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 Ernst Jünger [Allemagne]

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rotko
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Ven 25 Avr 2008, 04:52

j'oubliais ! bienvenue à toi, Laurent Wink tu sembles connaître l'oeuvre entière de Junger ?
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Ven 25 Avr 2008, 09:11

Ah Laurent ! Je savais qu'après t'avoir envoyé le lien vers ce fil, tu ne résisterais pas à l'envie de venir y mettre ton grain de sel !
Bienvenu .
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Madspirit
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Ven 25 Avr 2008, 11:44

Je viens justement de terminer Feu et sang.

Un nazi trop rusé pour l'avouer ? N'aurait-il pas eu pourtant tout intérêt, le cas échéant, à le faire ? Que Jünger, comme beaucoup en son temps, ait été nationaliste, proche des idées "völkisch", on peut difficilement le remettre en cause à sa lecture mais je n'ai pas pour autant envie de le voir comme un nazi, pour avoir pris trop de plaisir à le lire. Il ne me semble pas avoir tiré sous le IIIe Reich d'avantage particulier de sa réputation et même avoir énoncé dans son journal son rejet vis à vis du régime et de l'antisémitisme en particulier. Est-ce que le fait de ne pas avoir quitté le pays ou d'être rentré en résistance ouverte - comme l'immense majorité des personnes de l'Allemagne puis de l'Europe occupée - suffit à remettre en cause sa sincérité et à faire de Jünger un nazi ? Je peux me tromper mais ça me semble, pour le peu que j'en sais, un peu outrancier. col
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rotko
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Ven 25 Avr 2008, 12:01

je continue à citer l'article, en lui laissant la responsabilité de ses propos :

Citation :
Ce qui est incontestable aussi, c’est que ce personnage à facettes, à contradictions, à évolutions et retournements, ne fut jamais hitlérien. Même si Hitler lui a témoigné son admiration en public

l'article est ici.

Il présente les volumes dont parle Laurent
Ernst Jünger. « Journaux de guerre I-1914-1918 », 1 378 p., 53 E. « Journaux de guerre II-1939-1945 », 870 p., 62 E. Pléiade. Editions établies par Julien Hervier, avec la collaboration de Pascal Mercier et François Poncet.

Pour ma part j'ai seulement lu le lieutenant Sturm, plus haut sur ce fil, et j'ai abandonné les Falaises de marbre.

J'aimerais bien savoir ce que vous pensez de cet ouvrage.

Pour Jacques Pierre Amette, auteur de l'article ci-dessus qui paraît très bien documenté :

Citation :
« Sur les falaises de marbre », nous rappelle la critique allemande, est le roman crypté et métaphorique du conflit entre les SS et les SA. L’auteur a vraiment le génie de nager en eaux troubles et de faire semblant de prendre de la hauteur pour ne froisser personne en haut lieu et rester avec une grande prudence idéologique dans l’esprit de l’époque.
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Madspirit
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Ven 25 Avr 2008, 12:51

Cet article le présente effectivement sous un jour vraiment très peu attrayant pour ne pas dire foncièrement repoussant.

Citation :
Le port obligatoire de l’étoile jaune, imposé fin mai 1942 aux juifs
dans Paris, n’a pas l’air de le troubler, alors qu’il connaît le sort
qui leur est réservé.
Ce passage en particulier me trouble cependant, dans la mesure ou il semble aller à l'encontre de ce que j'ai pu lire jusqu'ici. On parle notamment de ce qu'il ait fréquenté - entre autres - Céline mais il resortirait qu'il détestait profondément ce dernier en particulier pour son antisémitisme virulent. Ce passage de ces mémoires se rapporterait à sa réaction devant l'étoile jaune qui aurait été un sentiment de honte : « Je suis alors pris de dégoût à la vue des uniformes, des épaulettes, des décorations, des armes, choses dont j'ai tant aimé l'éclat». col

Citation :
Lui note ses rêves.
Enchaîner avec cela, comme pour aller dans le sens de l'indifférence me semble discutable. On lui reproche son inaction, soit, mais c'est un peu facile de le faire aujourd'hui, j'avoue ne pas trop aimer ce genre de jugement a posteriori.

Citation :
Ses journaux parisiens tenus sous l’Occupation ne lèvent pas le malaise, bien au contraire. Il lit la Bible.
Dommage qu'il ne précise pas sa pensée. On ne voit pas vraiment ce que vient faire la lecture de la bible dans la démonstration.

Citation :
faire semblant de prendre de la hauteur pour ne froisser personne en
haut lieu et rester avec une grande prudence idéologique dans l’esprit
de l’époque.
Je n'ai aucune idée du sens dans lequel il faut prendre les falaises de marbre mais il a néanmoins "froissé" puisqu'il semblerait n'avoir pas été inquiété seulement en vertu de l'admiration que lui vouait Hitler (il est vrai que cette admiration ne plaide pas forcément grandement en faveur de Jünger, mais il ne l'a pas recherché).

«Le "Journal de guerre" d'Ernst Jünger
apporte sans doute le témoignage le plus probant et le plus honnête de
l'extrême difficulté que rencontre un individu pour conserver son intégrité et
ses critères de vérité et de moralité dans un monde où vérité et moralité n'ont
plus aucune expression visible. Malgré l'influence indéniable des écrits
antérieurs de Jünger sur certains membres de l'intelligentsia nazie, lui-même
fut du début jusqu'à la fin un antinazi actif et sa conduite prouve que la
notion d'honneur, quelque peu désuète mais jadis familière aux officiers
prussiens, suffisait amplement à la résistance individuelle.»
(Hanna Arendt)

En somme je ne sais trop que penser. Jünger a eu - à un certain moment au moins - des idées nationalistes, anti-démocratiques et militaristes virulentes. Peu m'importe d'ailleurs, j'ai aimé ses livres tout en étant très loin de ses idées, cet article me donne cependant la désagreable impression d'être sévère sinon un peu biaisé dans son écriture. col
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Laurent 02100
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MessageSujet: :)   Sam 26 Avr 2008, 09:20

Merci de votre accueil !

J'ai lu en fait, avant même leur parution dans la pléiade, l'ensemble de ce qui y est publié, les journaux de guerre donc, et les journaux des années 39 - 48.

Je n'ai pas fait d'étude de lettres, je suis historien de formation, et j'enseigne dans le secondaire; il doit me manquer des outils d'approches des textes, et je posséde peut être davantage une sensibilité à 'l'historicité" des ces écrits, pleinement insérés dans " l'odieux XXéme siècle". Et quelle ne fut pas ma surprise de constater qu'un universitaire pendant un temps amiénois, spécialiste de 14-18, était en fait trés proche de la conceptualisation développée notamment dans " la guerre comme expérience intérieure" .

Pour être honnête, il me faut ajouter que j'ai rencontré ces récits à une période de ma vie qui m'a paru ressembler au destin des combattants. Bien sûr, en changeant ce qui doit être changé. Il est des expériences au bord de la mort, qui, hélas, font parfois écho à son propre destin .

Probablement , l'un des écueils de la lecture de la vie d'untel, c'est la recherche de ce qui ressemble à lui. Là, celà a été plutôt des ressemblances, et notamment une posture générale face aux choses. Chose de la vie pour les uns, nous. Choses de la mort pour les autres, les combattants. Faire avec dans les deux cas...
Consentir, et non subir, subtile distingo, mais qui change l'essentiel, le ressenti face aux choses.
A Langemark durant l'été 17, Jünger est pris dans un bombardement dément avec ses groupes de combattants; Que faire ? ne pas rester sous le pilon, alors, reculer ? à quoi bon ? avancer donc puisque c'est AUTANT son devoir que son intérêt. De l'autre côté du rideau de feu à peine 5 de ses hommes le rejoignent.
Au final, je suis peut être plus tourné vers l'historicité et le "psychologisme", mais c'est une approche qui peut être complémentaire de celle d'un littéraire.
Bien à vous.
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rotko
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Sam 26 Avr 2008, 10:00

Sois tranquille, personne sur GDS* ne te reprochera d'aimer tel ou tel auteur, surtout si tu donnes tes raisons.

De plus nous sommes tous des lecteurs, avec nos manques et nos défauts, mais on apprécie les approches plurielles : qu'elles soient historiques, naives,¨ou littéraires, tout nous est bon Laughing

J'aurais bien voulu savoir le nom de ce spécialiste de 14-18, mais je comprends aussi la discretion.
Je me sens plus proche de Gunther Grass que de Jünger, notamment dans cette experience de lamort que tu précises.

