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 Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants

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soussou
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MessageSujet: Chaim Soutine   Dim 10 Mar 2013, 14:21



Chaïm Soutine naît dans une famille juive orthodoxe d’origine lituanienne de Smilovitch, un shtetl de quatre cents habitants en Biélorussie. Les conditions de vie étant pénibles pour les Juifs sous l’empire russe, il y passe une enfance pauvre, dans les traditions et les principes religieux du Talmud. Son père gagne sa vie comme raccommodeur chez un tailleur. Chaïm (héb. « vie ») est le dixième d’onze enfants. Timide, il se livre peu. Le jeune garçon préfère dessiner au détriment de ses études, souvent des portraits de personnes croisées ou côtoyées. La tradition rabbinique étant très hostile à la représentation de l’homme, le jeune homme est souvent puni. En 1902, il part travailler comme apprenti chez son beau-frère, tailleur à Minsk. Là-bas, à partir de 1907, il prend des cours de dessin avec un ami qui partage la même passion, Michel Kikoine.
Il est un jour violemment battu par le fils d’un homme dont il réalisait le portrait. La mère de Chaïm porte plainte, obtient gain de cause et perçoit une vingtaine de roubles en dédommagement. En 1909, cet argent permet au jeune Soutine de partir en compagnie de Kikoine, pour Vilna. Les deux amis sont accueillis chez le docteur Rafelkes et trouvent un emploi de retoucheurs chez un photographe (il fait la connaissance de Deborah Melnik, une aspirante cantatrice qu’il retrouvera plus tard à Paris).

En 1910, les deux compères sont admis à l’école des beaux-arts après avoir passé l’examen d’entrée. Là, un trio se forme avec la rencontre de Pinchus Krémègne. Les conversations tournent autour de la capitale de la France où, dit-on, de nombreux artistes, venus de tous horizons, créent un art totalement nouveau.

Voyant là l’occasion de s’émanciper, Krémègne part le premier pour Paris bientôt suivi par Kikoïne en 1912. Soutine espère fermement les rejoindre. Devant ce désir irrépressible, le docteur Rafelkes finance son voyage.

En partant, Chaïm rompt avec son entourage et son passé. De ses travaux réalisés jusque-là, il n’emporte ni ne laisse aucune trace.

Paris

Krémègne l’accueille à Paris, le 13 juillet 1913[3] et l’emmène à la « La Ruche », une cité d’artistes du quartier du Montparnasse. Il y a là de nombreux peintres étrangers — que l’on désignera bientôt comme l’École de Paris ou l’École juive. Dès son installation, il court au musée du Louvre découvrir ce qu’il ne connaît que par les gravures vues à l’école des beaux-arts de Vilna. Faute de pouvoir récupérer l’atelier que Chagall vient de quitter, il partage celui de ses deux compatriotes retrouvés. Quelque temps après, il s’inscrit à l’École nationale supérieure des beaux-arts, à l'atelier de Cormon, où Kikoïne est élève. Pour subsister, il travaille de nuit comme porteur à la gare Montparnasse. C'est à cette époque qu'il ressent les premières douleurs stomacales ; symptômes consécutifs à des années de privations. Par ailleurs, il est obsédé par les souvenirs morbides de souffrances et de pauvreté de son enfance. Il se voit toujours traqué par la misère et tente de se pendre pour en finir. Il est sauvé in extremis par son ami Krémègne. Ces souffrances intérieures, aussi bien physiques que psychiques, lui provoquent une telle tension nerveuse qu’un ulcère gastrique ne tarde pas à se déclarer.

La Grande Guerre[modifier]Le samedi 2 août 1914, l’ordre de mobilisation générale est donné. Soutine se porte volontaire et creuse des tranchées, en tant que terrassier. Il est cependant rapidement réformé à cause de son fragile état de santé. Recensé comme Russe, il obtient de la préfecture de police du 15e arrondissement un permis de séjour au titre de réfugié.

Solitaire, il se tient à l’écart de toutes tendances artistiques et s’installe à la cité Falguière. C’est là que le sculpteur Jacques Lipchitz lui présente Amedeo Modigliani — également réformé car atteint de tuberculose. Modigliani, son aîné de dix ans, lui voue une réelle affection. Si bien, qu’il devient son ami et son mentor.

Ne mangeant presque jamais à leur faim, ils s’adonnent à la boisson, vont voir les prostituées. Soutine se partage entre les ateliers de ses amis de « La Ruche » et de Falguière, se rend souvent à Livry-Gargan où Kikoïne vit avec sa femme. Là-bas, il se perd dans les chemins à la recherche d’un paysage qui l’inspire. Il ne supporte pas d’être observé pendant son travail, retirant la toile du chevalet dès que quelqu’un approche.

Modigliani le présente à son marchand, Léopold Zborowski qui, à la vue de son travail, n’hésite pas à le prendre sous son aile. En 1918, Modigliani doit partir se soigner à Vence, dans le Midi de la France, et demande à Soutine de le rejoindre.

Soutine rentre à Paris en octobre 1919. Un ancien voisin d’atelier de la cité Falguière, Pierre Brune, lui écrit de Céret, dans les Pyrénées-Orientales et l’invite à venir s’y installer. Soutine, qui a du mal à se faire à la vie parisienne où les étrangers sont dévisagés avec agressivité, accepte avec enthousiasme. Zborowski lui paie le voyage.

Céret

À Céret, il retrouve le peintre Pierre Brune. Michel Kikoine vient le voir pendant quelques mois. Fin janvier 1920, il apprend la mort de Modigliani[4]. Ébranlé par la disparition de son ami, il cesse de boire et observe les recommandations des médecins pour s’alimenter. Il est cependant trop tard pour son ulcère. Ombrageux, colérique et sauvage, il vit à l’écart de la communauté artistique. Pendant près de deux ans, il peint énormément. En été 1920, Zborowski vient chercher près de deux cents toiles. Ensuite, Soutine fait de fréquents déplacements entre Céret et Cagnes-sur-Mer jusqu’en 1922.

À cette époque, l’arrivée d’un riche collectionneur américain, le docteur Albert Barnes, met le Paris artistique en émoi. Celui-ci désire réunir une collection d’œuvres contemporaines pour sa fondation à Philadelphie. Zborowski réussit à lui vendre une soixantaine de toiles peintes à Céret, assurant ainsi la renommée de Soutine. Paul Guillaume, l’un des grands marchands d’art parisiens écrit : « Un jour que j’étais allé voir chez un peintre un tableau de Modigliani, je remarquais, dans un coin de l’atelier, une œuvre qui, sur-le-champ, m’enthousiasma. C’était un Soutine et cela représentait un pâtissier. Un pâtissier inouï, fascinant, réel, truculent, affligé d’une oreille immense et superbe, inattendue et juste, un chef-d’œuvre. Je l’achetai. Le docteur Barnes le vit chez moi […] Le plaisir spontané qu’il éprouva devant cette toile devait décider de la brusque fortune de Soutine, faire de ce dernier, du jour au lendemain, un peintre connu, recherché des amateurs, celui dont on ne sourit plus…[5] »

Soutine part pour Cagnes-sur-Mer où il peint une série de paysages aux couleurs lumineuses. Hanté par des questions de formes et de couleurs, souvent insatisfait de son travail, Soutine renie et brûle un grand nombre de toiles peintes à Céret au cours d’accès de désespoir. La région ne lui plaît pas et il en avise son marchand pour revenir à Paris en 1924.

Désormais, il vit confortablement, soigne sa mise, perfectionne son français en lisant beaucoup et se passionne pour la musique de Bach. Il habite près du parc Montsouris et loue un atelier spacieux. Il revoit Deborah Melnick, connue à Vilna, et entame une brève liaison. Le couple est déjà séparé quand Deborah met au monde une fille en juin 1925. Soutine refuse de reconnaître l’enfant.

Il ne cesse de peindre. Les animaux écorchés ou éventrés qu’il prend comme modèle sont des visions de son enfance qui hanteront une bonne part de sa peinture, comme la série des carcasses de bœufs et celle des volailles. Les voisins, horrifiés par les cadavres d’animaux qu’il conserve dans son atelier, se plaignent des odeurs qui émanent de son atelier.

Quant à Zborowski, le marchand a désormais pignon sur rue grâce à la notoriété des œuvres de Soutine et Modigliani. Souvent, il récupère les toiles lacérées que le peintre a jugées mauvaises pour les faire restaurer — ce qui met Soutine hors de lui lorsqu’il s’en aperçoit.

En juin 1927, le peintre ne se montre pas au vernissage de la première exposition de ses œuvres. Hostile à ce genre de manifestation, il en limite le nombre de son vivant. Il séjourne souvent dans la maison louée par Zborowski dans la ville de Le Blanc, dans l’Indre, et dans la propriété de Marcellin et Madeleine Castaing à Lèves, près de Chartres. Il s’est lié d’amitié avec le couple, grand amateur d’art, lors d’une cure à Châtelguyon, en 1928. Les Castaing ont de nombreuses relations comme Blaise Cendrars, Erik Satie, Henry Miller.
Ses tableaux sont maintenant présents dans de prestigieuses collections. En 1929, il peint la série des arbres à Vence lorsque survient la crise économique aux États-Unis. Les acheteurs américains se font rares. La crise gagne l’Europe. En 1932, Zborowski est ruiné. En mars 1932 à 43 ans, il meurt d’une crise cardiaque. Soutine réserve alors sa production aux Castaing. En 1935, vingt de ses tableaux sont exposés à Chicago. En 1937, Paris organise une exposition au Petit Palais, il s'installe à la villa Seurat, dans le quartier d'Alésia. Cette année-là, il rencontre Gerda Groth, réfugiée juive allemande qui a fui le régime nazi. Quand la guerre éclate, ils partent ensemble dans l’Yonne à Civry-sur-Serein, en été 1939.

La Seconde Guerre mondiale
Le 15 mai 1940, Gerda est arrêtée et envoyée, en tant que ressortissante allemande, au camp de Gurs dans les Pyrénées-Atlantiques. Libérée sur intervention elle se cache à Carcassonne jusqu’à la fin de la guerre. Elle ne reverra jamais plus Soutine.

Sous le régime de Vichy, les Juifs ont l’obligation de se faire recenser. Soutine, traqué, mène une vie clandestine, retournant souvent à Paris pour se faire soigner. Bien que conscient du danger auquel il s’expose, il ne semble pas avoir fait les démarches nécessaires pour fuir la France. Suite à une dénonciation, il se réfugie à Champigny-sur-Veude, près de Tours en Indre-et-Loire, avec sa nouvelle liaison, Marie-Berthe Aurenche, ancienne épouse de Max Ernst. Malgré ses crampes d’estomac de plus en plus fréquentes, il peint un certain nombre de paysages. Bientôt, son ulcère s’aggrave. Le 31 juillet 1943 au matin, il est fiévreux et doit être hospitalisé. Avant d’être transporté, il se rend à son atelier et brûle ses toiles. À l’hôpital de Chinon, son état est jugé critique : une hémorragie interne est diagnostiquée. Il faut l’opérer. On le dirige vers une clinique parisienne du 16e arrondissement. Les contrôles de la France occupée doivent être évités et le voyage se révèle plus long que prévu. Opéré dès son arrivée, le 7 août, il meurt deux jours plus tard.

Son enterrement a lieu le 11 août à Paris, au cimetière du Montparnasse, dans une concession appartenant à la famille Aurenche. Rien ne fut gravé sur la tombe avant la fin de la guerre. Picasso est l'un des rares à suivre son enterrement.Dix-sept ans plus tard, en 1960, Marie-Berthe Aurenche se suicide et est enterrée à son côté.

Malgré des interruptions plus ou moins longues, Chaïm Soutine aura beaucoup peint et beaucoup détruit jusqu’à la fin de sa vie.


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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Dim 10 Mar 2013, 14:43

Mikhaïl (dit Michel) Kikoïne, né le 31 mai 1892 à Gomel en Russie et décédé le 4 novembre 1968 à Cannes dans son atelier, est un peintre français, membre de l'École de Paris (années 1920-1930).

En 1905, il fréquente un atelier à Minsk où il fait la connaissance de Chaïm Soutine, puis en 1912 il étudie à l'école des Beaux-Arts de Vilnius et s'installe à Paris où il étudie dans l'atelier de Fernand Cormon, ses amis sont Soutine, Krémègne. Sa première exposition particulière a lieu en 1919, à la Galerie Chéron. Il est remarqué lors de cette première exposition par le docteur Montlaur, critique d'art influent de l'époque et déjà collectionneur. Mr Descaves lui achète une dizaine d'œuvres. Soutine lui fait alors découvrir Céret et sa lumière dans les années 1922-1923 mais finalement c'est à Annay-sur-Serein, dans l'Yonne qu'il s'installe. Il est naturalisé français en 1924. Il rencontre des marchands grâce à Modigliani. La femme est un sujet d'élection pour Kikoine, son œuvre fusionne plusieurs tendances du moment, expressionniste et fauve par l'intensité de ses couleurs et l'expressivité de sa pâte, il est influencé par Bonnard et surtout par son ami Soutine. Dans les années 1920 il travaille en Bourgogne et dans les environs de Paris. Pendant la guerre, il rejoint son fils Yankel à Toulouse et participe avec lui au groupe Le Chariot. Dans les années 1950, il visite l'Espagne, l'Italie et Israël. Il s'intéresse à la lithographie en couleurs : son recueil Enfants d'Israël paraît en 1953. Durant les dix dernières années de sa vie il séjourne fréquemment au bord de la Méditerranée, à La Garoupe chez sa fille et produit des marines.

De sa peinture on peut dire qu'elle reflète son éducation juive, on y retrouve le souvenir de ces visages toujours pâles et penchés sur la lecture du Talmud, son grand-père était rabbin, mais les voyages en Palestine signifieront un enrichissement de sa palette comme pour Emmanuel Mané-Katz ou Pinchus Krémègne et l'atténuation du gris initial. Si Soutine crie la misère et le désespoir, Kikoine d'un naturel heureux, traduit son amour de la vie dans tout ce qu'il peint, son réalisme se traduit avec charme et non par l'angoisse. Il s'inspire du monde qui l'entoure avec une palette riche de couleurs et d'émotions afin de dédramatiser le monde.


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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Dim 10 Mar 2013, 16:10

Anatole Jakovsky :



Critique d’art, écrivain, collectionneur et patron d’art naïf français, Anatole Jakovsky est célèbre pour ses talents de collectionneur et pour la donation qui est à l’origine du musée international d’art naïf Anatole Jakovsky de Nice.



Anatole Jakovsky est né à Chisinau, actuelle capitale de la Moldavie, le 31 juillet 1907 ainsi qu’en attestent les divers documents originaux et officiels roumains que nous possédons (actes de naissance et de baptême). En France, on ne sait pourquoi, des biographes l’ont fait naître le 31 juillet 1909 et c’est cette date, qu’il ne semble pas avoir voulu contester, qui sera généralement retenue en France y compris sur sa sépulture.

Cette riche région de sa naissance : la Bessarabie, très peuplée, située entre les fleuves Dniestr et Prut fut convoitée et conquise maintes fois depuis les temps les plus reculés. Dans la période moderne, elle est tour à tour russe, roumaine, ukrainienne et indépendante au hasard des guerres et des conquêtes.

Le père Jean Vladislav, d’origine polonaise, est secrétaire d’administration de la ville de Kichinev, la mère, Zinaïde, est roumaine. Ils sont de religion orthodoxe et le jeune Anatole est baptisé le 5 septembre 1907. Ses parrain et marraine sont « le gentilhomme Nicolas Trofim Petrachevsky et la demoiselle noble Alexandra Jakovsky ».

Anatole entre en octobre 1921 au « Lycée particulier russe de Monsieur Choumaher » il y accomplit le cycle complet de 8 classes jusqu’au 3 juillet 1925, date à laquelle lui est délivré un certificat très flatteur ou ne figurent que des mentions élogieuses « excellent » ou « bien » ainsi : Langue russe, roumaine et allemande : 9-excellent ; langue latine et française : 8-bien.

Il part ensuite pour Prague où il entreprend des études supérieures en vue de devenir architecte. On retrouve son passage à l’Ecole Supérieure Technique Allemande pour le semestre d’été de 1928 et l’année entière 1929.

Il restera probablement à Prague jusqu’en 1932, date à laquelle il arrive à Paris le 12 juillet ainsi qu’il le raconte dans un de ses textes. Pendant ce séjour à Prague, il s’intéresse à la peinture et publie un premier livre, abondamment illustré, consacré à une étude sur un peintre local Gregory Musatov.

Au début de son séjour à Paris où il est venu pour continuer des études, il bénéficie d’une modeste bourse. Son arrivée à Montparnasse, à l’époque, plein de fièvre créatrice, est pour lui un choc, ainsi qu’il le raconte : « Qu’allais-je faire ? Continuer mes études d’architecte selon le vœu de ma mère ? Me lancer à corps perdu dans la peinture qui embrasait mes veines de son sang multicolore ? Je ne savais pas…je ne savais rien. Tout était certain et incertain-possible et impossible ».

Le milieu des peintres abstraits, dans lequel il a été plongé dès son arrivée, grâce à une rencontre providentielle qui l’amène dans l’atelier de Jean Helion, celui qui restera l’ami de toute une vie, l’intègre totalement. Il achève très vite de se perfectionner en français et dès 1933, il publie une monographie d’Herbin, figure de proue du mouvement Abstraction-Création. En 1934, il publie une étude sur ses amis ARP-CALDER-HELION-MIRO-PEVSNER. Puis, en 1935 - un ouvrage très important qui marquera cette époque et l’abstraction : en édition de luxe tirée en 50 exemplaires, un texte d’Anatole Jakovsky suivi de gravures originales réalisées spécialement par les plus grands abstraits de l’époque : Picasso, Miro, Ernst, etc… 23 en tout, le 24ème Marcel Duchamp ne participant pas en raison d’un départ pour les U.S.A. Cet ouvrage sera néanmoins appelé « Les 24 essais ». C’est un document très important et rarissime.

Les années passent... L’ombre de la guerre plane sur cette période et Anatole Jakovsky l’évoque avec réalisme dans son texte des 24 essais. Une grande amitié le lie alors à Robert Delaunay chez qui il se rend souvent. Ils éditent ensemble en 1938 avec des moyens artisanaux improvisés, un texte poétique d’avant garde de Jakovsky avec des illustrations très particulières de Robert Delaunay. Editée seulement à quelques exemplaires, cette œuvre « La clef des pavés » est introuvable actuellement. Le musée d’Art Naïf de Nice en possède un exemplaire et Renée Jakovsky en avait racheté un autre à un prix astronomique, quelques années avant sa mort. Il lui fut hélas volé, par des malfrats remarquablement bien renseignés lors de leur agression à son domicile le 28 avril 1997.

En 1936 Anatole Jakovsky fait au studio Arc en ciel 13 rue de Surène près de la Madeleine, trois conférences sur l’art abstrait.

A l’automne de 1938, Anatole Jakovsky rencontre fortuitement une jeune américaine qui vient d’arriver en France après trois divorces, sans objectif bien précis, « mal dans sa peau » comme on dirait aujourd’hui. Elle s’appelle Gertrude Allen Mac Brady, née à Chicago en 1904 et deviendra Gertrude O’Brady par le miracle de la peinture à laquelle Jakovsky l’intéresse pour l’aider à retrouver un équilibre. Les résultats s’avèrent rapidement étonnants. Un peintre naïf de talent est né avec le concours et l’assistance attentive de son mentor.

La guerre arrive rapidement à la fin des derniers beaux jours de 1939 et au printemps 1940 la France est occupée. Jakovsky, toujours citoyen roumain, s’installe dans la clandestinité. Son pays d’origine combat à côté des Allemands. Il va vivre difficilement cinq longues années sans cartes d’alimentation, sans papiers officiels, s’assurant de maigres revenus par la revente d’objets et de livres achetés aux Puces et trouvant une rémunération en tenant parfois la boutique d’un libraire. Tous ses amis de Montparnasse sont partis : Helion prisonnier évadé aux U.S.A., Leger également, les autres souvent étrangers ou israélites vers des terres d’asile. L’art abstrait, considéré par l’occupant comme décadent, n’existe plus que dans les souvenirs. En prospectant les trottoirs des Puces de la porte de Vanves, Jakovsky découvre parmi le déballage d’un vendeur, de charmants petits naïfs qu’il achète et qui se renouvellent de semaine en semaine. Ce « pucier » l’intrigue, qui peint à sa manière, sans aucune formation, des scènes de la vie courante pleines de charme et de poésie. Un autre « naïf » est né : Jean Fous.

Ainsi la mise en sommeil de l’Art Abstrait, les révélations que lui apportent O’Brady et Fous sur la réalité de l’Art Naïf font qu’il s’engage totalement dans cette voie dont il deviendra jusqu’à sa mort le chef de file incontesté. Les années 60/70 verront une officialisation de cette forme d’art avec de grandes et nombreuses expositions internationales et l’ouverture de nombreuses galeries spécialisées. L’apothéose viendra en 1982 par l’ouverture à Nice du Musée d’Art Naïf qui porte son nom dont il a permis la création par une donation de 600 œuvres.

Août 1944. Paris retrouve enfin la liberté. La vie artistique reprend timidement peu à peu. La presse est limitée dans ses tirages par le manque de papier. Cependant on y reparle d’art. Anatole Jakovsky y reprend son activité de critique dans divers journaux ou revues. La Marseillaise, Bref, les Lettres Françaises. Une voisine de quartier l’aide à éliminer de ses articles les pièges que réservent aux étrangers, fussent-ils polyglottes, les subtilités de la langue française.

Elle s’appelle Renée Frère et habite tout près, rue de Mézières, de l’autre côté de la place St Sulpice. Ils se marieront le 4 février 1947 à la mairie du VIème Arrondissement et vivront, faute de mieux, très à l’étroit dans le tout petit studio de la rue de Mézières. Pour leurs premières vacances, en cet été 1947, ils découvrent une location à Belle Ile en Mer, ces vacances sont un enchantement qu’ils renouvellent l’année suivante avant d’acheter en 1949 une modeste petite maison qui sera pour le reste de leurs existences le lieu béni où ils viendront régulièrement se ressourcer.

Renée Jakovsky est née à St OMER le 26 septembre 1910. Après ses études secondaires, elle gère avec son père et seule ensuite une salle de ventes privée. Sa prime jeunesse est très perturbée par la guerre de 1914-1918, père mobilisé, évacuée avec sa mère et son frère aîné avant de revenir à St Omer après la stabilisation du front. Une petite sœur naîtra en 1917 et peu de temps après, sa mère doit être admise dans une clinique psychiatrique dont elle ne sortira plus.

En 1937, après le décès de son père, elle quitte St Omer pour s’installer à Paris où elle fera carrière à la Caisse des Dépôts et Consignations.

En 1959, la nationalité française est accordée à Anatole Jakovsky. Son activité intellectuelle sera intense au cours de ces années 1950-1980 pour ses chers naïfs d’abord dont il écrira une multitude de préfaces, de biographies et divers livres mais aussi sur Belle Ile (l’île chérie). Trois ouvrages illustrés par ses propres photos, sur des personnages atypiques qui le séduisent : Alphonse Allais, Chaissac, ce curé breton qui a sculpté le rivage en granit de sa paroisse de Rotheneuf. Il écrit dans diverses revues sur des sujets qui le passionnent : la naissance des moyens de locomotion - bicyclette, auto, aviation, sur les cartes postales dont il constitue une collection exceptionnelle qui ne sera qu’une collection parmi tant d’autres. Tout ceci réalisé non pas par un désir d’accumulation d’objets mais pour garder la trace d’une époque qu’il aime et qui va disparaître devant une mutation de civilisation que certains appellent le Progrès.

Renée sera la secrétaire de cet écrivain prolixe, à temps partiel jusqu’en 1972 ou elle prendra sa retraite. C’est alors pour elle un grand soulagement. Ensemble ils voyagent beaucoup pour retrouver aux quatre coins de l’Europe les grandes expositions d’art naïf. Belgique, Pays Bas, Suisse, Yougoslavie. Mais aussi en France sur les traces des personnages qu’ils affectionnent - Colette, en Puisaye, Apollinaire, Gérard de Nerval, Alphonse Allais, Jarry, Proust. Et aussi Madame Bovary et Flaubert avec qui Anatole partageait un égal amour pour la pipe. Ceci l’ayant amené à Blainville pour photographier la maison de la jeunesse de Delphine Couturier.

L’Art Naïf pour lequel Anatole Jakovsky a fait tant d’efforts, a mené tant de combats, est en plein essor, qui durera jusqu’à son décès le 23 septembre 1983. Son œuvre majeure est accomplie. Après l’habituel séjour estival à Belle Ile, il rentre fatigué à Paris. Ce séjour n’a pas eu le bienfaisant réconfort espéré, il a été compromis par le décès d’une voisine qui leur était très chère, succombant douloureusement à un irrémédiable cancer. Renée a passé près d’elle la plus grande partie de ses vacances et Anatole en fut si éprouvé qu’on l’a remarqué livide aux obsèques. Jean Helion, l’ami des premiers jours, est revenu à Belle Ile en ce début septembre. On les photographie tous deux assis devant la maison des jours heureux : Helion est aveugle, suprême épreuve pour un peintre et Anatole va quitter ce monde dans quelques jours …



Anatole Jakovsky et deux amis devant le magasin du collectionneur Jacques Damiot
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Dim 10 Mar 2013, 16:25


Merci pour ces articles substantiels qui nous font mieux conâître ces artistes.

En particulier Chaim Soutine qui avait récemment une très belle exposition à la Pinacothèque de Paris.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Dim 10 Mar 2013, 16:33

Je suis assez suprise du nombre!! c'est fou comme le monde est petit ,ils viennent de tout part, de l'est principalement tout ces noms qui se rejoignent dans un lieu commun, à une meme époque , Paris Montparnasse, "La ruche".persécutés, fuire, devant se cacher.
J'en découvrirai encore je pense , je n'ai pas fini de me passionner, j'en apprends autant que vous!
Dommage que Soutine a brulé certaines toiles!
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Dim 10 Mar 2013, 18:45

Avigdor Arikha.
Avigdor Arikha est né en 1929 à Radauti, en Bucovine (Roumanie), dans une famille juive germanophone qui s'installe en Ukraine peu après sa naissance. Il commence à dessiner dès son enfance et conserve cette habitude quand il est déporté à l'âge de douze ans dans un camp de concentration ukrainien. Ses esquisses griffonnées sur de petits bouts de papier, dont certaines seront conservées, attirent l'attention de représentants de la Croix-Rouge, qui obtiennent sa libération en 1944. Envoyé en Palestine, alors sous mandat britannique, Arikha participe en 1948 aux combats qu'entraîne la proclamation de l'État d'Israël. Il mène à partir de 1946 des études d'art à l'école Bezalel à Jérusalem, avant d'obtenir une bourse d'études à l'École des beaux-arts de Paris. Il s'installe définitivement dans la capitale française à partir de 1954, mais conserve également une résidence à Jérusalem. À partir de 1957, il peint des toiles abstraites où s'opposent des formes anguleuses aux couleurs vibrantes de rouges, de blancs et de noirs, mais considère peu à peu l'abstraction comme une impasse et cesse de peindre en 1965. Après avoir pratiqué le dessin et la gravure sur le vif pendant quelques années, il reprend ses pinceaux en 1973, et s'oriente alors vers un style figuratif qui fait la part belle aux portraits (à commencer par ceux de sa femme, l'écrivain Anne Atik, et de ses filles), aux nus, aux scènes d'intérieur, aux natures mortes et aux paysages.

Peintures, dessins, pastels, gravures d’Arikha sont collectionnés
par les plus importants musées du monde. Ils sont exécutés en
un seul jet, une unique séance, sans reprise ni remords. Il s’agit
de « saisir le vécu sur le vif », de révéler une vérité, une trace de
la réalité, si ténue soit-elle, qui communique l’émotion visuelle.
Historien de l’art érudit, commissaire d’expositions, multipliant
les cours et les conférences dans le monde entier, Arikha a
aussi fait des films sur l’art, surtout pour la BBC.

Peinture et regard (1991, 3e
édition augmentée 2011) est un
recueil de textes écrits par Arikha qui propose un véritable
apprentissage du regard, en étudiant des œuvres de Poussin,
Velasquez, Cézanne ou Giacometti, un livre pour « voir juste ».

http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_1996.343.jpg
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 11 Mar 2013, 13:15

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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 18 Mar 2013, 10:36



C'est à Paris, où il suivait l'affaire Dreyfus pour le quotidien viennois «Neue Freie Presse», que Theodor Herzl a inventé le sionisme. Si la patrie des droits de l'homme, pensait-il, se laisse gagner à son tour par les fureurs de l'antisémitisme, c'est la preuve que les juifs ne verront pas la fin de leurs tourments tant qu'ils n'auront pas une terre à eux sur laquelle ils ne seront plus minoritaires.

Juif hongrois devenu à Vienne un journaliste réputé, Herzl pouvait, à juste titre, comparer sa situation à celle des juifs français. Traités avec bienveillance par l'empereur François-Joseph qui apprécie leur talent et leur loyauté à la couronne, les juifs occupent en Autriche, jusqu'aux années 1880, des positions importantes dans la banque, l'industrie et le monde politique, comme le montre Jacques Le Rider dans une enquête passionnante sur le malaise de la conscience juive dans la Vienne «fin de siècle».

Tant que l'Autriche a eu un régime électoral censitaire, gauche libérale et droite conservatrice alternaient au pouvoir. La bourgeoisie juive soutenait le camp libéral. «Tout petit juif, bon élève, écrit Freud, portait alors dans son sac d'écolier un portefeuille ministériel.» Mais le suffrage universel a radicalisé le partage.

L’AUTEUR
JACQUES LE RIDER, historien et germaniste français, né en 1954 à Athènes, est l'auteur du «Cas Otto Weininger. Racines de l'antiféminisme et de l'antisémitisme», de «Modernité viennoise et crises de l'identité» et «Freud. De l'Acropole au Sinaï».


La droite est devenue nationaliste et antisémite; la gauche, socialiste. Les juifs ont été progressivement exclus du jeu politique. Ardents partisans de l'action républicaine des années 1880, les juifs français, aussi, se sont crus pleinement intégrés à la nation jusqu'à l'explosion d'antisémitisme de l'affaire Dreyfus, qui les a ramenés au principe de réalité. La comparaison s'arrête là. L'antisémitisme n'a pas été définitivement vaincu en France par la réhabilitation de Dreyfus. Il s'est réveillé dans les années 1930 et il renaît aujourd'hui chez les Français musulmans. Il a même été au pouvoir sous Vichy, grâce à un solide appui de l'occupant. Mais il est toujours resté un courant politique minoritaire et peu fréquentable.

Dans l'Empire austro-hongrois et les Etats nationaux qui en sont issus, l'antisémitisme est devenu un code politique dominant. Tous les écrivains et les artistes du milieu viennois, dont Jacques Le Rider dissèque subtilement les rapports à leur judéité, s'identifiaient à la culture allemande qu'ils illustraient avec éclat. Ils ont senti venir ce rejet comme une tragédie inéluctable qu'ils ont, chacun à sa manière, tenté d'exorciser.

Hugo von Hofmannsthal, le flamboyant librettiste de Richard Strauss, a choisi le déni en s'identifiant à la part non juive de ses origines familiales. Karl Kraus, polémiste redoutable, a carrément rallié l'antisémitisme. Mais ce qu'on a attribué à la «haine de soi» n'était peut-être chez lui qu'une manière de dénoncer le conformisme soumis de nombreux juifs viennois. Gustav Mahler s'est abandonné avec masochisme à sa fascination pour le génie wagnérien. La conversion d'Arnold Schönberg au protestantisme est au contraire un geste de rupture avec le catholicisme autrichien. Sigmund Freud, Arthur Schnitzler ou Stefan Zweig ne se sont pas réapproprié leur judéité par un souci d'enracinement identitaire mais pour défendre leur honneur face aux insultes et à la haine.

Car pour ces juifs qui jouaient un rôle décisif dans l'extraordinaire floraison culturelle de l'Autriche-Hongrie, à Vienne mais aussi à Budapest, Prague, Zagreb, Trieste et nombre d'autres villes de la double monarchie, la Terre promise ne se situait pas dans une improbable Palestine. Elle se logeait dans la modernité du bel aujourd'hui que leur imagination créatrice ne cessait de redessiner. Ils ne réclamaient pas, comme les autres nations de l'Empire, une portion de l'Autriche-Hongrie. Cette mosaïque de peuples et de religions entraînée dans un grand mouvement de libéralisation, ils l'aimaient et la voulaient tout entière.

Comme les héros de Robert Musil dans «l'Homme sans qualités», ils étaient tentés de voir dans cette utopie en marche un message d'espoir pour l'Europe et pour l'humanité. Mais ils étaient assez lucides pour pressentir qu'il n'en serait rien.

André Burguière

Les Juifs viennois à la Belle Epoque, par Jacques Le Rider,
Albin Michel, 354 p. 24 euros
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Maya
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 19 Mar 2013, 15:19



Super trouvaille, Soussou, j'adore la Belle epoque!
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mer 03 Avr 2013, 12:08



Sarah Bernardt
Sarah elle-même a usé de ses charmes à ses débuts pour se faire une situation, comme l'indique son inscription dans le « fichier des courtisanes » établi par la Préfecture de police de Paris.On ignore en revanche qui était son véritable père, Sarah ayant longtemps gardé le silence sur son état-civil. Elle eut au moins trois sœurs et souffrit en particulier longtemps de la préférence de sa mère pour sa jeune sœur Jeanne-Rosine, également comédienne. Dans le but de prouver sa citoyenneté française, condition nécessaire pour pouvoir recevoir la Légion d'honneur, elle se créa plus tard un faux acte de naissance en se déclarant fille de Judith van Hard et d'Édouard Bernardt qui selon ses différentes versions appartenait à une riche famille d'armateurs du Havre, ou y était un étudiant en droit. Certaines sources évoquent un officier de marine havrais, du nom de Morel.

Délaissée par sa mère qui choisit la vie mondaine à Paris, elle passe une petite enfance solitaire chez une nourrice à Quimperlé où elle ne parle que le breton. Le duc de Morny, l'amant de sa tante, pourvoit à son éducation en l'inscrivant dans l’Institution de Mlle Fressard puis en 1853 au couvent des Grand-Champs à Versailles où elle reçoit le baptême chrétien : la petite juive y suit des cours de sculpture, peinture (elle décrochera à seize ans un prix à l'Académie des beaux-arts) et verse alors dans le mysticisme catholique. Jouant un rôle d’ange dans un spectacle religieux au couvent, l'adolescente révoltée trouve sa vocation, le théâtre


C'est sans l'ombre d'un doute sa grande passion, elle l'aime autant que sa propre vie, et il le lui rend bien ! Sa renommée de comédienne va promptement devenir internationale. De nombreuses épithètes élogieuses lui sont décernées : La voix d'or, la divine, l'impératrice du théâtre. Elle vivait pour éblouir et magnétiser le public. Parmi les critiques de son temps, ses détracteurs purs et durs furent plutôt rares, donc, effectivement, tout cela peut nous amener à penser que le succès phénoménal que le public lui prodigua ne fut pas intégralement galvaudé. Dans son ouvrage, "Les Contemporains", Jules Lemaître a écrit : "Plus que toute autre, elle aura connu la gloire énorme, concrète, enivrante, affolante, la gloire des conquérants et des césars. On lui a fait, dans tous les pays du monde, des réceptions qu'on ne fait point aux rois." En 1896, le Tout Paris lui consacra une fête grandiose : la journée Sarah Bernhardt ! Ce jour là, l'échappée lyrique d'Edmond Rostand en l'honneur de Sarah surprit l'auditoire et passa à jamais à l'immortalité. Dans la salle les bravos crépitèrent et Sarah Bernhardt fut canonisée à la postérité.
Voici le sonnet de Rostand :


"En ce temps sans beauté, seule encore tu nous restes
Sachant descendre, pâle, un grand escalier clair,
Ceindre un bandeau, porter un lys, brandir un fer,
Reine de l'attitude et Princesse des gestes.

En ce temps sans folie, ardente, tu protestes!
Tu dis des vers. Tu meurs d'amour. Ton vol se perd.
Tu tends des bras de rêves, et puis des bras de chair.
Et, quand Phèdre paraît, nous sommes tous incestes.


Avide de souffrir, tu t'ajoutas des coeurs;
Nous avons vu couler - car ils coulent tes pleurs! -
Toutes les larmes de nos âmes sur tes joues.

Mais aussi tu sais bien, Sarah, que quelquefois
Tu sens furtivement se poser, quand tu joues,
Les lèvres de Shakespeare aux bagues de tes doigts."
Puisqu'il faut bien définir son style théâtral, chez Sarah Bernhardt, il s'agit bien sûr du lyrisme… Lyrisme si cher à Sarah, ainsi que le confirme Cocteau et si opposé au style naturel de notre époque. Les spectateurs adoraient que les comédiens clament leurs vers, et la " déclamation musicale " les enchantait. Nous le concevons fort aisément, Sarah vit alors dans l'époque du Romantisme et joue des rôles romantiques à souhait, d'ailleurs elle devient l'un des brillants symboles de ce courant… Tous ces superlatifs peuvent paraître fastidieux mais n'y voyons aucune étrangeté, puisqu'elle nous a laissé en héritage l'adjectif sarah-bernhardesque ! Il aurait été manifestement plus sympathique de vivre à son époque pour mieux la connaître. Son répertoire théâtral est si diversifié que l'on peut, sans prétention le qualifier d'encyclopédique. Cette comédienne complexe et ambiguë révèle dans les rôles masculins d'Hamlet et de l'Aiglon des dons de transformisme et d'androgynisme étonnants. Ne l'a t'on pas surnommé " la sphinge " (forme féminine de sphinx) !

Sarah Bernhardt révèle quelques "ficelles de son art, son approche du rôle et nous confie "On m'a demandé bien souvent combien d'heures je travaillais par jour. Je n'ai jamais travaillé un rôle. Je travaille le mécanisme, je l'apprends par coeur, mot à mot : je mâche, je triture les phrases de manière à en être absolument maîtresse dans la rapidité du dialogue, mais une fois que je sais parfaitement mon texte, que je le tiens par l'articulation, je ne m'en occupe plus. Tout ce que je dois donner dans la douleur, la passion ou la joie, je le trouve à la répétition dans l'action même de la pièce. [...] On ne doit pas chercher une pose, un cri, rien! On doit tout trouver là en scène, pendant l'effervescence du travail général." Dès que l'osmose avec le public réapparaît, cette complicité si particulière à la fois charnelle et spirituelle, l'artiste ressent de toutes ses fibre les signes du succès et elle s'exclame aussitôt la pièce terminée "le dieu est venu".

Parmi ceux qui lui donnèrent la réplique, nommons: Réjane, Mlle Agar, Marie Colombier, Marie Favart, Sophie Croizette et Jane Harding chez les dames. Mounet Sully, Lucien Guitry père du célèbre Sacha, les frères Coquelin: Constant, l'aîné et Ernest, le cadet ainsi que De Max furent ses partenaires de scène...
Chez les célèbres acteurs de ce temps là, citons Henry Irving dont Sarah mentionna le nom dans ses " Mémoires".
Parmi les grands artistes internationaux : la célèbre tragédienne Eléonora Duse, qui a excellé dans le répertoire du dramaturge suédois Ibsen. Et plus proche de nous, chez les jeunes recues: Marie Marquet, l'ultime maîtresse d'Edmond Rostand, amie et protégée de Sarah joua dans son dernier rôle "La Voyante".

Hugo et Rostand arrivent au firmament des favoris. Victor Hugo fut le plus passionné de ses admirateurs et il lui offrit après la représentation de Ruy Blas un pendentif en forme de larme taillé dans le diamant : " La larme du poète ", fort ému par la prestation artistique de Sarah en Doña Sol.

Plus tard, Edmond Rostand la surnomma pour la postérité " reine des attitudes et princesse des gestes ". Une petite anecdote : lors de la première de l'Aiglon fut installé "le théâtrophone ", le théâtre par téléphone. Ceci, afin qu'Edmond Rostand souffrant puisse l'écouter de son chevet. Le son sans l'image, un événement pour l'époque, en 1900 !







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mahiwan
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Jeu 04 Avr 2013, 10:09

Intéressante cette vie de Sarah Bernhard.

Contrairement à d'autres artistes célèbres , on lui prête peu de " bon mots ". J'en ai retrouvé deux :

- C'est en se dépensant soi même que l'on devient riche.

-Il faut haïr très peu, car c'est très fatiguant

Happy Happy
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Jeu 04 Avr 2013, 10:37

Citation :

-Il faut haïr très peu, car c'est très fatiguant
merci Mahiwan, j'adore cette phrase ! il y a longtemps que je l'aurais adoptée, si je l'avais connue.
merci Soussou pour ces beaux textes et photos merci
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soussou
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 22 Avr 2013, 09:53

La philosophe Hannah Arendt n'a cessé d'écrire sur son peuple. Pour le défendre comme pour le critiquer. Théoricienne du politique, elle craignait la compassion, cette «complice du diable».



Peut-on être juive, défendre les siens et forger en même temps des outils intellectuels de portée universelle? Peut-on analyser les linéaments d'une société donnée et éclairer d'autres sociétés, en d'autres lieux et d'autres temps? Les «Ecrits juifs» rassemblent une centaine d'articles (dont un tiers de textes inédits en français) que Hannah Arendt a consacrés tout au long de sa vie à l'antisémitisme, à la société juive, au sionisme...

C'est une réflexion experte sur la condition juive dans l'entre-deux-guerres. Mais, surtout, ces textes forment un essai de théorie politique et morale sans équivalent, où la charité se mesure à l'aune des inégalités sociales, où la realpolitik est une variante de l'aveuglement, où la guerre est aussi une question d'honneur et où penser est un acte public.


«Nous ne viendrons à bout de ce passé que si nous commençons à juger, et à juger avec énergie», écrit-elle à Gershom Scholem à propos de l'attitude des organisations juives devant la solution finale. La lettre date de 1963, alors que son livre sur le procès Eichmann lui vaut de vives critiques: on lui reproche de rendre les Juifs en partie responsables de leur propre destruction.

La polémique repose sur un contresens. Pour Arendt, juger ne se réduit pas à désigner le coupable - cette manie si infantile à laquelle notre époque, qui prétend ne pas juger, s'adonne sans retenue. Non, le jugement est un mouvement permanent de l'esprit, le désir de comprendre l'histoire, de saisir ses inflexions, ses marges de liberté.

Arendt ne lâche rien sur ce point: chez le bourreau nazi comme chez la victime juive, «il existait toujours un espace pour la liberté de décision et d'action», fût-ce la passivité. Cet éloge de l'action, déjà présent dans «Condition de l'homme moderne», peut être aussi rapproché d'un épisode de son enfance allemande que les «Ecrits juifs» rappellent en préface: ses parents lui avaient donné des instructions très précises en cas d'injures antisémites. Si celles-ci venaient de ses professeurs, la petite Hannah devait se lever, rentrer chez elle et rapporter les propos avec exactitude. En revanche, «elle n'était pas autorisée à faire ne serait-ce qu'allusion aux insultes proférées par des enfants de son âge, mais devait y faire face par elle-même, sans aucune aide».

