Forum littérature, roman, polar, poésie, théâtre, BD, SF, auteurs et livres du monde entier sur le forum littéraire et tous les arts, cinéma, peinture ...

Une table conviviale pour parler des livres, des spectacles, et goûter aux plaisirs des mots.
 
AccueilPortail*FAQIndex auteursS'enregistrerGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Pauvres et gueux des bas quartiers

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
soussou
pilier


Nombre de messages : 14224
Date d'inscription : 25/02/2007

MessageSujet: Pauvres et gueux des bas quartiers   Mar 19 Fév 2013, 10:33


L’évolution d’un regard fantasmé sur les bas-fonds des sociétés modernes.

Sous la vie des gens prétendument normaux, il en existe une autre. Ancrée depuis longtemps, beaucoup plus profondément, dans les caries et anfractuosités de nos sociétés, elle s’incarne dans une faune au regard sombre, aux mines fuligineuses, aux airs décavés. Qui est celle, pêle-mêle, des galériens et des forçats, des prostituées et des filous, des portefaix et des pickpockets, des rémouleurs et des étameurs, des malades, des mendiants et des vagabonds. En somme, le vaste monde des pauvres.

Ce maudit petit peuple des bas-fonds constitue une "classe d’hommes vils et méprisables", écrit Émile Littré en 1863, longtemps après les dictionnaires de Furetière (1690) et de l’Académie française (1798). Tandis que Pierre Larousse, plus sensible que Littré aux mécanismes sociaux et moraux qui engendrent la bassesse, décrivait bientôt par contraste une "classe d’hommes dégradés par le vice et la misère".

Cette méticuleuse investigation sur les bas-fonds due à Dominique Kalifa (photo), professeur à la Sorbonne, à Sciences Po et à la New York University, auteur par ailleurs de nombreux livres sur l’histoire du crime, des transgressions et de la culture de masse, renvoie toujours à des cours des Miracles, des asiles de nuit, des dépôts de mendicité, des bagnes; soit des bas quartiers qui plongent leurs racines dans ce que Balzac nommait la "caverne sociale".

Au début des Temps modernes encore, l’oisiveté étant pour lors source de tous les désordres, cette population est frappée d’un ostracisme moral qui attribue fondamentalement son état à la misère, au vice et au crime. Dans "Les Mystères de Rouen", en 1845, le romancier Octave Féré résume ainsi : "La misère a donc commencé leur malheur à tous. Le vice est arrivé après, le crime n’était pas loin."

Une sociologie balbutiante commence alors d’évoquer les "classes dangereuses", et les "bas-fonds" se répandent sous la plume de Proudhon, Eugène Sue, Constant Guéroult, Henry Monnier ou Victor Hugo dans ses "Misérables". Tandis que l’univers anglo-saxon à la même époque parle d’underworld, notamment lors de l’affaire de Jack l’Éventreur en 1888, qui désigne un lieu clandestin "voué au crime, à la débauche ou au complot". L’Allemagne de même énonce le concept d’Unterwelt.

Dès la fin du Moyen Âge, en vérité, la représentation sémantique des marginaux attise les peurs sociales. Il y est question d’abord de "mauvais pauvres", puis de la "gueuserie". Les gueux étant à la fois des indigents et des coquins, l’expression d’une pauvreté sale et vile, fourbe et délinquante. Sur laquelle vient bientôt se greffer la luxure, la culture occidentale empruntant de fait à la tradition biblique les références à Sodome, Rome et Babylone comme symboles absolus de la perversion sexuelle et des mœurs dissolues.

Après l’avènement en 1656 de l’Hôpital général de Paris, sous l’impulsion de Louis XIV, la décision en 1764 d’envoyer les mendiants aux galères représente évidemment un considérable tournant répressif. "Tout un réseau d’institutions d’enfermement est alors jeté sur l’Europe", insiste Dominique Kalifa.

Aussi est-ce dans cette emprise croissante de l’État sur l’individu que le philosophe Michel Foucault, en sa très fameuse "Histoire de la folie à l’âge classique", situera l’inauguration des systèmes de discipline moderne. On en est également, à ce moment-là, aux temps précurseurs de la psychiatrie, quand les premiers médecins aliénistes Pinel et Esquirol entreprennent enfin d’isoler les troubles mentaux en tant que tels.