Grass raconte qu'avec sa patrouille, il s'est trouvé sans le vouloir à l'intérieur des lignes ennemies. leur chef leur indique le seul moyen de fuite ! enfourcher les vélos qu'ils voient dans la cave où ils sont cachés. Tous sont d'accord, sauf Gunther Grass qui ne sait pas faire du vélo.

- on reviendra te chercher disent les autres.

En fait ils se font prendre dans un feu croisé, aucun ne s'en sort.

L'expérience de la mort, il la vit à ce moment, mais aussi en voyant les pendus le long des routes, cat étaient pendus tout soldat qui errait sans son regiment : présumé deserteur.

Dans ces conditions, l'engagement et le devoir militaire...

je pense aussi à la route des flandres de Claude Simon, où un général dit à un déserteur de se laisser fusiller bravement, pour pour l'edification de ses camarades.

je ne partage pas tellement ce point de vue militaire !
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Laurent 02100
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MessageSujet: c'est qui donc ?   Sam 26 Avr 2008, 10:04

Un enseignant de l'université de Picardie, maintenant directeur de recherche à l'école des hautes études en sciences sociales, Stéphane Audouin Rouzeau.
En fait, la subtilité de l'analyse de Jünger dépasse sa seule expérience. Et en fait un document historique.Mais d'autres historiens, notamment S. Cazals de l'université de Toulouse développent des thèses différentes.
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Madspirit
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Sam 26 Avr 2008, 10:33

Difficile de trancher entre "contrainte" et "consentement", question fort intéressante au demeurant, sans doute n'y a-t-il tout simplement pas à trancher. Comme souvent en histoire il y a du bon à tirer de chaque côté des querelles d'écoles.
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Laurent 02100
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MessageSujet: Consentement et contrainte   Sam 26 Avr 2008, 10:58

En fait, il me parait simplement que le consentement correspond à l'appropriation totale par le sujet de la chose initialement subie. la différence essentielle est là. Se rendre maitre des choses. Il est à noter que Jünger fut aussi lecteur attentif de l'oeuvre de Nietzsche, qui fut entre autre chose, un philosophe du Vivre.
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Laurent 02100
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MessageSujet: Sur Jünger   Sam 26 Avr 2008, 11:30

Le personnage est AUSSI un presqu'encore adolescent en 1914.
Il fuga plus d'une fois du domicile familial, en 1913 notamment...
Il passa la frontière gagna Verdun... pour s'engager dans la Légion Etrangère ! Son père réussit à le ramener à la maison (il était déjà arrivé à Siddi Belabés) en annulant son engagement; il n'avait en effet que 17 ans... Il existe une photo du môme en légionnaire que l'on trouve assez facilement en cherchant un peu.

Bref; Il fut aussi proche de cercles néo romantiques qui pratiquaient une sorte de scoutisme laïque dans l'Allemagne des débuts du siècle. Cet encadrement de la jeunesse ne fut pas rare alors, la communion avec la nature constituant une expérience si ce n'est "virilisante" du moins émancipante. Peut être faut il là se rapprocher par l'idée des rites de passages qui sont communs à plus d'une socièté, à des degrés divers; Inutile ici de tuer un ilote, nous ne sommes pas à Sparte...
La chose connut un tout autre destin sous l'emprise du nazisme. Elle s'appuyait sur une pratique préexistante.

J'y reviens, tout au plus son père réussit à obtenir d'Ernst la promesse de "passer son bac d'abord", (hé oui, déjà !!) ce qu'il fera à l'automne 14... Un examen oral rapide. Muni du bachot, et pas encore "mobilisable", il s'engage au 73é régiment de fusiliers Hanovriens. La suite, on la connait; Un journal de guerre, quelques 14 carnets, dont il tirera la matière de ses récits de guerre. Et le début de la carrière d'un homme qui vécut essentiellement puis uniquement de sa plume.
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MessageSujet: Pis tiens, tant que j'y pense   Sam 26 Avr 2008, 11:49

E. Jünger fut "interwiouvé" par Bernard Pivot pour un numéro d'Apostrophe de 1981. En achetant la vidéo sur le site de l'INA, on peut approcher l'homme Jünger, présent à Paris pour recevoir un prix littéraire à Paris, et évoquant pour l'essentiel à cette date, la parution de ses journaux de la période 39 - 48 .

