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 Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants

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soussou
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MessageSujet: Elias Jacques Canetti   Mar 02 Juil 2013, 14:23





Elias Jacques Canetti
, fils d'une famille juive séfarade, naît en 1905 dans la ville de Roustchouk (actuellement Roussé) sur la rive sud du Danube en Bulgarie à la frontière roumaine. Ses parents, Jacques Elias (Elieser) Canetti et Mathilde née Arditti, sont issus tous deux de familles de commerçants juifs séfarades fortunés.
De nombreuses nationalités, ethnies et langues se croisaient dans cette région. Canetti lui-même, dans le premier tome de son autobiographie, le commente : « (...) et l'on pouvait entendre parler sept ou huit langues dans la journée. Hormis les Bulgares (...), il y avait beaucoup de Turcs (...) et, juste à côté, le quartier des séfarades espagnols, le nôtre. On rencontrait des Grecs, des Albanais, des Arméniens, des Tziganes. Les Roumains venaient de l'autre côté du Danube (...). Il y avait aussi des Russes, peu nombreux il est vrai. ». À la lumière de son œuvre, on comprend que cette multitude de cultures est symbolique d’un état d’esprit européen avant la lettre chez Canetti et a en fait présagé de son futur cursus culturel à travers l’Europe. La première langue qu’il parle en famille est l’espagnol des séfarades : le ladino.
Bien que la Bulgarie obtienne son indépendance totale vis-à-vis de l’Empire ottoman en 1908, Canetti conservera la nationalité turque. Deux frères naissent en 1909 et 1911, respectivement Nissim et Georg.
En 1911, la famille déménage en Grande-Bretagne à Manchester pour que son père puisse rejoindre l’affaire florissante montée par deux de ses beaux-frères suite au décès de l'un d'eux. Puis en 1912, c’est la subite mort du père de Canetti à l’âge de 31 ans. Après ce traumatisme, les Canetti décident de déménager à Vienne en Autriche; ils s'arrêtent en chemin à Lausanne en Suisse, pour quelques mois : c’est là que Mathilde prodigue à son fils, de manière très coercitive, ses premières leçons en langue allemande, uniquement utilisée auparavant entre elle et son mari. L'allemand, si l'on tient compte de toutes les langues parlées dans la famille, n'arrive qu'en cinquième position dans l'éducation du jeune Elias. Il s'agit pourtant de sa deuxième « langue maternelle » stricto sensu. C'est uniquement avec cette langue qu'il bâtira son œuvre, et il lui restera fidèle en tout temps, même en exil.
En 1916, les Canetti quittent l’Autriche et s’établissent à Zurich en Suisse : Elias va passer la plus marquante partie de son adolescence dans cette ville avec laquelle il tissera des liens singuliers. Rapidement et pour des raisons de santé, Mathilde retourne à Vienne et son fils aîné reste seul à Zurich, confié à un pensionnat de jeunes filles (où il est l’unique garçon), afin de pouvoir mener à terme ses études au Gymnasium (lycée). Il passera en 1924 son Abitur (baccalauréat) à l’issue de trois années scolaires passées à Francfort, en Allemagne. À cette époque, c’est déjà le monde de l’art et de la littérature qui le séduit, mais sa famille le presse de suivre un cursus universitaire sérieux.
On sait Canetti fort préoccupé par la connaissance que pouvaient apporter les premiers mythes de l'humanité. Poursuivant ma lecture des Années anglaises, j'avoue que tel article paru dans The Independent le 11 juin, ne laisse pas de me fasciner et fait écho en somme aux intuitions les plus profondes de l'auteur, même si nous ne savons encore rien de la langue parlée par la civilisation première, j'ai envie d'écrire : primesautière, dont il est fait mention dans ce papier.
En 1947, Canetti écrivait significativement (Le territoire de l’homme , Le livre de poche, coll. Biblio, 1998) : «Pour moi, les mythes signifient plus que les mots. Par cela, je diffère profondément de Joyce. Mais j’ai aussi une autre façon de respecter les mots. Leur intégrité m’est presque sacrée. […] En tant que poète, je vis encore au temps d’avant l’écriture, au temps des appels». Et encore, cette fois dans les Notes de Hampstead (Le Livre de poche, coll. Biblio, 1999) : «Les noms : de tous les mots, les plus énigmatiques. Une intuition, qui me poursuit depuis des années et provoque en moi un trouble grandissant, me dit que l’élucidation de leur nature réelle nous livrerait la clé de l’Histoire. […] Il est évident que tout mythe se rattache au nom. Dans le mythe, le nom est encore frais [c'est moi qui souligne]. Dans les religions, il s’épuise en se démultipliant. Les grandes religions représentent le plus énorme épuisement de noms qu’on puisse imaginer, tout en leur restant liées même dans cet état d’extrême dilution».
Elias Canetti, Les années anglaises


