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 Stephane Mercurio : À l'ombre de la république

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Luca
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MessageSujet: Stephane Mercurio : À l'ombre de la république   Mer 11 Avr 2012, 17:52

À l'ombre de la république


Pour la première fois, après trois ans d’existence, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) accepte qu’une équipe de tournage le suive dans son travail, minutieux, essentiel de contrôle des droits fondamentaux dans les prisons, hôpitaux psychiatriques, commissariats… Stéphane Mercurio a suivi une quinzaine de contrôleurs. Leurs lieux de mission : la maison d’arrêt de femmes de Versailles, l’hôpital psychiatrique d’Évreux, la Centrale de l’île de Ré, et enfin la toute nouvelle prison de Bourg-en-Bresse. Pendant ces quelques semaines d’immersion à leurs côtés au coeur des quartiers disciplinaires, dans les cours de promenade des prisons ou dans le secret des chambres d’isolement, un voile se lève sur l’enfermement et la réalité des droits fondamentaux en ces lieux.

Passionnant et salutaire.

Au-delà de ce qui nous est livré, ce film engage - après coup - à une vraie réflexion personnelle sur le rôle des citoyens dans ce domaine. Un prisonnier le dit : « On nous met dans un coin et on nous oublie ». Comme si ces lieux ne nous concernaient pas, ne se devaient pas d'être sous surveillance citoyenne. Nous mettons des femmes et des hommes en prison et ensuite nous ne nous sentons plus de tout concernés par ce qui se passe derrière les murs. Sauf que c'est aussi - et même encore plus - là que se joue la démocratie.

Je m'interrogeais sur l'opportunité du volet "hôpital psychiatrique", tant les deux logiques de fonctionnement me semblent différentes. Mais ce n'est hélas plus le cas. Les orientations sécuritaires de plus en plus pressantes mettent ces lieux en difficultés. Un contrôleur constate par exemple qu'un maire et un préfet font régulièrement interner des personnes en HO (hospitalisation d'office) sans le moindre certificat médical. Un autre pose la question des détenus transférés pour un temps en HP : en prison, il leur est donné le droit de téléphoner et d'avoir des parloirs, mais ici on ne respecte plus ce droit, même si l'équipe soignante le préconise. Pourquoi ? Il n'y a pas de parloir ici, rien n'est prévu pour. Résultat : plus aucune visite. Etc.

Retour en Centrale, là où sont emprisonnées les "longues peines". Et là, on prend peur. Nous nous dirigeons vers d'immenses prisons regroupant des milliers de détenus. Ici, les portes restent fermées en permanence, laissant des personnes avec la seule perspective de rester enfermées dans 6² pendant 10, 20, 30 ans. Aucun suivi, aucune thérapie à part la surmédicamentation, véritable emprisonnement chimique plus rentable (à court terme) que du personnel en quantité suffisante. Dans ces nouvelles villes-prisons (13 200 places), le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP), chargé de "surveiller les personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire et favoriser leur réinsertion sociale" constate : ils ne suivent plus aucun détenu !

Parole d'un détenu : "lorsque tu vas à l'hôpital pour un bras cassé, tu ressors après avoir été soigné ; en prison, tu entres avec un bras cassé et tu ressors avec les deux bras cassés" (et c'est peu dire). Triste impasse.

Est aussi évoquée l'arrivée des entreprises privées trouvant là des employés pas chers et sans droits.

Heureusement, les contrôleurs que nous suivons au fil du film nous montrent de bien belles figures humaines. Je ne connaissais pas leur travail et suis heureuse de l'avoir découvert. A priori, ils parviennent, pierre après pierre, à faire bouger doucement les choses. Et nous permettent probablement d'exercer notre droit de regard sur ces lieux.

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rotko
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MessageSujet: Stéphane Mercurio, "A l'ombre de la République".   Mer 25 Avr 2012, 06:52

je l'ai vu hier soir, en présence de la réalisatrice qui a expliqué le rôle du contrôleur général des lieux de privation de liberté, qu'il s'agisse des prisons, ou des hopitaux psychiatriques. Il doit veiller à ce que les conditions de détention ne bafouent pas les droits élémentaires de l'être humain, surtout dans ces cadres contraignants où chaque détail du quotidien prend un importance démesurée.

Etendre les bras suffit pour toucher les murs de la cellule. L'accès au parloir, au telephone, et au bureau de vote doit être possible, ce qui n'est pas toujours respecté.

Des séquences montrent le travail en prison : cartons, textiles, opérateurs téléphoniques, à des prix dérisoires, comme 2 € de l'heure, et une pression constante. Car il y a des dépenses, 15 € pour la télé, et des produits bien plus chers en prison que dans la vie courante.

Le prisonnier est un être humain : là on a vu des visages, des propos lucides, des confessions sur la solitude et les galères individuelles. On est loin des "monstres" proposés à la vindicte publique.

Le film a pu exister grâce au concours du Contrôleur et du ministère de la justice. Du côté de l'Intérieur, barrages et refus. Il y a 30 contrôleurs pour 3000 lieux d'enfermement à visiter. Nous avons vu la face émergée ; mais bien d'autres aspects de la misère humaine n'ont pu être dits.

l'article du Monde avec une video.

Doit-on pratiquer le "tout enfermement" systématique ? n'est-ce pas privilégier le punir aux dépens de la réinsertion ?
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rotko
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MessageSujet: Re: Stephane Mercurio : À l'ombre de la république   Mer 25 Avr 2012, 06:56




Effacés de la société, le prisonnier, comme être humain qui a failli, s'efface lui-même jusqu'à disparaître, même à ses propres yeux.
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rotko
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MessageSujet: Re: Stephane Mercurio : À l'ombre de la république   Mer 25 Avr 2012, 09:31

Merci Luca d'avoir signalé le doublon. Nestor a fusionné les fils.

Oui tu as raison, les décisions politiques l'emportent sur les services compétents. Sur les services de justice, de médecine, de l'éducation, à tous les niveaux.
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rotko
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MessageSujet: Re: Stephane Mercurio : À l'ombre de la république   Lun 30 Avr 2012, 17:46

l'Observatoire international des prisons (OIP) a décidé d'interpeller les candidats à la présidence sur la situation carcérale "hautement préoccupante".

La surpopulation carcérale, le fonctionnement "déshumanisé" des nouvelles prisons, la disproportion de certains dispositifs de sécurité, le recours excessif au "mitard",

l'illégalité des fouilles à nu, les conditions matérielles de détention, l'oisiveté des détenus, le problème des délais d'accès aux soins,

les entorses au secret médical, les restrictions au droit de téléphoner, et enfin le droit d'expression individuel et collectif des détenus


tout l'article.
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