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 Jeanne Benameur

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coline
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MessageSujet: Jeanne Benameur   Mar 10 Jan 2006, 18:15


Elle a beaucoup écrit pour les enfants et les adolescents ("Le petit être", "Samira des Quatre Routes", Adil Coeur rebelle", et beaucoup d'autres très belles histoires...)...

Elle écrit aussi pour les adultes et son livre "LES DEMEUREES", est un livre tout en finesse et en émotion.
C'est l'histoire d'une femme, La Varienne, l'idiote du village. Et de sa fille Luce. Toutes les deux vivent dans une bulle d'amour. Mais l'école est obligatoire, et il faut que Luce s'y rende. Elle craint que le fait d'apprendre à lire la sépare de sa mère...

Extrait de "LES DEMEUREES" :

"Il a bien fallu. Tout le monde l'a dit: l'école, c'est obligatoire. La Varienne a baissé la tête.
Le jour de la première fois, elle a lissé un froissement qu'elle seule voyait sur son tablier bleu foncé, longuement. Elle n'a pas regardé Luce partir.
C'est brusquement, une fois la porte refermée, qu'elle s'est levée.

Elle a suivi saz petite, comme font les chiens dont on ne veut pas, de loin.
On a vu la Varienne s'arrêter sur la place du village, elle qui n'y vient jamais sans son panier. Les deux bras ballants, devant l'édifice qui lui avait dévoré sa petite, plantée devant la grande grille refermée, elle est restée.

Demeurée, c'est l'autre nom pour l'abrutie qu'elle est.
Demeurée, oui, demeurée, devant la grille close, longtemps, sous la bruine rousse de septembre...
...La petite n'est plus. La Varienne est une île.

Il arrive ce qu'elle ne connaît pas: l'absence.
Elle, elle ne sait pas se distraire, faire les tâches de chaque jour en rêvant, regarder parfois par la fenêtre, elle ne sait pas. Empaquetée dans l'étouffement de ce qu'elle ne peut pas nommer, elle est demeurée..."


Dernière édition par le Mar 10 Jan 2006, 18:18, édité 1 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 10 Jan 2006, 18:17

"Les mains libres"...toujours de Jeanne Benameur.
C'est l'histoire d'une rencontre improbable entre une vieille dame qui vit entourée des livres de son défunt mari, sans jamais les ouvrir , rêvant seulement de voyages, et un jeune Gitan en manque de lecture...

"Les mains libres" (extrait):

« Mais lui, Vargas, aujourd’hui, sait qu’ils ne se sont jamais arrêtés aussi longtemps. Il le sait à l’hostilité diffuse qu’il sent monter autour d’eux. L’hostilité de ceux qui ne bougent pas et les regardent en se demandant Vont-ils rester ? veulent-ils rester ?
Des errants qui s’arrêtent, cela bouleverse l’ordre des choses.
il le sait, ils font lever dans les cœurs la mauvaise pâte. Toutes les vieilles peurs. Yvonne, elle, n’a pas peur. Elle n’a pas de place pour ça en elle. Pourtant elle l’a vu dans le grand magasin. Il le sait.
Voleur.
De quoi ? Du chocolat ? Non. Vargas secoue la tête. Pour tous ceux qui ne bougent pas, les errants sont les voleurs de tout ce qui est à voler. Tout. Le volable, le volatilisable. Soudain, les objets les plus habituels, ceux qu’on ne regarde plus, prennent une valeur inestimable : celle de pouvoir disparaître.
C’est à cela qu’ils servent, eux ? A faire peur ?
Oui, tout peut être volé.
Et alors ?
Yvonne, elle, le sait, du fond de sa cuisine, on ne devrait jamais craindre d’être volé. N’est volé que ce qu’on a. Le pire, au fond de nous, c’est ce qu’on n’a pas. C’est le manque. Et personne ne nous le volera jamais. Personne ne peut voler le manque. Personne. Quel dommage ! »
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Calou
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mer 11 Jan 2006, 21:01

J'ai eu la chance de partager le mois dernier quelques heures de discussion et de lecture avec Jeanne Benameur. Que d'émotions... et que de belles lectures... elle est si sensible, si juste.
As-tu lu, Coline, le tout petit fascicule poétique qu'elle a écrit Comme on respire ?
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Jeu 12 Jan 2006, 15:14

Calou a écrit:
J'ai eu la chance de partager le mois dernier quelques heures de discussion et de lecture avec Jeanne Benameur. Que d'émotions... et que de belles lectures... elle est si sensible, si juste.
As-tu lu, Coline, le tout petit fascicule poétique qu'elle a écrit Comme on respire ?

Quelle chance tu as eue! ...
Non, je n'ai pas encore lu "Comme on respire"...Mais ça y est, le titre est inscrit sur ma liste de lectures à venir Wink
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rotko
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Ven 13 Jan 2006, 18:26

coline a écrit:
Elle a beaucoup écrit pour les enfants et les adolescents ("Le petit être", "Samira des Quatre Routes", Adil Coeur rebelle", et beaucoup d'autres très belles histoires...)...

alors moi je vais toujours au rayon enfants Wink et j'ai trouvé : Jeanne Benameur, Si même les arbres meurent, Editions Thierry Magnier.
2844200869

Thème : Papa est à l'hopital dans le coma.

Les deux enfants, le frère et la soeur, voient bien qu'à la maison plus rien n'est comme avant. A l'hopital, l'aîné invente des jeux pour éviter les questions de sa petite soeur. Le recours à l'imaginaire les aide dans cette épreuve où ils se sentent bien impuissants.

Le livre convient bien à des adolescents, comme le précise la quatrième de couverture, et les phrases brèves, dépouillées, se prêtent à une "lecture orale par petits groupes", m'a dit la bibliothécaire.

Les histoires sont parfois dures, et représentent des drames humains vécus par des enfants.

Autre titres : La boutique jaune, Editions Thierry Magnier. "Ca t'apprendra à vivre", au Seuil.
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Sam 08 Avr 2006, 00:05

Les reliques.

Les Reliques, récit de l’ardente passion qui continue de consumer trois hommes en marge, brisés par la perte de la même femme et qui cultivent à leur manière le culte de leur amante morte.

Trois saltimbanques en fin de carrière et répondant à des prénoms calqués sur ceux des rois mages. Zeppo, toqué de photographie et clown ; Helsior, prestidigitateur jusque dans sa manière de préparer le café ; Nebaltar, lui, nourrissait les fauves et connaissait leur langage .

Au tout début du roman, ils sont abandonnés à leur sort par la caravane d’un cirque ambulant, sur le bord d'une route, aux abords d’un baraquement désaffecté et non loin de ce qui restera nommé « le village ». Ils vivent là. Dans leur tristesse. Avec la sourde hostilité des villageois

Amis, ils le sont, pour toute une vie passée ensemble sur les routes et sous le chapiteau. Ils le sont aussi parce que tous trois ont aimé et furent aimés de la même femme, Mira, la fabuleuse trapéziste. Mais leur amante est morte. Un jour elle en aima un autre qui la laissa tomber et elle se laissa choir. Le dompteur a payé, il a été dévoré par ses bêtes.

« Le cirque devant la mort manque d’imagination. Il abandonne. La mort, c’est sa faiblesse, au cirque. Il n’en veut pas, la laisse à ceux des villages. Le cirque se fait croire à l’éternité en détournant la tête et en continuant. »
« Quand Mira est morte, ils ont su tout de suite. Ils ne pouvaient plus suivre leur route, chacun. Ils ne pouvaient continuer qu’à trois. Une certitude. Totale »


Depuis, ils ne se résignent pas à oublier.
Que subsiste-t-il de cette trapéziste extraordinaire ? Des ballerines usées et un dernier costume de scène taché de sang, précieusement conservés dans un coffre : leur trésor. En prêtres ou en magiciens, ils créent l’immortalité de leur amour à partir de ces étranges reliques. Parce que
« Une relique est une chose qui demeure bien après que tout a disparu. Derrière le verre, protégée la relique est là. On la révère ». Ils vont lui vouer un culte fantasque dans une sorte de religion qu’ils pratiquent en huis-clos.

D'une plume délicate, d’une écriture concise, précise et poétique, Jeanne Benameur raconte l'univers de ces trois hommes en marge de tout, unis par leur amour fou pour Mira....

Magnifique histoire !
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 24 Sep 2006, 16:36

Présent?

Jeanne Benameur a été enseignante dans les établissements dits difficiles jusqu'en 2001. Aujourd’hui, elle se consacre à l’écriture.

Difficile de parler de la question de l’enseignement et de la vie dans les établissements scolaires. C’est pourtant ce qu’elle vient de faire avec « Présent ? ». Le livre est annoncé comme un roman. Roman ? Voire…Si c’est un roman, il a la valeur d’un véritable documentaire.

Roman , sa construction du texte s’organise autour d’un événement capital qui va avoir lieu : le crucial conseil de classe d’une 3ème…

Tout le récit est tendu vers ce conseil où l’on sait que se jouera le « sort » des élèves et plus particulièrement celui d’une élève un peu marginale, une artiste, Madison Cotard…Elève renfermée et solitaire qui croque le portrait de ses profs avec talent mais ne s’intéresse pas au contenu de leurs cours.

« Chez elle, elle ne dit rien. Pas plus qu’ici. Elle n’est pas forte pour les paroles. Elle, elle dessine. Beaucoup. Tout ce qui lui passe sous les yeux. Les profs pensent qu’elle écrit. Leurs regards l’absorbent avec les chaises, les murs. On ne la remarque pas. Mais aujourd’hui, elle a du mal. Elle est en troisième, ce soir c’est son conseil de classe. [...] Où va-t-on l’envoyer l’année prochaine ? Elle a peur. Depuis ce matin. Une peur qu’elle n’imaginait même pas. Comme si on allait lui dessiner une vie et qu’elle n’en aurait plus jamais d’autre. »

Autour de Madison, tous les protagonistes du conseil dont Jeanne Benameur brosse les portraits de façon sensible, tendre et respectueuse.

« C’est le corps souffrant du collège qui est mis à nu » :chacun est là avec ses drames, ses échecs, ses espoirs, ses histoires d’amour, ses rêves et ses désillusions, ses désirs de revanche. Son humanité aussi.

Le constat est inquiétant. La situation en équilibre fragile. La tension est perceptible. Pourtant le drame tient plus à l’institution qu’aux êtres humains sur lesquels elle repose…C’est pourquoi, il reste l’espoir.

Jeanne Benameur ne donne pas de recettes. Elle laisse passer tout au long du récit des messages auxquels elle tient .Par exemple, lorsque le professeur de Lettres lit Kafka au lieu de faire l’appel et donner son cours habituel :

« On découvre une langue par son mystère, ce qui nous touche là où on ne savait même pas qu’on existait. C’est cela la littérature et rien d’autre. Et on est grand et on est beau quand on a pénétré un texte. Il n’y a pas d’autre voie. Il faut oser. La fureur et la douceur. Extrêmes. Sans se poser de questions inutiles. Sans se laisser arrêter par les mots. Juste se laisser prendre. »

(Dans une interview, Jeanne Benameur disait ceci :

« La langue maternelle de ma mère est l'italien, celle de mon père l'arabe. Les sons et les rythmes de ces langues font empreinte, en creux, dans la langue française où j'ai appris à parler, à lire, à écrire.

La prison que mon père dirigeait en Algérie fut attaquée par ceux qui devinrent l'OAS. J'avais cinq ans et j'ai «appris à mourir».

C'est de cette histoire que je viens.

C'est dans les mots que j'ai vécu. Dans les images qu'ils faisaient naître en moi. Dans les mots j'ai marché la tête haute, je n'avais plus peur. Avec les auteurs, morts ou vivants, j'ai passé alliance. Très tôt. Ma mère, cette fille de mineur immigré qui rêvait d'être institutrice, m'a appris à lire et écrire avant toute école, j'avais trois ou quatre ans. Elle a bien fait.

La lecture et l'écriture sont ma colonne vertébrale. Je dois à mon enfance d'avoir appris très tôt que nous sommes mortels, l'ennui m'est insupportable. Je dois aussi à cette enfance l'horreur de l'enfermement.

Cela rend inventif. »)



On ne retrouve pas dans ce livre la langue poétique de Jeanne Benameur. Celle que j'aime tant.

C'est ici la langue du constat, du réel. Le propos est totalement autre que dans ses autres livres où l'imagination et le rêve s'additionnaient aux images du quotidien, même les plus banales, même les plus dures.

Il n'y a pas de place pour des rêves aujourd'hui dans le système scolaire. Il n'y a que des adultes et des jeunes en butte au poids de la société et de ses institutions. Le poids est très lourd pour s'en libérer et prendre son envol.
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Utopie
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Lun 02 Oct 2006, 01:14

Je viens de finir "Les demeurées" de Jeanne Benameur !

Je retardais un peu la lecture, j'appréhendais, un schéma classique de "l'idiot du village" exclu, rejeté, avec toute une flopée d'intervenants administratifs (assistante sociale, recteur) et pire encore... et bien je me trompais totalement.

Cette histoire est très belle, une écriture fine et beaucoup d'images poétiques. Le livre aborde des sujets au fond, qui amènent la réflexion.

La relation mère/enfant, on peut se mettre à distance du fait que la mère est considérée comme "demeurée", mais au fond... cette mère qui appréhende d'être séparée de son enfant n'est-ce pas un peu le reflet des mères. Il y a l'angoisse de la séparation, un sentiment viscéral que l'on étouffe et heureusement pour l'enfant.

Et puis le rapport à l'école, en tant qu'enfant, enseignant, parent... l'école pour apprendre, apprendre quoi au delà du savoir, quelle école pour quel enfant...

L'histoire des objets m'a beaucoup plu également.

J'ai été très touchée par l'histoire, j'y ai vu de l'amour, de la compréhension, des remises en question, l'institutrice entend soudain une autre musique et la comprend ...

"La petite court vers la maison. Sur le chemin déjà elle égrène les mots qui ont réussi à occuper une place dans sa tête. Il faut garder le vide. Elle chante une étrange chanson où se mêlent toutes les leçons de Mademoiselle Solange.
....
Elle chante sur le chemin. Les mots s'accrochent aux branches des arbres. Les mots tombent dans la boue et s'enfonceront bien loin, sous les roues, sous les pas pesants qui les colleront à la terre bien noire. Il faut."


La fin de cet extrait m'a fascinée, j'imagine un arbre avec des mots ... des mots oubliés, perdus, jetés...
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Lun 02 Oct 2006, 13:56

J'aime aussi beaucoup ce passage Utopie...Je les vois également ces mots accrochés aux branches...Des arbres à mots...Des arbres à poèmes...
C'est pour des passages comme celui-là que je parlais des textes de Jeanne Benameur, bien ancrés dans la réalité, et qui tout à coup poétiquement s'envolent...

J'ai posté à Jeanne Bénameur le lien pour qu'elle trouve mon commentaire de son dernier livre sur GDS...Mon rêve serait qu'elle vienne nous déposer quelques mots...sait-on jamais? drunken
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rotko
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Sam 31 Mar 2007, 15:04

Jeanne Benameur, Présent ? Denoël.

Avec ce livre, il est question d’explorer le monde de l’école : les lieux, ie le collège de banlieue (avant les émeutes, précise l’éditeur, soucieux de montrer l’actualité du propos), les élèves bien sûr, leurs parents, et les intervenants : différents profs, un factotum, une documentaliste, et une principale, notamment.

On retrouve, assez discrètement, des problèmes matériels bien connus par les revendications syndicales - et donc inutiles de les souligner. Mais Jeanne Benameur s’intéresse plutôt au drame intime des personnages ; Chacun le sien : ainsi la principale :

Citation :
Dans la poitrine de la principale, une lame de fond. Elle aussi un jour a pleuré. Elle a laissé filer l’homme qu’elle aimait, seul, a refusé de le suivre à l’autre bout du monde. Il était photographe. Elle avait peur de la vie trop précaire qu’il lui offrait. Elle n’a jamais cessé de le regretter…

Cette donnée personnelle explique pourquoi elle se montre si compréhensive devant le drame d’une prof de SVT très souvent absente, parce qu’elle ne supporte pas l’absence de son compagnon : elle le voit un week-end sur deux. D’où son découragement et sa réticence à se rendre au collège pour assurer ses cours.
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Sam 31 Mar 2007, 15:07

La solitude de la principale :

Citation :
A l’âge qu’elle a, selon les critères beauté, intelligence, charisme social, elle devrait sourire au bras d’un homme grisonnant et humaniste, prête à recevoir une famille harmonieusement recomposée dans une grande maison à la campagne. Elle sortira du frigidaire une pizza et se la fera réchauffer au micro ondes toute seule ce soir, avec un petit verre de côte du Rhône (p 124)[...] elle se sent seule (p.125)

Mais aussi celle d’une élève aux résultats très faibles, sauf en dessin : au lieu de retrouver ses camarades, elle s’isole sur la terrasse du collège où la découvre le factotum.

C’est avec lui qu’elle échange : elle dessine d’abord la terrasse, puis

Citation :
Voilà elle le dessine lui, il se reconnaît vite avec sa grosse boite de clefs dans les mains elle a de l’ humour. Elle le coiffe d’un canotier. Il rit.
Il a eu si peur tout à l’heure quand il l’a découverte sur la terrasse, penchée au-dessus du vide

Il voudrait la sortir de ce vertige, qu’elle parle un peu.