Après les trois volets de son autobiographie - La langue sauvée, Le flambeau dans l'oreille et Jeux de regard -, Elias Canetti, prix Nobel de littérature et témoin majeur du XXe siècle, s'est penché sur ses " années anglaises ". Rassemblée et ordonnée après sa mort en 1994 à l'instigation de sa fille, cette suite fragmentaire et inachevée de l'" Histoire d'une vie " mêle journal intime et galerie de portraits. Emigré à Londres dès 1939 avec sa femme Veza, Canetti se fait le témoin de l'Histoire et brosse un brillant panorama de la vie britannique pendant et après la guerre. De l'aristocrate au balayeur des rues, il observe avec curiosité les mœurs et le caractère des Anglais, peinant lui-même à s'intégrer dans ce monde dont il dénonce la suffisance et la froideur sous le masque de la courtoisie. Gens de lettres, savants, historiens, politiciens sont croqués avec une causticité redoutable, comme T.S. Eliot, Iris Murdoch ou Margaret Thatcher. Mais Canetti côtoie également, avec plus de bonheur Kokoschka, Bertrand Russell ou Anna Mahler, et se fait une poignée d'amis précieux, Anglais ou Viennois émigrés comme lui. Outre leur intérêt documentaire, ces réflexions et ces portraits reflètent la personnalité profonde et secrète de l'auteur de Masse et puissance, œuvre majeure dont il entreprend la rédaction à Amersham pendant le Blitz.




Peu de choses, dans cet ouvrage, sur les noms, leur pouvoir étrange car, hormis quelques savoureuses anecdotes sur des personnages anglais célèbres (comme le rire démoniaque de Bertrand Russell, la hargne avec laquelle Kathleen Raine cherche à gravir les échelons de la société, encore l'intelligence d'Enoch Powell et un portrait au vitriol d'Iris Murdoch, ancienne maîtresse de l'auteur), la lecture de ces Années anglaises posthumes n'est pas d'un intérêt fondamental pour le lecteur familier des principaux ouvrages de Canetti. L'ouvrage, selon Jeremy Adler qui en a écrit une éclairante postface, constitue un «véritable panorama de la vie anglaise», dont les trous et les béances, que Canetti acceptait comme le témoignage du nécessaire inachèvement de toute vie (et, de façon remarquable, de toute vie de créateur), avaient pour charge secrète de triompher de la mort de l'auteur, en obligeant le lecteur à accepter de ne point tout savoir et, partant, à admettre qu'il en savait moins que le rusé fantôme de l'écrivain. Il est étonnant tout de même de constater la facilité avec laquelle Canetti, exilé à Londres dès 1939 et jusqu'en 1971, a pu sans trop de peine fréquenter tout ce que l'Angleterre comptait d'intelligences et de célébrités, comme T. S. Eliot, l'immense poète pour lequel il n'a jamais de mots assez durs (ainsi parle-t-il des «crachats d'un raté» à propos des vers d'Eliot), alors que ses goûts littéraires (et peut-être aussi son amitié, qu'il ne mentionne guère) allaient vers un autre poète, Dylan Thomas. A le lire, lui, le pauvre écrivain allemand dont seulement quelques lecteurs anglo-saxons passionnés connaissaient à l'époque son roman, Autodafé (Die Blendung), il semblerait tout de même qu'il ait pu devenir le centre d'attraction des raouts les plus prisés, un peu à la façon dont George Steiner, dans Errata, évoque lui aussi ses prestigieuses amitiés, dont quelques-unes si je ne m'abuse étaient bien connues de Canetti (comme Bertrand Russell). Je ne puis résister au plaisir de noter (p. 53) cette remarque borgésienne dans les entrelacements qu'elle suppose : «Il [H. N. Brailsford] s'intéressait alors à tout ce qui avait trait aux Balkans mais aussi aux juifs d'Espagne et avait acheté à vil prix sur un barrow l'ancienne édition (XVIIe siècle) de l'histoire des Turcs, de Rycent. Cet ouvrage est d'une grande importance parce qu'il contient une biographie de Sabattai Zevi écrite à son époque. Brailsford m'offrit ce livre pour la seule raison que j'étais juif d'origine espagnole. C'était l'ouvrage le plus ancien de ma bibliothèque et il valait sûrement une fortune. Je l'offris plus tard à Gershom Scholem lorsqu'il me rendit visite à Hampstead.»
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rotko
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 02 Juil 2013, 14:34