Les bas-fonds. Histoire d’un imaginaire Dominique Kalifa Seuil 395 pp
Revenir en haut Aller en bas
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Pauvres et gueux des bas quartiers   Mar 19 Fév 2013, 10:47

bon sujet !

La Cour des miracles désignait, sous l'Ancien Régime, des espaces de non-droit composés de quartiers de Paris ainsi nommés car les prétendues infirmités des mendiants qui en avaient fait leur lieu de résidence ordinaire y disparaissaient à la nuit tombée, comme par miracle1. En réalité, aucun d’eux ne souffrait réellement d’un quelconque handicap.

Venus des campagnes pour y chercher en vain du travail, ou miséreux des villes, les plus défavorisés grossissaient les rangs des Cours des miracles au XVIIe siècle, sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV2.
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
Razorbill
Animation


Nombre de messages : 4361
Date d'inscription : 07/10/2011

MessageSujet: Re: Pauvres et gueux des bas quartiers   Mar 19 Fév 2013, 10:54

Par la suite après la fin de la seconde guerre mondiale on n'a plus voulu les pauvres et les industrieux au centre de Paris et on les a parqués dans les cités hlm de banlieue (gros travail en ce sens de Jacques Chirac Maire de Paris...) et de nos jours on s'étonne qu'il y ait des problèmes dans ces villes où les infrastructures n'ont pas suivi....

_________________
Illusion......Tout n'est qu'illusion.....Adios....
Revenir en haut Aller en bas
soussou
pilier


Nombre de messages : 14224
Date d'inscription : 25/02/2007

MessageSujet: Re: Pauvres et gueux des bas quartiers   Mar 19 Fév 2013, 11:12

ces immeubles j'appelle ça des cages à lapins, on revient au temps des romans d' Emile Zola

,la misère , la criminalité et la délinquence.
Revenir en haut Aller en bas
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Pauvres et gueux des bas quartiers   Dim 24 Fév 2013, 09:09

Des sociologues se penchent sur la discrimination :

Pourquoi moi ? L'expérience des discriminations, de François Dubet, Olivier Cousin, Seuil 360 p.

Noirs, Arabes, femmes, homosexuels, pour reprendre les catégories dont usent les individus interrogés, qu'ont-ils en commun ? Les auteurs répondent à la difficulté méthodologique d'agréger des rapports différents à l'injustice en rappelant que ces personnes partagent deux sentiments : la certitude d'être discriminable et "l'incertitude d'être discriminé", une perception qui, soulignent-ils, "fait toute la différence de charge mentale, toute l'asymétrie entre ceux qui sont discriminables et ceux qui ne le sont pas".


l'enquête rend compte de la différence entre stigmatisation et discrimination : les femmes, par exemple, sont discriminées dans leur parcours professionnel mais peu stigmatisées. Inversement, Sandy, qui se présente comme Noire et comme "grosse", a tout pour être stigmatisée mais elle se sent peu discriminée au travail. Elle ajoute : "Pour un poste d'auxiliaire de vie, je pense que les gens s'attendent à voir un Noir ou un Arabe."

l'article.
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Pauvres et gueux des bas quartiers   Mer 13 Mar 2013, 11:49




Gueux, mendiants, misérables, prostituées, criminels, aliénés, détenus, bagnards peuplent de leurs figures hideuses, pour partie réelles et pour partie fantasmées, l'envers ou les dessous de notre société. Ils en sont le repoussoir, la «part maudite», mais aussi l'une des lignes de fuite symbolique et sociale. Car s'ils disent des réalités - la pauvreté, le crime, les transgressions -, ces «bas-fonds» constituent aussi un imaginaire qui traduit tout autant nos inquiétudes et nos anxiétés que certains de nos désirs.