- Ma femme, elle s’appelle Rose… on s’est connus on avait ton âge à peu près…
Elle continue à dessiner
- Mes parents aussi.
Il ne laisse pas la conversation retomber, trop content qu’elle dise quelque chose.
- Et ils font quoi tes parents ?
- Rien. Ma mère, elle regarde la télé. Beaucoup.
- Et ton père ?
- Mon père, il ne sait plus. Chez Arcelor, ils vont fermer son atelier.
- Arcelor, je me rappelle, c’était beaucoup de travail pour tous il ya trente ans.
- Ils vont fabriquer ailleurs où c’est moins cher… au Brésil je crois.
- Ouais c’est pas facile tout ça maintenant. Ca ne doit pas être drôle à la maison...
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 01 Avr 2007, 06:04

Pour remédier à la désaffection scolaire des jeunes, notamment en lettres, deux initiatives font leurs preuves : au lieu du cours classique prévu par les programmes, une lecture inattendue par le professeur d’une œuvre comme celle de Kafka :

Citation :
« Aujourd’hui [un élève au nom qui vient de loin] entend dans la voix du professeur de français quelque chose qu’il reconnaît. Une tragédie bizarre, ce gars qui ne peut plus sortir de sa chambre. Lui aussi a souvent envie de ne plus voir personne, d’être sous la carapace. En même temps, il en crève de ne pas être comme les autres .. »

Suite à cette lecture qui lui parle, méthode préconisée aussi par Pennac, l’élève bagarreur ira demander à la documentaliste la lettre au père (folio) écrite par Kafka. Celle-ci lui prêtera son exemplaire personnel.

L’autre méthode : l’atelier d’écriture au centre de documentation. Il s’agit d’écrire pour exister comme le disait le film , et d’explorer librement son « labyrinthe de mots  » 

Citation :
« Il faut d’abord écrire, tranquille, puis tenir à ce qu’on a écrit suffisamment pour vouloir le partager alors on a besoin des codes d’une langue ; la grammaire, l’orthographe deviennent des choses nécessaires pour que les autres partagent le trésor du texte.

Quand on parvient à cette étape, la littérature peut ouvrir ses portes. Les élèves entrent dans la lecture autrement aussi. Ils sont devenus actifs, critiques. Et c’est un bonheur de les sentir prêts à pénétrer dans les textes les plus élevés ».
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Lun 02 Avr 2007, 06:25

La question scolaire, notamment dans les banlieues, est réduite à des états d’âme personnels - dont les « angoisses » du conseiller d’orientation, les soucis sentimentaux, ce qui surprend d’autant plus que les personnages n’ont pas de nom, et sont donc censés représenter des acteurs symptomatiques de la communauté scolaire.

Or cet aspect communautaire n’existe pas : pas de liens d’amitié ou d’hostilité entre les élèves, alors que c’est primordial dans les établissements. A cet âge et dans ces conditions, avec la formation de clans, de « bandes » ou de « groupes » selon les quartiers, les styles vestimentaires et/ou musicaux. Jeanne Benameur plane au-dessus de la mêlée.

En revanche là où il y a des clivages, elle introduit des passerelles peu crédibles : la conversation de la jeune fille timide avec le vieil ouvrier de service sur la terrasse, la collaboration de la documentaliste avec la femme de ménage.

Aucune séparation entre l’administration et les personnels, mais des échanges compréhensifs entre la principale et la professeur régulièrement absente.

Si Thierry Jonquet tombait dans la noire caricature, on plane ici dans l’angélisme abstrait comme dans le film Écrire pour exister .
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Luca
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Lun 02 Avr 2012, 18:06

coline a écrit:
Elle écrit aussi pour les adultes et son livre "LES DEMEUREES", est un livre tout en finesse et en émotion.
J'ai lu Les Demeurées hier. Il est réellement bouleversant et d'une grande finesse.
Comme un long poème, aussi, tant le style est ciselé.

Une très belle découverte.
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rotko
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Lun 27 Aoû 2012, 06:04

Luca a écrit:

J'ai lu Les Demeurées hier. Il est réellement bouleversant et d'une grande finesse.
Comme un long poème, aussi, tant le style est ciselé. .

1/2 les demeurées

je suis en train de le lire; L'auteur a beaucoup d'empathie pour les personnages, sans condescendance ou à l'inverse sans pathos.

La mère vit des sensations et émotions basiques, mais profondes - elle se traduisent pendant l'absence de la fillette à laquelle elle est très attachée, sans l'exprimer, selon les voies ordinaires. Luce, la fillette, est paralysée de l'interieur, "chosifiée" contre les murs de la classe.

Le regard d'autrui, et en particulier la mécanique sociale dans les rapports humains, joue un rôle qui est montré sans être démontré. Je poursuis ma lecture.
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Lun 27 Aoû 2012, 14:06


les demeurées

2/2

A vrai dire, l’histoire finie, je reste un peu perplexe - et partagé.

- D’un côté j’aime beaucoup ce respect pour des personnes qu’on met à l’écart, en les affublant d’un nom qui les rejette : « abruti, arriéré ou demeuré« , ou gratifiés d’un regard qui jauge et tranche dans le vif.

Qu’il y ait chez toute personne des valeurs sentimentales, une chaleur réciproque, je le crois volontiers. Mais cet îlot affectif est-il aussi fort exclusif et épanouissant, j’en doute, même si le livre montre des divergences et des particularités chez la mère et la fille.

La description des « blocages scolaires » comme de « communication » m’a paru convaincante, et convenir aux personnages.

De même je trouve une écriture travaillée pour être au plus près des personnages, un style qui pourrait paraître naïf, en réalité très étudié, et qui palpite d’une grande générosité, qualité aussi de l’institutrice, Mademoiselle Solange.

- D’un autre côté l’histoire me paraît inutilement dramatique, - ces maladies inexplicables, cet accident imprévu, à la manière d’un conte de fées qui tournerait mal à certains moments, tout en réussissant une forme d’éducation. Noter aussi la prééminence donnée aux bons sentiments, comme solution à beaucoup de maux.

A vrai dire, l’éducation manuelle, les travaux avec des fils de couleurs pour décorer des tissus, ne sont-ils pas présents dans des écoles primaires, a fortiori dans un milieu rural qui aime le concret et les réalisations pratiques ?
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 12 Mar 2013, 08:14


Profanes, Jeanne Benameur, Actes Sud janvier 2013, 288 p., 20 €

Ce n'est qu'à 90 ans qu'Octave, vieil homme solitaire reclus dans sa grande maison vide décide de «réussir son entrée» en réunissant quatre personnes soigneusement choisies pour l'escorter «jusqu'au bout».
S'il a veillé à ce qu'aucune ne soit sous l'emprise d'une certitude – religieuse ou athée - il ne sait rien d'elles et inversement. Il s'est seulement fié à ce qu'elles émettaient à leur insu, à cette «lutte pour la vie» qu'il pressentait chez elles...
Cinq histoires différentes, cinq mondes étrangers, mystérieux, vont donc se côtoyer et même si Octave a un projet en tête, il entre une large part d'inconnu dans cette aventure qui commence.
Des liens vont se créer entre ces personnages qui peu à peu s'apprivoisent, et personne ne peut savoir ce qui en naîtra : dans le «frottement de ces vies», dans le tissage complexe de ces «liens invisibles», dans le surgissement inattendu de consonances, réside la grande aventure de ce livre qui est aussi celle de la vie.

La composition et l'écriture de ce roman épousent parfaitement cette aventure et c'est ce qui en fait la grande force . Grâce à un tissage narratif élaboré, Jeanne Benameur éclaire le passé de ses personnages tout en maintenant des zones d'ombres. Avec presque rien, elle nous fait sentir tous ces liens qui s'ébauchent entre eux. Elle tourne ainsi successivement autour d'eux, les approchant par petites touches délicates et feutrées, alternant le zoom et le grand angle, déplaçant habilement le point de vue narratif. Et sa belle écriture poétique, elliptique et concise fait avancer le récit à un rythme haletant tout en ménageant de nombreuses pauses.

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ECaminade
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 12 Mar 2013, 08:37


Je vis sous l'oeil du chien, suivi de L'homme de longue peine, Jeanne Benameur, Actes Sud -Papiers, 50 p.,13,50€

Publiés en même temps que Profanes, ces deux intenses et puissants monologues écrits pour le théâtre sont un bonheur de lecture car les qualités rythmiques et évocatrices de l'écriture elliptique de Jeanne Benameur y sont portées à l'extrême.
Ces deux récits percutants qui se font écho sont reliés par la même thématique centrale, celle de la liberté et de l'enfermement mais ils ne se situent pas sur le même plan .

Je vis sous l'oeil du chien, le plus long, relève plus de l'imagination et s'inscrit à un niveau symbolique universel, son héros représentant plus largement l'homme dans un monde sans Dieu. Un professeur de philosophie qui a tué un chien avec un revolver découvert par hasard chez un père qui cachait bien son jeu, ou plutôt qui a envie de tuer un chien et imagine qu'il l'a fait, s'y interroge sur le libre arbitre et le passage à l'acte.

L'homme de longue peine est plus concret, plus incarné, ce que soulignent des didascalies plus nombreuses. Son héroïne, une artiste peintre (qui prolonge le personnage d'Hélène Avèle dans Profanes ) accepte de rencontrer régulièrement le détenu 300-414 condamné à une longue peine. De cet échange doit naître un cycle de peinture au terme duquel elle offrira au prisonnier une toile. Mais ce dernier lui retourne son présent sans un mot d'explication, la renvoyant à son propre enfermement ...
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 12 Mar 2013, 08:39

Extrait :

Je vis sous l'oeil du chien
p.7

je vis sous l'oeil d'un chien maintenant,
L'oeil mort d'un chien mort.
C'est moi qui l'ai tué. Aujourd'hui. Sur un terrain vague.

Ici, c'est chez moi. Loin des terrains vagues.
Ici, il y a des rues éclairées et des magasins.
Ici, c'est paisible. Pas de chien qui crève.

Mais le terrain vague, il est encore là. Je le sens. Dans ma poitrine.
Même si mon immeuble n'a pas bougé de place. Même si la ville
est bien vivante, là, sous mes fenêtres.

Il n'y a pas de mots pour ça.
Ca s'est défait dans ma poitrine, ça a lâché.
Et le chien mort est entré.

Tout à l'heure c'était.

(...)
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 17 Mar 2013, 16:52

Belles études, merci Ecaminade.

Elles seront utiles puisqu'une rencontre est en prévision avec Jeanne Benameur.

Jeanne Benameur, laver les ombres, Actes sud.
1/3

Léa est chorégraphe, et l’auteur présente son livre comme une chorégraphie : différents tableaux (11) s’ancrent dans une période et un décor différents, passé/présent, Paris/une petite ville au bord de la mer/ Naples 1941-2

On passe de la fille, Léa, à la mère, Romilda, elle-même passée par différents prénoms. A croire que Léa a besoin de nouer un contact avec sa mère pour devenir elle-même, et s’exprimer par la danse. Et que la mère n’arrivera à s’épanouir que par l’expression de sa fille, l’échange avec elle.

La danse, un mouvement, une libération des blocages du corps. Léa est « chorégraphe par nécessité », c’est toute son histoire avec un certain Bruno, artiste peintre. L’art (danse, peinture écriture) exprime les personnes et leurs réalités, à condition qu’elles ne prennent pas des conduites de fuite ou d’évitement. Comme Léa parfois.

La tempête extérieure - et des interrogations ou un malaise intérieur, amènent Léa à vouloir rejoindre sa mère pour un contact qu’elle juge essentiel.

Des images respectives annoncent des résonances entre les deux femmes : rivage, plage, cailloux/ raz de marée, le café de la fille appelle le café d’enfance de la mère, comme le livre italien de la fille (Tu, Mio d’Erri de Luca) annonce celui que la mère cachait sous son lit et emportait partout.
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 17 Mar 2013, 18:00

C'est intéressant ce qui concerne la danse. A rapprocher de ce qui est dit dans l'entretien avec Fanny Chiarello dans La cause littéraire :
Virgine Neufville : Pour conclure, cela va peut-être vous paraître un peu curieux, mais en relisant votre œuvre, une phrase m’a particulièrement marquée : « Quand rien ne semble plus faire de sens, j’ai toujours le même élan, je pense à danser. Comme si, quand il n’y avait plus rien à faire, il ne me resterait plus qu’à danser » (L’Eternité n’est si longue). Personnellement, je trouve que ce passage fait écho à un roman japonais, Danse, danse, danse de Haruki Murakami, dans lequel le héros, lorsqu’il ne trouve plus d’explication rationnelle à ce qu’il vit, se met à danser. Y a-t-il un lien ?
 
Fanny Chiarello : C’est marrant car j’ai lu ce roman bien après la parution de mon livre d’où est extraite cette phrase, et je me suis dit que cet auteur et moi avions sûrement la même réflexion au sujet de la danse. En effet, pour moi, voir des gens danser m’a toujours fascinée. La danse est selon moi une activité en dehors du sens commun, un langage universel, une union contre la mort en marche. Nora danse pour se recentrer (...)


http://www.lacauselitteraire.fr/entretien-avec-fanny-chiarello
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 17 Mar 2013, 19:57

merci, je ne connais pas fanny Chiarello, mais je pourrai avoir ce titre l'eternité n'est pas assez longue. merci du tuyau Smile

Danse, danse danse évoque pour moi une saison en enfer c'est là :-)

Jeanne Benameur, laver les ombres, Actes sud.
2/3

On est donc dans un chant, il faut que des mots soient dits, - des mots d’amour, que des images viennent prendre leur sens et leur continuité, que le rythme opère, comme une danse.

Léa Danse
Ses mouvements dans l’air trouvent leurs courbes exactes. Son corps est uni à l’espace. La beauté est là.
Dans le souffle qui la relie à tout.
Un moment de grâce
Impartageable.
(1)
Ce rythme - qu’on pourrait étudier, est lancinant dans tout le récit, opération poétique de dévoilement des « ombres » de la mère, passées dans le corps et l’esprit de Léa.

Citation :
« Toutes les question qu’elle [Léa]n’a jamais osé poser dans son enfance remontent, comme une vague immense, trop haute pour la mémoire. Sa mère disait, « Celui qui a vu il terremoto et il maremoto ne craint plus rien du monde. Aujourd’hui Léa sent qu’il maremoto menace. C’est en elle. »

La fin dira ce qu’il advient de ce tremblement de terre et de ce raz de marée, extérieurs et intérieurs, pour justifier le titre, « laver les ombres ».

(1) disposition respectée.
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 19 Mar 2013, 06:04


Jeanne Benameur, laver les ombres, Actes sud.
3/3

Jeanne Benameur me fait penser par moments à Véronique Olmi, par une écriture précise qui valorise ce qui serait un sombre mélodrame.

J’aurai des questions à poser à Jeanne Benameur, au mois de Juin.

- Je lui demanderai ce qu’elle explore dans la douleur et la souffrance (les mots reviennent ainsi que les thèmes eux-mêmes), et si elle penche pour une idée de Rachat, celui de la mère par sa fille ; si par ce biais, elles parviennent à un épanouissement et à un bonheur personnels.

- L’inspiration me paraît chrétienne, par l’histoire, et avec les mentions de la religieuse bienveillante, à l’origine du nom Léa, et d’Erri de Luca, souvent empreint de religiosité.

D'où l'intérêt de rencontrer l'auteur Smile

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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Sam 23 Mar 2013, 06:49

ECaminade a écrit:

Profanes, Jeanne Benameur, Actes Sud janvier 2013, 288 p.,

Ancien chirurgien du coeur, il y a longtemps qu’Octave Lassalle ne sauve plus de vies. À quatre-vingt-dix ans, bien qu’il n’ait encore besoin de personne, Octave anticipe : il se compose une “équipe”. Comme autour d’une table d’opération – mais cette fois-ci, c’est sa propre peau qu’il sauve.

Il organise le découpage de ses jours et de ses nuits en quatre temps, confiés à quatre “accompagnateurs” choisis avec soin. Chacun est porteur d’un élan de vie aussi fort que le sien, aussi fort retenu par des ombres et des blessures anciennes. Et chaque blessure est un écho


la notice d'Actes sud pour leprix RTL-Lire 2013.
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Ven 08 Nov 2013, 12:35

ECaminade a écrit:

Profanes, Jeanne Benameur, Actes Sud janvier 2013, 288 p., 20 €

Ce n'est qu'à 90 ans qu'Octave, vieil homme solitaire reclus dans sa grande maison vide décide de «réussir son entrée» en réunissant quatre personnes soigneusement choisies pour l'escorter «jusqu'au bout».
[...]
La composition et l'écriture de ce roman épousent parfaitement cette aventure et c'est ce qui en fait la grande force . Grâce à un tissage narratif élaboré, Jeanne Benameur  éclaire le passé de ses personnages tout en maintenant des zones d'ombres. Avec presque rien, elle nous fait sentir tous ces liens qui s'ébauchent entre eux. Elle tourne ainsi successivement autour d'eux, les approchant par petites touches délicates et feutrées, alternant le zoom et le grand angle, déplaçant habilement le point de vue narratif.

Et sa belle écriture poétique, elliptique et concise fait avancer le récit à un rythme haletant tout en ménageant de nombreuses pauses.

Certes, je suis au début de cette histoire qui repose, me semble-t-il, sur l'observation et l'introspection.

Outre ses motifs personnels, Octave a choisi des personnages dont il a pressenti "le terreau d'une histoire". En même temps, c'est le souci de la romancière qui privilègie les secrets douloureux, les enfances difficiles, les deuils intimes.

Pratiquement tous les personnages "s'allongent sur un lit", p.47, p.57, tiennent un journal, ou rêvent sur une terrasse. C'est une sorte de divan, avec rappel des amours passées, des chagrin privés, à portée symbolique :

Citation :
Cette nuit, il voudrait retourner là-bas [en Afrique] et creuser la terre sèche, avec sa cuiller en bois. Jusqu'à retrouver les os de cette femme-là pour les embrasser. Et rester auprès d'elle. Le temps d'une prière qu'il ne trouve plus dans sa bouche"
L'émotion est palpable à chaque rappel, l'élan vers la vie, mais la conscience de la mort, l'aspect "profane" conçu, je crois, comme "loin de dieu" P. 86.

je complèterai - ou rectifierai, ces premières approches, par la suite.
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