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Monique Rannou pilier

Inscrit le : 21 Avr 2008 Messages : 73
| Sujet: Re: Les "fous" Jeu 1 Mai - 10:26 | |
| | Utopie a écrit: | | On peut peut-être consulter à deux ? |
C'est relativement rare, je pense que le malade doit pouvoir parler librement avec son psy (je parle des psychiatres) sans contrainte affectives à côté. J'y suis allée deux fois, avec deux personnes différentes. Une fois sur la demande du psychiatre pour me rassurer (!) et expliquer la maladie, une fois, sur ma demande, parceque je ne comprenais pas l'évolution du traitement.
Les personnes ont apprécié que je me bouge les fesses (mais elles savent bien que, pour l'instant, je ne fuis pas..). Mais ça reste une rencontre ponctuelle... |
|  | | Monique Rannou pilier

Inscrit le : 21 Avr 2008 Messages : 73
| Sujet: Re: Les "fous" Jeu 1 Mai - 10:31 | |
| Quant aux cellules de soutien psychologique, je ne suis pas aussi dure que vous. Elles agissent dans l'urgence, elles limitent, à mon avis (et dans certains cas) l'envie naturelle de faire justice seul. Dans le cas d'un accident de mobylette, ce serait d'aller casser la gueule au conducteur en face (qui lui aussi est souvent dans un sâle état).
C'est parfois plus facile de vider son sac avec quelqu'un d'extérieur. Ca ne rêgle rien, mais ça soulage ponctuellement. |
|  | | Sphynx pilier

Inscrit le : 08 Jan 2008 Messages : 155
| Sujet: Re: Les "fous" Ven 2 Mai - 9:45 | |
| Un article de wikipedia concernant les fous littéraires http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Fous_litt%C3%A9raires#.C3.89tude_des_fous_litt.C3.A9raires
Pourquoi y a-t-il moins de schizophrènes dans la littérature que dans la peinture? Moins de border line aussi , de fêlés, de paraphrènes . Jelinek et Manchette souffraient d'une forme grave d'agoraphobie, par exemple.
Pourquoi ?
Un des fous littéraires les plus intéressants est Brisset, qui avait été sacré Prince des penseurs au début du siècle dernier. Jacques Lacan llui doit beaucoup. |
|  | | Utopie Mod.

Age : 100 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 9631
| Sujet: Re: Les "fous" Ven 2 Mai - 12:13 | |
| | Sphynx a écrit: | Pourquoi y a-t-il moins de schizophrènes dans la littérature que dans la peinture ? |
Pour la schizophrénie, je peux te donner mon avis pour l'avoir vécu, sachant qu'il y a différents formes et stades. Le dédoublement de personnalité ne permet pas une concentration, ni un suivi, enseignant le théâtre, j'ai eu deux élèves, après des essais plusieurs mois, il était évident que le manque de cohérence ne permettait pas un travail, ce qui serait la même chose pour la littérature. Par contre, si pour la peinture, c'est tout à fait possible, comme pour la sculpture par exemple, ce sont des arts plus libres.
| Citation: | Moins de border line aussi , de fêlés, de paraphrènes .
*Jelinek et Manchette souffraient d'une forme grave d'agoraphobie, par exemple.
Pourquoi ? |
Je ne sais pas, où as tu lu ceci ? peut être ça aiderait, je n'ai rien vu de particulier sur le lien wiki, donne des références ...
L'agoraphobe n'est pas border line, bon on va dire juste qu'il manquait un interligne *  |
|  | | Sphynx pilier

Inscrit le : 08 Jan 2008 Messages : 155
| Sujet: Re: Les "fous" Ven 2 Mai - 16:38 | |
| Utopie:
Concernant Jelinek: Je l'ai entendue en parler plusieurs fois lors d'entretiens radiophoniques. Elle paraissait en souffrir beaucoup. Quand elle a eu le prix Nobel en 2004, elle n'a pas pu sortir de chez elle, elle e envoyé son éditeur le recevoir à sa place.
Dans sa jeunesse, l’auteur a séjourné à Rome et à Berlin. Elle a un temps partagé sa vie entre Vienne et Munich mais son agoraphobie croissante l’a poussée à rester dans la capitale autrichienne. http://fr.wikipedia.org/wiki/Elfriede_Jelinek
Concernant Manchette, j'ai lu ça dans l'édition Quarto de ses romans, qui publie des fragments de son Journal. Et aussi dans je ne sais plus quelle chroniques (Demouzon dans 813 ?). Il refusait aussi de sortir de chez lui, ceux qui voulaient le voir devaient se déplacer "Travail frénétique, alcool, tabac, surmenage, excès, dépression, agoraphobie : un cocktail qui tue. Lentement mais sûrement. Le cancer du poumon a précipité la chute finale." (Pierre Assouline) |
|  | | Utopie Mod.

Age : 100 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 9631
| Sujet: Re: Les "fous" Ven 2 Mai - 17:32 | |
| Ah je me suis mal exprimée, oui pour l'agoraphobie, je parlais de ta question :
Pourquoi y a-t-il moins de schizophrènes dans la littérature que dans la peinture?
Je me demandais d'où tu étais partie C'est pas un doute hein mais comment tu en es arrivée à cette question ... bien oui histoire que je comprenne 
Dernière édition par Utopie le Ven 2 Mai - 22:03, édité 1 fois |
|  | | Sphynx pilier

Inscrit le : 08 Jan 2008 Messages : 155
| Sujet: Re: Les "fous" Ven 2 Mai - 21:53 | |
| Sur quoi je me base pour dire qu'il y a moins de fous littéraires que de fous peintres ?
J'ai entendu sur Fr culture une émission consacrée aux fous littéraires. Parmi les invités, il y avait un chercheur qui a consacré beaucoup de temps (et y travaille toujours) sur ce sujet : Marc Decimo. J'ai lu (un peu seulement, c'est ardu et spécialisé) quelques livres de ce professeur, qui s'intéresse également à l'art brut (art produit par des personnes n'ayant pas de formation artistique)
On peut se faire une idée avec un article du Matricule des Anges. http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=52807 |
|  | | Utopie Mod.

Age : 100 Inscrit le : 12 Juin 2006 Messages : 9631
| Sujet: Re: Les "fous" Ven 2 Mai - 22:02 | |
| Oui voilà, merci, je trouve que c'est intéressant, pendant un moment, je m'intéressais à l'art-thérapie, c'est vrai qu'on parlait plus d'arts plastiques que de littérature. Je fais peut-être un raccourci mais j'y vois un lien. Merci pour ces infos précieuses, j'irai lire tout ça !  |
|  | | Sphynx pilier

Inscrit le : 08 Jan 2008 Messages : 155
| Sujet: Re: Les "fous" Ven 2 Mai - 22:15 | |
| | lecture-thérapie: Je pense au lbeau livre de Leslie kaplan, Le psychanalyste. On y voit comme Kafka sauve une jeune femme de la folie. |
|  | | rotko pilier

Inscrit le : 26 Déc 2005 Messages : 20283
| Sujet: Re: Les "fous" Lun 5 Mai - 17:12 | |
| Un article du monde du 04.05.08. parle d'une norme psychiatrique et de l'avénément d'une santé mentale qui repère les comportements mal adaptés : Entretien avec Roland Gori
Exilés de l'intime, la médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique, de Roland Gori et Marie-José Del Volgo. Ed. Denoël, 2008,
L'Empire des coachs, une nouvelle forme de contrôle social, de Roland Gori et Pierre Le Coz. Ed. Albin Michel, 2006.
Vous apprécierez ce petit extrait :
| Citation: | Je ne suis pas certain que les dispositifs de santé mentale aient le souci de soigner, et encore moins de guérir. Ils sont plutôt du côté d'un dépistage précoce et féroce des comportements anormaux, que l'on suit à la trace tout au long de la vie.
Or, en s'éloignant du soin, la santé mentale utilise des indicateurs extrêmement hybrides. Ainsi de l'expertise collective de l'Inserm (2005) qui préconisait le dépistage systématique du "trouble des conduites" chez le très jeune enfant pour prévenir la délinquance : elle mélangeait des éléments médicaux, des signes de souffrance psychique, des indicateurs sociaux et économiques, voire politiques.
On aboutit ni plus ni moins, sous couvert de science, à une véritable stigmatisation des populations les plus défavorisées. Ce qui en retour naturalise les inégalités sociales. |
Tout l'article :
| Spoiler: | | | On parle de plus en plus de "santé mentale", de moins en moins de "psychiatrie". Où nous mènera, demain, cette tendance ?
Nous sommes entrés dans l'ère d'une psychiatrie postmoderne, qui veut allouer, sous le terme de "santé mentale", une dimension médicale et scientifique à la psychiatrie. Jusqu'à présent, cette discipline s'intéressait à la souffrance psychique des individus, avec le souci d'une description fine de leurs symptômes, au cas par cas. Depuis l'avènement du concept de santé mentale, émerge une conception épidémiologique de la psychiatrie, centrée sur le dépistage le plus étendu possible des anomalies de comportement. Dès lors, il n'est plus besoin de s'interroger sur les conditions tragiques de l'existence, sur l'angoisse, la culpabilité, la honte ou la faute ; il suffit de prendre les choses au ras du comportement des individus et de tenter de les réadapter si besoin.
Psychiatres en baisseLa France devrait compter 8 800 psychiatres à l'horizon 2025, soit 36 % de praticiens en moins par rapport à 2002.
Malades en hausse. Le taux de malades admis dans les services de santé mentale est passé de 99 pour 100 000 habitants en 1950 à 380 en 1978, puis à 430 en 1998. Les durées de séjour, elles, n'ont cessé de diminuer.
Quel a été l'opérateur de ce changement ?
Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual), sorte de catalogue et de recensement des troubles du comportement créé par la psychiatrie américaine. En multipliant les catégories psychiatriques (entre le DSM I et le DSM IV, soit entre les années 1950 et les années 1990, on est passé de 100 à 400 troubles du comportement), il a multiplié d'autant les possibilités de porter ces diagnostics. Aujourd'hui, on est tombé dans l'empire des "dys" : dysthymique, dysphorique, dysérectile, dysorthographique, dyslexique... Chaque individu est potentiellement porteur d'un trouble ou d'une dysfonction. Ce qui étend à l'infini le champ de la médicalisation de l'existence et la possibilité de surveillance sanitaire des comportements.
Comment cette conception de la psychiatrie a-t-elle pu s'imposer ?
Par sa prétention à la scientificité. La santé mentale ne s'est pas imposée à des sujets victimes, passifs, mais à des individus consentants. Depuis l'effacement des grandes idéologies, l'individu se concocte son propre guide normatif des conduites, qu'il va souvent chercher dans les sciences du vivant. Résultat, ce sont les "prophètes de laboratoires" qui nous disent comment se comporter pour bien se porter.
Quel sera le soin de demain, compte tenu de cette évolution ?
Je ne suis pas certain que les dispositifs de santé mentale aient le souci de soigner, et encore moins de guérir. Ils sont plutôt du côté d'un dépistage précoce et féroce des comportements anormaux, que l'on suit à la trace tout au long de la vie. Or, en s'éloignant du soin, la santé mentale utilise des indicateurs extrêmement hybrides. Ainsi de l'expertise collective de l'Inserm (2005) qui préconisait le dépistage systématique du "trouble des conduites" chez le très jeune enfant pour prévenir la délinquance : elle mélangeait des éléments médicaux, des signes de souffrance psychique, des indicateurs sociaux et économiques, voire politiques. On aboutit ni plus ni moins, sous couvert de science, à une véritable stigmatisation des populations les plus défavorisées. Ce qui en retour naturalise les inégalités sociales.
Le repérage fin des troubles ne permet-il pas au contraire de mieux soigner ?
Je crois qu'il permet en réalité d'étendre le filet de la surveillance des comportements, en liaison permanente avec l'industrie pharmacologique. La production de nouveaux diagnostics est devenue la grande affaire de la santé mentale. Voyez le concept de "troubles de l'adaptation" : il est suffisamment flou pour qu'on puisse l'attribuer à chaque personne en position de vulnérabilité. Quelqu'un qui est stressé au travail ou qui est angoissé par une maladie grave peut ainsi développer une "réponse émotionnelle perturbée", qui sera considérée comme trouble de l'adaptation. La réponse sera de lui administrer un traitement médicamenteux, accompagné d'une thérapie cognitivo-comportementale pour l'aider à retrouver une attitude adaptée. Ainsi, la "nouvelle" psychiatrie se moque éperdument de ce qu'est le sujet et de ce qu'il éprouve. Seul importe de savoir s'il est suffisamment capable de s'autogouverner, et d'intérioriser les normes sécuritaires qu'on exige de lui.
Quel sera, dans ce contexte, le rôle du psychiatre ou du psychologue ?
On peut craindre que l'on demande aux psys d'être davantage des coachs que des soignants. Depuis quelques années, on assiste à une multiplication hyperbolique de la figure du coach, devenu une sorte de super-entraîneur de l'intime, de manager de l'âme. Les dispositifs de rééducation et de sédation des conduites fabriquent un individu qui se conforme au modèle dominant de civilisation néolibérale : un homme neuro-économique, liquide, flexible, performant et futile.
Y aura-t-il encore une place pour la psychanalyse ?
Celle-ci est totalement à rebours de ces idéologies, en ce qu'elle fait l'éloge du tragique, de la perte, du conflit intérieur, d'un certain rapport à la mort et au désir. Elle peut donc disparaître en tant que pratique sociale. Mais je pense que ce qu'elle représente - une certaine philosophie du souci de soi, qui tend à construire un sujet éthique responsable - ne disparaîtra pas.
A cet égard, il est frappant de voir que la psychanalyse, désavouée par la santé mentale, est actuellement requise dans les services de médecine non psychiatrique. Tout se passe comme si les médecins, à l'inverse des nouveaux psychiatres, reconnaissaient qu'il y a une part hétérogène au médical, qui est que toute maladie est un drame dans l'existence, et qu'il faut aider le patient à traverser cette épreuve. De même, bien que la psychanalyse ne soit pas à la mode dans notre culture, la demande ne fait que croître dans les cabinets. |
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|  | | Sphynx pilier

Inscrit le : 08 Jan 2008 Messages : 155
| Sujet: Re: Les "fous" Lun 5 Mai - 17:46 | |
| il y a un vieux différent psychanalystes/psy comportementalistes.
On peut reprocher aux méthodes de soins comportementalistes de ne pas appréhender l'être humain dans sa totalité, dans sa complexité, dans son histoire, et de traiter uniquement le symptôme en laissant la personne avec un symptôme guéri mais un problème qui se réincarnera ailleurs. Les psychanalystes ont de quoi être un peu vexés, car là où huit ans de cure ne font parfois pas grand chose, les comportementalistes guérissent parfois certains tocs (liés à des phobies le plus souvent) en quelques séances)... |
|  | | fontelle pilier
Age : 61 Inscrit le : 16 Juin 2006 Messages : 978 Localisation : Anjou
| Sujet: Re: Les "fous" Lun 5 Mai - 22:01 | |
| Combien de personnes ont été "guéries" par des Psychanalistes ?
Je crois beaucoup plus aux comportementalistes (de mon contact avec les animaux)
Même si le problème traité est dérivé , jamais oublié, cela permet de retrouver une vie sociale. |
|  | | Anharmo pilier

Inscrit le : 17 Mar 2008 Messages : 75
| Sujet: Re: Les "fous" Lun 5 Mai - 22:11 | |
| | rotko (citant Roland Gori) a écrit: | l'expertise collective de l'Inserm (2005) qui préconisait le dépistage systématique du "trouble des conduites" chez le très jeune enfant pour prévenir la délinquance : elle mélangeait des éléments médicaux, des signes de souffrance psychique, des indicateurs sociaux et économiques, voire politiques.
On aboutit ni plus ni moins, sous couvert de science, à une véritable stigmatisation des populations les plus défavorisées. Ce qui en retour naturalise les inégalités sociales. |
Chaque discipline des sciences humaines (et médicales concernant la psychiatrie) ont encore beaucoup de mal à partager leurs savoirs si nécessaires ; sachant que la grande majorité des problèmes ont pour origine une constellation de raisons et de points de vue, se borner à n'en traiter qu'un rend aveugle aux autres facteurs.
Quand au retour du naturalisme, je pressens que cela ferait frétiller de bonheur les faiseurs de réponses faciles - Mof, c'est dans leur nature... |
|  | | fontelle pilier
Age : 61 Inscrit le : 16 Juin 2006 Messages : 978 Localisation : Anjou
| Sujet: Re: Les "fous" Mar 6 Mai - 22:06 | |
| Qu'est ce que tu entends par "naturalisme" ?  |
|  | | Anharmo pilier

Inscrit le : 17 Mar 2008 Messages : 75
| Sujet: Re: Les "fous" Jeu 8 Mai - 0:23 | |
| | fontelle a écrit: | Qu'est ce que tu entends par "naturalisme" ?  |
Ce n'est peut-être pas exactement le nom du courant mais dans les grandes lignes c'est expliquer les comportements humains de manière générale en se limitant à un point de vue biologique.
Ce qui a donné entre autres le "darwinisme social" (Spencer), considérant la société comme un organisme vivant et évoluant comme tel.
Le "naturalisme" peut aussi vite amener à certaines thèses racistes. |
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