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 Joachim Lafosse : À perdre la raison

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Luca
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MessageSujet: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Jeu 06 Sep 2012, 12:13

rotko a écrit:
[i]A perdre la raison, de Joaquim Lafosse la critique du film

L'histoire: Le film est inspiré d'un fait-divers qui a bouleversé la Belgique : plongée dans un climat affectif insupportable, une mère a tué ses cinq enfants avant de tenter de mettre fin à ses jours

l'avis d'ouest France
Spoiler:
 

Je l'ai vu hier et suis encore sous le choc. Un film étouffant, qui installe peu à peu le malaise et le doute, tant chez Murielle que chez les spectateur : on se décompose peu à peu avec elle. Grand plaisir de retrouver Émilie Dequenne dans un tel rôle, sorte de grande sœur de Rosetta (dans la solitude, le désarroi, l'absence de recours), qu'elle interprète de manière tout aussi impressionnante.

Plaisir, aussi, de retrouver le "duo" Arestrup/Rahim dans une interprétation, là encore, de très haut niveau.

Digression personnelle : Que penseront les médias et les gens ? Une femme sans doute déjà déséquilibrée, mariée à un marocain sans doute graine d'islamiste et de machiste. D'ailleurs, depuis quelque temps, elle portait une djellaba ma bonn' dam". Et à côté, ce pauvre docteur qui leur a tout donné, tellement généreux... le pauvre... il ne méritait pas ça.

Un contrepied audacieux, aussi : l'heureuse parenthèse au Maroc, là où la présence d'autres femmes permettent à Muriel d'échapper à son enfermement psychologique.
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Spritz
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Jeu 06 Sep 2012, 13:18

Etant belge, j'ai vu le film il y a déjà quelques mois en avant-première, et oui, messieurs-dames, et même en présence d'Emilie Dequenne et de Joachim Lafosse Happy

Un véritable coup au ventre, un superbe film qui montre bien la complexité de la situation, des acteurs formidables, une manière de filmer qui nous plonge dans une ambiance étouffante et nous permet de mieux appréhender ce qui a conduit au drame..

Magnifique moment, particulièrement émouvant, quand Murielle pleure dans sa voiture arrêtée, en écoutant Femmes je vous aime de Julien Clerc...
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besta
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Jeu 06 Sep 2012, 13:28

Lafosse? mouais, je suis sceptique...
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Natalia
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Jeu 06 Sep 2012, 13:29

besta a écrit:
Lafosse? mouais, je suis sceptique...

MDR jamais sérieux lol!

mais trêve de plaisanterie, il a l'air vraiment bien ce film
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Spritz
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Jeu 06 Sep 2012, 13:34

besta a écrit:
Lafosse? mouais, je suis sceptique...


Tu n'as pas résisté Besta evil

Natalia a écrit:

mais trêve de plaisanterie, il a l'air vraiment bien ce film

A voir mais ce n'est pas un film facile, évidemment Wink
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rotko
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Dim 16 Sep 2012, 17:23

A perdre la raison,

1/2

je partage tout à fait l'avis de Luca, un film impressionnant.

- La parenthèse heureuse du voyage au Maroc est tout de suite visible par un cadrage très panoramique, alors que bien souvent des cadres stricts et resserrés enfermaient les personnages, eux -mêmes soulignant que dans la maison, ils se sentaient "à l'étroit".

- l'impression de malaise naît dès le début, avec des visages trop radieux, des sourires trop épanouis auxquels une musique lancinante ajoute une ombre de menace, réitérée à souhait. On se demande par qui le mal va advenir : la réponse est donnée lorsqu'au thème musical menaçant succède une voix chantante. L'image est alors celle de Muriel, la jeune épousée. On verra la métamorphose progressive de son visage, signe évident de la détérioration de son "mental".

- Une déséquilibrée ? les conditions matérielles et psychologiques empirent, font boule de neige, ce que montre bien le rythme rapide au début du film.
A mon avis elle se montre trop accueillante et sans personnalité affirmée. Il n'était pas besoin d'être fin psychologue pour deviner dès le début que le Docteur (André) était trop proche du couple, trop partie prenante dans le ménage. De même les intrigues "marocaines" de Mounir, ici traduites par le vêtement accepté par Muriel, surprennent : elle accepte trop de données qui lui sont extérieures.

- Cela se traduit par des expressions : "tu vas enfin nous donner un garçon", et cette justification utilisée à tout propos pour calmer Muriel : "Tu ne manques de rien", ce qui laisse entendre que le bonheur est essentiellement matériel, contresens fatal dans un ménage d'amoureux.
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rotko
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Dim 16 Sep 2012, 17:44


A perdre la raison,

2/2

Si on suit pas à pas la dégradation de Muriel, le réalisateur utilise pourtant des ellipses : quels sont les liens exacts entre André et Mounir, à quoi renvoie son implication dans la famille de ce dernier. Muriel aurait dû se poser ces questions, d'autant qu'André lui demande d'observer face à la psychologue, le secret sur leur habitation commune etc.