C'est à l'exploration de cet imaginaire que ce livre est consacré. Il montre comment les bas-fonds naissent dans l'Europe bouleversée du XIXe siècle, mais empruntent à une tradition où se mêlent les figures bibliques - Sodome, Babylone -, les mauvais pauvres de la tradition chrétienne et la cour des Miracles. Des «mystères» de Paris à l'underworld victorien, des bas quartiers de New York aux trottoirs de Buenos Aires, il décrypte la fabrique d'un regard qui n'a cessé de nous fasciner. Ces histoires qui hantent nos consciences ont-elles pris fin aujourd'hui ? Les contextes ont changé, mais les débats sur l'underclass, les images du cinéma contemporain ou la culture steampunk montrent que l'ombre des bas-fonds rôde toujours autour de nous.
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
soussou
pilier


Nombre de messages : 14224
Date d'inscription : 25/02/2007

MessageSujet: Re: Pauvres et gueux des bas quartiers   Mer 20 Mar 2013, 14:51



les glaneurs dans les rues
Deux plongent, bille en tête, entre un poulet entier, des club-sandwich au thon, des sachets de salades, des épluchures de légumes verts. On garde pour soi, chacun ses à-côtés, ou on redistribue. Regards discrets aux badauds, gestes pressés presque précis. Timides salutations, départ furtifs. Un des hommes reste pour remettre les sacs et refermer les bennes. Sous peine de bennes javellisées, sous clef ou de broyeur.
Un électricien en intérim repart sur son vélo harnaché de deux cabas pleins. Bonne récolte. « Aujourd’hui c’est pas mal, on n’est pas nombreux… Je viens une fois par mois depuis un an. Avant je travaillais mais en ce moment y’a pas trop de boulot, alors… faut bien… ». Retraités, sans-abris, rsa-istes, chômeurs, étudiants précaires ou même travailleurs se laissent tenter par la récup’ alimentaire pour meubler leur frigo à moindre frais.
Effet de la crise. De la médiatisation des mouvements anti-gaspillage aussi. Comme Freegan ou Dumpster Diving venus d’Amérique du nord.
Déposent les cagettes d’invendus au pied des arbres. Les éboueurs prennent les cartons mais laissent les pleines. « Ça partirait à la benne, autant que ça soit bouffé. La vie est dure. » Rut, espagnole au chômage venue chercher un travail de psychologue en France, se nourrit de récup’ avec ses cinq colocataires. En plus de quelques achats en épicerie. « On économise énormément ».
Un bon moyen d’allier économies et idées anti-consumériste, expliquent Erwan et Jeanne, étudiants adeptes du glanage et auteurs d’une étude universitaire sur la pratique. Ceux qui glanent par a priori, par idéologie, soulagent leur bas de laine et ceux qui le font par nécessité déplorent tout autant le gâchis.
« Tout ce qu’on peut faire comme repas avec ça, c’est inadmissible de le laisser. »
Avoir son sac à dos-lampe, sa tenue de rechange pour ne pas se salir. « Un vrai boulot », soir et horaires fixes, repérer, pister, dénicher les lieux, trouver l’info. Car ça circule vite. Au bouche à oreille.

. On évoque des « relais de bouffe » comme pour les vêtements ou un traitement public des invendus à l’instar des déchets.
Pas vraiment au goût du jour. Le gouvernement préfère rassurer (sic) les professionnels sur les problèmes sanitaires, bourse aux dons ou inciter au recyclage entre associations d’aide, commerçants et marché d’intérêt national.
Du court terme, selon Erwan et Jeanne. Le risque d’institutionnaliser la « fracture sociétale » entre riches qui peuvent gaspiller et pauvres qui mangent leurs restes. Alors même que les grandes surfaces « font assez de marge en en jetant la moitié ». Des prix moins élevés écouleraient mieux les stocks. Après, pour « vraiment lutter contre ça, c’est avec un système plus planifié des stocks ». En fonction des besoins des gens. A l’envers du marché. Et ce, avant que la grande distribution ne vende ses propres invendus. A écouter Olivier, l’avenir dans la récup’. « La plus grosse fortune du monde dans 30 ans sera quelqu’un qui aura su la gérer à un niveau très important ». Faudrait pas que les glaneurs se fassent aussi récupérer par une ordure.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Pauvres et gueux des bas quartiers   

Revenir en haut Aller en bas
 
Pauvres et gueux des bas quartiers
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Saint Cyrille, moine et Saint Méthode Evêque, commentaire du jour "Heureux vous les pauvres ; le Royaume de Dieu est à vous"
» Les quartiers chics de New York envahis
» Les pauvres plus généreux que les riches
» inspection - Claude Gueux
» Les Serviteurs des Pauvres du Tiers-Monde

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Grain de sel - Forum littéraire et culturel :: "Autres lectures" :: Sciences humaines et documents-
Sauter vers: