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| | | | Auteur | Message |
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maïa pilier

Inscrit le : 05 Jan 2006 Messages : 3121
| Sujet: Leonardo Padura Mer 11 Oct - 13:58 | |
| Auteur cubain, né en 1955, publié chez Métailié, excellente maison d'édition, surtout dans sa collection "noir"...
A lire toutes affaires cessantes la tétralogie "Les Quatre saisons" (Passé parfait, Vents de Carême, Electre à la Havane et L'Automne à Cuba)
Le héros récurrent, Mario Conde est flic et dépressif. Toutes ses histoires d'amour tournent mal, il cultive la nostalgie dans un pays ubuesque (Castro n'est jamais nommé, mais implicitement omniprésent) mais aussi l'amitié, particulièrement celles de son pote d'enfance, Carlos le Flaco qui végète dans un fauteuil roulant depuis qu'une balle, en Angola, lui a détruit la colonne vertébrale... et de la mère de ce dernier, Josefina, qui leur cuisine des petits plats sublimes... Dit comme ça, ce pourrait être banal, mais la force de Padura est à la fois dans une écriture magnifique et dans une dualité vie privée-enquête qui font du personnage récurrent un vrai héros de littérature et un être qui se et nous questionne sur la condition humaine, sur l'amour, sur la mort...
Padura le dit d'ailleurs : Mario Conde est une métaphore...
J'envie Swallow qui peut les lire dans la version originale ! Mon espagnol est trop sommaire... Mais la traduction semble très bonne. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22227
| Sujet: Re: Leonardo Padura Mer 11 Oct - 16:04 | |
| moi j'ai lu Leonardo Padura, Mort d'un Chinois à la Havane, Suites éditions Métailié.
| Citation: | | "Derrière l'aventure policière qui entraine Mario Conde, on trouve l'histoire [...] des Chinois qui sont venus à Cuba, semblables à d'autres émigrants économiques. La solitude et le déracinement sont [...] le sujet de cette histoire", | previent l'auteur.
Au-delà des apparences que chacun connaît, dont ces petites recettes qui titillent nos papilles, l'enquête sur un meurtre dans le quartier chinois est l'occasion pour le lecteur de découvrir des croyances, des pratiques, et les liens d'amitié qui se nouent entre anciens compagnons d'infortune. Parfums, saveurs, et enigme appartiennent à un monde secret, que Mario Conde le flic aux états d'âme, aborde avec hésitations et pudeur. "| Citation: | | Le Conde se sentit perdu dans un monde à côté duquel il avait toujours vécu mais dont il avait été infiniment éloigné. Ces religions, éternellement stigmatisées par les esclavagistes qui les jugeaient heretiques et barbares, puis par les bourgeois qui y voyaient des affaires de nègres sales et stupides [...] prenaient aux yeux de Mario Conde le charme de la résistance." |
En 95 pages, une incursion dans un monde cosmopolite qu'on regarde autrement. Du beau travail. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22227
| Sujet: Re: Leonardo Padura Dim 17 Déc - 11:04 | |
| « Les brumes du passé », de Leonardo Padura, traduit de l'espagnol (Cuba) par Elena Zayas chez Métaillé.
Conde rachete des livres précieux qu'il revend au plus offrant. Il trouve le bon filon...
Une question le taraude : pourquoi Violeta del Rio, est-elle morte ? Cette belle chanteuse de flamanco se serait-elle suicidée ? Autant d'ombres et de brumes à dissiper... |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22227
| Sujet: Re: Leonardo Padura Lun 18 Aoû - 18:32 | |
| Leonardo Padura, les brumes du passé, chez Metailié.
Mario Conde a quitté la police et se retrouve acheteur et revendeur de livres à La Havane. Il tombe sur un vrai filon : la bibliothèque des Montes de Oca, pleine de livres précieux et d’éditions rares.
Un pressentiment lui annonce, à juste titre, qu’il met les pieds dans une drôle d’histoire.
C’est à la fois un roman noir, et bien plus qu’un roman noir. Par le truchement d’un vieil article, Conde suit la trace d’une merveilleuse chanteuse de boléro au destin tragique, sous le régime corrompu de Battista. En même temps, il découvre la misère actuelle des bas quartiers, et la déchéance de toute une population.
| Citation: | « La vie passait à côté de nous, dit le Conde, et pour nous protéger on nous a mis des œillères, comme aux mulets. Nous avons tout juste le droit de regarder devant et de marcher vers l’avenir lumineux qui nous attendait à la fin de l’histoire et, bien entendu, nous ne pouvions pas nous fatiguer en route.
