rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 23714
 | Sujet: Jean Racine Ven 20 Jan - 16:33 | |
| Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d'Égée Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée Mon repos, mon bonheur semblait s'être affermi; Athènes me montra mon superbe ennemi: Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue; Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler; Je sentis tout mon corps et transir et brûler; Je reconnus Venus et ses feux redoutables, D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables |
|
Moon Mod.

Age : 18 Inscrit le : 16 Déc 2006 Messages : 4333 Localisation : Moon Palace
 | Sujet: Re: Jean Racine Lun 18 Juin - 16:34 | |
| Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais. Ah ! Ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais ? Le cruel ! De quel oeil il m'a congédiée ! Sans pitié, sans douleur au moins étudiée. L'ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ? En ai-je pu tirer un seul gémissement ? Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes, Semblait-il seulement qu'il eût part à mes larmes ? Et je le plains encore ! Et, pour comble d'ennui, Mon coeur, mon lâche coeur s'intéresse pour lui Je tremble au seul penser du coup qui le menace, Et, prête à me venger, je lui fais déjà grâce. Non, ne révoquons point l'arrêt de mon courroux : Qu'il périsse! Aussi bien il ne vit plus pour nous. Le perfide triomphe et se rit de ma rage Il pense voir en pleurs dissiper cet orage; Il croit que, toujours faible et d'un coeur incertain, Je parerai d'un bras les coups de l'autre main. Il juge encor de moi par mes bontés passées. Mais plutôt le perfide a bien d'autres pensées. Triomphant dans le temple, il ne s'informe pas Si l'on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas. Il me laisse, l'ingrat! Cet embarras funeste. Non, non, encore un coup : laissons agir Oreste. Qu'il meure, puisqu'enfin il a dû le prévoir, Et puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir. A le vouloir ? Hé quoi ! C'est donc moi qui l'ordonne ? Sa mort sera l'effet de l'amour d'Hermione ? Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois Avec tant de plaisir redire les exploits, A qui même en secret je m'étais destinée Avant qu'on eût conclu ce fatal hyménée, Je n'ai donc traversé tant de mers, tant d'États, Que pour venir si loin préparer son trépas, L'assassiner, le perdre? Ah! Devant qu'il expire...
(Hermione dans Andromaque, Acte V, scène 1]) |
|