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 Splendeurs et misères des courtisanes

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soussou
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MessageSujet: Splendeurs et misères des courtisanes   Lun 18 Mar 2013, 10:01


La Belle Otero (1868-1965) a écrit dans ses mémoires: "Quelquefois les démons prennent des apparences d'anges..." (©Abecasis/SIPA)

Les reines du Paris 1900 ont dilapidé la vie comme l'argent (des autres). On ne rappellera pas qu'elles ont tutoyé des souverains, détruit des réputations et poussé des hommes au suicide, tout en s'amusant follement, du moins en apparence.

Nombre d'écrivains ont eux aussi succombé – en lettres – à leur charme vénéneux: Balzac le précurseur, Zolaavec «Nana»,Proust et ses demi-mondaines, d'innombrables exégètes, romanciers et biographes. On sait moins que certaines d'entre elles ont pris la plume pour nous léguer un témoignage de leur vie agitée. Si le lit de Valtesse de la Bigne trône toujours au musée des Arts Décoratifs, les livres des «horizontales» méritent-ils de sortir des étagères?
La Castiglione ouvre la voie avec un journal intime, cité par Alain Decaux dans sa biographie éponyme (Club de la Femme, 1965). N'étant pas destiné à la publication et rédigé dans un français parfois approximatif, le manuscrit de l'espionne et maîtresse de Napoléon III ne présente aucun intérêt littéraire mais nous renseigne sur la fréquence de ses rapports grâce à son alphabet codé: «b (barré) lorsqu'on l'a embrassée, f (barré) lorsqu'elle s'est donnée complètement et bx lorsqu'on s'est livré sur elle à des caresses» (p.52). Autant dire que «la plus jolie femme d'Europe» en 1850 ne compte plus les b et que ses f sont toujours de haute noblesse.

À cheval, si l'on ose dire, sur le Second Empire et le début de la Troisième République, Cora Pearl publie ses «Mémoires» (Jules Lévy, 1886) peu avant sa mort et avoue sans détour: «J'attends la publication de ce volume pour avoir quelques billets de banque» (p.2). On ne se refait pas. Déçu par l'absence de révélations croustillantes, un critique de «Lyon s’amuse» (sic) résume le 18 juillet 1886:

On croyait acheter du scandale au volume, et rien !... quelques lettres publiées sous le couvert du pseudonyme, billets doux insignifiants à formule épuisée, voilà tout.»
Cependant, pour peu que l'on décrypte l'identité de ses protecteurs (Moray pour Morny, Lassema pour Massena, etc.) et qu'on lui pardonne la manie vulgaire d'indiquer le prix du moindre bijou, la belle rousse nous récompense de quelques traits d'esprit qui font mouche:

J'ignorais jusqu'aux noms du plus grand nombre de mes convives; et c'étaient ces appétits anonymes qui me procuraient une satisfaction bien chère» (souvenir de ses réceptions fastueuses à Vichy, p.74);
des masses de femmes (…) finissaient par croire à l'amant de cœur, par leur seul désir d'y croire, confondant le masque avec le visage, le singe avec l'homme, Clichy-la-Garenne avec une forêt vierge du nouveau monde» (p.300).
On découvre aussi l'étroitesse des logements parisiens (déjà !), que se partagent avec philosophie épouses et maîtresses:

Je dînais immédiatement après elle, dans la même salle, et servie par le même maître d'hôtel. Tout en prenant mon repas, j'entendais dans le salon voisin causer la duchesse et jouer les enfants. Cela m'a toujours gênée et impressionnée»
(p.129).
Les «Souvenirs et Vie intime» de la Belle Otero (1926, rééd. Sauret 1993), interminable mélo consacré pour moitié à ses malheurs d'enfance (d'ailleurs en partie imaginaires), dévoilent aussi les vices qui causeront sa perte, notamment la passion du jeu. Outre les casinos, la danseuse andalouse semble d'ailleurs avoir fréquenté tous les lieux de perdition, d'un «bal spécial où ces ‘‘messieurs’’ étaient déguisés en Valentine de Bruges, en Diane de Chandel, en Belle Otero, etc.» (p.254) aux «bas-fonds du Caire» dont les «fenêtres de chaque étage» n'ont rien à envier aux vitrines de l'actuel Rote Viertel d'Amsterdam (p.300).

Assez discrète sur ses amants, la plus célèbre des courtisanes use d'un stratagème téléphoné pour avouer l'inavouable: c'est l'apocryphe «Journal de Betty, femme de chambre» qui nous révèle ses exploits les plus éclatants. Comme à Monte-Carlo où, lassée des «salamalecs» du personnel stylé de l'hôtel de Paris, elle lance à la «valetaille» ébahie: «Mais fichez-moi la paix avec vos barons et comtesses. Je ne suis pas une comtesse, moi, je suis la cabotine qu'on paye !» (p.174).

De fait, certains dialogues d'Otero auraient pu inspirer Audiard








Dernière édition par soussou le Lun 18 Mar 2013, 17:11, édité 1 fois
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rotko
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MessageSujet: Re: Splendeurs et misères des courtisanes   Lun 18 Mar 2013, 17:10





Roger Duchesne : Ninon de Lenclos ou La manière jolie de faire l'amour. 412 p. Fayard

Ninon de Lenclos était un esprit libre, imprégnée du courant libertin qui trouve son origine sous Louis XIV et qui se développera encore plus au siècle des Lumières. Son nom fera toujours partie de la liste des grandes courtisanes, mais elle n’était pas limitée aux histoires amoureuses. Elle reste un symbole de culture et de raffinement qui savait captiver les gens par son charme et sa bonne humeur, jusqu’à un âge avancé.

Tout sur elle.
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soussou
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MessageSujet: Re: Splendeurs et misères des courtisanes   Lun 18 Mar 2013, 18:33

Printemps 1855 : une jeune artiste de province, "monte" à Paris pour tenter sa chance. Quel fabuleux destin que celui d'Hortense Schneider ! Sa rencontre providentielle avec Jacques Offenbach lui fournit dès ses premiers pas le tremplin d'une prodigieuse carrière. Servie par un tempérament de feu, la belle Hortense fait des débuts remarqués : elle est la créatrice triomphale de " La Belle Hélène ". A la scène comme à la ville, elle devient bientôt la " Grande-Duchesse de Gerolstein ", incarnant une souveraine plus vraie que nature qui, dès lors, traite d'égale à égal avec tous les Grands de ce monde... Jean-Paul Bonami invite le lecteur à suivre la belle Hortense dans l'ambiance délicieusement frivole de la société du Second Empire où accourait toute l'Europe. La diva d'Offenbach entrait à jamais dans la légende de l'Opérette !






« Hortense Schneider fut la triomphatrice du Second Empire. Sa cour était aussi suivie que celle des Tuileries… et plus amusante. Les souverains, en visite à Paris, s'empressaient d'y accourir, aussitôt les hommages officiels rendus et venaient quêter, de la belle étoile, un sourire… et le reste. Or, comme le cœur était aussi hospitalier que la maison, « on » [Léa Silly, sa rivale] l'avait surnommé plaisamment « le Passage des Princes .
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soussou
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MessageSujet: Re: Splendeurs et misères des courtisanes   Lun 18 Mar 2013, 18:43



Il y eut aussi Phryné d'Athène





Phryné devant l'Aréopage, 1861 par Jean-Léon Gérôme (1824-1904)


Phryné est une ancienne joueuse de flute devenue prostituée (hétaïre) à Athènes au IVe siècle av. J.-C.

Elle pratique des tarifs très élevés (mais un peu à la tête du client). Elle aura pour amant (entre autres) le sculpteur Praxitèle qui l'utilisera comme modèle pour son Aphrodite de Cnide.

Elle devient riche à ce point qu'elle proposera de rebâtir les murailles de Thèbes, abattues en - 336 par Alexandre le Grand, à condition qu'on y grave l'inscription : "Détruites par Alexandre, rebâties par Phryné, l'hétaïre". L'offre aurait été refusée.

L'épisode le plus célèbre de sa vie est son passage devant l'aréopage, chargé des affaires criminelles qui faillit la condamner à mort. La raison de son procès n'est pas claire. Selon certains, elle aurait introduit le culte d'une divinité étrangère à Athènes, d'autres parlent de vol, voire de meurtre.

Toujours est-il que les choses allaient assez mal pour elle malgré le talent de son avocat et ancien amant, Hyperide. Ce dernier joue alors le tout pour le tout, déchire la tunique de la belle et exhibe sa poitrine devant l'aréopage. Retournement de situation, elle est acquittée et portée en triomphe ! (si la portée érotique de l'acte a compté dans la décision de l'aréopage, il ne faut pas non plus sous-estimer la frayeur superstitieuse liée aux pouvoirs supposées des prêtresses d'Aphrodite, les hétaïres portaient toutes ce titre)

Voilà une belle histoire, une légende peut-être, mais elle est plaisante !

Elle a inspiré les peintres Jean-Léon Gérôme (Phryné devant l'Aréopage, 1861) et Gustave Boulanger, le musicien Camille Saint-Saëns qui lui consacra un opéra (hélas oublié) en 1893, les sculpteurs James Pradier et Jean-Jules Salmson, ainsi que les poètes, Charles Baudelaire et Rainer Maria Rilke. Puis plus près de nous le cinéaste Mario Bonnard réalisa qui un film (lui aussi complètement oublié) en 1952 avec Elena Kleus.

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