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 Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants

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soussou
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MessageSujet: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 28 Jan 2013, 19:51

Vienne
L’Edit de Tolérance, promulgué par l’empereur Joseph II en 1781, ouvrit aux Juifs l’accès aux institutions scolaires et universitaires, ainsi qu’aux métiers dont ils étaient exclus; en 1787, la carrière militaire leur fut également ouverte. Dans la période qui suivit jusqu’en 1848, les familles juives établies à Vienne s’assimilèrent bien dans la culture bourgeoise allemande, nourrie de l’idéal universaliste de Goethe, Schiller ou Humboldt.

Après 1848, l’idéal politique libéral triompha pendant une trentaine d’années, qui furent l’âge d’or de l’intégration des Juifs dans la société et la culture viennoises. Mais à partir de 1880, le processus engagé dût faire face à deux facteurs : le renforcement de l’antisémitisme, suite aux conséquences sociales du krach boursier de 1873, et l’afflux dans la ville de juifs pauvres et traditionnalistes des frontières orientales de l’empire. Entre 1857 et 1910, la population globale de Vienne fut multipliée par cinq mais sa population juive par 28, formant 8,6 pc de la population totale, contre 3,7 à Berlin (voir encadré).

Telle est la toile de fond sur laquelle se déroula la vie des Juifs viennois à la Belle Epoque. L’éminent germaniste Jacques Le Rider, un des meilleurs connaisseurs français de l’Europe centrale, l’analyse dans un ouvrage passionnant. Comment des Juifs qui n’étaient pratiquement plus juifs, ont-ils affronté un antisémitisme souvent virulent, alimenté tantôt par l’anticapitalisme marxiste qui travaillait la classe ouvrière, tantôt par l’hostilité "bourgeoise" aux nouvelles formes d’art, ou encore par l’anti-judaïsme d’une certaine tradition catholique

Arthur Schnitzler (1862-1931), l’auteur doux-amer de "La Ronde" et d’un prémonitoire "Vienne au crépuscule", a souvent évoqué dans ses œuvres la difficulté pour un Juif d’oublier qu’il est un juif, "car les autres ne l’oubliaient pas, ni les chrétiens, ni encore moins les juifs". De fait, un nombre croissant de Juifs, revendiquant leur "judaïté", reprochèrent aux "assimilés" de renier leurs origines : du journaliste Karl Kraus qui adressait aux Juifs toutes sortes de reproches dans des termes que les antisémites n’auraient pas reniés, à Theodor Herzl (1860-1904), qui, retrouvant des attaches ancestrales, lança le mouvement sioniste de retour en Palestine.

Brillante incarnation de la Jeune- Vienne littéraire et futur librettiste de Richard Strauss ("Le Chevalier à la rose", "Electra", "Ariane à Naxos"), Hugo von Hofmannsthal (1874- 1929), d’une famille anoblie par l’empereur, constitue un cas troublant. "Lui qui n’avait dans les veines qu’un quart de sang juif peut cependant être considéré à maints égards comme écrivain juif", disait Martin Buber en 1939. Le Rider enchaîne : "Malgré son rejet du judaïsme et son allergie aux discours sociaux concernant la "question juive", malgré son identité culturelle de toute évidence viennoise, autrichienne et catholique, malgré sa prédilection pour le style aristocratique et l’art baroque, cet auteur est considéré bien souvent, aujourd’hui encore, comme un "Juif viennois".

Autre grand nom de la littérature, Stefan Zweig (1881-1942). Né dans la "bonne bourgeoisie", membre à ses débuts du mouvement jeune-juif, inspiré par l’idéologie moderniste du Jugendstil, il refusait que le judaïsme abandonne son universalité pour se figer dans un repli hébraïque ou sioniste. Il privilégia pour lui-même un cosmopolitisme européen de grand lettré, et voyait dans l’assimilation aux cultures nationales le solution la plus souhaitable pour les Juifs européens. Cet optimisme l’aveugla un temps, si bien qu’il tomba des nues en 1914 lorsqu’il découvrit que son cher Emile Verhaeren tenait des propos antiallemands et antisémites. En 1934, il se résolut à quitter Vienne.

Pour finir, deux grandes figures du monde musical. De culture allemande et passionné de Richard Wagner, Gustav Mahler (1860-1911) devint la cible des antisémites dès le moment où il occupa le poste de chef d’orchestre à l’Opéra de Vienne en 1897. Il le supportait mal. Mais beaucoup voient en lui, comme Max Brod, l’ami de Kafka, un éminent exemple de symbiose judéo-allemande, comparable à Henri Heine. De son côté, Arnold Schonberg (1874-1951), converti au protestantisme luthérien, confronté à l’antisémitisme croissant, se convertit au judaïsme en 1934. Il est le compositeur de l’admirable "Moïse et Aaron" et de l’émouvant "Survivant de Varsovie".

Au moment de l’Anschluss en 1938, Vienne comptait environ 182 000 Juifs. Quelque 120 000 purent émigrer avant fin 1939. Quelque 49 000 furent déportés, dont 2 142 survécurent. Un monde était anéanti, mais nous vivons encore de ce que des Juifs viennois ont découvert, inventé, créé.

source La libre.28/01/2013

un livre de Stephan Zweig qui illustre bien ces propos.





Dernière édition par soussou le Dim 06 Oct 2013, 14:34, édité 4 fois
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soussou
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 28 Jan 2013, 20:58

Sous la plume de Zweig, Vienne perd en effet ses contours réels pour devenir une matrice de l’Europe, le lieu d’intégration par excellence, la cité immémoriale de la musique qui transcende toutes les frontières linguistiques, religieuses, nationales et qui fond tous les contrastes en une harmonie. Zweig devient un pur produit de cet esprit supranational viennois. Cet homme au physique agréable est à l’aise en toutes circonstances, parle toutes les langues, voyage dans toute l’Europe, se fait des amis partout -Freud à Vienne, Rilke et Romain Rolland à Paris, Emil Verhaeren à Bruxelles. Rien ne le touche personnellement. Tout est maintenu à distance chez l’écrivain distingué devenu homme de lettres.

La première guerre mondiale, l’effondrement de l’empire, la crise de 1929, la montée de l’antisémitisme semblent ne pas l’ébranler. Dans sa maison sur la colline de Salzbourg, où il emménage entre les deux guerres et qui se trouve à vol d’oiseau juste en face du futur nid d’aigle d’Hitler, Zweig continue de vivre comme s’il se sentait protégé. Il collectionne frénétiquement les manuscrits d’artistes (poème de Goethe, partition de Beethoven, carnet de Leonard de Vinci…), il rédige la biographie de grandes figures de l’esprit humain (Kleist, Nietzsche, Dostoïevski). Il continue de voyager, multiplie les conférences sur l’art sans jamais entrevoir ni à fortiori dénoncer le péril qui grandit. Hannah Arendt reprochera à Zweig d’avoir érigé autour de lui une véritable muraille de Chine pour ne pas affronter sa destinée de juif. Alors qu’on brûle ses livres à Berlin, Zweig se réfugie toujours plus frénétiquement dans l’écriture. Il est à Vienne, lorsque la guerre civile éclate en 1934 et fait 2000 morts. Mais il ne voit toujours rien, il n’a pas encore rendez-vous avec l’histoire. Il brade sa collection d’art et quitte sa maison. Comme Roth, il croit encore que l’exil peut être une bénédiction pour ceux qui ont toujours voulu être citoyen du monde. Mais partout, la chasser aux étrangers a commencé. Zweig ressemble de plus en plus aux personnages nerveux et suicidaires de ses best-sellers, dont le destin va violemment basculer.

Sous le regard de Freud

Le masque tombe définitivement, quand Zweig apprend l’annexion de l’Autriche en mars 1938. Il comprend alors qu’en perdant sa patrie, il perd plus qu’un coin de terre. Il perd ce qui l’a toujours tenu debout, sa verticalité, son sentiment de sécurité. En l’espace de quelques jours,celui qui a été libre, riche et fêté devient proscrit, asservi et pauvre. A Londres, il retrouve un autre viennois, Sigmund Freud qui va devenir à ses yeux le symbole du courage moral. Chassé comme lui d’Autriche et rongé par le cancer, le vieux Freud continue d’écrire et de s’entretenir avec ses amis. Avec Zweig, Freud évoque tout ce qu’il n’a cessé de refouler : l’effrayante éruption de la bestialité, l’impuissance de la culture sur les instincts, la perplexité devant le problème du judaïsme. C’est peut-être grâce au vieux « sage », à son regard droit et tranquille, que Zweig trouvera peu de temps après le courage d’écrire un livre sur lui-même. Qu’il ne soit pas parvenu à atteindre sa propre vérité dans cette autobiographie impersonnelle explique peut-être en partie son geste final. Mais la beauté de cette œuvre ultime réside précisément dans son « brûlant secret ». C’est ce qui rend Le Monde d’hier éternel et inviolable.Le commencement de la neuvième symphonie de Mahler est habité par quelque chose qui ressemble à un « encore une fois ». Comme Sisyphe qui repart du début, souffre mais ne bronche pas. Et à l’instar du mythe, cette musique va bien au-delà de l’aspect personnel. Dans cette marche, Mahler inscrit son œuvre dans le cours de la musique autrichienne. Joseph Haydn, déjà, marchait volontiers dans ses mouvements lents (et le premier mouvement de la Neuvième de Mahler est un mouvement lent), puis ce fut le tour de Franz Schubert, qui s’y est adonné avec excès, nous offrant la figure du « promeneur » – qui marche, s’enfuit, piétine, s’égare. Son ombre porte sur la musique de Mahler, dès la première symphonie. Il est devenu un promeneur parce qu’il lui est arrivé quelque chose avant. Schubert et Mahler construiront leur art sur cet « avant », comme le fera Sigmund Freud pour toute une science. Cet « avant », c’est le souvenir. Conscient ou refoulé, celui que l’on traîne avec soi, qui disparaît puis reparaît sans crier gare.

Le promeneur en marche dans la neuvième symphonie de Mahler porte sur ses épaules tout le dix-neuvième siècle : réminiscences de Beethoven, Schubert, Bruckner, Brahms, Wagner, Tchaïkovski, de ses propres huit symphonies précédentes, des mélodies populaires autrichiennes, et de la musique des cafés de Vienne. Autant de résidus sonores : au milieu d’un paysage musical où la tonalité se délite depuis le Tristan de Wagner, même le « ré majeur » du premier mouvement fait figure de matériel mis au rebut.
On trouve chez Schubert non seulement le promeneur mais aussi le sosie, et Mahler a inventé ce qu’on pourrait appeler la « mélodie sosie ». Écoutez bien. Quel est l’instrument qui joue la première voix ?

Le commencement de la neuvième symphonie de Mahler est habité par quelque chose qui ressemble à un « encore une fois ». Comme Sisyphe qui repart du début, souffre mais ne bronche pas. Et à l’instar du mythe, cette musique va bien au-delà de l’aspect personnel. Dans cette marche, Mahler inscrit son œuvre dans le cours de la musique autrichienne. Joseph Haydn, déjà, marchait volontiers dans ses mouvements lents (et le premier mouvement de la Neuvième de Mahler est un mouvement lent), puis ce fut le tour de Franz Schubert, qui s’y est adonné avec excès, nous offrant la figure du « promeneur » – qui marche, s’enfuit, piétine, s’égare. Son ombre porte sur la musique de Mahler, dès la première symphonie. Il est devenu un promeneur parce qu’il lui est arrivé quelque chose avant. Schubert et Mahler construiront leur art sur cet « avant », comme le fera Sigmund Freud pour toute une science. Cet « avant », c’est le souvenir. Conscient ou refoulé, celui que l’on traîne avec soi, qui disparaît puis reparaît sans crier gare.

Le promeneur en marche dans la neuvième symphonie de Mahler porte sur ses épaules tout le dix-neuvième siècle : réminiscences de Beethoven, Schubert, Bruckner, Brahms, Wagner, Tchaïkovski, de ses propres huit symphonies précédentes, des mélodies populaires autrichiennes, et de la musique des cafés de Vienne. Autant de résidus sonores : au milieu d’un paysage musical où la tonalité se délite depuis le Tristan de Wagner, même le « ré majeur » du premier mouvement fait figure de matériel mis au rebut.
On trouve chez Schubert non seulement le promeneur mais aussi le sosie, et Mahler a inventé ce qu’on pourrait appeler la « mélodie sosie ». Écoutez bien. Quel est l’instrument qui joue la première voix ?


Dernière édition par Marianne Renoir le Lun 28 Jan 2013, 21:45, édité 5 fois
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soussou
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 28 Jan 2013, 20:59

En 1902, Gustav Mahler épouse la musicienne Alma Schindler et exige qu’elle renonce à la composition. Cette conception on ne peut plus conservatrice forme un net contraste avec la « Femme fatale » que les arts et la littérature célèbrent alors. Les représentations traditionnelles qui s’opposent aux visions modernes sont au cœur des discussions qui animent Vienne vers 1900.


Personnalité riche et complexe, Alma Mahler est considérée comme une muse par les uns, comme une nymphomane et une opportuniste dévorée d’ambition par les autres. Toutes ses facettes ont été parfaitement mises en lumière par Françoise Giroud dans la biographie Alma Mahler ou l’art d’être aimée, un bel hommage à une femme en avance sur son époque, qui fut la compagne d’artistes immenses : Gustav Mahler, Walter Gropius, Oskar Kokoschka, Franz Werfel...
Ce voyage dans le temps, à travers témoignages et archives, raconte le cours d’une existence qu’elle voulut aussi intense que possible



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Ysandre
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 28 Jan 2013, 21:37

je te lis, Marianne......
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 28 Jan 2013, 21:40

oui Ysandre? merci! dur dur de poster, j'ai des trous..

moi aussi ça me passionne car ma grand-mère au début du siècle 1900 a fait ses études de régendat à Vienne, c'est comme si j'y étais en sa compagnie!


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Ysandre
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 28 Jan 2013, 21:46

peu importe les trous, tu fais bien, ma puce, et je t'écoute... enfin, je te lis ! parce que mes petites oreilles ne marchent plus ! c'est pour la musique que c'est dur !
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 28 Jan 2013, 21:49

ah? comme moi alors j'ai des appareils auditifs, as-tu remarqué que j'ai mis la 9ème symphonie de Gustav Mahler plus haut?

Une musique qui vous emporte, à la fois elle est pathétique..

je remets le lien , pour épargner à la "souris" de remonter le fil.

http://youtu.be/ag18Np_JInY

Les cafés viennois entrent dans l'histoire, ils deviennent le lieu de discussions des avant-gardistes, on croise des artistes mais aussi Lénine et Trotski.

Klimt, l'homme du seuil traîne avec lui un fort héritage classique, il restera aux portes du XXè siècle. Il commence comme décorateur avec son frère au Burgtheater. Très zélé, il produira 6000 dessins préparatoires. Klimt vient du milieu de la peinture académique, il reçoit les influences des peintres d'Europe centrale, du courant baroque. En 1897 Klimt a 35ans, les artistes jusqu'alors réunis dans la Kunstlerhaus ne parviennent plus à s'entendre ; il décide donc de créer un autre groupe. C'est la Sécession. Avec 18 amis dont Moser, il s'installe dans un bâtiment qui présente sur son fronton le manifeste de la Sécession en lettres d'or : « à chaque époque son art et à chaque art sa liberté ».
Ils refusent de différencier le grand art de l'art mineur, l'art des riches de celui des pauvres.
Cette idée sera ensuite pleinement partagée par Kokoschka et Schiele -encore enfants à cette époque.




Schiele est un révolutionnaire. Il conteste âprement l'ordre social et refuse les canons sociaux et moraux.
Il est un peu le soleil noir de Klimt, trait dédoublé et "érotisme triste" caractérisent son œuvre. En 1905 Schiele a 15 ans, en revenant d'une promenade il découvre son père inanimé. Il s'est suicidé. La mort du père déclenche un art nouveau, loin des mondanités décoratives, la peinture de Schiele est tournée vers la latinité, c'est la peinture du trait tortueux, ocre, double.




