque, circulait en lui-même comme un pied du monde. C'était plutôt une énorme mamelle, une vieille meule de chair etn accroupie se tenait une région immense qui devait être terriblement moite." |
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|  | | Provence pilier

Age : 48 Inscrit le : 04 Jan 2006 Messages : 2155 Localisation : Au bord de la mer...
 | Sujet: Re: Henri Michaux Ven 3 Mar - 18:22 | |
| L'Infini Turbulent (Mercure de France - 1964) : recueil de textes écrits sous mescaline, LSD, et autres hallucinogènes...
Extrait de Huit Expériences, Expérience V : ...... L'envahissement des grappes de groseilles que je vois, en tas et en guirlandes, m'enivre et m'avilit, groseilles dont je sais et saurai pour toujours à quoi en nous elles répondent et quelle est la nature du plaisir qu'on trouve à les évoquer, et dans leur nom même, et la fille la plus chaste le plaisir qu'elle y trouve, gouffre en moi que ces groseilles, plus excitantes, éloquentes, persuasives, pervertissantes que les scènes les plus osées et les plus lubriques, gouffre, car je mesure à leur fascination érotique jusqu'où je me trouve plongé dans le vice et l'ignoble, puisque des objets pareils s'en trouvent à ce point contaminés, devenus pour moi plus érogènes que le plus beau sein du monde ou une caresse secrète dans les ténébres. |
|  | | Provence pilier

Age : 48 Inscrit le : 04 Jan 2006 Messages : 2155 Localisation : Au bord de la mer...
 | Sujet: Re: Henri Michaux Ven 3 Mar - 18:31 | |
| NAUSEE OU C'EST LA MORT QUI VIENT ?
Rends-toi mon coeur. Nous avons assez lutté. Et que ma vie s'arrête. On n'a pas été des lâches, On a fait ce qu'on a pu.
Oh ! mon âme, Tu pars ou tu restes, Il faut te décider. Ne me tâte pas ainsi les organes, tantôt avec attention, tantôt avec égarement, Tu pars ou tu restes, Il faut décider.
Moi, je n'en peux plus, Seigneurs de la Mort Je ne vous ai ni blasphémés ni applaudis. Ayez pitié de moi, voyageur déjà de tant de voyages sans valises, Sans maître non plus, sans richesse et la gloire s'en fut ailleurs, Vous êtes puissants assurément et drôles par-dessus tout, Ayez pitié de cet homme affolé qui avant de franchir la barrière vous crie déjà son nom. Prenez-le au vol, Qu'il se fasse, s'il se peut, à vos tempéraments et à vos moeurs, Et s'il vous plaît de l'aider, aidez-le, je vous prie.
Ecuador |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 23714
 | Sujet: Re: Henri Michaux Ven 3 Mar - 18:35 | |
| | Provence a écrit: | | textes écrits sous mescaline, LSD, et autres hallucinogènes... |
et les dessins de Michaux !
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|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Henri Michaux Jeu 9 Nov - 11:38 | |
| MA VIE
Tu t'en vas sans moi, ma vie. Tu roules. Et moi j'attends encore de faire un pas. Tu portes ailleurs la bataille. Tu me désertes ainsi. Je ne t'ai jamais suivie. Je ne vois pas clair dans tes offres. Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes. A cause de ce manque, j'aspire à tant. A tant de choses, à presque l'infini... A cause de ce peu qui manque, que jamais tu n'apportes.
Extrait de "La Nuit Remue" ~ Henri Michaux |
|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Henri Michaux Mer 13 Juin - 15:50 | |
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Dernière édition par le Mer 13 Juin - 15:59, édité 1 fois |
|  | | Utopie Mod.

Age : 101 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 10707
 | Sujet: Re: Henri Michaux Mer 13 Juin - 15:53 | |
| Un homme perdu
En sortant, je m'égarai. Il fut tout de suite trop tard pour reculer. Je me trouvais au milieu d'une plaine. Et partout circulaient de grandes roues. Leur taille était bien cent fois la mienne. Et d'autres étaient plus grandes encore.
Pour moi, sans presque les regarder, je chuchotais à leur approche, doucement, comme à moi-même : " Roue, ne m'écrase pas… Roue, je t'en supplie, ne m'écrase pas… Roue, de grâce, ne m'écrase pas. "
Elles arrivaient, arrachant un vent puissant, et repartaient. Je titubais.
Depuis des mois ainsi : "Roue, ne m'écrase pas… Roue, cette fois-ci, encore, ne m'écrase pas."
Et personne n'intervient ! Et rien ne peut arrêter ça ! Je resterai là jusqu'à ma mort.
Henri Michaux |
|  | | Seuguh pilier

Age : 31 Inscrit le : 17 Mai 2006 Messages : 2597 Localisation : Bruxelles
 | Sujet: Re: Henri Michaux Mer 13 Juin - 23:16 | |
| Je crois bien avoir lu ce livre* de Michaux sous une impulsion GDSienne*
MURNES ET ÉGLANBES
Les Murnes : prétentieux, goborets, gobasses, ocrabottes, renommés pour leur bêtise repue et parfaitement étanche, comme les Agres et les Cordobes pour leur jalousie, les Orbus Pour leur lenteur, les Ridieuses et les Ribobelles pour leur peu de vertu, les Arpèdres pour leur dureté, les Tacodions pour leur économie, les Églanbes pour leur talent musical. Devant un Églanbe pris au hasard, vous pouvez siffler n'importe quel air, il vous le répétera très exactement, en ajoutant (croyant du reste sincèrement que toute musique est venue d'eux) que c'est une de leurs vieilles mélodies, quand même vous siffleriez un thème de « l'Or du Rhin ». Mais il le sifflera à contre-coeur, comme un air de basse époque, dont les Églanbes se sont détachés depuis longtemps.
* Voyage en Grande Garabagne in Ailleurs, nrf Poésie Gallimard |
|  | | clmemont pilier

Inscrit le : 20 Juin 2006 Messages : 942
 | Sujet: Re: Henri Michaux Lun 20 Aoû - 9:47 | |
| Clown
Un jour, Un jour, bientôt peut-être. Un jour j'arracherai l'ancre qui tient mon navire loin des mers. Avec la sorte de courage qu'il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m'être indissolublement proche. Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler. D'un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements "de fil en aiguille". Vidé de l'abcès d'être quelqu'un, je boirai à nouveau l'espace nourricier. À coup de ridicules, de déchéances (qu'est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j'expulserai de moi la forme qu'on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables. Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille. Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m'avait fait déserter. Anéanti quant à la hauteur, quant à l'estime. Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.
Clown, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l'esclaffement, le sens que contre toute lumière je m'étais fait de mon importance. Je plongerai. Sans bourse dans l'infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée à force d'être nul et ras... et risible... |
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