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maïa pilier

Inscrit le : 05 Jan 2006 Messages : 3121
 | Sujet: Rimbaud Mar 7 Fév - 16:40 | |
| Je lance un fil sur Rimbaud, que j'adore, pour que Sony vienne nous parler de sa passion pour ce génie... A toi l'honneur, Sony  |
|  | | Vincimil Invité
 | Sujet: Voyelles Lun 21 Aoû - 21:30 | |
| A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes : A, noir corset velu des mouches éclatantes Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d'ombres; E, candeurs des vapeurs et des tentes, Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles; I, pourpres, sang craché, rires des lèvres belles Dans la colère ou les ivresses pénitentes;
U, cycles, vibrements divins des mers virides, Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides, Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges, Silences traversés des Mondes et des Anges : -O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux! |
|  | | Vincimil Invité
 | Sujet: [Quatrain] Lun 21 Aoû - 22:00 | |
| L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles, L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins; La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles, Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain. |
|  | | Vincimil Invité
 | Sujet: Re: Rimbaud Mar 22 Aoû - 5:42 | |
| "Le passant considérable", disait Mallarmé... Rimbaud n'est pas un "poète", mais quelqu'un qui est passé par la poésie, comme par mille (vraiment mille) autres projets, toujours à la recherche de "quelque chose". Jusqu'au carnet tenu dans sa civière en fuite, jusqu'au message dicté en rendant l'âme. Rimbaud, à la lettre, n'a pas cessé d'écrire, de quérir.
Alain Borer - Rimbaud l'heure de la fuite |
|  | | Vincimil Invité
 | Sujet: Re: Rimbaud Mar 22 Aoû - 6:00 | |
| Chanson de la plus haute tour
Qu'il vienne, qu'il vienne, Le temps dont on s'éprenne.
J'ai tant fait patience Qu'à jamais j'oublie. Craintes et souffrances Aux cieux sont parties. Et la soif malsaine Obscurcit mes veines.
Qu'il vienne, qu'il vienne. Le temps dont on s'éprenne.
Telle la prairie A l'oubli livrée, Grandie, et fleurie D'encens et d'ivraies, Au bourdon farouche Des sales mouches.
Qu'il vienne, qu'il vienne, Le temps dont on s'éprenne. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22787
 | Sujet: Re: Rimbaud Mar 22 Aoû - 9:07 | |
| Tu oublies le début , ou ta version de la chanson de la plus haute tour est tronquée, ce qui n'aurait rien d'etonnant car j'ai vu des textes tres différents. voici donc le début
Oisive jeunesse À tout asservie, Par délicatesse J'ai perdu ma vie. Ah! que le temps vienne Où les cœurs s'éprennent. |
|  | | Vincimil Invité
 | Sujet: Re: Rimbaud Sam 9 Sep - 11:56 | |
| Vénus Anadyomène
Comme d'un cercueil vert en fer blanc, une tête De femme à cheveux bruns fortement pommadés D'une vieille baignoire émerge, lente et bête, Avec des déficits assez mal ravaudés;
Puis le col gras et gris, les larges omoplates Qui saillent; le dos court qui rentre et qui ressort; Puis les rondeurs des reins semblent prendre l'essor; La graisse sous la peau paraît en feuilles plates;
L'échine est un peu rouge, et le tout sent un goût Horrible étrangement; on remarque surtout Des singularités qu'il faut voir à la loupe...
Les reins portent deux mots gravés: Clara Venus; - Et tout ce corps remue et tend sa large croupe Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.
27 juillet 1870 |
|  | | Vincimil Invité
 | Sujet: Re: Rimbaud Sam 9 Sep - 12:42 | |
| [center]Arthur Rimbaud
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|  | | Vincimil Invité
 | Sujet: Matin Sam 9 Sep - 14:04 | |
| Matin
N'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d'or, - trop de chance! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle? Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin, que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi je ne puis pas plus m'expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler! Pourtant, aujourd'hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C'était bien l'enfer; l'ancien, celui dont le fils de l'homme ouvrit les portes. Du même désert, à la même nuit, toujours mes yeux las se réveillent à l'étoile d'argent, toujours, sans que s'émeuvent les Rois de la vie, les trois mages, le coeur, l'âme, l'esprit. Quand irons-nous, par-delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la surperstition, adorer - les premiers! - Noël sur la terre! Le chant des cieux, la marche des peuples! Esclaves, ne maudissons pas la vie. |
|  | | Vincimil Invité
 | Sujet: Angoisse Sam 9 Sep - 15:59 | |
| Angoisse
Se peut-il qu'Elle me fasse pardonner les ambitions
continuellement écrasées, - qu'une fin aisée répare les
âges d'indigence, - qu'un jour de succès nous endorme
sur la honte de notre inhabileté fatale? (O palmes! diamant! - Amour, force! - plus haut que
toutes joies et gloires! - de toutes façons, partout, -
démon, dieu, - Jeunesse de cet être-ci: moi!) Que des accidents de féérie scientifique et des
mouvements de fraternité sociale soient chéris comme
restitution progressive de la franchise première?... Mais la Vampire qui nous rend gentils commande que nous
nous amusions avec ce qu'elle nous laisse, ou
qu'autrement nous soyons plus drôles. Rouler aux blessures, par l'air lassant et la mer; aux
supplices, par le silence des eaux et de l'air
meurtriers; aux tortures qui rient, dans leur silence
atrocement houleux. |
|  | | Vincimil Invité
 | Sujet: Re: Rimbaud Jeu 5 Oct - 17:41 | |
| Adieu – Une saison en enfer
L’automne déjà ! – Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons. L’automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l’ivresse, les mille amours qui m’ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d’âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le cœur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment… L’affreuse évocation ! J’exècre la misère. Et je redoute l’hiver parce que c’est la saison du confort ! - Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d’or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d’artiste et de conteur emportée ! Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan ! Suis-je trompé ? la charité serait-elle sœur de la mort, pour moi ? Enfin, je demanderai pardon pour m’être nourri de mensonge. Et allons. Mais pas une main amie ! et où puiser le secours ?
Oui, l’heure nouvelle est au moins très sévère. Car je puis dire que la victoire m’est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s’effacent. Mes derniers regrets détalent, - des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toute sortes. – Damnés, si je me vengeais ! Il faut être absolument moderne. Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n’ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !... Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul. Cependant c’est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes. Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c’est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, - j’ai vu l’enfer des femmes là-bas ; - et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps. Avril-août 1873 |
|  | | Moon Mod.

Age : 18 Inscrit le : 16 Déc 2006 Messages : 4280 Localisation : Moon Palace
 | Sujet: Re: Rimbaud Dim 13 Mai - 12:40 | |
| Bal des pendus
Au gibet noir, manchot aimable, Dansent, dansent les paladins, Les maigres paladins du diable, Les squelettes de Saladins.
Messire Belzébuth tire par la cravate Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel, Et, leur claquant au front un revers de savate, Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !
Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles Comme des orgues noirs, les poitrines à jour Que serraient autrefois les gentes damoiselles Se heurtent longuement dans un hideux amour.
Hurrah ! les gais danseurs, qui n'avez plus de panse ! On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs ! Hop ! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse ! Belzébuth enragé racle ses violons !
Ô durs talons, jamais on n'use sa sandale ! Presque tous ont quitté la chemise de peau ; Le reste est peu gênant et se voit sans scandale. Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau :
Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées, Un morceau de chair tremble à leur maigre menton : On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées, Des preux, raides, heurtant armures de carton.
Hurrah ! la bise siffle au grand bal des squelettes ! Le gibet noir mugit comme un orgue de fer ! Les loups vont répondant des forêts violettes : A l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...
Holà, secouez-moi ces capitans funèbres Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres : Ce n'est pas un moustier ici, les trépassés !
Oh ! voilà qu'au milieu de la danse macabre Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou Emporté par l'élan, comme un cheval se cabre : Et, se sentant encor la corde raide au cou,
Crispe ses petits doigts sur son fémur qui craque Avec des cris pareils à des ricanements, Et, comme un baladin rentre dans la baraque, Rebondit dans le bal au chant des ossements.
Au gibet noir, manchot aimable, Dansent, dansent les paladins, Les maigres paladins du diable, Les squelettes de Saladins. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22787
 | Sujet: Re: Rimbaud Dim 13 Mai - 13:07 | |
| | Superbe ! on pourra ouvrir un fil sur les pendus et les danses macabres, on trouvera des textes et des tableaux multiples. |
|  | | marie chevalier pilier

Age : 66 Inscrit le : 11 Jan 2006 Messages : 5233 Localisation : picardie
 | Sujet: Re: Rimbaud Dim 13 Mai - 17:44 | |
| l'incontournable pour moi on ne peut parler de Rimbaud sans ce poème.
Le dormeur du val
C'est un trou de verdure où chante une rivière, Accrochant follement aux herbes des haillons D'argent ; où le soleil, de la montagne fière, Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme Sourirait un enfant malade, il fait un somme : Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. _________________ que sera demain? http://pagesperso-orange.fr/Marie-Chevalier/ |
|  | | Moon Mod.

Age : 18 Inscrit le : 16 Déc 2006 Messages : 4280 Localisation : Moon Palace
 | Sujet: Re: Rimbaud Dim 13 Mai - 17:53 | |
| Moi je ne peux pas parler de Rimbaud sans penser aux deux premiers poèmes que j'ai appris.
Sensation
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l'herbe menue : Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l'amour infini me montera dans l'âme, Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, - heureux comme avec une femme.
Ma bohème
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ; Mon paletot aussi devenait idéal ; J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ; Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou. - Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. - Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes, Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, Comme des lyres, je tirais les élastiques De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur ! |
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