 



 

 


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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 28 Jan 2013, 22:35

Né à Vienne rue du Prater son père médecin juif. Il est proche de Freud. En 1900, Vienne est la capitale de la névrose, Freude et Schnitzler vont vouer leur vie à étudier de près cette société en proie aux pulsions du sexe et de la mort. Ils se passionnent pour l'hystérie et l'hypnose. Avant d'être écrivain Schnitzler sera médecin.
Les nazis bruleront ses romans et interdiront se pièces de théâtre. Il ose parler librement des femmes de la sensualité, c'est un écrivain de l'âme humaine : le suicide, la folie sont les thèmes majeurs de son œuvre. Les billards, les cartes, la roulette, le tennis, les jeux de société, les devinettes, les improvisations au piano ont fait partie du monde de Schnitzler durant toute sa vie.

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Ysandre
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 28 Jan 2013, 22:40

merci merci
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rotko
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 29 Jan 2013, 06:23



un fil très interessant que je lirai à tête reposée, car là, je suis dans l'urgence ! merci, Marianne R.
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Amarande
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 29 Jan 2013, 10:53

Quel beau travail, Marianne Renoir. Merci de nous faire partager ton regard sur tout ça, à travers tes lectures et la musique.
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soussou
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 29 Jan 2013, 10:56

les cafés littéraires à Vienne


Ce café Griensteidl à Vienne fut fréquenté par exemple par l’écrivain Arthur Schnitzler et le peintre Gustav Klimt.

Les cafés viennois, et les cafés des pays voisins jouèrent un grand rôle dans la vie intellectuelle et artistique de la Mittel-Europa, et encore aujourd’hui ce sont des endroits très vivants, des lieux de vie, où chacun vient aussi lire tranquillement son journal.

À Vienne, l'époque moderne littéraire peut être fixée dans l'année 1890, avec le début de l'activité d'Hermann Bahr (qui ne s'installa de façon définitive à Vienne qu'à partir de l'année 1891). Après des séjours à Saint-Pétersbourg, Paris et Berlin, il était très au courant des nouvelles tendances littéraires et propagea le naturalisme à l'aide du magazine "Moderne Rundschau" avec les éditeurs Eduard Michael Kafka et Julius Kulka, naturalisme déjà marqué par l'influence de Beaudelaire et Barrès. Une date importante est la visite d'Ibsen à Vienne en avril 1891 et la représentation de sa pièce de théâtre "Kongs-Emnerne" (Les Prétendants à la couronne).

Grâce à ses nombreux contacts. Bahr organisa en quelque sorte la littérature autrichienne de cette époque. Le groupe de jeunes littérateurs qui se forma autour de lui, appelé "Jung-Wien" (la jeune Vienne) publia dans des revues telles "Moderne Dichtung" (1890), "Moderne Rundschau" (1891) et "Die Zeit" (1894). Leur lieu de rencontre était le Café. Les principaux représentants sont Richard Beer-Hofmann, Hugo von Hofmannsthal, et Felix Salten, ainsi que Peter Altenberg et Karl Kraus. Le groupe Jung-Wien prit fin avec la fermeture en 1897 du Café Griensteidl. Dans les années qui suivirent, Arthur Schnitzler se profila comme auteur dramatique et conteur. Ses œuvres reflètent l'état d'âme de la bourgeoisie viennoise : Liebelei 1895, Der einsame Weg 1896, Das weite Land 1911, Leutnant Gustl 1900 et Professor Bernhardi 1912. Hofmannsthal développa la poésie lyrique et composa des pièces de théâtre : Der Tod des Tizian 1892, Elektra 1903, Das Salzburger Große Welttheater 1922.

L'art lyrique avait dans la Vienne du début du siècle une place importante, avec des représentants tels Rainer Maria Rilke, Berthold Viertel et Felix Dörmann. Le roman jouait un rôle bien moins important. Les principaux romanciers de cette époques sont Alfred Kubin et Gustav Meyrink. Le feuilleton avait pour sa part une place importante dans la vie littéraire viennoise. Suivant la tradition de Ludwig Speidel et Hugo Wittmann, le feuilleton atteignit son apogée au début du siècle. Les principaux représentants sont Theodor Herzl, Felix Salten, Ludwig Hevesi et Alfred Polgar.


Un livre et un film
Lettre d'une inconnue (titre original : Letter from an Unknown Woman) est un film américain réalisé par Max Ophüls, sorti en 1948, librement adapté de la nouvelle éponyme Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 29 Jan 2013, 11:22

VIENNE AU CRÉPUSCULE, livre de Arthur Schnitzler
Une fresque culturelle et sociale de la Belle Époque viennoise
Dans cette mélancolique éducation sentimentale de Georg von Wergenthin, Arthur Schnitzler a dressé le bilan de sa jeunesse d'artiste dandy et d'homme à femmes qu'il racontera avec franchise dans ses Mémoires (Une jeunesse viennoise, publication posthume en 1968). Dans l'autre versant du roman, qui apparaît aujourd'hui comme particulièrement passionnant, Schnitzler fait le tableau le plus complet qu'il ait jamais tenté de la société des Juifs assimilés de la Belle Époque viennoise.

Dans la bonne société du xxe siècle commençant, nous suggère Schnitzler, on ne pouvait plus être juif sans subir une « crise d'identité » plus ou moins grave, tant l'antisémitisme s'était répandu et tant les stratégies de « réinvention » de la judéité qui s'affrontaient étaient variées et contradictoires. Dans le salon de la famille Ehrenberg se retrouve un certain microcosme viennois : le baron Georg von Wergenthin, le directeur de ministère Wilt, l'officier Demeter Stanzides, les Juifs de la banque et de l'industrie (les Ehrenberg et les Wyner), enfin les intellectuels et artistes juifs (Bermann, Nürnberger, Eissler).

Les uns se déclarent complètement déjudaïsés : « Je ne suis pas baptisé, mais je ne suis pas juif non plus. Je me tiens depuis longtemps en dehors de toute confession, pour la simple raison que je n'ai jamais eu le sentiment d'être juif », déclare Nürnberger. En revanche, le vieux Léo Ehrenberg est un ardent sioniste. « Il voit des antisémites jusque dans sa propre famille », soupire Mme Ehrenberg... Il est vrai que le fils de Léo Ehrenberg, Oskar, a tellement honte de ses parents qu'il professe une sainte horreur des Juifs. « Pour ma part, rétorque Nürnberger, je n'ai réussi jusqu'à présent à rencontrer qu'un seul antisémite authentique...



Le roman Vienne au crépuscule (Der Weg ins Freie, mot à mot : « Le Chemin de la liberté ») est l'œuvre de Schnitzler (1862-1931) la plus conforme au modèle européen du grand « roman de société ». Commencé durant l'été de 1902, publié en 1908, ce succès de librairie (en 1929, on en était déjà à la cent trente-sixième édition) présente une des fresques les plus suggestives de la métropole habsbourgeoise à l'époque de la « modernité viennoise. » L'« éducation sentimentale » (au sens où l'entendait Flaubert) du jeune aristocrate Georg von Wergenthin sert de fil conducteur au roman qui réunit les principaux thèmes chers à Schnitzler.



Le jeune baron Georges von Wergenthin, musicien de talent mais un rien dilettante, se remet péniblement de la mort de son père. Six mois après le décès de celui-ci, il fréquente à nouveau les salons viennois, notamment celui de Mme Ehrenberg, épouse d'un riche industriel juif ; il y est à l'affût des yeux brillants et pleins de promesses des jeunes filles : qui, de Sissy, Else, Anna ou Thérèse sera l'objet de sa prochaine aventure ? Anna Rosner l'emporte par la sincérité de son amour, son dévouement, sa sensibilité. Mais, même lorsqu'elle attendra un enfant de lui, Georges ne pourra se résoudre à assumer pleinement ce qui reste pour lui une "aventure" ; le "chemin de la liberté" lui reste primordial, et même le poste de chef d'orchestre qu'on lui propose suscite en lui indécision et crainte d'être lié.

Ce roman à clés, qui fit scandale en 1908, livre une réflexion sur la responsabilité personnelle et collective ; à la finesse de l'analyse psychologique s'ajoute une peinture réaliste des attitudes variées de la communauté juive face aux problèmes du sionisme et de l'antisémitisme croissant. La société y apparaît légère, désengagée des problèmes cruciaux de l'époque, alors même que se préparent les grands bouleversements qui affecteront bientôt l'Autriche.

je termine ici mon intervention à vous de continuer à nourrir ce sujet hautement instructif!
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rotko
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mer 30 Jan 2013, 05:52

je compte emprunter un DVD sur Vienne. Oui ce fil est très interessant, on lui donnera un avenir.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Jeu 31 Jan 2013, 11:14

je continue avec.. Joseph Roth
Je suis juif d'Europe orientale, et notre patrie se trouve partout où sont enterrés nos morts. (Hôtel Savoy)
La vie de Joseph Roth est un roman, fait d’errances,de mensonges aussi, car Roth était hâbleur, mythomane, et s’inventait bien des récits imaginaires où il était valeureux officier catholique autrichien ou tant d’autres choses encore.
Il s’exilait déjà intérieurement avant d’aborder le grand exil.
« Surtout chantre de l'exil absolu pour qui l'exil réel à Paris ou la fuite dans l'alcool ne furent jamais que l'ultime métaphore d'une vie et d'une œuvre qui furent toujours « loin, mais loin d'où ? » (Claudio Magris).

Moses Joseph Roth est né le 2 septembre 1894 dans une famille juive à Brody en Galicie, une province reculée de l’Empire austro-hongrois, située dans l’actuelle Ukraine.
La Galicie est retirée loin du monde. Mais elle a une joie qui lui est particulière, des chants bien particuliers, des êtres bien particuliers et un éclat bien particulier : le triste éclat de ceux qui ont subi l'outrage. (Roth)

Il était le fils de commerçants aisés, sa mère Maria Grübel, appartient à une famille de négociants juifs. Nachum Roth, son père, est issu d’une lignée de juifs hassidiques, et il travaille comme représentant pour une firme de céréales hambourgeoise.
Dans cette Galicie si bien décrite par Isaac Bashevis Singer se mélangeaient chez ses habitants juifs le hassidisme mystique et le rationalisme et la tentation des Lumières.
Dans les lycées impériaux et royaux on enseignait l'humanisme allemand à des populations polonaise, allemande, juive, ukrainienne, pour les assimiler et détruire leur identité. Cet univers de partout et de nulle part à la fois va le marquer à tout jamais.
Mais ce qui va façonner son rapport à la vie est le destin tragique de son père. Son père devient fou peu avant la naissance de Joseph, il doit être interné. Et sa famille cachera ce déshonneur, et Joseph aura donc un père absent qu’il ne rencontrera jamais et qu’il mythifiera en se déclarant fils naturel de pères illustres. Son vrai père meurt en 1910.


Comme beaucoup de juifs « éclairés » il refuse de vivre au milieu de langues qu’il juge inférieures, après avoir été élevé à la fois dans le yiddish qu’il ne pratique pas, mais surtout la langue allemande qui le fascine.
« Joseph Roth était un personnage énigmatique dans sa vie plus que dans son travail. Bien que juif, il parlait rarement de sa judaïté. Tourmenté par la pauvreté, il admirait l'aristocratie. Bien que très doué, sa reconnaissance vraiment méritée ne vint à lui qu'à titre posthume. » (Elie Wiesel sur Joseph Roth, dans une critique de Radetzky Marsh, New York Times, 3 novembre 1974)
Après des études brillantes au Kronprinz-Rudolf-Gymnasium à Brody, puis en 1913 des études de philologie à Lemberg, il s'inscrit la même année à l'université de Vienne pour des études de littérature allemande qu'il interrompt en 1916 pour partir sur le front comme correspondant de guerre. Pendant la guerre, Roth publie de très nombreux articles et poèmes dans des revues praguoises ou viennoises.
Il est follement amoureux de « sa ville » Vienne :
« Mais Vienne est ma ville. D'ici, je t'offre une couronne, un manteau de pourpre et un sceptre. La couronne d'or de l'imagination, le manteau de pourpre de la solitude et le sceptre de l'ironie.»( Roth).
La Première Guerre mondiale met à bas en 1918, le monde de la monarchie austro-hongroise qui rendra cet homme, à tout jamais irrémédiablement nostalgique de ce supposé âge d’or, tout au long de sa vie.
À Vienne, il travaille pour le prestigieux quotidien Neuer Tag où il tient aussi bien des chroniques de la vie quotidienne que de la vie littéraire.
En 1920 il déménage pour Berlin où il continue son activité de journaliste, tout en observant la montée vers l’obscur de l’Allemagne.


En 1922, sa mère meurt d’un cancer. La même année Roth épouse à Vienne Friederike Reichler.
En 1923, il retourne dans sa chère ville de Vienne et travaille comme correspondant pour le Berliner Börsenkurier et le Prager Tagblatt. Il va publier ses premiers romans La Toile d’araignée en 1923. L’année suivante suivent les parutions de Hôtel Savoy et La Rébellion. Il devient célèbre.
En 1925 il est nommé correspondant étranger de la Frankfurter Zeitung pour laquelle il séjourne en France, qu’il admire, en Pologne, en Allemagne, en Italie, en Tchécoslovaquie, et en 1926 l'Union soviétique. Ce sera son « Voyage en URSS » et comme Gide il rompt brutalement avec le communisme, et même la gauche, pour devenir monarchiste.
Il se lie d’amitié avec Karl Kraus, mais aussi Hofmannsthal, Schnitzler ou Werfel, et surtout Stefan Zweig qui sera son ami inséparable à partir de 1928.
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MessageSujet: Joseph Roth   Jeu 31 Jan 2013, 11:18




Joseph Roth et Stephan Zweig en exil à Paris

Toujours démuni et pauvre il sera sans cesse secouru matériellement et intellectuellement par celui-ci qui fait tout pour le faire connaître et reconnaître principalement en France.
Il écrit beaucoup, dont La Fuite sans fin et d’innombrables essais et articles. Sa femme schizophrène doit être internée. Roth mène alors une vie nomade, en séjournant dans les hôtels.
Il se lie avec Andrea Manga Bell, fille d’une Allemande et d’un pianiste noir cubain.
En 1930 la parution de Hiob (Le Poids de la grâce), puis en 1932 de Radetzkymarsch (La Marche de Radetzky), son chef-d’œuvre qui décrit avec empathie le déclin d’une famille de militaires et de fonctionnaires durant les dernières années de la dynastie des Habsbourg, lui assurent une renommée immense.
Le 30 janvier 1933, jour de la prise de pouvoir de Hitler au poste de chancelier du Reich, Roth s'exile à Paris, et ses livres sont brûlés. Son exil parisien durera de 1933 à 1939.
« La montée inexorable du nazisme, la folie et l’internement de sa femme Friedl, ont pour lui des conséquences dramatiques : ébranlement moral, sentiment de culpabilité, difficultés matérielles, alcoolisme qui s'apparente de plus en plus à un lent suicide ».
Tous ses livres sont interdits de diffusion et de parution en Allemagne.
Malade, sans droits d’auteur, il n’arrive plus à honorer les rares commandes des éditeurs. Il ne subsiste que grâce à Stefan Zweig et Landauer, et quelques autres amis. Ses voyages ne l’apaisent pas, tant la peste brune qui grandit l’accable.
En dépit de ses problèmes de santé mentale et physique, qui sont noyés dans l'alcool, il tente de sauver des juifs le plus possible.
Il rompt en 1936 avec sa maîtresse Andrea Manga Bell, comme avec d’autres rencontres, du fait de sa jalousie démentielle, et il sombre dans l’alcoolisme.
Son dernier séjour à Vienne en 1938 le fait assister à l’annexion, le 12 mars, de l’Autriche par l’Allemagne. Un monde est bien mort.
Épuisé, il publie quand même la suite essentielle à son roman La Marche de Radetzky, qui s’appelle La Crypte des capucins, caveau des empereurs d‘Autriche, en 1938.

En 1939 il écrit dans les revues monarchistes, se rapproche du catholicisme et ne survit que par ses amis passant ses journées au café Tournon, près de son hôtel Foyot, hagard, déjà ailleurs, ne vivant que dans l’utopie, refusant la réalité qu’il fuit.
« Il fut l'un des buveurs les plus prodigieux de son temps», a déclaré Hermann Kesten de son ami Joseph Roth.
Le 24 mai, apprenant le suicide de son ami Ernst Toller, Roth s’effondre. Il est transporté à l’hôpital Necker, il meurt trois jours plus tard, le 27. Il est enterré au cimetière de Thiais. Sa tombe se trouve dans la section catholique du cimetière.
L’année suivante, le 15 juillet 1940 son épouse sera euthanasiée par les nazis.


« Mon passeport ne prouve pas que je suis moi. Il prouve que je suis un sujet quelconque. Que je suis un citoyen. Par une inscription portée sur mon passeport, l'État auquel j'appartiens demande à toutes les autorités de me laisser passer sans encombre. À la frontière, les fonctionnaires font l'inverse de ce qu'on leur demande. Je doute de la sincérité de mon


[size=18]État. Toute requête est une perfidie. Ils sont de connivence, les uns et les autres : l'État et ses exécutants aux frontières. Ils veulent m'anéantir ».




biographie édité par le seuil
[/center]
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MessageSujet: Bruno Schulz   Jeu 31 Jan 2013, 12:09

Ce n’est pas sans raison que ces rêves d’antan reviennent aujourd’hui.

Aucun rêve, si absurde soit-il, ne se perd dans l’univers. Il y a en lui une faim de réalité, une aspiration qui engage la réalité, qui grandit et devient une reconnaissance de dette demandant à être payée.



(Extrait de La république des rêves)
La République des rêves
<p><P class=pttitrebleu>La publication des " OEuvres complètes ", du " Livre idolâtre " et d'un catalogue de dessins nous permet de découvrir l'intégralité d'un parcours artistique essentiel du XXe siècle, riche d'obsessions et de fantasmes.
Ce sont d'abord des premières phrases lumineuses : " Au mois de juillet, mon père partait aux eaux et nous laissait, ma mère, mon frère aîné et moi, en pâture aux journées d'été, blanches de feu et enivrantes. Nous feuilletions, étourdis de lumière, le grand livre des vacances, dont chaque page scintillait de soleil et conservait tout en son fond, sucrée jusqu'à la pâmoison, la pulpe des poires dorées. Aux matinées lumineuses, Adèle, telle Pomone, revenait du feu du jour embrasé et vidait sa corbeille de toutes les beautés colorées du soleil. " Tout est là : un père omniprésent, une famille entre indolence et pouvoir des saisons, et le monde comme un livre à déchiffrer, pour peu que nos sens enivrés y parviennent. Dans cet univers, une autre étoile, à la lumière trouble et diffuse : Adèle, " domestique ", incarnation du désir et femme insaisissable.
</I></B>Aux nouvelles de Bruno Schulz, il faudrait, après ces journées lumineuses qui ouvrent Les Boutiques de cannelle qui constitue aux côtés du Sanatorium au croque-mort et une oeuvre de dessinateur l'essentiel de l'oeuvre ajouter un autre élément, une autre dimension : la Nuit. Une nuit profonde et rêveuse où les métamorphoses se multiplient, où les miracles surgissent et s'évanouissent. Avec, en son sein, la Ville, qui, elle aussi, change de visage afin d'épouser ou d'éloigner les désirs en cours.
La publication des OEuvres complètes de Bruno Schulz (1892-1942) réunit fictions, essais et correspondance. Parallèlement à cette oeuvre écrite, la parution du Livre idolâtre, repère central des dessins, et du catalogue de l'exposition Bruno Schulz, la république des rêves, qui s'est tenue récemment au Musée d'Art de d'Histoire du Judaïsme de Paris, nous permettent de saisir aujourd'hui dans son intégralité une oeuvre dont écriture et dessins se complètent, mais qui pourtant, par sa nature aussi précise que délirante, demeure insaisissable. Il y a toujours dans ces textes une vigueur, une folie, une démesure où chaque élément, chaque humain, chaque instant possède en lui l'énergie originelle d'un enchantement, sans jamais offrir d'image complaisante et ne se déclinant qu'en vertige, vibration, ou fascination.
Les courts récits de Bruno Schulz, comme ses dessins, ne cessent d'être la mise en scène d'un monde fantasmé, d'une ville qui multiplie le labyrinthe des chambres et des rues pour que le merveilleux fût-il fait d'animaux rampants, de visions soudaines ou de femmes perverses puisse resplendir, que l'étonnement propre à l'enfance, qui puise son origine dans les contes et ouvrages populaires, ne vive pas la grande Littérature comme un lieu de trahison.
La ville de Schulz s'apparente autant à celle de sa Galicie natale (qui appartint à la Pologne et est aujourd'hui ukrainienne) qu'elle verse parfois dans l'atemporalité, devenant la ville ancienne raillée par la modernité, perdant son âme première sans pour autant perdre son mystère : la ville prend alors des allures de prostituée tentante.
La ville chez Schulz est à l'image de l'écriture : un lieu de fascination, qui convoque la mémoire comme l'ironie. Parmi ces ruelles et ces boutiques, la figure du Père est le lieu de l'échec et des possibilités. Le narrateur ne cesse de pousser sur l'échiquier des formes cette présence insolite, qui peut autant accueillir le monde dans une demeure changée en arche de Noé que devenir un insecte, une métamorphose que le monde des convenances nous demande de ne plus considérer.
Dans cette existence polymorphe, une fidélité demeure : que le monde soit encore comme un livre ouvert enfant, un livre que l'on réinventera si les changements de ladite modernité veulent nous l'enlever. En miroir de ce Livre d'heures, Bruno Schulz s'applique à délivrer d'autres images : des dessins, reproduits dans le catalogue de l'exposition Bruno Schulz, la république des rêves et Le Livre idolâtre.
Les désirs envers la gent féminine y sont représentés encore plus visiblement, mais peut-être pas plus " clairement " : dans les dessins en noir et blanc de Schulz, on s'agenouille devant la femme, on subit son autorité avec une jubilation affichée. En léchant le pied de ces maîtresses, peut-être aura-t-on accès à ce mystère sombre qui se tient plus haut.
Larvés, pliés, recroquevillés devant la Femme, les hommes de Schulz semblent se sentir divinement bien. C'est cet univers fait de deux faces que ces publications nous proposent. Serge Fauchereau, maître d'oeuvre de ces trois livres, invite à une méditation essentielle dans Le Livre idolâtre, où Schulz développe sa fascination du monde féminin.
Bruno Schulz, la république des rêves
garde trace de l'ensemble de l'oeuvre graphique, suite à la belle exposition de Paris. Essayistes polonais et français témoignent dans leurs textes de cette oeuvre plastique que les livres du Polonais reflètent sans les dupliquer. Avant d'être abattu par un officier nazi en 1942, Bruno Schulz n'aura cessé de poursuivre le plus fidèlement ce monde d'obsessions et de fantasmes, avec cette curieuse et émouvante jubilation qui lui est propre et qui a porté ses textes et ses dessins à un niveau tel de finesse et d'intelligence qu'ils font de lui un des auteurs les plus réjouissants du XXe siècle.
Bruno Schulz
OEuvres complÈtes

Sous la direction
de Serge Fauchereau
Traduction collective
822 pages, 27 e
Le Livre idolÂtre

221 pages, 40 e
Bruno Schulz,
la république
des rÊves

Collectif
221 pages, 35 e



Bruno Schulz, peintre et poète juif polonais, proclama un jour la république des rêves, terre souveraine de la poésie. Il est maintenant dans les herbes folles de l’oubli et aucune république de rêves n’a vu le jour.

Il aura connu en fait l’enfer du monde et sera tué d'un coup de revolver par un SS en 1942. Sa seule tombe restante est son œuvre graphique et littéraire. Trop souvent comparé à Kafka par son humour décapant, ses vertiges creusés dans le quotidien, il reste un secret pour nous.

Et les admirateurs du dessinateur ignorent le plus souvent l’écrivain, les lecteurs de l’écrivain méconnaissent le peintre. Ses multiples visages sont étranges d’autant plus nous ne connaissons pas tous ses tableaux, (un grand nombre de tableaux à l’huile ont été pour la plupart détruits), ni toutes ses fresques murales.



Les récentes manifestations d’octobre 2004 sur le judaïsme en Pologne ont permis de se souvenir de cet étrange écrivain qui la plupart du temps resta dans sa ville. À la différence de tous les « Ulysse » juifs, il recherchera le sens de la vie sur place, en enseignant modestement et paisiblement le dessin, comme Kafka paisible fonctionnaire rivé à Prague. Il créera un monde étrange qu’il va appeler « Les Régions de la grande hérésie ».

Qui est donc ce peintre et ce poète vénéré par Philip Roth et Tadeusz Kantor ?



Bruno Schulz est né en Galicie autrichienne le 12 juillet 1892.

Ce territoire de nulle part écartelé entre Empire austro-hongrois, Pologne, Allemagne et Russie dont me parlait si peu mon père qui naquit là-bas. Il est devenu polonais par le rattachement à la Pologne de sa ville natale, Drohobycz, après 1918. Tôt attiré par la peinture, après avoir dû interrompre ses études d’architecture à cause de la guerre de 14-18, il devait toute sa vie enseigner le dessin dans le lycée du bourg même où il avait ses attaches et où son père, Jacob Schulz, tenait une boutique de marchand de papier.

Dès le début des années 1920, Schulz réalise un premier cycle de dessins, « Livre idolâtre », qui verse à la fois dans le document, l’érotisme et la caricature et reste un témoignage irremplaçable sur la ville de Drohobycz, sa ville natale aujourd’hui partie de l’Ukraine.



Il est venu à la littérature par hasard : sous forme de lettres qu'il envoyait à un ami pour le mettre au courant, sur un mode très inattendu, de sa vie solitaire, des faits et gestes de ses proches et concitoyens, des menus événements de sa bourgade. Les lettres s'organisèrent bientôt en récits : ainsi parurent en 1934 « Les Boutiques de cannelle » et trois ans plus tard « Le Sanatorium au croque-mort ». Et dès la fin des années 1920, la littérature prend le pas sur le dessin.



Il introduira Kafka en Pologne en 1936 en traduisant Le Procès. Le point haut de son œuvre aurait pu être un gros roman « Le Messie », totalement rédigé, il est à jamais perdu.

Car, lorsque la Pologne est envahie au début de la Seconde Guerre mondiale, Drohobycz est occupée par l’armée soviétique. Il est alors commis d'office à de la « peinture artisanale », commandée par les autorités du moment dans le style du réalisme socialiste : portraits de Staline, scènes de la vie rustique.

Les Allemands se saisissent de la ville en 1941 et Schulz, forcé de déménager vers le ghetto, décide de mettre à l’abri ses dessins, ses écrits et sa correspondance.

Après avoir réalisé, sur l’ordre du sous-officier nazi Feliks Landau, un ensemble de peintures murales, pour la villa de la Gestapo et son manège, des polychromies illustrant un conte de fée pour un petit garçon, Bruno Schulz est finalement abattu en pleine rue par les SS, avec deux cent soixante autres juifs, le 19 novembre 1942, de deux balles dans la tête.




Cette cohabitation durant presque un an avec son assassin qui avait fait de lui un esclave, le temps de la fresque échangée contre un peu de soupe et de pain, nul ne pourra le transcrire.

En 2001, des peintures murales de Bruno Schulz ont été redécouvertes dans l’actuelle Ukraine. Certains fragments ont été transportés en Israël, d’autres sont restés en Ukraine.

Il fut l’ami de Witold Gombrowicz, de Kantor et de Witkiewicz qui l’admiraient, de Thomas Mann aussi, lui pourtant qui ne croyait pas beaucoup en ses romans.



Il est étrange de comprendre comment un petit provincial qui n’aura pratiquement jamais quitté sa bourgade peut accéder à l’universel. Dans sa ville vivaient 17 000 Juifs, dont la plupart sont massacrés dans le camp d’extermination de Belzec et dans la forêt de Bronica pendant l’occupation allemande. Il l’avait pressenti et d’ailleurs l'aura vécu, lui aussi « juste » assassiné. La folie du monde est dans la folie de son écriture.

Son besoin essentiel de la caricature provient du décalage entre la vie et le réel.

Plus que de Kafka il faut rapprocher Schulz de Kantor qu’il aura totalement imprégné. L'univers sombre et foisonnant de l’un marquera l’autre.

« La vision de Schulz a pesé sur la manière de penser de toute ma génération », expliquait Kantor en 1975, voyant en lui l'un des créateurs de la « réalité dégradée », concept essentiel à tout l'art de l'Europe centrale. De même l'« appareil photo-mitrailleuse » de son autre spectacle Wielopole-Wielopole, sort tout droit d'une des illustrations de Schulz pour le Sanatorium au croque-mort.

L’univers inquiétant et bouffon de Schulz traverse toutes les pièces de Kantor.

Sa vision du monde a totalement inspiré « La Classe Morte » de Tadeusz Kantor, son grand admirateur qui a fait sienne cette phrase de Schulz :

Il me semble que le réalisme, en tant que tendance exclusive à copier la réalité, c'est de la fiction, il n'y a jamais rien eu de tel. Le réalisme est devenu cauchemar et épouvantail pour les non-réalistes, un vrai Satan moyenâgeux peint sur tous les murs avec des couleurs criardes...

Aussi il refuse les portraits psychologiques, le lyrisme, ses personnages sont des marionnettes comme plus tard chez Kantor.

Il a décrit avec un humour terrible ce qu’il appelle « Les régions de la grande hérésie » dans un précis de décomposition de la société occidentale, plongée dans un maelström de perversions fatales et bouffonnes. Dans ses romans, il ne prétend qu' « exploiter les miettes, les rogatons du temps » et comme chez Kantor la mort semble chez lui plus un objet trouvé qu’autre chose. Il reste comme un visionnaire pressentant la tourmente.

La poésie sombre qui coule de ses écrits est d'une puissance exceptionnelle. Pour de nombreux artistes contemporains comme le cinéaste Wojciech Has (La Clepsydre, 1973) ou le chorégraphe Joseph Nadj (Les Philosophes, 2002), l’œuvre de Schulz continue de résonner dans le temps présent.

Le temps décrit par Schulz n’est plus, lui demeure.

«Plus je lis Schulz, confiait Isaac Bashevis Singer, autre écrivain juif de Pologne, à Philip Roth, plus je le préfère à Kafka.».

À vous de voir.

Dans une œuvre d'art, le cordon ombilical qui la relie à l'ensemble de nos problèmes n'est pas encore coupé, le sang du mystère y circule encore, les vaisseaux sanguins plongent leurs extrémités dans la nuit ambiante, ils en reviennent emplis d'un liquide sombre. (Bruno Schulz).
Gil Pressnitzer
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MessageSujet: Echanges et transfert entre Vienne et Zagreb   Ven 01 Fév 2013, 10:31



Echanges et transfert entre Vienne et Zagreb.


Dans cette contribution, nous nous proposons d’analyser les relations entre Vienne et Zagreb dans trois domaines. Nous commencerons par étudier comment s’est opéré le transfert de la philosophie de l’université de Vienne vers la toute nouvelle université de Zagreb. Les étudiants de Zagreb qui ont étudié la philosophie à Vienne ont vivement souhaité importer dans leur pays tout ce qu’elle leur a inspiré, l’adapter à la mentalité croate, contribuant ainsi à renforcer le sentiment national croate et à affirmer une indépendance culturelle. Dans le domaine de la littérature, les échanges sont également marqués par une certaine sensibilité politique. Les traces qu'a laissées l’influence de la « modernité viennoise » dans l’évolution de l’art et la littérature croates sont très perceptibles. La fondation de la revue Mladost, s’inspirant de Ver Sacrum viennois n’est que l’un des nombreux exemples. Tandis que les revues de Zagreb se font régulièrement et avec enthousiasme l’écho de la vie culturelle viennoise, les publications viennoises parlent beaucoup moins de l’évolution de la vie culturelle et littéraire de Zagreb qu’elles ne le font pour la modernité tchèque et polonaise. Mais il existe aussi une résistance évidente à l’influence de la « décadence » viennoise, la « jeune » génération croate étant considérée comme génération de rêveurs et incarnant l’énergie perdue pour le jeune État croate. L’image de Vienne dans la littérature croate est très ambivalente. Vienne est représentée comme une ville attrayante, cosmopolite, mondaine, mais également comme une ville repoussante, dangereuse et destructrice.












Ver Sacrum


De tous temp, l’image de Vienne dans la littérature croate suscita à la fois fascination et rejet. Depuis le xvie siècle, la Croatie fait partie de la Monarchie, et il n’est donc pas étonnant que Vienne soit présente dans la littérature croate. La capitale de la Monarchie est décrite comme un foyer du vice et de la décadence morale (August Šenoa, 1838-1881, Eugen Kumičić, 1850-1904). Dans le roman de Josip Eugen Tomić (1843-1906) Pour le roi – pour la patrie, Vienne est présentée comme le lieu des aventures amoureuses, mais aussi comme centre de la modernité, comme une ville cosmopolite, lieu de rencontre des aristocrates et des artistes.

20Les modernistes, pour qui Vienne a été une source d’inspiration à bien des égards, ont donc produit une image négative de cette ville attrayante, mais en même temps répugnante, dangereuse et destructrice. Les raisons de ce refus étaient probablement d’ordre politique et témoignent d’un ressentiment vis-à-vis de la Monarchie austro-hongroise.

21Les relations entre la capitale de la Monarchie et Zagreb étaient multiples et, en Croatie, on connaissait la modernité viennoise, alors que la littérature croate était beaucoup moins représentée dans les journaux viennois, comme par exemple dans le journal Zeit de Hermann Bahr, où les modernismes polonais ou tchèque étaient beaucoup plus présents.

22Dans la littérature croate de la fin du siècle, on peut retrouver les mêmes tendances artistiques qu’à Vienne, mais sous des formes un peu moins diversifiées. Les textes de Vladimir Nazor (1876-1949) par exemple représentent le Jugendstil (le style « art nouveau ») et comportent en même temps des traits néoromantiques – si chers à la tradition croate. Dans le roman Albus roi, on retrouve une opposition claire entre la « simplicité ingénue » (Natürlichkeit), c’est-à-dire la vie « originelle », représentée dans la figure mythique du roi Albus, et l’artificiel (représenté par un arrangement ornemental des êtres et des choses) : tout l’entourage est soumis à la volonté humaine, c’est-à-dire à des lois artificielles. On retrouve donc les traits de la Sécession, mais on cherche en vain des motivations psychologiques aux événements présentés.





Eugen Kumičić (1850-1904) était un auteur croate proéminent et un politicien.





Biographie








Kumičić est né dans Brseč, Mošćenička Draga (maintenant dans Primorje-Gorski Kotar County), une petite ville dans Istria, alors la partie de l'Empire autrichien. Après majoring la philosophie à l'université de Vienne, il est revenu en Croatie et a travaillé comme un enseignant dans les lycées dans la Fissure, Zadar et Zagreb. À partir de 1875 à 1878 il a passé deux ans à Paris et six mois à Venise, se préparant à ses examens enseignants français et italiens. Pendant qu'en France, il est entré en possession du contact avec le naturaliste écrivant, essentiellement par le biais des travaux d'Émile Zola.

Après le fait de revenir en Croatie, il passe la période à partir de 1879 à 1883 en enseignant dans un lycée Zagreb. Pendant que le temps, il devient activement impliqué avec la scène littéraire croate, aussi bien que l'activisme politique. Un partisan ardent de Première mise Starčević's le programme politique, il quitte la fonction publique en 1883 pour poursuivre une carrière politique et littéraire. Avec Matko Laginja il lance le magazine Primorac dans Kraljevica. Il travaille aussi comme le rédacteur du Parti croate des magazines de Droits Hrvatska vila (1882-1883) et de Hrvatska (1887-1888) et publie des essais, des morceaux d'opinion et des nouvelles dans eux. En 1884 on l'a élu au Parlement croate et il a passé la plupart de sa carrière politique s'opposant aux nationalistes hongrois.



Thèmes littéraires


Il a écrit beaucoup de romans et nouvelles, en s'occupant surtout des gens de classe ouvrière dans son indigène Istria. Il a essayé aussi d'introduire des éléments de naturalisme à la littérature croate dans ses romans s'occupant de la vie urbaine et de l'histoire croate, mais ses efforts étaient souvent entravés par les tendances romantiques nationales. Néanmoins, quand il a publié un essai littéraire Zolaesque influent de la poétique d'écrire (O romanu, (Eng. Sur le Roman)) en 1883, il a été vu par ses contemporains comme le pionnier de naturaliste écrivant dans la littérature croate.

Son travail littéraire est d'habitude divisé en trois périodes thématiques : la première période de son écriture est marquée par les romans et les nouvelles qui impliquent des descriptions idéalisées de la vie d'Istrians de travail dur - essentiellement les pêcheurs, les fermiers et les marins; le volume de sa phase littéraire suivante s'occupe typiquement des cadres urbains (les soi-disant romans de la ville), où ses tendances de naturaliste sont les plus proéminentes et qui impliquent surtout des thèmes de chaos financier et moral dans lequel la bourgeoisie croate a été représentée comme remis au courant. Ses derniers travaux étaient des romans historiques sans serrer basés sur les figures importantes d'histoire croate.



Travaux


Romans


  • Olga i Lina (1881)
  • Primorci (1882)
  • Začuđeni svatovi (1883)
  • Gospođa Sabina (1883)
  • Sirota (1885)
  • Teodora (1889)
  • Urota Zrinsko-Frankopanska (1893)
  • Kraljica Lepa ili propast kraljeva hrvatske krvi (1902)

Après avoir terminé l'école secondaire à Rijeka, il a commencé à étudier la médecine à Prague, puis a continué l'histoire, la géographie et la philosophie à Vienne.

à Vienne.



Ver Sacrum est le mythique organe du mouvement artistique Sezessionstil ("Art nouveau viennois") fondé par Gustav Klimt en 1898. Revue artistique et littéraire prestigieuse, elle servit de support aux plus grands artistes et écrivains autrichiens et allemands. Toutefois des artistes "étrangers" tels que Rops ou Mucha collaborèrent à la revue. Richement illustrée, elle parut de 1898 et 1903. Les 2 premières années les artistes ne furent pas rémunérés pour leur contribution. A la reprise de la revue par Seeman, ce ne fut pas le cas. En 1900, les membres du groupe ayant repris la responsabilité éditoriale ne purent maintenir la qualité de la revue qui déclina.




















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danse d' Alfonse Maria Mùcha

















En 1898, un numéro de la revue viennoise Ver Sacrum est consacré à Fernand Khnopff. Celui-ci en fera la complète mise en page. Dans ce numéro, Khnopff illustre un drame pour marionnettes de Maurice Maeterlinck : La mort de Tintagiles. Ygraine à la porte évoque un passage de cette pièce.


Les univers de Khnopff et de Maeterlinck se rejoignent. L’épuration des formes, le rapport symbolique des êtres et des choses sont autant de points de convergence entre les deux artistes. La parution de ce numéro de Ver Sacrum témoigne de l’admiration des Viennois pour l’écrivain et le peintre belge.

Dans les années 1990 on retrouva dans le grenier du Palazzo Mocenigo, sur le grand canal, des piles de lettres de Memmo à Giustiniana. Les lettres de la jeune fille ayant été retrouvées auparavant, des recherches sur les lettres et un travail d’écriture historique à été entrepris par Andrea de Robilant, édité par Knopf en 2003 sous le titre « les Amants de Venise »











Dans des registres différents, de nombreux artistes vont s’intéresser au théâtre symboliste de Maeterlinck et établir ainsi des correspondances : Khnopff, bien entendu, qui illustrera aussi « Pelléas et Mélisande », mais également le compositeur Debussy qui en fera un opéra « manifeste ». Ensemble, Khnopff, Maeterlinck et Debussy introduisent le silence - la mort ou l’absence chez Maeterlinck - comme élément fondamental à la construction de leurs œuvres.
En 1898, un numéro de la revue viennoise Ver Sacrum est consacré à Fernand Khnopff. Celui-ci en fera la complète mise en page. Dans ce numéro, Khnopff illustre un drame pour marionnettes de Maurice Maeterlinck : La mort de Tintagiles. Ygraine à la porte évoque un passage de cette pièce.
Au XIXème siècle, le développement de la photographie a semé le doute dans l’esprit de nombreux d’artistes. N’était-elle qu’un procédé technique ou le photographe avait-il aussi des visées artistiques ?
Selon Khnopff, le photographe et le peintre poursuivent le même idéal : « exprimer la réalité ». Pour le reste, il ne souhaite pas prendre part aux débats. Lui-même se considère comme un photographe amateur. Il ne s’intéresse nullement aux procédés techniques et chimiques du développement. Selon ses propres dires, ses photographies n’ont qu’une valeur documentaire.

Dans la collection de photographies que Khnopff nous a laissée, nous pouvons distinguer deux catégories. La première comprend les reproductions photographiques de ses peintures. Dans un but clairement documentaire, elles ont été réalisées par un photographe professionnel, Albert Edouard Drains. Ce dernier appelé également Alexandre, procédait aux prises de vues suivant les indications précises de Khnopff et imprimait les photographies suivant une technique coûteuse mais de qualité supérieure : la platinogravure.




Ultérieurement, Khnopff colorera certains de ces tirages reproduisant ses propres peintures, au crayon de couleur, les transformant ainsi en nouvelles œuvres.



Une seconde catégorie regroupe les photographies que Khnopff a prises lui-même, principalement de sa sœur Marguerite, afin de servir d’études préliminaires pour des peintures. Ce sont manifestement des photographies d’amateur faisant preuve de beaucoup moins d’attention pour l’angle d’éclairage ou l’arrière-plan. Elles trahissent une mise-en-scène théâtrale, ou ne sont que de simples clichés fugitifs permettant de fixer un costume ou une attitude.



Bien que Khnopff n’était pas un photographe professionnel, il a expérimenté bien plus que ses contemporains, les diverses possibilités plastiques de la photographie.























Dernière édition par Marianne Renoir le Ven 01 Fév 2013, 11:50, édité 11 fois
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Ven 01 Fév 2013, 11:56

j'ai essayé de rétablir et corrigér comme j'ai pu Nestor, il reste malheureusement encore des vides, il y a différentes sources, j'ai redimensionné , traduit de l'anglais au français etc..le sujet est si vaste , j'en apprends beaucoup, et ça me passionne, tout se recoupe et je commence à mieux comprendre les liens qu'avaient ces artistes, écrivains et musiciens entre eux, au-delà des frontières.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Ven 01 Fév 2013, 13:35

Oui, Marianne, c'est du beau travail. tu pourrais poster des messages plus courts (10 l max). Nestor pourrait intervenir pour la mise en page, alors que là, impossible.

Le DVD sur Vienne est un film de Medeiros : "Europe centrale"(Prague et Budapest figurent aussi sur ces " carnets d'ailleurs")

différents intervenants (le peintre kafri, Franz Schuh l'écrivain, un photographe tchèque, une comédienne du burgtheater, le directeur du musikverein) évoquent tour à tour le passé de cette ville qui suscite chez beaucoup une relation d'amour-haine.

Vienne se veut immobile, "fatiguée d'avoir fait l'Histoire" pensent certains, elle occulte ses étrangers, son cimetière juif, les manifestations des Turcs, pour valoriser ses lieux traditionnels le café Kawelka, son opéra et "sa musique de vieux" disent les jeunes qui n'y trouvent pas leur compte.

A croire que la psychanalyse de Freud a marqué une ville où le refoulement demeure d'actualité.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Ven 01 Fév 2013, 13:50


Sur Bruno Schulz voir le fil et des dessins

Sur la face cachée de Vienne, penser à Klimko. Jelirai quelque jour Amen et autres récits = Amen i inne opowiadania -- Hubert KlimKo ; nouvelles traduites du polonais par Véronique Patte, mais il faudra attendre que le magasin de mamediathèque (actuellement en travaux) ait à nouveau ses rayonnages et ses livres bien rangés....
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Ven 01 Fév 2013, 15:09

Bien , je me limiterai à 10 lignes.

"Amen" n'est -ce pas un film sur ce pretre qui revient des camps?


La frise Beethoven de Klimt.
Gustav Klimt naît dans la Vienne de la fin du XIXe siècle : tout comme Freud, sa réaction à la société rigoureuse et suffocante de l'époque va bouleverser les codes. Il entame sa carrière dans la lignée de la peinture « pompier » alors à la mode, comme décorateur de bâtiments publics prestigieux. Peu à peu Klimt s'éloigne de l'académisme et affirme un style personnel : la décoration du grand escalier du Kunsthistorisches Museum de Vienne (1890) est déjà peuplée des femmes fatales qui hanteront son oeuvre et qu'il aimera peindre (Portrait d'Adèle Bloch-Bauer, 1907) ou dessiner, parfois nues et dans les attitudes les plus suggestives.La peinture de Klimt marque le symbolisme de la Sécession viennoise, fondée en 1897 : le rejet des conventions, le recours à des allégories complexes, le goût pour les thèmes mêlant sexe et mort, la précision du dessin et la profusion décorative caractérisent la fascinante Frise Beethoven (1902).
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Ven 01 Fév 2013, 16:04

Marianne Renoir a écrit:


"Amen" n'est -ce pas un film sur ce pretre qui revient des camps?

oui, mais aucun rapport Smile
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Ven 01 Fév 2013, 16:09

J'ai lu le compte rendu du livre Amen de Klimko, je ne chanterai plus le "beau Danube bleu"
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 05 Fév 2013, 13:57

ÉLÉGIE À MARINA TSVÉTAÏEVA
de Rainer Maria Rilke


Ces pertes dans le Tout, Marina, ces étoiles qui croulent !
Où que nous nous jetions, vers quelle étoile, nous
ne l'accroissons pas : le compte est toujours déjà clos.
Ainsi, qui tombe ne diminue pas le chiffre saint.
La chute renonçante choit dans l'origine et, là, guérit.
Tout ne serait-il donc que jeu, change du Même ou transfert,
et nulle part un nom, la place à peine d'un intime gain ?
Nous vagues, Marina, et mer ! Nous profondeurs, et ciel !




Nous terre, Marina, et printemps mille fois, ces alouettes
que l'irruption du chant jette dans l'invisibilité !
Nous l'entonnons en joie, déjà il nous a dépassés,
et soudain, notre poids rabat en plainte le chant.
Mais la plainte ? N'est-elle pas joie cadette, inversée ?
Les dieux d'en bas aussi veulent être loués :
si naïfs qu'ils attendent, comme l'écolier, l'éloge !
De la louange, aussi, laisse-nous être prodigues !
Rien n'est à nous. A peine si nous entourons de notre main
le col des fleurs incueillies. J'ai déjà vu cela au bord du Nil,
à Kôm-Ombo. Les rois se renonçant versent ainsi la libation.
Comme les anges marquent l'huis de qui doit être sauvé,
c'est ainsi qu'apparemment tendres, nous touchons ceci ou cela.

Au déjà emportés si loin, Marina, si distraits, même sous le plus profond prétexte. Faiseurs de signes, rien de plus.
Ce commerce léger, quand l'un de nous ne s'en arrange plus et se décide à prendre,
se venge et tue. Qu'il ait pouvoir de mort, en effet, nous l'avions tous compris à voir sa tendre retenue,
et la force étrange qui fait de nous vivants des survivants. Non-être, Sais-tu combien de fois
un ordre aveugle à travers l'antichambre glacé de nouvelle naissance nous porta ? Nous ? en corps fait d'yeux
sous des paupières innombrables disant non ? Porta le coeur terrassé de toute un race en nous ? Vers quelque but de migration
porta le vol, l'image aérienne de nos changements.



Les amants ne devraient, Marina, n'ont pas le droit d'en savoir trop sur leur déclin. Il leur faut être neufs.
Leur tombe seule est vieille. Leur tombe seule, de plus en plus sombre sous l'arbre sanglotant, se rappelle à jamais.
Leur tombe seule casse ; eux sont souples comme l'osier, l'outrance qui les ploie les tresse en riche couronne.
Comme ils s'effacent dans le vent de mai ! Du centre du Toujours où tu devines, tu respires, l'instant les exclut.
(Comme je vous comprends, ô féminines fleurs sur le buisson toujours le même. Et me répands de force dans l'air de la nuit
qui va vous effleurer.) Les Dieux on tôt appris à feindre des moitiés. Nous, inscrits dans l'orbite,
nous sommes devenus pleins comme le disque de la lune. Même à la phase décroissante, ou aux semaines du tournant,
nul qui puisse nous rendre à la plénitude, sinon non pas, seuls, au-dessus du paysage sans sommeil.

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