Juger, donc, comme principe vital, comme acte de résistance. Juger pour ne pas avoir peur, surtout quand la menace redouble. Les «Ecrits juifs» s'étendent de l'avant-guerre à l'affaire Eichmann, mais les pages les plus spectaculaires datent des années 1940. Réfugiée à New York, Arendt tient chronique dans «Aufbau», un hebdomadaire américain de langue allemande. Sa plume est impitoyable, juste, sans le moindre gras, et le pauvre Jules Romains en fait les frais en 1941. Lui aussi en exil, il se plaignait de l'ingratitude des Juifs qu'il avait aidés. La réponse d'Arendt cingle: on n'aide pas des Juifs pour faire une bonne action mais pour sauver son propre honneur.

Il se trouve qu'à Paris Jules Romains avait aidé à faire libérer Walter Benjamin, un ami d'Arendt. Laquelle poursuit, toujours à l'adresse de l'écrivain français: «Nous nous sommes souvent entretenus du fait que votre exemple représentait un signe réjouissant pour la vie intellectuelle française [...]. Ni lui ni moi n'aurions songé qu'il puisse être question de gratitude [...]. Le fait que les parias du monde entier aient osé s'opposer à leurs bienfaiteurs [...]parle non pas contre les Juifs, mais en faveur de ces Juifs, non pas contre leur lâcheté, mais en faveur de leur courage.»

Mais le véritable tour de force d'Arendt, c'est que l'usage des termes moraux (courage, lâcheté, honneur) n'est jamais une fuite de la politique, bien au contraire. Tous les reproches qu'elle adresse à la bourgeoisie juive assimilée reviennent à dire: il faut cesser de dépolitiser les problèmes, car la question juive est une question politique. «Il n'est pas si facile que cela de rendre les hommes ou les peuples apathiques, mais il semble que nous y soyons parvenus. Pendant deux siècles, nous nous sommes laissé gouverner et représenter dans le monde par les ploutocrates et par les philanthropes.»

Mais elle dénonce aussi l'Irgoun, «fasciste », les organisations sionistes tentées par l'isolationnisme, ou encore le mythe du realpoliticien, tellement épris de la réalité qu'«il ne peut même plus se demander si ce qui existe est en sa faveur ou non». Avec véhémence, elle plaide pour la constitution d'une armée juive engagée directement contre les nazis, car, pour elle, qui est attaqué en tant que Juif doit se défendre en tant que Juif.

Nulle haine de soi, ici, on le voit. Arendt dit et redit qu'être juive est pour elle «une donnée indubitable», une évidence. Mais elle refuse la fétichisation du groupe. A Scholem, qui lui reproche de manquer d'amour pour son peuple, elle réplique: «Vous avez tout à fait raison: je n'ai jamais "aimé" de toute ma vie quelque peuple ou quelque collectivité que ce soit - ni le peuple allemand, ni le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière [...]. Je n'aime effectivement que mes amis.»

Preuve que les débats actuels sur le communautarisme ou l'identité n'ont rien de nouveau... Qu'elle critique les émotions («souvent utilisées pour dissimuler la vérité des faits») ou la compassion («sans la justice, elle est l'une des plus puissantes complices du diable»), Arendt nous offre un contrepoison au sentimentalisme, aussi vivace aujourd'hui qu'hier.

Philosophie et biographie font rarement bon ménage: soit la vie des philosophes est banale, soit elle éclipse leurs travaux. Rien de tel avec ces «Ecrits juifs», où la théorie se frotte à la vie et réciproquement. Par instant, on a l'impression d'assister au jaillissement même de la pensée. Pour ceux qui veulent se faire une idée plus précise de ce versant biographique, le Musée du Montparnasse présente des clichés inédits de Fred Stein. Juif allemand réfugié à Paris avant de gagner les Etats-Unis, Stein a photographié les intellectuels fuyant Hitler. C'est à lui qu'on doit cette Arendt allongée, une cigarette à la main droite : on est en 1944, et ce qui éclate, c'est la force de l'âme.

Eric Aeschimann

Ecrits juifs,
par Hannah Arendt,
traduits de l'anglais et de l'allemand par Sylvie Courtine-Denamy,
Fayard, 744 p., 28 euros.
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Maya
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 22 Avr 2013, 18:10



Poète russe, essayiste anglais et citoyen américain Joseph Brodsky est né à St.Pétersbourg en 1940. Dès la lecture de ses premiers vers, Anna Akhmatova salue en lui le poète le plus doué de la jeune génération. Arrêté, jugé le 18 février 1964 pour parasitisme social et fainéantise, il est condamné à cinq ans de travaux correctifs. Après une campagne internationale, il est libéré en 1965, mais quasiment interdit de publier en URSS. Poussé à émigrer en 1972, il s'installe d'abord à Vienne, avec l'aide du poète anglais W. H. Auden, puis aux États Unis. Ses poèmes, conçus pour la déclamation et la lecture publique, sont essentiellement en russe, alors que sa prose est en anglais. Ses thèmes de prédilection sont historiques et mythologiques, marqués par une forte préoccupation éthique. Il est le traducteur en russe de Donne et de Marvell et un écrivain fortement inspiré par les œuvres de Kafka, de Proust et de Faulkner. En 1991, il devient poète lauréat en Amérique, après avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1987. On lui doit notamment Collines et autres poèmes, Aqua Alta et Urania, ainsi que de nombreux essais (Moins qu'un homme, 1986 ; la Peine et la raison, 1995).

Juge : Quelle est votre profession ?
Brodsky : je suis un poète.
Juge : Mais qui vous reconnaît comme poète, qui vous a enrôlé dans les rangs des poètes ?
Brodsky : Personne. Et qui m'a enrôle dans les rangs de l'humanité ?
Juge : Avez-vous étudié pour être poète?
Brodsky : Cela ne s'apprend dans aucune école. Cela est, cela vient de Dieu
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MessageSujet: Rudolph Serkin   Mar 23 Avr 2013, 18:38

Rudolph Serkin


« Il ressemble à un savant et joue comme un ange. »
Rudolf Serkin est le cinquième d'une famille de huit enfants du chanteur russe d'origine juive Mardko Serkin. En dépit des difficultés économiques que connait la famille, le talent artistique Serkin, enfant prodige, se développe rapidement. Un mécène prend en charge l'enfant de dix ans et le met en contact avec son professeur le plus influent, Arnold Schoenberg. À l'âge de douze ans, il commence sa carrière de concertiste à Vienne avec une performance bien accueillie du Concerto de Mendelssohn pour piano en sol mineur avec l'Orchestre philharmonique de Vienne. Il continue ses études de piano avec Richard Robert et de composition avec Joseph Marx. En 1920, il débute réellement à Berlin sa grande carrière solo.

En 1933, Hermann Goering lui propose des postes importants alors qu'en tant que juif, il lui est interdit de jouer en concert public. Pourtant, par idéal, il choisit l'exil volontaire : Adolf Busch, bien qu'aryen parfait, fait de même. Après Bâle, il se fixera aux États-Unis d'Amérique en 1939, où il fait sa première apparition au Coolidge Festival à Washington en 1933 ; dès 1934, il est parrainé par Arturo Toscanini qui l'accompagne avec l'Orchestre philharmonique de New York. Les critiques le décrivent comme « un artiste doué d'un talent inhabituel et impressionnant, possédant un touché cristallin, plein de puissance, de délicatesse, et un son pur ». En 1937, il donne son premier récital au Carnegie Hall.

En 1950, il est invité par Pablo Casals à la première édition du Festival de Prades. Avec Casals, il pérennise le festival de Marlboro émanation de l'École de musique de Marlboro qu'Adolf Busch a créé peu avant sa mort ; un festival à l'esprit musique de chambre, d'éthique d'effacement de soi, de proximité avec les chefs-d'œuvre, de transmission généreuse par les aînés aux plus jeunes. Jusqu'à la fin de sa vie, il va perpétuer cet esprit, par le choix des œuvres, de ses invités et partenaires. Après leur interprétation londonienne de l'intégrale des concerti pour piano de Wolfgang Amadeus Mozart, il collabore avec Claudio Abbado dans une fondation pour doter les jeunes en instruments. Atteint d'un cancer, il se produira dignement en concert jusqu'en 1988. Il est le père du pianiste Peter Serkin.



je propose d'écouter en commun cette oeuvre pour le mois de mai.

Ce morceau en particulier a été utilisé dans quantité de films ; dans "Le Cercle de poètes disparus" notamment.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 30 Avr 2013, 14:29





L’incroyable histoire de l’hôpital juif de Berlin qui a survécu sous le régime nazi.

En 1945, à la fin de la guerre, les Soviétiques prennent possession de Berlin. Le 24 avril, ils découvrent un bâtiment quasi intact abritant plusieurs centaines de personnes. Ces dernières leur apprennent qu’elles sont juives. Les Russes sont surpris d’apprendre que l’hôpital juif de Berlin est toujours en activité, malgré la déportation et le massacre de l’ensemble de la communauté juive.

Cet évènement méconnu de la Shoah a été relaté et étudié par Daniel Silver dans un livre passionnant. Il a constaté que peu de documents, de livres rapportent cette situation surréaliste. Son enquête se base sur les témoignages des rares survivants ayant vécu à l’hôpital, complétés et recoupés par les mémoires de Hilde Kahan, la secrétaire du médecin-chef de l’hôpital.

Pendant tout le récit, la question posée est brûlante : comment cette institution a-t-elle pu continuer à fonctionner, sous le régime nazi et surtout, avec l’accord de ce dernier ? Il aborde également une autre énigme, celle concernant la personnalité du directeur de l’hôpital, le mystérieux Dr Lustig, juif mais mariée à une aryenne. La majorité des survivants ne parlent pas de lui en termes élogieux. Etait-il juste un infâme collaborateur chargé de dresser les listes des futurs déportés ou plutôt un héros qui a sauvé la vie de plusieurs centaines de personnes ? Personne ne sait ce qu’il est devenu, après la guerre. A-t-il été exécuté par les Russes ou bien s’est-il intentionnellement volatilisé dans la nature ? Sur base des rares éléments collectés, l’auteur nous livre sa propre conclusion.

Cette enquête apporte un nouvel éclairage sur l’Holocauste et sur la situation des Juifs d’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans un premier temps, l’auteur plante le décor, en expliquant les conditions de vie de plus en plus déplorables que les nazis ont fait subir aux Juifs dès le début des années trente. De « la Nuit de Cristal » du 9 novembre 1938 à la Solution finale, il décrit l’épouvantable descente aux enfers de cette communauté parfaitement intégrée à la société allemande. Dans cette horreur, l’hôpital juif de Berlin subsiste comme une anomalie incompréhensible pour toute personne connaissant le système nazi. M. Silver donne les causes et les raisons pour lesquelles, selon lui, Himmler et sa clique ont gardé fonctionnelle une institution juive en plein coeur de la capitale allemande.

Ce livre fort bien documenté se lit d’une traite. Que l’on soit un passionné du sujet ou un simple curieux, il ne laissera personne indifférent.

Aurore Dister

En savoir plus : Refuge en enfer, comment l’hôpital juif de Berlin a survécu au nazisme, de Daniel B. Silver, André Versaille éditeur, 2011.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 13 Mai 2013, 11:38

70 ans après l’insurrection du ghetto de Varsovie, passage de témoin sur une scène de théâtre
Au début de l'année 1943, alors que près de 400 000 juifs ont déjà été déportés du ghetto de Varsovie et gazés dans les camps de concentration, plusieurs groupes de résistance intérieure commencent à s'organiser. Une insurrection à la fois héroïque et désespérée se prépare, et tiendra bon pendant près d'un mois : du 19 avril au 16 mai. De cet épisode, on célèbre aujourd’hui le 70e anniversaire, mais les témoins se font de plus en plus rares, et tout peut si facilement devenir abstrait, avec le temps…

Homme de théâtre attentif aux questions d’histoire et de mémoire, David Lescot a trouvé un moyen très simple et très beau d’apporter ici sa pierre à l’édifice du souvenir. Il a recueilli le témoignage de deux anciens enfants du ghetto : Wlodka Blit-Robertson, aujourd’hui âgée de 81 ans, et Paul Felenbok, 76 ans. Puis il a retranscrit ces entretiens « à l’état brut », pour en faire une partition de théâtre qu’il a confiée à un comédien et une comédienne. Ces artistes radieux, à peine quadragénaires, font entendre sur scène la parole de « Ceux qui restent » (c’est le titre du spectacle), sans décors ni costumes, mais avec une concentration et une précision fascinantes… Cela donne un objet théâtral d’une rare intensité.




Sur le plateau nu, un homme et une femme s’interrogent et se répondent à tour de rôle. Lorsqu’il s’agit de faire entendre la parole de Wlodka, c’est Marie Desgranges qui s’assoit « devant » et répond aux questions, tandis qu’Antoine Mathieu, en retrait, joue l’intervieweur. Puis ils intervertissent leur place, sans transition, et Antoine Mathieu dit les mots de Paul Felenblok tandis que Marie Desgranges pose les questions. Pour marquer leur changement de « personnage », les acteurs ne peuvent compter que sur leur voix, et sur de minuscules détails qui rappellent combien la théâtralité tient parfois à peu de choses. Lorsqu’il prend en charge la parole du témoin septuagénaire, Antoine Mathieu nettoie ses lunettes d’un bout de sa chemise, et s’exprime avec une fraîcheur et une spontanéité saisissantes. Pour décrire son évasion du camp par les égouts, évoquer l’assassinat de ses parents, ou encore pour dire que « la mort faisait toujours partie de la vie »… Au contraire, lorsqu’il occupe la chaise de l’intervieweur, il enfile ses lunettes et semble infiniment plus inquiet, hésitant. Jeunesse éternelle de celui qui a survécu ; inquiétude fébrile de celui qui cherche à reconstituer l’histoire… Tout est dit dans ce savant jeu de rôle. Même performance tout en finesse de Marie Desgranges, éblouissante de grâce, qui remet son châle sur ses épaules dès qu’elle s’assoit pour faire entendre la voix de Wlodka. Avec une jouvence tour à tour coquette et discrète, elle évoque les souvenirs d’une vieille dame qui se revoie fillette à Varsovie. La culpabilité d’avoir à peu près de quoi manger tandis que d’anciens copains d’école ont le visage gonflé par la faim ; son goût pour les jeux d’enfant, malgré l’enfermement et les menaces de déportation permanentes ; sa vie de fugitive, ensuite, séparée de sa sœur jumelle et trimbalée dans toutes sortes de familles inconnues pour ne pas être tuée comme sa mère…

L’art de l’acteur consiste toujours à prendre en charge une parole qui n’est pas la sienne, pour la porter le plus haut possible devant une assemblée, soit. Mais cela faisait longtemps qu’on n’avait pas aussi bien senti combien ce dispositif est crucial pour donner vie à des mots. Car c’est précisément parce qu’ils ne sont pas Wlodka Blit-Robertson et Paul Felenbok mais Marie Des granges et Antoine Mathieu, et parce qu’ils jouent « explicitement » quoique sobrement, que les deux comédiens suscitent une écoute aussi intense. C’est précisément parce que les paroles ne coïncident évidemment pas avec ceux qui les profèrent. Paroles à la fois directes et rapportées, elles constituent la preuve en acte qu’un témoignage peut être assumé par d’autres ; et que le passé peut toujours faire l’objet d’une prise de conscience aigue, même lorsqu’il n’est plus.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 13 Mai 2013, 12:31

merci Soussou pour tous ces enseignements. Je chercherai Refuge en enfer merci
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 13 Mai 2013, 12:36

Après la Guerre, l'Europe barbare
Guy Duplat

Mis en ligne le 13/05/2013

Un livre saisissant, indispensable, raconte l’"Europe barbare", celle de 1945 à 1950.
Le 8 mai, nous avons fêté l’anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais pour des millions de gens en Europe, le 8 mai 1945 n’a nullement signifié la fin des horreurs. Dans toute l’Europe, et surtout à l’Est, des drames inouïs ont perduré, parfois encore pendant des décennies, avec des tortures et des massacres, des déportations massives, des vols et des viols. C’est le portrait saisissant, voire hallucinant, de cette "Europe barbare 1945-1950", que dresse l’historien anglais Keith Lowe dans un livre qui se lit d’une traite mais glace le sang. Un livre qui rétablit bien des vérités cachées par les "mythes historiques" que chaque peuple, chaque pays, chacun, a fait de la guerre. Le livre fut très vite dans les hit-parades aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

Keith Lowe fait partie de ces jeunes historiens (il est né en 1970) qui ont entrepris de réécrire l’histoire européenne au vu des archives découvertes à l’Est, après la chute du communisme. Son livre brosse, en une suite de chapitres très documentés, un portrait de ce qui s’est produit en Europe, de l’ouest à l’est où l’horreur fut particulièrement grande. Pour cela, il a dû affronter d’innombrables controverses et débats qui restent très vifs. Sa thèse est qu’une guerre n’est pas finie quand un camp capitule. Il compare la Seconde Guerre mondiale à un "superpétrolier labourant les eaux de l’Europe et dont la course tumultueuse ne s’arrêta que plusieurs années après". Car, commence alors le sanglant chapitre de la vengeance sans fin, des nettoyages ethniques et des guerres civiles. La victoire de l’un est souvent la défaite de l’autre. Et la Seconde Guerre mondiale cacha de multiples enjeux locaux et ethniques qui se réveillèrent à la défaite nazie. Ce livre est une relecture nécessaire de notre passé. Il est aussi une leçon pour ce qui se passe aujourd’hui en Irak, en Afghanistan, en Syrie, au Rwanda, au Congo, en Yougoslavie dans les années 90. Où les cycles d’horreur sont aussi des cycles de vengeance sans fin.

Destruction morale

Dans les milliers d’exemples donnés par Lowe, on ne peut en citer que quelques-uns.

Les "bacchanales effrénées de nourriture, de boisson et de sexe" que firent des millions de personnes déplacées en Allemagne et qui avaient été parquées dans des camps de travail. A Hanau par exemple, des centaines de Russes burent de l’alcool industriel qui en tua 20 et en paralysa 200. Les 11 millions de prisonniers de guerre allemands qui furent traités très cruellement, en violation bien souvent de la convention de Genève, "pour que le plaisir qu’ils ont à tuer les soldats leur passe une fois pour toutes", justifiait un Américain. En Yougoslavie, 80 000 prisonniers allemands furent exécutés ou poussés à la mort. Sur les trois millions de prisonniers faits par les Russes, un tiers est mort en captivité. Les Allemands cherchaient à ne tomber qu’entre les mains des troupes de l’Ouest. Ils avaient 90 fois plus de risques d’être exécutés s’ils étaient capturés par les Russes. En Europe centrale, la vengeance fut sans retenue. Des camps de concentration allemands furent rouverts pour y placer les soldats allemands et les soumettre à des horreurs parfois semblables. Le taux de mortalité y fut de 20 à 50 % des prisonniers.

L’épuration des collaborateurs se fit souvent avec une justice expéditive. En France, on exécuta entre la fin des hostilités et la Libération, 9 000 collabos. En Italie, il y eut entre 12 000 et 20 000 tués. La vengeance à l’égard des femmes et des enfants fut particulièrement cruelle (lire ci-contre).

Keith Lowe souligne comment l’Europe, au lendemain de la guerre, était dans un état de délabrement total, avec les destructions, l’absence de structures d’Etat, la faim et la misère qui rendent les hommes fous, soucieux seulement de survivre et de se venger. Surtout, la guerre avait fait éclater toutes les barrières morales. Le vol, le viol, le crime, l’exaction de masse n’étaient plus perçus, souvent, que comme une juste réparation.

Les juifs encore victimes

L’après-guerre fut aussi l’occasion d’un nettoyage ethnique quasi généralisé. De nombreuses populations "profitèrent" de l’après-guerre pour régler des haines parfois séculaires. Et l’URSS utilisa cela avec machiavélisme pour étendre son empire.

Le sort des juifs qui avaient par miracle échappés à l’Holocauste fut dramatique. Ils furent chassés de Pologne et d’ailleurs, subirent de nouveaux pogroms qui tuèrent, rien qu’en Pologne, 1 500 juifs. On agitait à nouveau les mythes antisémites comme celui du meurtre rituel d’un enfant. Trois cent mille juifs furent forcés à l’exil, et beaucoup prirent finalement le chemin d’Israël. Les habitants qui avaient volé les biens des juifs ne voulaient plus les revoir. Une miraculée des camps revenue dans son village fut accueillie par : "Tu as eu de la chance de ne pas être restée ici, nous avons tellement souffert de la faim".

Entre la Pologne et l’Ukraine, il y eut un effrayant nettoyage ethnique. Des Polonais traitèrent des Ukrainiens de Pologne de manière cruelle pour effrayer les populations, avec des femmes tuées, énucléées, les seins coupés. Des Ukrainiens firent de même chez eux, avec les Polonais. Les nouvelles frontières dessinées par Staline amenèrent 1,2 million de Polonais d’Ukraine et de Biélorussie à émigrer vers l’Ouest. En "échange", les Polonais expulsèrent, du jour au lendemain, sept millions d’Allemands (11,7 millions avec les expulsés de Tchécoslovaquie et d’autres pays de l’Est). Ceux-ci furent parfois bloqués à la frontière allemande par les Russes et laissés pendant des semaines à leur sort, sans abri ni soins, ni nourriture, mourant en nombre. Dans Prague libéré, on imposait aux Allemands de porter, cousue sur leur vêtement, la croix gammée.

La longue nuit soviétique

On devrait ajouter les Hongrois chassés de Roumanie, et vice-versa. Les Chams albanais expulsés de Grèce, les 140 000 Turcs et Tsiganes expulsés de Bulgarie, etc. On a de la peine à imaginer les horreurs que l’homme est capable de faire. Des soldats russes crucifièrent des femmes allemandes ou les tirèrent nues derrière les chars. En Yougoslavie, les charniers furent nombreux avec parfois des personnes enterrées vivantes. On tua 70 000 collaborateurs et civils. Un témoin raconte avoir vu un Oustachi écorché vif, et pendu à une branche par ce qui lui restait de peau.

Keith Lowe raconte la terrible guerre civile en Grèce contre les communistes et, bien sûr, la manière forte et rusée avec laquelle l’URSS mit son emprise sur toute l’Europe de l’Est où par certains côtés (dans les pays baltes par exemple), la Seconde Guerre mondiale ne s’acheva que dans les années 90.

Ne pas banaliser

Dans cette œuvre d’historien, le risque serait de faire croire que les horreurs d’après-guerre compenseraient les horreurs nazies. Et qu’on pourrait mettre sur le même pied les crimes des Allemands et leurs alliés, y compris l’Holocauste, avec ce qui a suivi. C’est la manœuvre que tente souvent l’extrême droite en ce début de XXe siècle, de la Grèce à la Hongrie. Mais l’historien insiste, au contraire, pour bien distinguer les deux et ne jamais banaliser le crime nazi.

On connaît l’adage selon lequel si on oublie le passé, on est condamné à le répéter. Keith Lowe dit que le contraire est tout aussi vrai : le rappel incessant des "mythes nationaux" et des fêtes du souvenir peuvent appeler à une vengeance perpétuelle. "La vengeance d’un homme sera la justice de l’autre." D’autant que les histoires nationales font varier les chiffres. Un exemple : on estime que 60 000 à 90 000 Polonais furent tués par les nationalistes ukrainiens durant la guerre. Mais les historiens polonais multiplient ce chiffre par cinq et les historiens ukrainiens le divisent par cinq.

Pour Keith Lowe, "les faits déformés sont plus dangereux que les faits réels, Nous ne devons oublier ni les uns ni les autres et replacer les faits dans leur contexte". C’est ce que fait ce livre impressionnant qui évoque aussi fréquemment la situation belge.

"L’Europe barbare 1945-1950"
, traduit de l’anglais par Johan Frederik Hel Guedj, Perrin, 488 pp.
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MessageSujet: Italo Svevo   Jeu 23 Mai 2013, 10:14

Italo Svevo, notable et moderniste






Homme d’affaires à Trieste, il écrivit le premier roman psychanalytique. Maurizio Serra nous livre les clefs d’un personnage pour le moins déconcertant.
Trieste. La porte de l’Empire des Habsbourg sur la mer. Port franc depuis 1720, elle devint rapidement une ville multiethnique où se croisaient Italiens, Autrichiens, Slaves, Juifs, Grecs, et autres. Economiquement prospère, mais politiquement atone du fait des craintes que les menées séparatistes d’une partie des Italophones inspiraient au gouvernement de Vienne. En 1905, un Irlandais de 23 ans, fuyant Dublin, y décrocha un poste de professeur d’anglais à la Berlitz School. James Joyce, car c’est de lui qu’il s’agit, y vivra plus de onze ans, y éleva ses deux enfants, et y écrivit une partie de son célèbre roman "Ulysse".

Un jour, un homme d’affaires, 46 ans, Ettore Schmitz, s’inscrivit à son cours. L’histoire littéraire en est restée marquée. Né en 1862 dans une famille juive de commerçants en verrerie, Schmitz était fou de littérature, mais la faillite financière de son père l’obligea à trouver un emploi à la filiale triestine de l’Union Bank. Il y restera dix-neuf ans. Il trompa son ennui en publiant des comptes rendus dans des journaux locaux, en jouant la partie du 2e violon dans un quatuor d’amis, en fréquentant la bohème artistique de la ville. Au chevet de sa mère mourante, il rencontra une cousine fortunée. Ils se marièrent en 1896.

Ayant publié sans succès, sous le pseudonyme d’Italo Svevo, un roman intitulé "Une vie", puis un deuxième, "Senilita", sans plus de succès, il renonça officiellement à la littérature. Il accepta un emploi dans la prospère usine de peinture pour coques de navires de ses beaux-parents. Et voyagea dès lors beaucoup pour affaires en Europe, créant même une filiale de la firme en Angleterre. C’est pour perfectionner son anglais qu’il s’était inscrit à l’Ecole Berlitz.

Une amitié personnelle et littéraire se noua entre les deux hommes. Un jour, timidement, Svevo donna ses deux romans à lire à Joyce, qui s’en montra emballé. Mais il faudra la guerre de 1914, qui le réduira à une demi-oisiveté forcée dans une Trieste bientôt assiégée et bombardée par l’armée italienne, pour qu’il se remette à l’écriture. Il écrivit alors "La Conscience de Zeno", autoanalyse d’un homme de 57 ans depuis son enfance. Cette fois, le miracle s’accomplit.

Nous sommes en 1923. Svevo envoie un exemplaire de son roman à Joyce, qui vit alors à Paris où "Ulysse" a paru l’année précédente. Celui-ci alerte aussitôt Valéry Larbaud et quelques autres figures littéraires parisiennes. Leurs articles éveillent à leur tour une nouvelle génération d’écrivains et de critiques italiens. Le succès s’élargit bientôt à l’Espagne, l’Allemagne, l’Angleterre. Mais, le 13 septembre 1928, Svevo meurt au lendemain d’un banal accident de voiture. Il n’aura guère joui d’une reconnaissance si longtemps attendue. Aujourd’hui, il est un des écrivains les plus lus de son temps.

Ainsi donc, tandis qu’il assiste à la destruction de l’empire habsbourgeois et à l’avènement du fascisme italien, Svevo a créé un personnage qu’un de ses premiers admirateurs, Benjamin Crémieux, comparait à "une sorte de Charlot bourgeois triestin", perpétuel vaincu de la vie mais toujours rebondissant. Ce personnage est évidemment Svevo lui-même, mais observé avec l’ironie d’un Musil décrivant "L’Homme sans qualités" et avec la supposée finesse d’un psychanalyste. Freud l’avait d’ailleurs intéressé mais sans le convaincre de se soumettre lui-même à une analyse. Sans doute, nous aurait-elle privé d’un chef-d’œuvre !

Ne mettons pas Italo Svevo sur le même pied que Proust, Joyce, Musil ou Kafka, écrit son plus récent biographe, Maurizio Serra : "Chacun de ces maîtres est seigneur dans ses terres et ne paie pas de tribut à des voisins qui sont des égaux. Svevo est le fruit géographiquement excentrique mais conséquent d’une lignée d’esprits qui découvrirent vers 1914 que le surhomme est un mirage ou une idole plâtrée".

L’essai de Maurizio Serra est la plus pénétrante étude sur Svevo qu’on puisse lire en français. Ambassadeur d’Italie auprès de l’Unesco, auteur d’ouvrages passionnants sur le futuriste Marinetti, le légendaire Malaparte, le trois frères ennemis Drieu la Rochelle-Aragon-Malraux, il nous donne cette fois les clefs pour mieux comprendre un homme qui mena une apparente vie bourgeoise de notable provincial tout en cultivant un moi secret et rebelle qu’il livrera dans "La Conscience de Zeno".

Que de refoulements dans son existence - son goût pour l’écriture, son métier d’industriel, son silence sur ses racines juives, sa soumission à son impérieuse belle-mère Olga, sa conversion au catholicisme pour complaire à sa femme alors qu’il était agnostique, son abstention de toute prise de position politique, sous l’administration autrichienne comme sous le fascisme triomphant - et pourtant quelle capacité de rester lui-même, de trouver dans l’humour et l’auto-dérision des armes contre la désespérance ou la neurasthénie, de renouer triomphalement dans sa vieillesse avec sa vocation littéraire !

Dans son livre, Maurizio Serra déploie une immense culture bibliographique sur fond de l’histoire de Trieste avant et pendant les deux guerres mondiales. Au final, il compare Svevo au "ridicule animal debout, épouvanté par l’énorme nature hostile qui l’entourait", tel que Svevo décrivait le premier homme dans son "Apologue du Mammouth". Ridicule, peut-être, mais debout. Et qui pourrait s’écrier comme Falstaff, à la fin de l’opéra de Verdi : "Tutto nel mondo è Burla !" - Tout dans le monde n’est que farce ! N’est-ce pas le dernier mot de tout stoïcisme ?

Italo Svevo ou l’Antivie Maurizio Serra Grasset 396 pp.,
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MessageSujet: Georges Moustaki   Jeu 23 Mai 2013, 11:06




Georges Moustaki est né le 3 mai 1934 à Alexandrie, en Egypte, de parents juifs grecs originaires de Corfou. Giuseppe Mustacchi, de son vrai nom, vit dans un environnement multiculturel le poussant longtemps plus tard à se définir lui-même avec sa « gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec ». Passionné de chanson et de littérature française, il débarque à Paris en 1951. Il fait d’abord de petits boulots (journaliste puis barman) avant de voir Brassens sur scène. Il fréquente le milieu et, en 1958, rencontre Edith Piaf pour qui il écrira « Milord ». Après une brève liaison avec Piaf qui le lance véritablement, il écrira pour Yves Montand, Barbara et surtout Serge Reggiani.

« Le métèque » deviendra un tube en 1968, faisant de lui, définitivement, un interprète reconnu. Il passera sa vie à tourner autour du monde, subjuguant un public séduit par sa simplicité et son naturel. En 1989, Moustaki publiait son autobiographie, Les fils de la mémoire. A cette occasion, il nous avait raconté ses débuts à la Rose Noire, Petite rue des Bouchers à Bruxelles, nous parlant de Piaf et Brassens bien sûr mais aussi, de façon plus inattendue de Jeanne Moreau, Henry Miller, Fayçal, Kreiski ou le shah d’Iran qu’il avait rencontrés.

En 2009, il révèle sur scène, à son public, ses problèmes de santé, notamment respiratoires. C’est d’ailleurs de maladie pulmonaire qu’il décédera ce 23 mai à Nice. Il venait d’avoir 79 ans.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mer 26 Juin 2013, 09:52





Toute poésie part d’une année zéro, la sienne,
porteuse aussi d’une longue histoire, de l’Histoire
comme destruction. Voilà pourquoi il y a peu de poètes,
et encore moins de poésie.

Aldo Zargini
Né dans une famille juive de Turin, Aldo Zargani a été comédien et a longtemps travaillé pour la RAI, où il a occupé des fonctions administratives de 1954 à 1994. Il vit à Rome depuis 1976 avec sa femme Elena.
Il a publié en 1995 un livre fort remarqué Per violino solo dans lequel il évoque son enfance dans les années sombres de l'Italie fasciste entre 1938 et 1945, l'enfance d'un « enfant effrayé et indigné1. » Ce livre a été traduit en français, en anglais, en allemand et en espagnol.
Aldo Zargani estime avoir fait deux expériences déterminantes dans sa vie: la première est celle d'une enfance juive dans l'Italie des lois raciales, la seconde, à l'âge de 61 ans, l'écriture et la publication d'un livre, Per violino solo, qui pour revenir à la première, fait appel à une mémoire désormais lointaine, parfois infiniment précise, parfois conduite comme malgré elle sur les chemins de la fiction.
C'est ce rapport au passé et à la vérité, presque expérimental, qui confère à ce livre, sa force unique, au-delà même de l'humour et de la grande vigueur littéraire de l’auteur. Trois de ces nouvelles, toutes inédites en italien, ont été publiées en 2008 chez Alidades, sous le titre de L'Odeur du lac.