On sait gré enfin au réalisateur de nous avoir épargné les scènes finales, parfaitement compréhensibles, et dont l'horreur provient précisément du comportement apparemment normal des protagonistes - ici principalement les enfants. La séquence télé joue aussi un rôle.

A l'intérieur du film des métaphores indiquent nettement l'origine du malaise : c'est la verrue, dont André explique que l'extraction ne fait pas courir de risques, alors que la laisser serait dangereux.

Spritz a raison, c'est un film belge comme l'indique nettement le générique. La musique, discrète, mais très présente, est particulièrement bien choisie avec du Scarlatti et le stabat mater de Haydn.

Vous avez bien vu les qualités et l'intérêt de ce film - qu'il est très conseillé d'aller voir Happy
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Luca
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Dim 16 Sep 2012, 19:36

rotko a écrit:
La parenthèse heureuse du voyage au Maroc est tout de suite visible
Pour ma part, c'est un moment qui m'a permis de reprendre - tout comme Muriel - ma respiration. C'était bienvenu.

rotko a écrit:
De même les intrigues "marocaines" de Mounir, ici traduites par le vêtement accepté par Muriel, surprennent : elle accepte trop de données qui lui sont extérieures.
Je n'ai pas la même interprétation de ce vêtement, je le vois plutôt comme le lien qui l'unit à ce moment de bonheur, justement, au Maroc, avec enfin des présences féminines et chaleureuses qui desserrent un peu la toile d'araignée tissée par le docteur : une espèce d'armure protectrice.

rotko a écrit:
Une déséquilibrée ? ... Muriel aurait dû se poser ces questions
Je trouve au contraire Muriel très équilibrée, autant que ce mot peut avoir une signification. C'est toute la subtilité du film : ce pourrait être n'importe qui, finalement. Et c'est bien tout le danger de ce genre de pervers narcissique : ses victimes et l'entourage sont toujours dans le doute et n'ont jamais la possibilité de se désengluer (Mounir en est autant victime que Muriel). Les dégâts en sont d'autant plus terribles.

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rotko
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Lun 17 Sep 2012, 06:42

merci, Luca, de soulever les questions.

je ne charge pas Muriel, mais je m'interroge ; c'est une femme instruite, professeur dans un collège, qui a des collègues averties des problèmes dits feminins, comme la contraception, l'indépendance des femmes etc.

Or Mounir se plaint : débordé par les enfants dont il ne s'occupe pas, et qu'il a voulus (même si "ce ne sont que des filles"). Or il prend du large (une semaine au Maroc, laissant toutes les charges du ménage à sa femme) et à son retour se plante devant la télé en réclamant le silence !

En pédagogue, Muriel pourrait le reprendre sur certains sujets, faire son éducation, car on a vu que Mounir ne savait pas travailler (mauvaise préparation des exams) et n'avait pas de métier : pour porter une chemise blanche, il faut parfois se salir les mains... D'autre part Muriel émet des réserves, mais seulement des réserves, quand, à l'initiative de Mounir, la chambre d'André sert à des ébats conjugaux.

Que Mounir ait des excuses, je n'en doute pas, mais que Muriel l'accepte comme il est, stupéfie. Certes Muriel ne peut parler à sa soeur, une vraie bûche, mais elle avait au moins la relation de la psy à laquelle il faut tout dire, refuser les"secrets"ordonnés, et non révéler le pot aux roses à l'étourdie... et les collègues de travail ? c'est dans le milieu enseignant que se trouve le bataillon des féministes au sens large.

Dans la durée (4 enfants, cela suppose en gros quatre ans) on a le temps de réfléchir et de se confier; les femmes parlent entre elles, et elles s'en disent des choses !

Quant à la tunique marocaine, la porter au Maroc, bien sûr, mais l'adopter dans la vie courante et publique en France, n'est-ce pas implicitement se considérer comme une épouse marocaine avec ce que cela implique ? (André est le premier à dire que l'éducation des fillettes au Maroc n'est pas souhaitable !)

