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 Robert DesnosVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Seuguh
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Age : 31
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MessageSujet: Robert Desnos   Mar 30 Jan - 16:48

La colombe et l'arche

Maudit

soit le père de l'épouse

du forgeron qui forgea le fer de la cognée

avec laquelle le bûcheron abattit le chêne

dans lequel on sculpta le lit

où fut engendré l'arrière-grand-père

de l'homme qui conduisit la voiture

dans laquelle ta mère

rencontra ton père !

Corps et Biens, 1923
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 21297

MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mar 30 Jan - 17:57

j'aime bien cette complainte héroique et pleine d'humour, la complainte de Fantomas.
1

Écoutez... Faites silence...
La triste énumération
De tous les forfaits sans nom,
Des tortures, des violences
Toujours impunis, hélas !
Du criminel Fantômas.

2

Lady Beltham, sa maîtresse,
Le vit tuer son mari
Car il les avait surpris
Au milieu de leurs caresses.
Il coula le paquebot
Lancaster au fond des flots.

3

Cent personnes il assassine.
Mais Juve aidé de Fandor
Va lui faire subir son sort
Enfin sur la guillotine...
Mais un acteur, très bien grimé,
À sa place est exécuté.

4

Un phare dans la tempête
Croule, et les pauvres bateaux
Font naufrage au fond de l’eau.
Mais surgissent quatre têtes :
Lady Beltham aux yeux d’or,
Fantômas, Juve et Fandor.

la suite est ICI

FINAL

Allongeant son ombre immense
Sur le monde et sur Paris,
Quel est ce spectre aux yeux gris
Qui surgit dans le silence ?
Fantômas, serait-ce toi
Qui te dresses sur les toits ?
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clmemont
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Inscrit le : 20 Juin 2006
Messages : 916

MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mar 30 Jan - 20:30

Tiens cela me rappelle des souvenirs, j'avais appris un extrait de la complainte en sixième ainsi que

La rue de Bagnolet

Le soleil de la rue de Bagnolet
N'est pas un soleil comme les autres
Il se baigne dans le ruisseau,
Il se coiffe avec un seau,
Tout comme les autres,
Mais, quand il caresse mes épaules
C'est bien lui et pas un autre,
Le soleil de la rue Bagnolet
Qui conduit son cabriolet
Ailleurs qu'aux portes des palais.
Soleil tout drôle et tout content,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Pas comme les autres.




J'avoue avoir préféré la complainte de Fantômas
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clmemont
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Inscrit le : 20 Juin 2006
Messages : 916

MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mar 30 Jan - 20:31

Et maintenant je travaille plutôt

Ce coeur qui haïssait la guerre
voilà qu'il bat pour le combat et la bataille !
Ce coeur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons,
à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines
un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent
Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne
Comme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat.
Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos.

Mais non, c'est le bruit d'autres coeurs, de millions d'autres coeurs
battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces coeurs,
Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d'ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce coeur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Francais se préparent dans l'ombre
à la besogne que l'aube proche leur imposera.
Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté
au rythme même des saisons et des marées,
du jour et de la nuit.


Quelle diversité !
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rotko
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Inscrit le : 26 Déc 2005
Messages : 21297

MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mar 30 Jan - 20:38

Celui-ci, vu la destinée de Desnos me plaît particulièrement.

J'ai tant rêvé de toi

J'ai tant rêvé de toi
que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser
sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi
que mes bras habitués en étreignant ton ombre
à se croiser sur ma poitrine
ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années,
je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi
qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi,
la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi,
tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
qu'il ne me reste plus peut-être,
et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allégrement sur le cadran solaire de ta vie.


Robert Desnos - 1930
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clmemont
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Messages : 916

MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mar 30 Jan - 23:42

Destinée qui a été assez bien chantée par Ferrat

Robert le Diable

Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval
Quand tu parlais du sang jeune homme singulier
Scandant la cruauté de tes vers réguliers
Le rire des bouchers t'escortait dans les Halles
Tu avais en ces jours ces accents de gageure
Que j'entends retentir à travers les années
Poète de vingt ans d'avance assassiné
Et que vengeaient déjà le blasphème et l'injure

Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne

Debout sous un porche avec un cornet de frites
Te voilà par mauvais temps près de Saint-Merry
Dévisageant le monde avec effronterie
De ton regard pareil à celui d'Amphitrite
Enorme et palpitant d'une pâle buée
Et le sol à ton pied comme au sein nu l'écume
Se couvre de mégots de crachats de légumes
Dans les pas de la pluie et des prostituées

Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne

Et c'est encore toi sans fin qui te promènes
Berger des longs désirs et des songes brisés
Sous les arbres obscurs dans les Champs-Elysées
Jusqu'à l'épuisement de la nuit ton domaine
O la Gare de l'Est et le premier croissant
Le café noir qu'on prend près du percolateur
Les journaux frais les boulevards pleins de senteur
Les bouches du métro qui captent les passants

Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne

La ville un peu partout garde de ton passage
Une ombre de couleur à ses frontons salis
Et quand le jour se lève au Sacré-Cœur pâli
Quand sur le Panthéon comme un équarissage
Le crépuscule met ses lambeaux écorchés
Quand le vent hurle aux loups dessous le Pont-au-Change
Quand le soleil au Bois roule avec les oranges
Quand la lune s'assied de clocher en clocher

Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne
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Provence
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mer 31 Jan - 9:05

cheers Merci clmemont pour avoir mis ici les paroles de cette chanson qui me trotte dans la tête depuis qu'hier j'ai lu ce fil Desnos Laughing

Je copie ici les vers que j'avais cités dans le fil jongleries et autres joyeusetés (Jeux de mots)

En 1923, Desnos écrit et publie L'Aumonyme dans lequel il joue sur les similitudes sonores et les décrochements de sens que produit l'homonymie.

Notre paire quiète, ô yeux !
que votre "non" soit sang (t'y fier ?)
que votre araignée rie
que vol honteux soit fête (au fait)
Sur la terre (commotion !)

Donnez nous aux joues réduites
notre pain quotidien.
Part donnez-nous nos oeufs foncés
Comme nous part donnons
à ceux qui nous ont offensés.
nounou laissez-nous succomber à la tentation
et d'aile ivrez nous du mal.
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rotko
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Messages : 21297

MessageSujet: Re: Robert Desnos   Jeu 1 Fév - 14:40

etonné de la disposition de j'ai tant reve de toi

ici
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Provence
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Jeu 1 Fév - 14:47

Oui.... scratch
C'est pour adapter le texte à l'illustration, j'imagine Rolling Eyes
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clmemont
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Jeu 1 Fév - 16:15

Demain


« Agé de cent mille ans, j'aurais encor la force
De t'attendre, ô demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir: Le matin est neuf, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent. »

1942
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Jeu 1 Fév - 16:41

rotko a écrit:
etonné de la disposition de j'ai tant reve de toi ici

Pourquoi tu es étonné ? et Provence aussi ?
Parce qu'il n'est pas aligné à gauche ? c'est peut-être pour l'image.
En fait je demande car le site est celui du Club des Poètes que je connais.

Et un petit poème :

La grenouille aux souliers percés

La grenouille aux souliers percés
A demandé la charité
Les arbres lui ont donné
Des feuilles mortes et tombées
Les champignons lui ont donné
Le duvet de leur grand chapeau
L'écureuil lui a donné
Quatre poils de son manteau
L'herbe lui a donné
Trois petites graines.
Le ciel lui a donné
Sa plus douce haleine
Mais la grenouille demande toujours,
Demande encore la charité
Car ses souliers sont toujours,
Sont toujours percés.

Robert DESNOS
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rotko
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Messages : 21297

MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mer 14 Fév - 11:57

pour chasser la pluie, je mets quelques vers du Chant pour la belle saison cliquez, et vous trouverez la poème en entier.

J'aime et je chante le printemps fleuri.
J'aime et je chante l'été avec ses fruits.
J'aime et je chante la joie de vivre.
J'aime et je chante le printemps.
J'aime et je chante l'été, saison dans laquelle je suis né.

Robert DESNOS
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Yaelle
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mer 21 Fév - 12:45

CONTE DE FEE

Il était un grand nombre de fois
Un homme qui aimait une femme
Il était un grand nombre de fois
Une femme qui aimait un homme
Il était un grand nombre de fois
Une femme et un homme
Qui n'aimait pas celui-ci et celle qui les aimaient.


Il était une fois
Une seule fois peut-être
Une femme et un homme qui s'aimaient.

Robert DESNOS
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Yaelle
habitué(e)



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Messages : 14

MessageSujet: Re: Robert Desnos   Sam 24 Fév - 0:09

Au mocassin le verbe

Tu me suicides, si docilement.
Je te mourrai pourtant un jour.
Je connaîtrons cette femme
idéale
et lentement je neigerai sur sa
bouche.
Et je pleuvrai sans doute même
si je fais tard,
même si je fais beau temps.
Nous aimez si peu nos yeux
et s'écroulerai cette larme sans
raison bien entendu et sans
tristesse.
Sans.

Robert Desnos
Extraits de Corps et biens
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Seuguh
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MessageSujet: Re: Robert Desnos   Mer 7 Mar - 19:38

ISABELLE ET MARIE


Isabelle rencontra Marie au bas de l'escalier :
"Tu n'es qu'une chevelure ! lui dit-elle
- et toi une main
- main toi-même, omoplate !
- omoplate ? c'est trop fort, espèce de sein !
- Langue ! dent ! pubis !
- oeil !
- cils ! aisselle ! rein !
- gorge !... oreille !
- Oreille ? moi ? regarde-toi, narine !
- non mais, vieille gencive !
- doigt !
- con !"
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