Le seul problème c’est que l’avenir était encore très loin , le chemin montait et il était plein de sacrifices d’interdictions, de refus, de privations. Plus on avançait, plus la côte était raide et plus s’éloignait l’avenir lumineux qui, en plus, a fini par s’éteindre. Ce salopard s’est retrouvé en panne d’essence. » |
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|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22227
| Sujet: Re: Leonardo Padura Lun 18 Aoû - 18:33 | |
| Leonardo Padura, les brumes du passé, chez Metailié.
Le livre séduit avec sa voix prenante comme celle de la chanteuse Violeta del Rio, surgissant du passé.
La description des quartiers mal famés de La Havane, comme celle plus brillante des années 1950, est magnifiquement rendue par l’auteur, dans ce récit où se rejoignent savamment l’enquête de Mario Conde et une correspondance amoureuse qu’on découvre progressivement.
Les humeurs noires de l’enquêteur imprègnent l’histoire et lui donnent une saveur très originale de blues désenchanté.
| Citation: | | « Le quota de douleurs qui avait affecté son corps et son âme avait été dépassé depuis avec les expériences hallucinantes vécues au cours de ces derniers jours et il avait besoin de l’oubli comme d’un baume réparateur. » |
Un grain. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22227
| Sujet: Re: Leonardo Padura Mar 19 Aoû - 9:18 | |
| La postface de brumes du passé laisse entendre, ce que je pressentais : que les livres dont il est question dans la bibiliothèque des Montes de Oca - un vrai personnage central de ce livre, sont des titres authentiques.
Mario Conde raconte la naissance de sa passion pour les livres p 160 sq
| Citation: | | "Sa curiosité innée lui avait faire le premier pas décidé vers la bibliophilie quand, après lalecture dans un état d'extase émotionnelle du comte de Montecristo, voulant connaître le destin final d'Edmond et de Mercédes, il était parti à la chasse du deuxième acte de cette fabuleuse aventure..." |
Par ailleurs Mario Conde emprunte des traits de caractère ou d'humeur à leonardo Padura :
| Citation: | | Mes excuses, pour lui avoir fait supporter lectures, dépressions, et doutes, àmon épouse (bien que je préfère dire : à ma femme) Lucia Lopez Coll, ma première lectrice, pour qui l'écris toujours avec amour et fragilité. |
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|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22227
| Sujet: Re: Leonardo Padura Mar 19 Aoû - 18:29 | |
| Les boleros sont-ils aussi tristes que Padura le dit ?
Me recordards cuando en la tarde muera el sol. tu me llamards en las horas secretas de tu sensibilidad. te arrepentiras de lo cruel que tu fuiste com mi amor, se lamentards, pero sera muy tarde para volver. Te perseguiran los recuerdos divinos del ayer, te atormentard in consciencia infeliz
Me recordards dondequiera que escuches mi cancion, porque al fin fui yo quien te enseno todo... todo... lo que sabes del amor
quitte-moi, traduction française page 114 du livre
Tu te souviendras de moi Quand le soir meurt le soleil |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22227
| Sujet: Re: Leonardo Padura Lun 1 Sep - 6:49 | |
| - de quelles "lettres" parles-tu ?
- as-tu entendu parler de la Mexicaine Nahui Olin ? |
|  | | Bernique Mod.

Inscrit le : 03 Jan 2008 Messages : 762 Localisation : complètement à l'Ouest
| Sujet: Re: Leonardo Padura Lun 1 Sep - 22:02 | |
| J'ai lu Passé parfait il y a peu.