Elias Canetti parle de Masse, comme Michelet du Peuple, Tocqueville de la Démocratie ou Spengler des Cultures. Et comme ces grands devanciers auxquels il fait souvent penser, l'auteur s'empare d'une intuition brutale, profonde, et commence par s'abandonner à la révélation d'une évidence - la conjuration panique de tout ce qui, en l'homme, menace de la détruire, et d'abord l'inconnu - pour élaborer progressivement une théorie des rapports qui unissent les phénomènes de masse à toutes les manifestations de la puissance.

Mais quel contemporain des guerres mondiales et des révolutions, des fascismes et du national-socialisme, ne sentira à quel point cette intuition nourrie de forte érudition anthropologique et psychanalytique s'enracine au plus intime, au plus charnel des bouleversements du siècle ?


J'ai lu ce livre, et j'en conserve un très bon souvenir : il sert à décrypter le monde et les oeuvres littéraires. Une lecture profitable car elle donne un coup de projecteur à la lumière duquel on examine différemment le pouvoir, notamment. J'avais trouvé des échos avec le livre de Steiner, dans le chateau de barbe bleue chez Folio essais.
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soussou
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 02 Juil 2013, 14:50

A propos de Sabbataï Zevi dont parle Canetti
par Olivier Rota
La beauté du diable. Portrait de Sabbataï Zevi, présenté, annoté et traduit du yiddish amstellodamois du XVIIIème siècle par Nathan Wienstock, Paris, Honoré Champion, "Bibliothèque d’études juives", 2011, 271 p

L’ouvrage se compose de deux parties.

La seconde partie est la traduction commentée d’une chronique rédigée entre 1711 et 1718 par Leyb ben Ozyer : un homme d’influence de la communauté juive amstellodamoise, qui fut mêlé aux événements entourant le mouvement sabbatéen. Chronique fortement documentée, reposant sur de nombreux témoignages et quelques lettres originales, elle fait état de l’émergence des prétentions messianiques de Sabbataï Zevi et de la manière dont son mouvement se déploya à travers la partie orientale du bassin méditerranéen. Le chroniqueur insiste fortement sur les connaissances kabbalistiques hors pair de Sabbataï Zevi et sa capacité de séduction incroyable, mais surtout sur les mécanismes d’hystérie collective qui ont permis le succès de son mouvement. Captivant, le récit, suit les évolutions du mirage messianique jusqu’à la conversion de Sabbataï et au-delà.