Oui, Muriel est seule; mais ce n'est pas non plus une gourde.
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Luca
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Mer 19 Sep 2012, 08:06

Rotko, j'ai l'impression que tu confonds intelligence/instruction et force psychologique. Mais ce sont deux notions qui ne sont absolument pas corrélées : on peut être intelligent/instruit et très vulnérable alors qu'il existe des personnes pas très futées et pourtant très fortes. Je ne sais plus si c'est Christophe Dejours ou Jean-Marie Abgrall qui a écrit : « Si je le souhaite, je peux faire craquer l'individu le plus intelligent et le plus fort : il me suffit de l'isoler ». Lacan disait un peu la même chose : « Si nous sommes un groupe, nous avons raison ; si nous sommes deux, nous sommes des originaux ; si je suis seul, je suis fou. »

C'est ce qui arrive à Muriel. Tout le "talent" d'un pervers narcissique, c'est de parvenir à isoler sa victime puis à la plonger dans le doute. Muriel ne comprend pas ce qui se passe, et même si elle avait des soupçons, elle ne pourrait pas en être sûre. Et si elle n'en est pas sûre, elle ne peut pas en parler.

Le film est d'ailleurs admirable sur ce point car il fait de même avec le spectateur. À un moment donné, j'ai eu l'impression que Muriel et le docteur avait une liaison (lorsque quelqu'un - la sœur, je crois - interroge Muriel là-dessus et que cette dernière a l'air gêné) ; plus tard, je me suis demandé si le docteur s'était payé un fils ou un jeune amant (au Maroc, lors de la dispute entre les deux frères). Ces idées se sont estompées sans que jamais le film ne les démentent formellement. Simplement, les choses continuant cahin-caha, j'ai fini par me dire que ce n'était probablement pas le cas.

Alors Muriel, au milieu de tout ça, sans le moindre recul... Se confier ? Mais à qui ? Alors que même la psychologue lui conseille de mentir, rejoignant ainsi l'ordre donné par le docteur lui-même ? (au passage, elle mériterait bien d'être interdite d'exercice, celle-là)

Face à une telle emprise, les victimes sont convaincues qu'elles ne seront pas crues, qu'on leur répondra des trucs du genre : « Mais pourquoi tu dis ça ? Quelles idées tu t'es mises dans la tête ? etc. » Un peu comme ces gamines victimes d'inceste à qui on reproche d'avoir des idées aussi laides. C'est pour cela que je dis que Mounir est tout aussi victime.

Quant à la djellabah, elle a été offerte par la mère et représente le Maroc, pays qui représente à son tour un Mounir sans l'emprise du docteur, avant que celui-ci achète toute la famille (car c'est bien ce qu'il a fait). Si Mounir avait été indien, ou japonais, ou provençal, ç'aurait été un sari, ou un kimono, ou une nappe en tissu Soleiado (non, je plaisante... quoique...). Cette tunique rejoint le souhait obstiné de Muriel de partir au Maroc, hors de l'emprise. Le film commence d'ailleurs par la scène ou la jeune mère est sur un lit d'hôpital, après le drame, et demande inlassablement que les fillettes soient enterrées au Maroc : loin du docteur.
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rotko
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Mer 19 Sep 2012, 09:25

Ta vision est cohérente.

Je ne crois pas confondre instruction et intelligence. Pour avoir lu des livres sur les secrets de famille, et les relations familiales ou de couple, j'ai tendance à penser que les trop grandes proximités entre un fils ou une fille et ses parents (fussent-ils d'adoption) sont nocives. D'où ma boutade favorite : il faut épouser une orpheline Smile

Quand on a parlé de l'éducation, et de la notion de parent, on a sans doute souhaité une affection nécessaire, mais une affection ou une presence excessive peut étouffer.

L'emprise des familles, ou des belles-familles, auxquelles il faut rendre des comptes, et qui disent leur mot sur tout, est à bannir. A ce point de vue, le film de Donzelli, la guerre est déclarée me paraissait très pertinent pour trouver la bonne distance.

Oui, sur le docteur nous sommes bien d'accord, et Niels Arelstrup le joue avec beaucoup de sobriété.
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Mer 19 Sep 2012, 17:07

rotko a écrit:
Niels Arelstrup le joue avec beaucoup de sobriété.
Il se fait une fin de carrière "affreux jojo". Quand je pense que j'ai été amoureuse de lui... Rolling Eyes
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rotko
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MessageSujet: Re: Joachim Lafosse : À perdre la raison   Mer 19 Sep 2012, 18:26

oui, mauvaise réputation en tant qu'acteur sur scène et dans la vie. Peut-être faut-il goûter au mal pour bien le "rendre" sur scène Smile Les enfants de choeur ne font pas de bons romanciers ou des interprètes crédibles, je crois.

Citation :
plus tard, je me suis demandé si le docteur s'était payé un fils ou un jeune amant (au Maroc, lors de la dispute entre les deux frères). Ces idées se sont estompées sans que jamais le film ne les démentent formellement. Simplement, les choses continuant cahin-caha, j'ai fini par me dire que ce n'était probablement pas le cas.

cela fait partie des ellipses signalées dans le film.
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