J'ai bien aimé ce personnage de flic qui peine un peu à faire face à ses contradictions. Ce qui est étonnant dans l'écriture des sud américains, quel que soit le genre (Sepulveda, Allende, Carpentier), c'est l'amplitude de l'écriture, sa sensualité. Peu de phrases minimales ( sujet/verbe, éventuellement complément). La phrase se déroule, mêlant passé et présent, souvenirs idéalisés et réalité peu reluisante.
| Spoiler: | | | Strawberry Fields avait toujours été sa chanson préférée. Il l'avait découverte un jour inattendu de 1967 ou 1968, chez son cousin Juan Antonio. Il faisait une chaleur atroce, mais Juan Antonio et trois de ses amis, déjà grands - ils devaient être à peu près en cinquième - s'étaient enfermés dans la chambre de son cousin comme s'ils s'apprêtaient à faire leur prière au prophète, il s'en souvenait parfaitement : assis par terre, ils entouraient un antique tourne-disques RCA Victor, bouffé aux mites, qui faisait tourner un disque opaque et sans nom. « C'est une copie, morveux, comment veux-tu qu'il y ait une étiquette », lui avait dit Juan Antonio avec sa mauvaise humeur habituelle. Lui aussi, il s'était assis par terre, parce que là, personne ne voulait parler, même pas des femmes. Alors Tomy avait déplacé le bras du tourne-disques, l'avait amoureusement posé sur le vinyle et la chanson avait commencé: il n'avait rien compris, les Beatles ne chantaient pas aussi bien que sur les vrais disques, mais les grands murmuraient les paroles comme s'ils les connaissaient, et lui, il savait seulement que « field » c'était jardin, et donc que « centerfield » c'était jardin central, avait-il conclu. Mais ça, ç'avait été plus tard. À ce moment-là, il avait senti qu'il assistait à un acte de magie unique. Quand la chanson s'était terminée, il avait demandé : allez, Tomy, on se la remet encore une fois. Et aujourd'hui il la chantait à nouveau, sans savoir pourquoi. Il ne voulait pas s'avouer que cette mélodie était le symbole de ses nostalgies vis-à-vis d'un passé où tout avait été simple et parfait. Même si maintenant il savait ce que les paroles signifiaient, il préférait les répéter sans y réfléchir et sentir à peine qu'il marchait dans ce champ de fraises qu'il n'avait jamais vu mais que ses souvenirs connaissaient si bien. Seuls, cette musique et lui. « Strawberry Fields » arrivait toujours comme ça, sans s'annoncer, et balayait tout le reste. Il chantait, en revenant sur n'importe quel passage et il se sentait mieux, il ne voyait plus le ciel obscur et tristement couvert, ni l'image de Rafael Morin pérorant depuis l'estrade du lycée. Il ne voulait pas fumer et n'écoutait pas ce que Manolo lui racontait à propos de sa dernière conquête amoureuse, tandis qu'il le conduisait chez Tamara, Strawberry Fields, for ever, la, la, la.. |
Et Tamara, la somptueuse Tamara ....
| Spoiler: | | | Ses yeux sont comme deux amandes polies, classiques, un peu humides, juste ce qu'il faut pour suggérer que ce sont de vrais yeux et qu'ils peuvent même pleurer. Ses cheveux, frisés artificiellement, tombent en une mèche en forme de spirale sur son front, et mangent presque ses sourcils, épais et très hauts. Sa bouche essaye de sourire, et de fait, elle sourit; ses dents d'animal en pleine santé, blanches et éblouissantes, méritent la récompense d'un rire total. […]Elle se dirige vers le couloir et il observe le mouvement de ses fesses prisonnières sous le jaune très fin de l'étoffe. Il aperçoit sur ses cuisses le bord mince de la culotte et croise le regard de Manolo, qui respire à peine. Il se souvient que ce cul d'anthologie fut la cause de bien des larmes quand son professeur de danse lui avait conseillé un changement inévitable dans sa vie artistique: le tremblement de terre de ses hanches, la surcharge de chair de ses fesses et la rondeur de ses cuisses n'avaient rien d'une sylphide ou d'un cygne, mais plutôt tout d'une oie pondeuse. Elle lui suggéra une reconversion immédiate vers l'art de la rumba des rues, suante et arrosée d'eau-de-vie. |
Et la cuisine de Josefina ...
Ce Cubain a l'âme slave. _________________ On ne confie pas son chat à un poisson affamé. Confucius |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 22227
| Sujet: Re: Leonardo Padura Mar 2 Sep - 8:22 | |
| moi aussi j'aime beaucoup ces phrases qui traduisent une experience, et mêlent le passé et le présent, comme dans la conscience.
Toutefois, réserve mineure, j'aurais aimé que dans les brumes du passé, l'éditeur présente un texte moins compact, avec plus de marge, pour un meilleur confort de lecture |
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