La seconde partie de l’ouvrage est infiniment éclairée par la première, qui précise le contexte du mouvement sabbatéen. Nathan Wienstock resitue le mouvement à la fois dans la longue tradition des oppositions juives au judaïsme rabbinique et dans la tradition encore plus longue des messianismes contestataires. Il en montre aussi la pérennité, en soulignant les liens entre le mouvement sabbatéen et le messianisme de Jacob Frank. L’antinomisme, la conception paradoxale de la rédemption par le péché, les liens entre messianisme et kabbale, et de manière plus large les éléments propres au nihilisme sabbatéen, sont analysés un à un, permettant ainsi au lecteur de rentrer dans la complexité d’un phénomène de masse inouï.
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mahiwan
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Dim 07 Juil 2013, 13:13

Toujours aussi intéressant soussou ! merci !
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rotko
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Dim 14 Juil 2013, 16:06



clic !
 

Sur la scène intérieure: Faits
de Marcel Cohen
 
168 pages chez  Gallimard.
 
Marcel Cohen avait 7 ans lorsque la concierge l' a dissuadé de rentrer chez lui avec sa bonne : la police était chez eux. Il assista donc du trottoir au départ de sa famille vers les camps. Les objets rappellent  les absents, comme cette gourmette, pour sa soeur Monique, déportée à 6 mois.
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 15 Juil 2013, 10:54

Soussou, je suis comme Mahiwan et Rotko, je ne rate pas un épisode ! Je suppose que c'est un travail important de recherches respect merci:kado: 
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soussou
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 06 Aoû 2013, 15:57




David Rosenmann-Taub est né le 3 mai 1927 à Santiago du Chili dans une famille d’origine juive émigrée de Pologne. Poète et compositeur de musique contemporaine, il étudie la philologie hispanique à l’Université et publie, à l’âge de 22 ans, son premier recueil, Cortejo y Épinicio, qui suscite l’engouement de la critique. Après le coup d’état de 1973, il quitte le Chili, voyage en Amérique latine et en Europe, puis s’installe aux États-Unis où il poursuit dans la discrétion une œuvre exigeante, originale et profonde, qui fait de lui l’une des grandes voix méconnues de la poésie contemporaine.

Il enregistre un grand nombre de ses compositions pour piano. Parmi celles-là: Abecechedario (Abécédaire), Morir para Nacer (Mourir pour Vivre) et Fuegos Naturales (Feux Naturels).
Il rassemble la collection de ses propres dessins exécutés au cours de sa vie, dont la série Alarde (Parade), et La Bofetada (La Gifle). Il continue à dessiner.
Il écrit d’abondance. Il révise le second, le troisième et le quatrième volume de Cortejo y Epinicio, La Mañana Eterna (Le Matin Éternel), et les douze volumes de Los Despojos del Sol. Il prépare une édition de El Cielo en la Fuente avec ses propres commentaires, et un livre de commentaires sur une sélection de ses poèmes, qui est en train d’être traduit en anglais et en français. Ses oeuvres poétiques, quand elles seront publiées dans leur totalité, compteront plus de quarante volumes.

En 2000, Corda, fondation à but non lucratif, est créée pour préserver, disséminer, et étudier l’oeuvre de Rosenmann-Taub.

En 2002, LOM ediciones publie une nouvelle édition de Cortejo y Epinicio (Volume I) ; en 2003, El Mensajero (Le Messager), Volume II de Cortejo y Epinicio ; en 2004, El Cielo en la Fuente et La Mañana Eterna (Le Ciel dans la Fontaine et Le Matin Eternel) en un seul volume, et País Más Allá (Pays Au Delà) ; en 2005, Poesiectomía (Poésiectomie) ; en 2006, Los Despojos del Sol, Anandas I et II (Les Restes du Soleil), et En un lugar de la Sangre (Dans un lieu du Sang), recueil accompagné d’un CD et d’un DVD; en 2007, Auge (Expansion) ; en 2008, Quince (Quinze), livre de commentaires par l’auteur sur quinze de ses poèmes, avec un CD dans lequel il les lit ; en 2011, La Opcíon (L’Option), volume III de Cortejo y Epinicio.

Traductions de son oeuvre et anthologies :

Italie : E poi, il vento, Andrea Lippolis Editore, anthologie bilingue de Sabrina Costanzo (2010)
Espagne : Me incitó el espejo, DVD Ediciones, anthologie de Álvaro Salvador et Erika Martinez (2010)
India: Quince, Kaurab editions, Kolkata, traduit en Bengali par Subrahnsu Banerjee (2010)
Mexique : El horizonte cruza la casa, Collección “La Abeja De Perséfone”, anthologie de Victor Toledo (2011)
France : Cortège et Épinicie, Éditions Bruno Doucey, édition bilingue de Cortjeo y Epinicio I, traduction de Luc Brébion (2011)
Argentina : Multiverso, Editorial Mansalva, anthologie de Jorge Monteleone (2012)

David Rosenmann-Taub est un vrai poète qui vit au milieu d'un monde dans lequel chaque apparition est doté d'un sens symbolique, ce qu'il fait, un peu contre son gré, le frère de ces innombrables actions, des moutons pour le serpent.

La poésie s'est engagé poésie engagée, sans aucun doute. Attachée à la douleur de vivre, commis à la solidarité de la douleur. Entendre ce cri:

Man lèche ... la terre et la terre tombe à l'homme.
L'homme pénètre dans la terre.
Et le cri de la terre humidifie le front de l'homme.

La terre avec sa profonde cavité
Lit de lumière,
prépare sommeil.
Nous devons dormir du sommeil de la terre
Vous devez dormir.
Dormant.
Appuyer sur la terre
un emplacement de front.
Serrer les ongles et la bouche et de la soif
la cascade terres du son
sa boîte turbulent
navigation de paix.

Comme cri de l'eau, le temps entre la terre des os.
Va être endormi.
Il se demande si la saleté goût de rêve.
Et le dormeur ne sait pas s'il faut dire
"I"
ou de se taire ...

[La parade nuptiale et Epinicio, première édition: LXVII de poème.]


Oscillant entre l'acceptation et le rejet radieux plein d'horreur, mais c'est la bonne attitude du poète et mystique.

Ce lyrisme de l'agonie est très proche de notre cœur.

Poésie amère et déchirante de David Rosenmann-Taub, proie, aujourd'hui, de toutes les angoisses de l'avenir.
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soussou
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 06 Aoû 2013, 16:07

J'ai remarqué que même la meilleure musique n'est composée que selon un seul point de vue et je me suis toujours demandé, « pourquoi pas deux ou trois ? ». L'art est précisément l'expression d'une volonté d'échapper à cette subjectivité limitée. Comment être plus objectivement subjectif et plus subjectivement objectif ? L'idée de « variations » manifeste implicitement l'intention de dire la même chose selon un autre point de vue. Dans le roman, cet effort d'échapper à la limitation de la subjectivité, de regarder le même sujet selon différents angles, a été mis en oeuvre par Proust : « Aujourd'hui, je ne suis pas la même personne que celle que je serai demain, et ce que je pense aujourd'hui n'est pas exactement ce que je pensais hier. » Comment s'approcher de cette vérité ? Je veux au moins tourner autour du sujet et ne pas l'observer uniquement sous un seul angle. La détermination d'arriver à ce résultat peut aussi être constatée dans le domaine de la peinture; c'est bien clairement le cas des autoportraits de Rembrandt, où il semble dire : « Le sujet de ce portrait change, non seulement extérieurement, mais aussi intérieurement. » Ceci a été l'une de mes motivations.


Si j'écoute un morceau de Beethoven, la Appassionata par exemple, je pense : « Oui, c'est vrai, lundi après-midi de trois à quatre heures. Mais que se passe-t-il à cinq heures ce lundi-là ? Le dirait-il de la même façon ? Et que penserait-il de ça un an plus tard? »

Un angle, qu'il soit grand ou petit, n'est qu'un angle. Pourquoi pas plusieurs angles ? Au moins peut-on s'y efforcer ! Je peux tourner autour d'une sculpture ; je ne la regarde que d'un côté et voilà ! Ce n'est pas comme ça qu'on regarde une sculpture ou quelqu'un. Comment dire que je connais quelqu'un si je suis en sa présence seulement pendant une minute ? Quelle que soit la profondeur de cette minute, je ne peut pas prétendre que je connais cette personne entièrement. Pourquoi ne pas rester avec cette personne une autre minute ou une autre journée ? Ces dernières années, j'ai composé de la musique comme de la sculpture sonore, traitant du même sujet sous de nombreux angles. Que je sache, personne d'autre ne s'est lancé dans une telle entreprise.


David Rosenmann-Taub
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mer 07 Aoû 2013, 05:15

merci, ma Soussou  toujours aussi intéressante, cette rubrique. Elle donne tellement à réfléchir....respect 
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Lun 02 Sep 2013, 17:22



Devoir de mémoire
Spécial Poche. Avec ses 400000 Juifs, le ghetto de Varsovie fut entre 1940 et 1943 le plus important d’Europe et celui que nous connaissons le mieux, grâce au réseau Oyneg Shabbos dont Samuel D. Kassow rapporte l’incroyable histoire.

Clandestinement, il a produit plus de 30000 pages de témoignages et d’analyse. Son objectif : comprendre le fonctionnement du ghetto, conserver le souvenir de ses habitants, mais aussi recueillir des preuves pour confondre les coupables au sortir de la guerre.

Comment un tel réseau a-t-il pu exister, parmi tant d’autres priorités ? Pour le savoir, Samuel D. Kassow retrace le parcours de son coordonnateur, l’historien Emmanuel Ringelblum, très engagé dans les débats qui secouent la communauté juive de Pologne. L’auteur fait retentir les voix des enfants des rues, des provinciaux déplacés, des mères qui franchissent le mur au péril de leur vie. Peu à peu, le fol espoir de survivre disparaît. En historien sérieux, Ringelblum inventorie ses archives avant de les enterrer. Parmi elles, le testament d’un étudiant : «Ce que nous avons été incapables de crier au monde, nous l’avons enfoui sous la terre… Nous avons accompli notre mission. Puisse l’histoire en témoigner pour nous.»
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Dim 06 Oct 2013, 14:29




Jacqueline de Chambrun est née le 20 décembre 1920 à Casablanca (Maroc), où ses parents, Marthe et Henri Retourné, de condition modeste, sont venus s'établir. Son père est un rescapé des tranchées de 14-18, sa mère une couturière. Le couple, imprégné des valeurs de la "sociale", se sent en décalage avec la mentalité coloniale. A l'âge de 16 ans, Jacqueline manifeste en faveur des Républicains espagnols, dont elle vivra la défaite comme "un effondrement" en même temps qu'un catalyseur de sa conscience politique. En 1938, ses excellents résultats scolaires lui font obtenir une bourse d'études, en faculté de médecine, à Montpellier (Hérault). Après la défaite, d'abord absorbée par ses cours, elle reçoit son deuxième choc "fondateur" en se dressant contre l'antisémitisme dont étaient victimes, de la part d'une majorité des étudiants, trois de ses condisciples. Ayant échoué à rejoindre le Maroc, elle devient résidente d'un foyer protestant où fermente l'hostilité au nazisme et se fait remarquer par sa participation à "des trucs d'étudiants".

"LIEUTENANT NOËLLE"

Elle est recrutée en décembre 1942 par le réseau Combat et affectée au service social, chargé d'aider les familles des résistants. C'est dans ce cadre qu'elle rencontre son futur mari : Gilbert de Chambrun, jeune diplomate et chef régional de l'armée secrète. En juillet 1943, grâce à la solidarité d'autres résidents du foyer, l'étudiante réussit à s'enfuir quand la Gestapo vient l'arrêter. Après un passage à Paris, elle devient responsable du service social du réseau Combat à Marseille, puis à Lyon où, en janvier 1944, elle échappe encore aux coups de filets de l'occupant.

Sous le nom de "Lieutenant Noëlle", elle est incorporée comme médecin, au maquis du Mont Mouchet (Haute-Loire), le plus important de France après celui du Vercors. Après son écrasement en juin 1944 par les troupes allemandes, elle rejoint un autre maquis qui se consacre au sabotage des trains avant d'appuyer les troupes alliées dans la libération du sud de la France.

LES BORDS DU RHIN

En août 1944, elle défile à Montpellier dans les rangs des vainqueurs, mais terminera la guerre sur les bords du Rhin (elle refuse d'aller plus loin pour ne pas "occuper" à son tour), comme médecin dans le 81ème régiment d'infanterie, commandé par Gilbert de Chambrun. Elle se marie avec ce dernier – le couple aura quatre enfants – en 1945, l'année où il est élu député de la Lozère à l'Assemblée constituante. Il siègera dix ans au Palais-Bourbon, dans les rangs "Républicains et résistants", puis "Républicains progressistes" (une formation à mi-chemin entre les radicaux et les communistes).

Ce grand résistant sera aussi dans les années 1950 vice-président du Mouvement de la paix et longtemps, jusqu'en 1983, maire de Marvejols. Il est mort en 2010, à l'âge de 100 ans. A la fin des années cinquante, à 38 ans, Jacqueline de Chambrun décide de reprendre ses études de médecine et devient pédiatre. Toujours engagée à gauche mais jamais encartée ni inféodée, elle développe une conception militante de son métier.

"PORTEUSE DE LUMIÈRE"

Sous son impulsion est créé en 1968 le premier centre de protection maternelle et infantile (PMI) de Seine-Saint-Denis, dont elle sera le médecin responsable pendant dix-neuf ans. Liant prévention, éducation, soutien aux familles, elle en fait un modèle dans la profession. Très mobilisée sur le terrain des bidonvilles où se concentrent à l'époque les populations immigrées, elle milite aussi à partir des années 1970 en faveur de la contraception et de l'avortement et ouvre des consultations avec le Planning familial.

Le 28 février 1987, elle prend sa retraite de médecin. Le 1er mars, elle est déjà bénévole au Secours populaire français, dont elle deviendra administratrice. Cette organisation, à l'annonce de sa mort, a salué son parcours "porté par le courage, l'audace, les valeurs humaines les plus nobles et essentielles". Pour l'association des psychologues de la petite enfance et pour le syndicat des médecins de PMI, " les associations, les services pour l'enfance, les luttes des femmes perdent une porteuse de lumière".

Luc Cédelle
Journaliste éducation au Monde

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soussou
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Mar 08 Oct 2013, 17:30

Des témoignages de survivants d'Auschwitz désormais en ligne

Il y a dix ans, l'Institut Fritz Bauer avait déjà publié des témoignages écrits, disponibles désormais en ligne.
Les témoignages de survivants de l'holocauste et de gardiens d'Auschwitz peuvent être désormais écoutés sur des archives audios disponibles en ligne depuis lundi, cinquante ans après le premier procès consacré à ce camp nazi d'extermination.

L'Institut Fritz Bauer, centre de documentation indépendant basé à Francfort, a mis en ligne des centaines d'heures de témoignages sur les horreurs du camp d'Auschwitz --installé dans l'actuelle Pologne-- où entre 3 et 4 millions de personnes (dont un million de juifs) périrent pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il y a dix ans, l'Institut Fritz Bauer avait déjà publié des témoignages écrits, disponibles désormais en ligne à l'adresse  www.auschwitz-prozess.de.
Le premier processus d'Auschwitz, renouvellement le plus grand et le plus important juridique de l'holocauste commençait sous les yeux de l'opinion mondiale le passé allemand devant la justice en hiver 1963. Devin Pendas raconte à la base d'une vaste recherche de sources l'histoire de ce procédé(procès) qui divisait le public et auquel non seulement 22 auteurs NS, mais encore le passé allemand passaient en jugement. Beaucoup d'années devaient passer jusqu'à ce qu'un ministère public allemand commence(initialise) pour la première fois les recherches globales contre les crimes après la guerre qui avaient été faits dans le camp de destruction Auschwitz. Cela devait devenir le plus grand proces pénal de l'histoire d'après-guerre allemande. Médecins de SS et inspecteurs de camp étaient accusés. Centaines de témoins étaient entendus. On vendait aussi le soutien de Hitler par les cercles étendus de la population allemande, Evincant et le fait de rappeler - et non finalement sur la vie difficile celui qui avaient survécu à l'holocauste. Devin Pendas indique, comme la société de la République fédérale allemande était confrontée dans ce proces(procès) à l'holocauste. Son livre informe eindrücklich de la salle de cour d'assises de Francfort, des auteurs(responsables) comme la victime reçoivent un visage par sa représentation riche en détail. Une pièce de l'histoire allemande à laquelle le droit à ses frontières tombaient.
Les témoignages du premier procès des vingt gardiens d'Auschwitz qui a eu lieu à Francfort entre 1963 et 1965, gardés dans les archives de la ville, comprennent aussi bien ceux des survivants se souvenant des horreurs endurées que des accusés rejetant toute culpabilité.

L'un des témoins, Otto Wolken, déporté et médecin à Auschwitz, se souvient ainsi de l'arrivée de ceux qui étaient envoyés directement dans les chambres à gaz --parmi eux de nombreuses femmes avec leurs enfants-- et du sort des autres, condamnés à travailler.

"Ceux qui avaient au départ semblé chanceux parce qu'ils avaient été choisis pour travailler, mourraient dans la peur après une terrible agonie et d'horribles tortures", avait raconté M. Wolken, âgé de 60 ans lors de son témoignage devant la Cour.

"Il est dur de dire qui a eu le meilleur sort. Car même ceux qui ont survécu ont vécu dans la peur toute leur vie", avait-il ajouté.

Les Soviétiques délivrèrent le 27 janvier 1945 les déportés d'Auschwitz-Birkenau, ce camp nazi d'extermination aménagé à partir de mai 1940.

source La libre.
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soussou
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Ven 01 Nov 2013, 20:18

Des objets d'art, peut-être volés par les nazis, identifiés dans les musées néerlandais

ARTS VISUELS Les noms des propriétaires d'origine ont pu être retrouvés pour 61 objets.
Une enquête néerlandaise a identifié 139 oeuvres d'art qui pourraient avoir été volées ou confisquées par le régime nazi entre 1933 et 1945, dont "beaucoup" appartenaient à des Juifs, a annoncé mardi l'Association des musées néerlandais. "L'enquête a montré que 139 objets avaient une histoire potentiellement problématique", a indiqué l'Association dans un communiqué ajoutant que "de nombreux objets d'art appartenaient à des Juifs".

Au total 162 musées ont participé à l'enquête. Les 139 objets identifiés viennent de 41 musées différents. Il s'agit de 69 peintures, 24 dessins, 31 objets décoratifs, 13 objets rituels juifs et 2 sculptures. Parmi ces oeuvres se trouvent un tableau de l'artiste français Henri Matisse et un tableau du Russe Vassily Kandinsky.

L'annonce des résultats de l'enquête coïncide avec le lancement d'un site internet (www.musealeverwervingen.nl) répertoriant ces objets et leur histoire, dans l'espoir de recevoir de l'aide pour trouver des informations manquantes à leur sujet.

"L'enquête sur les +Acquisitions muséales à partir de 1933+ touche au coeur de ce que les musées font : étudier leurs collections et raconter l'histoire au public", a déclaré le directeur de l'Association des musées néerlandais, Siebe Weide, cité dans un communiqué.

"Cela n'a pas été une tâche facile, mais les musées ont toujours été conscients de l'intérêt de l'enquête. Le fait que beaucoup de temps a passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ne devrait pas être une raison de ne pas effectuer une enquête", a ajouté la même source.

Les noms des propriétaires d'origine ont pu être retrouvés pour 61 objets. "Dans les cas où cela est possible, les musées essayeront de prendre contact avec les familles ou les héritiers des propriétaires d'origine", a souligné l'Association des musées néerlandais.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    Sam 02 Nov 2013, 06:41

On comprend que les résistants français aient voulu mettre à l'abri les oeuvres d'art, du Louvre, notamment. c'est le thème du radeau d'Antoine Choplin edition de la fosse aux ours, 150 p.environ, un récit bien mené, et qui porte des valeurs.
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MessageSujet: Re: Artistes d'Europe,d'origine juive et les résistants    

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