Pour violon seul : mon enfance dans l’en-deçà, 1938-1945
de Aldo Zargani
Editeur : Eclat
RÉSUMÉ DU LIVRE
Depuis que le père de l'auteur est renvoyé de l'orchestre de la Radio diffusion italienne, du fait des lois raciales anti-juives, l'enfance d'Aldo Zargani se déroule entre les déménagements à la sauvette, les errances tragi-comiques d'une ville à l'autre, sans que jamais l'espoir de retrouver la lumière ne soit perdu. L'auteur relate les premiers émois amoureux, la peur, l'amour des proches.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mer 26 Juin 2013, 10:47

merci soussou, on a encore plein de découvertes à faire !
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mer 26 Juin 2013, 10:51

je suis ce fil avec attention et je te remercie ma Soussou kado tu nous apprends tant de choses intéressantes
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Jeu 27 Juin 2013, 08:51





" Je me suis imaginé que Vermeer était fasciné par le mystère de la naissance et de la croissance - une croissance très lente, presque statique - d'une perle. Elle grossit et mûrit pendant des années dans la coquille autour d'un noyau grand comme un grain de sable, à une vitesse qu'il est permis d'appeler temps arrêté. " Le journal de Gustaw Herling est une suite de contemplations et de pauses sur l'art, la littérature, le mal, la politique. Promenades dans une Italie intemporelle, de Venise à Capri, en passant par Sienne, Parme et surtout Naples où il vit depuis une quarantaine d'années. On entendra dialoguer Henry James, Stendhal, Flaubert et tant d'amis ou de maîtres polonais. On s'arrêtera devant les chefs-d'œuvre de Rembrandt, du Caravage, de Ribera, de Vermeer. On tentera de comprendre le rôle de l'écrivain sur terre.

Gustaw Herling-Grudziński
(né le 20 mai 1919 à Kielce, mort à Naples le 4 juillet 2000) est un écrivain, essayiste, journaliste, critique littéraire et rescapé du goulag polonais.

Né à Kielce dans une famille juive assimilée, il commence des études de philologie à Varsovie avant que la guerre n’éclate et qu’il ne fonde, le 15 octobre 1939, une des toutes premières organisations de résistance polonaise, le PLAN (Polska Ludowa Akcja Niepodleglosciowa [Action du Peuple Polonais pour l’Indépendance]).
Arrêté par le NKVD, la police politique soviétique, en mars 1940, transféré dans un goulag à Jercewo. Il fera le récit de sa captivité dans Un autre monde (Londres, 1951).
Il est libéré en janvier 1942 par l’amnistie qui fait suite aux accords Sikorski-Majski. Il intègre l’armée du général Anders en mars de la même année. Il y rencontre les futurs collaborateurs de la revue Kultura, Jerzy Giedroyc, Jozef Czapski, Zofia et Zygmunt Hertz.
Il participe à la direction de la revue à ses débuts aux côté de Jerzy Giedroyc.
De 1952 à 1955 il travaille pour la Radio libre de Munich, puis, en 1955, il retourne en Italie. Résidant à Naples, il est le correspondant en Italie pour Kultura.
Il épouse la fille de Benedetto Croce après la guerre.




Les amoureux de la littérature dite sérieuse, si tant est qu'une telle catégorie jouisse d'une quelconque pertinence, les férus de textes relatant, par exemple, l'inimaginable souffrance d'un emprisonnement à vie sous le grand ciel froid et vide du Goulag (que vécut l'auteur,   dans les camps de concentration nazis ou les geôles moisies et puantes de Pol Pot, les impénitents de l'expérience aussi rapidement vécue que platement transposée dans un livre sonnant creux ne comprendront pas vraiment comment, et encore moins tenteront-ils de savoir pourquoi l'écrivain de l'effrayant Un monde à part (publié en 1951 en anglais et traduit en français en... 1995) a décidé, après cet ouvrage, de n'écrire plus que de la fiction tout en rédigeant certes un somptueux journal dont n'existe en France aucune édition complète.
Et une fiction qui paraît d'autant plus creuser le sol meuble et profond de la littérature, s'enfoncer dans son labyrinthe infini qu'elle ne craint jamais de consulter des centaines d'ouvrages érudits avant de relater quelque vieille histoire à peine croyable, les anciens auraient écrit quelque relation ou chronique très précisément documentées, d'épidémie fulgurante de peste ou de possession démoniaque qui nous semblent ainsi rigoureusement conformes à ce que la réalité aurait pu inventer en guise d'histoires grotesques et sérieuses.
Et une fiction d'autant plus libre de convoquer les seuls prestiges de l'imagination que, selon Gustaw Herling lui-même interrogé par Édith de la Héronnière, «Notre siècle est un siècle du Mal» et que nous ne sommes pas près de l'éradiquer à la faveur de quelque prophylactique révolution et triomphe du nouvel homme communiste ou nazi puisque «le Mal ne périt pas», puisque «les possédés du Mal le transmettent aux autres» (2), dans une espèce de communion des saints inversée popularisée, en littérature, par Barbey d'Aurevilly puis Bernanos.
Ayant donné au Mal, qu'il majuscule d'ailleurs à dessein , une importance remarquable, Herling fait de la littérature l'un des moyens les plus puissants dont les hommes disposent pour tenter de sonder les profondeurs du mystère d'iniquité. D'abord, c'est, selon lui : «l'Église, le christianisme, [qui] ne veu[len]t pas comprendre le Mal», qui ont même «peur de le comprendre. C'est pour cela que pendant très longtemps on a défini le Mal — ce qui, selon moi, est stupide — comme absence de Bien» . C'est dans un texte de fiction intitulé Beata, Santa que Gustaw Herling précise sa conception de la littérature en tant qu'outil de forage : «L'essentiel, c'était — et ça demeure — le Mal en soi. Je ne sais plus à quel écrivain célèbre on doit cette affirmation que la littérature est une méditation sur la mort. J'y ajouterais : et sur la puissance du Mal. Dans les deux cas, la littérature s'efforce de comprendre l'incompréhensible, saisir l'insaisissable, éclairer si peu que ce soit le «noyau des ténèbres». Mais le plus souvent, en littérature, tout se passe comme si une ligne de démarcation distincte séparait la vie de la mort, le Bien du Mal. Alors que pour moi l'important — si difficile à pénétrer —, c'est, et ça a toujours été, la zone limite, la «ligne d'ombre» de Conrad, la survie immobile au milieu d'éléments aux aguets. La mort accessible à l'expérience immédiate n'existe pas, elle n'existe pas hors des limites de la vie. Le Mal n'est pas au loin, en dehors des frontières du Bien. Ici règne la loi de l'osmose»
De fait, Herling, dans ses meilleurs récits comme La Tour publié en 1958, privilégiera la pure et inventive osmose de la littérature même si, je l'ai écrit, ses textes fictionnels sont toujours admirablement documentés, pour décrire les jeux troublants par lesquels les personnages, dont on croyait un premier temps l'identité solidement établie, tous comme les époques séparées pourtant par le gouffre de plusieurs siècles, tremblent comme s'il s'agissait de mirages et paraissent se confondre. Le thème du double est bien évidemment un des poncifs de la littérature s'intéressant aux manifestations du démoniaque, comme l'illustre, entre bien d'autres titres, l'excellent roman d'Hoffmann intitulé Les élixirs du diable ou les non moins passionnantes Confessions du pécheur justifié de James Hogg. Mais, si Hoffmann tentera, à nos yeux bien inutilement, de rendre compte par une explication purement rationnelle des confusions engendrées par la spécularité démoniaque, Gustaw Herling en revanche n'aplanit aucune difficulté, ne dénoue ni même n'explique : il reste dans la littérature pure, en dépit même des fins étais borgésiens qui lui permettent de soutenir la construction savante de ses histoires apparemment vraies. En grand écrivain, Herling ne fait rien de plus que nous donner à voir, il montre l'enchevêtrement prodigieux des êtres et des destinées.
Dans L'île qui date de 1959, Herling écrit : «Tel est le lien mystérieux qui unit les destinées humaines : d’un nœud enserrant le cou il devient une corde de salut; l’ombre même de la faute se dissipe peu à peu, puis elle disparaît avec le temps, quand la main tendue ne rencontre plus que sa propre ombre» (6). C'est évidemment affirmer que, comme Joseph Conrad et Cristina Campo qui a préfacé d'ailleurs L'île et La Tour en y décelant le parfait et savant enchâssement, dans «une même trame sans couture» de «trois thèmes entrelacés» et «l'incessante fusion de tous les éléments dramatiques du récit» , l'histoire, pour Gustaw Herling, n'est qu'un leurre si on lui suppose une quelconque progression. L'histoire, au contraire, est perpétuelle gyre ou, selon Bruno Pinchard commentant Giambattista Vico, «cycle du sens» , retour non point à l'événement identique, donc au point mort mais nouveau passage fécondant sur une orbe qui ne cesse de s'élargir. Ainsi, bien que nous ne puissions pas, à l'évidence, affirmer que l'histoire est progrès pour Herling, du moins n'est-elle pas pure stagnation et répétition paralysante et délétère du même, enfermement dans le désespoir de la redite, pétrification qui attend les deux personnages de La Montagne morte de la vie de Michel Bernanos. Chaque passage de la charrue dans un sillon révèle de nouvelles profondeurs qu'il faudra plus tard ensemencer. C'est d'ailleurs le sens que l'écrivain confère à l'existence d'une mystérieuse statue de pierre jadis contemplée par le narrateur lorsqu'il était enfant : il n'y a pas de progression en ligne droite, cette dernière est même rigoureusement inconcevable et la marche qu'il nous faut accomplir, puisqu'il n'y a pas de chemins, est elle-même infinie. C'est pourtant l'Apocalypse qui dévoilera le sceau des mystérieuses affinités qui nous ont guidés tout au long de ce chemin où l'arrêt est interdit : «Il est en effet permis de supposer que dans son tourment infini, le pèlerin de la Sainte-Croix parviendra un jour au but, et n’y parviendra jamais, car s’il y parvenait, tout ce qu’il gagnerait en récompense de sa persévérance ce serait que, simultanément avec la clarté du salut, il verrait le feu suprême l’engloutir, lui et la terre entière» .
Cristina Campo, lectrice aussi profonde qu'instinctive, admirait Gustaw Herling. Sans doute trouvait-elle dans ses fictions la concrétisation impeccablement littéraire de ses propres aspirations : une progression attentive à la nature, aux gestes les plus infimes des anciens, aux rites oubliés magnifiés par les poètes et les rituaires désuets, une avancée qui ne soit pas l'embardée aussi grossière que destructrice des modernes mais, en inscrivant son parcours sinueux dans la trame d'un passé magnifiquement restauré, un chemin qui ne mène le lecteur nulle part, si ce n'est à la croisée insoupçonnable de sa vie et de l'art, cette fine pointe que Cristina Campo soupçonnait être la part réservée, le trésor enfoui de l'enfance et des contes.
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