Ce numéro d'Apostrophe avait pour thème "Occupants Occupés", à savoir le destin de Paris et de la France des "années noires". Et il ne fut pas surprenant qu'aprés la diffusion de l'interview en cours d'émission de voir s'amorcer le débat autour de l'idée "Jünger, salaud ou pas". L'historien présent, H. Michel, alors le spécialiste de l'histoire de la Seconde guerre mondiale, voit en Jünger un Ponce Pilate, l'image d'une bonne Allemagne, mais bien évidemment pas celle qui est au pouvoir alors. Et l'inénarrable H. Amouroux de prendre la défense de Jünger...

Il ne m'est hélas pas possible, techniquement et légalement de vous passer ce morceau d'émission.
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rotko
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Dim 27 Avr 2008, 06:42

L'actuelle désaffection dont Junger souffre en Allemagne, selon l'article de Jean pierre Amette, vient sans doute de son côté guerrier, prussien, que renie l'actuelle génération.

J'avais été sensible à ces passages dans le lieutenant Sturm, orages d'acier pourrait donner la même impression au lecteur (mots en gras dans la quatrième de couverture ):

Citation :
Le grand moment était venu. Le barrage roulant s'approchait des premières tranchées. Nous nous mîmes en marche... Ma main droite étreignait la crosse de mon pistolet et la main gauche une badine de bambou. Je portais encore, bien que j'eusse très chaud, ma longue capote et, comme je prescrivais le règlement, des gants. Quand nous avançâmes, une fureur guerrière s'empara de nous, comme si, de très loin, se déversait en nous la force de l'assaut.

Elle arrivait avec tant de vigueur qu'un sentiment de bonheur, de sérénité me saisit. L'immense volonté de destruction qui pesait sur ce champ de mort se concentrait dans les cerveaux, les plongeant dans une brume rouge ;

Sanglotant, balbutiant, nous nous lancions des phrases sans suite, et un spectateur non prévenu aurait peut-être imaginé que nous succombions sous l'excès de bonheur. "

Ernst Jünger
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MessageSujet: Jünger sur-vivant ?   Dim 27 Avr 2008, 10:44

L'expérience au bord de la mort, fait de l'écrivain un SUR-VIVANT, à savoir, un PLUS(SE) vivant et à la fois un épargné par hasard; expérience SUR-humaine et IN-humaine à la fois.

ch. 14 des orages d'acier "Retour en Flandres.). Dernier paragraphe. Aprés la bataille;

Tous consacrèrent ces quelques jours à jouir d'une existence durement conquise. On pouvait à peine concevoir encore qu'on eût pu échapper à la mort. La vie refluait en vous.
(ivresse bachique et fréquentation des bordels; Dans les deux cas, se sentir vivant).

Epargné par hasard, car ; Ch 7 : "Guillemont"

[quote] Houiiiii ! encore un tir groupé ! J'eus le souffle coupé car je m'aperçus quelques fractions de seconde d'avance, au miaulement toujours plus aigu, que la branche descendante de la trajectoire allait se terminer juste à côté de moi. Aussitôt aprés, une chute pesante secoua la terre près de mon pied, projetant en l'air des lambeaux de glaise molle. Et dire que c'est cet obus qui n'explosa pas !

Le "prussianisme" de Jünger n'appartient au fond qu'à lui; De "tout ça", que faire, au fond ? La blessure la plus profonde et la plus mal soignée n'est elle pas "la névrose de guerre", qui fait de l'ancien combattant, un type pour qui "rien n'est plus comme avant". Combien de paysans ne virent plus leurs champs et les bosquets environnants, mais bien un lieu de manoeuvre, voire une position favorable à la défense ? Les suicides ne furent pas rares chez ceux qui revinrent. Jünger posséde par le biais de l'écriture, les moyens de la mise à distance;
plusieurs éditions et réécritures jusqu'en 1960, date de la version définitive.
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MessageSujet: Grass   Dim 27 Avr 2008, 19:46

quel est d'ailleurs le titre de l'ouvrage de Grass dont il est question ? Je suis assez féru des récits des perdants.
D'ailleurs, existe t il à votre connaissance, des ouvrages d'austro hongrois, et de russe ? ( hormis "Août 14" ) ?
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rotko
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Lun 28 Avr 2008, 04:45

Gunther Grass est bien présent sur GDS*, et je viens de lire pelures d'oignon.

Aôut 14, tu parles de Soljénitsyne ? ouvre le fil, je crois qu'il n'y en a pas.

Tu peux aussi parler de Martin du Gard, si tu le connais.
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Jeu 01 Mai 2008, 19:51

Citation :
Le grand moment était venu. Le barrage roulant s'approchait des premières tranchées. Nous nous mîmes en marche... Ma main droite étreignait la crosse de mon pistolet et la main gauche une badine de bambou. Je portais encore, bien que j'eusse très chaud, ma longue capote et, comme je prescrivais le règlement, des gants. Quand nous avançâmes, une fureur guerrière s'empara de nous, comme si, de très loin, se déversait en nous la force de l'assaut.

Elle arrivait avec tant de vigueur qu'un sentiment de bonheur, de sérénité me saisit. L'immense volonté de destruction qui pesait sur ce champ de mort se concentrait dans les cerveaux, les plongeant dans une brume rouge ;

Sanglotant, balbutiant, nous nous lancions des phrases sans suite, et un spectateur non prévenu aurait peut-être imaginé que nous succombions sous l'excès de bonheur. "

Ernst Jünger[/quote]

Cet extrait est tiré du chapitre "La grande bataille" ; Il relate l'offensive du 21 mars 1918 dans la région de Bapaume à laquelle le régiment de Jünger participe en tant qu'unité de pointe. De la montée en ligne à son retrait de la mélée pour cause de blessureS, ce sont quelques 100 h d'actions qui constituent la matière de ce chapitre de quelques 40 pages (Livre de poche).
Ce même chapitre sera plus conséquemment développé dans "Feu et sang" ( quelques deux cent pages dans l'édition "confortable" faite chez Christian Bourgois).

On peut véritablement prendre ce récit comme un reportage au coeur de la mélée, quasiment une réalisation "caméra sur l'épaule", pour prendre une image cinématographique.

Et l'extrait cité plus haut montre aussi la part du discours dans le récit; Cette expérience combattante reste pour Jünger, le point d'orgue de la guerre, à la fois par ses enjeux, l'ultime assaut vers la victoire, par la remise en oeuvre de la guerre de mouvement, (rien que ça !) mais aussi par ses conséquences, la victoire manquée.

l'acuité avec laquelle J. prend la mesure terrible des enjeux, ( C'est l'ultime chance de gagner) se cristallise autour de son expérience personnelle dans une sorte de paroxysme dont la transcrition par l'écriture n'est pas sans rappeler le nihilisme nietzschéen; (deux derniers paragraphes) :

Citation :
La formidable concentration des forces, à l'heure du destin où s'engageait la lutte pour un lointain avenir, et le déchaînement qui la suivait de façon si surprenante, si écrasante, m'avaient conduit pour la première fois jusqu'aux abîmes de forces étrangères, supérieures à l'individu. C'était autre chose que mes expériences précédentes; c'était une initiation, qui n'ouvrait pas seulement les repaires brûlants de l'épouvante. Là, comme du haut d'un char qui laboure le sol de ses roues, on voyait aussi monter de la terre des énergies spirituelles. J'y vis longtemps une manifestation secondaire de la volonté de puissance, à une heure décisive pour l'histoire du monde. Pourtant, le bénéfice m'en resta, même après que j'y eus discerné plus encore. Il semblait qu'on se frayât ici un passage en faisant fondre une paroi de verre - passage qui menait le long de terribles gardiens.
(à suivre)
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Mar 06 Mai 2008, 05:52

extraits d'un entretien de Julien Hervier, l'éditeur des journaux de guerre dans la Pléiade.

Citation :
L'expérience des limites a été quelque chose de très important chez lui, en particulier durant la Première Guerre où il a montré ce qu'il pouvait y avoir de fascinant dans le fait d'être en position de tuer et d'être tué, cette situation particulière où le chasseur et le gibier échangent leurs rôles en permanence.

On peut mettre cela en parallèle avec cette préoccupation majeure chez lui qui a été de chercher l'émerveillement derrière la banalité du quotidien. La drogue, l'état second, la situation de danger extrême où il faut se battre pour survivre, oui, tout cela s'est trouvé lié chez lui, après la découverte du champ de bataille.


Citation :
Jünger perpétue une très ancienne tradition : comme les stoïciens, il croit au renouvellement du monde par des embrasements périodiques, il reprend l'idée héraclitéenne de la destruction créatrice. Cette unité destruction-recréation s'oppose à une vision statique du monde. Cependant, la destruction gratuite, pour le simple plaisir de détruire, est quelque chose qui l'a toujours révulsé. Il a par exemple été profondément dégoûté par la tactique de la « terre brûlée ».
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Sam 14 Juin 2008, 06:25

Extrait d'un compte rendu du journal de guerre dans "le temps".

dans «Feu et sang» (1925), dont Jünger fait parvenir à Hitler un exemplaire dédicacé, la pulsation de la bataille, la joie sauvage de l'affrontement, l'irrésistible désir de tuer: un enthousiasme belliciste et un vitalisme forcené exprimés par des assertions plus délirantes encore dans «Le Combat comme expérience intérieure» (1922).

La guerre résulte d'une «loi de nature», l'esprit combatif «pèse plus lourd que toute ratiocination sur le bien et le mal», la mort pour le pays et sa grandeur est «honneur suprême et terme radieux». Inscrit en nous, le combat «est le dernier mot de notre raison», il faut obéir «à la volonté enflammée du sang» et «sur les forges de la guerre, marteler le monde dans des frontières nouvelles».

tout l'article

j'ai l'impression que ce mot "expérience" est la traduction du mot

Citation :
Erleben : faire l’expérience de chose, vivre sans recul, intensément, éprouver.

dont il était question dans ce fil de Kemperer.
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Mar 05 Avr 2011, 06:29



Citation :
« Il y a un charme silencieux à continuer à vivre quand chaque jour emporte son lot de victimes. »

dit l'auteur qui note sur le vif la violence des combats.

Actuellement on n'aurait ces journaux de guerre que dans la Pléiade.
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Sam 26 Oct 2013, 13:31

 
 
L'homme dans la guerre : Maurice Genevoix face à Ernst Jünger
 
Genevoix et Jünger se sont battus avec courage en 14, ont l’un et l’autre défendu leur pays, connu la peur mais aussi la fraternité devant l’ennemi, le goût du commandement et de la victoire, l’ivresse du combat ; ils se sont sans doute affrontés brièvement mais presque au corps à corps lors de la bataille des Eparges, et pourtant ils n’ont pas fait la même guerre.

La guerre de Genevoix est acceptée, mais elle est d’abord une épreuve morale, plus redoutable encore que les périls de la bataille, une impitoyable confrontation des hommes avec eux-mêmes et avec la mort, qui est le grand personnage de « Ceux de 14 ». « Cette énorme mêlée restait monstrueusement à hauteur d’hommes » dit Genevoix, qui regarde ses camarades mourir, et guette le moment où la mort prend leur regard. La guerre n’a jamais raison des vivants.

La guerre de Jünger est vénérée comme matrice des hommes exceptionnels ; elle est joyeuse, elle ressemble à un « scoutisme à balles réelles », un jeu de cow-boys et d’indiens, de traque, de charge, de tir embusqué et de plaisir de la chasse aussi ; la guerre de Jünger trempe les hommes dans l’acier, elle fabrique des surhommes alors que celle de Genevoix les rend plus fragiles, plus sensibles. La guerre de Jünger isole sur leur montagne sacrée les hommes du front, la guerre de Genevoix les rend plus humains. La guerre de Jünger est celle de l’idéologie, la guerre de Genevoix celle de la chair et des sentiments.

Cet essai se propose de développer le thème des deux guerres à partir des écrits des deux auteurs, dont le génie littéraire a trouvé sa source dans les tranchées. Au fur et à mesure de son élaboration, il sera publié en priorité sur le site « Je me souviens de Ceux de 14 »
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Lun 06 Jan 2014, 06:29

La boue, la mitraille (maintes fois Jünger note qu'il pleut littéralement du métal), les hommes qui tombent autour de lui: curieusement, le lieutenant Jünger, dont l'héroïsme fou lui vaudra de recevoir la plus haute décoration allemande (la croix pour le Mérite), promène un regard presque indifférent sur l'horreur absolue dont il est le témoin.

Car la guerre est, chez lui, comme un jeu vidéo avec des balles réelles. But du jeu? Tuer le plus d'ennemis possible sans cependant les haïr. «Les "Carnets" ne témoignent d'aucun attachement particulier à la personne de l'empereur ou à la patrie», écrit, dans la préface à sa belle traduction, Julien Hervier, qui signe parallèlement une passionnante biographie de l'écrivain allemand.


Carnets de guerre 1914-1918, par Ernst Jünger, traduit de l'allemand par Julien Hervier, Christian Bourgois Editeur, 576 p.,

Gunter Grass lui reconnaît le "mérite" d'avoir forgé des générations de militaristes forcenés.
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rotko
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Lun 20 Jan 2014, 06:28

deux nouvelles parutions :

Ernst Jünger. Dans les tempêtes du siècle, par Julien Hervier. Fayard, 540 p.,

Carnets de guerre 1914-1918, par Ernst Jünger. Trad. de l'allemand par Julien Hervier. Bourgois, 576 p.

Citation :
Jünger est sans doute le seul homme à avoir été protégé à la fois par Adolf Hitler, lorsque les nazis veulent liquider cet "officier méprisant", et par Bertolt Brecht, quand ses camarades communistes veulent en finir avec ce "produit de la réaction".

Qui peut bien être ce diable d'homme protégé par de tels anges gardiens?

En savoir plus
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Lun 20 Jan 2014, 08:01

l'Express a écrit:
Ainsi était Ernst Jünger. Mais il n'en a jamais rien dit. Question de tenue.
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/ernst-junger-un-anarchiste-conservateur-droit-dans-ses-bottes_1314719.html#pShjlUlgUFsyoylM.99

intéressante personnalité
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rotko
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MessageSujet: Re: Ernst Jünger [Allemagne]   Lun 10 Fév 2014, 06:14

Chez Jünger, la guerre est admise comme une permanence de l’humanité qu’il serait absurde de vouloir esquiver. Et la forme qu’elle revêt, à l’instar du progrès technique, doit être admise, selon une morale nietzschéenne de l’amor fati : acceptation du destin qui réfute toute nostalgie. On trouve dans cette attitude, déjà, la vision « stéréoscopique » que cultivera l’écrivain : analyse froide du réel et recours au mythe éternel, évaluation clinique doublée d’une perception poétique. La modernité non pas comme une ligne droite mais comme le moment d’un cycle relié à un centre immuable. [...]

L’esprit de la chevalerie, Jünger le retrouve et l’exalte dans les premiers pilotes de chasse, et même s’il décrit sans fard l’horreur de la guerre de matériel, il lui paraît possible – et il le prouve – de transformer l’épreuve en ascèse, de vivre la guerre comme une « expérience intérieure » pour reprendre le titre d’un de ses livres les plus fascinants sur la question. En somme, la guerre, même moderne, permet le dépassement de soi, une vision qui tranche radicalement avec le leitmotiv du soldat comme simple chair à canon. Jünger l’élargira ensuite à sa vision de la société en général et à tout le processus de la modernité. Dans les années 1930, il lui paraît encore possible de dompter la Technique.

Ses analyses visionnaires sur la question, développées notamment dans Le Travailleur, auront une influence décisive sur les réflexions d’Heidegger. Mais ce volontarisme optimiste va achopper sur les événements qui bouleversent son pays avec l’arrivée des nazis au pouvoir. Dans une certaine mesure, Hitler et ses sbires appliquent une partie du « programme » de Jünger : référence aux chevaliers teutoniques et ultramodernité, performances scientifiques, industrielles, militaires, mobilisation totale, appel au relèvement et au dépassement sacrificiel de tout un peuple dans l’affirmation d’une redoutable volonté de puissance, synthèse de mythes et de technique : svastika plus blitzkrieg.

Aussi est-il assez compréhensible qu’on ait pu reprocher à Jünger, après 1945, d’avoir nourri l’atmosphère idéologique qui a favorisé l’accession d’Hitler au pouvoir, et cela en dépit de son opposition sans ambiguïté au régime et ses liens avec les conjurés lors de l’attentat raté contre Hitler.

cf. l'article de Causeur
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