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 Pablo Neruda (Chili).

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coline
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MessageSujet: Pablo Neruda (Chili).   Sam 23 Sep 2006, 13:50


Neruda est publié en français dans la collection poésie Gallimard.

No te impidas ser feliz (Ne te prive pas d'être heureux)

Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider

Il meurt lentement
Celui qui devient esclave de l'habitude
Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
Celui qui ne change jamaisde repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les cœurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque-toi aujourd’hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d’être heureux
!


Dernière édition par le Sam 23 Sep 2006, 14:03, édité 1 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Sam 23 Sep 2006, 14:00

Muere lentamente quien no viaja,
quien no lee,
quien no oye música,
quien no encuentra gracia en sí mismo.
Muere lentamente
quien destruye su amor propio,
quien no se deja ayudar.
Muere lentamente
quien se transforma en esclavo del hábito
repitiendo todos los días los mismos
trayectos,
quien no cambia de marca,
no se atreve a cambiar el color de su
vestimenta
o bien no conversa con quien no
conoce.
Muere lentamente
quien evita una pasión y su remolino
de emociones,
justamente estas que regresan el brillo
a los ojos y restauran los corazones
destrozados.
Muere lentamente
quien no gira el volante cuando esta infeliz
con su trabajo, o su amor,
quien no arriesga lo cierto ni lo incierto para ir
detrás de un sueño
quien no se permite, ni siquiera una vez en su vida,
huir de los consejos sensatos…
!Vive hoy!
!Arriesga hoy!
!Hazlo hoy!
!No te dejes morir lentamente!
!NO TE IMPIDAS SER FELIZ!


Pablo Neruda
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coline
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Sam 23 Sep 2006, 14:03

Fable de la sirène et des ivrognes


Tous ces messieurs étaient là-bas
Lorsqu'elle entra complètement nue
Ils avaient bu et commencèrent à lui cracher dessus
Elle ne comprenait rien, elle sortait à peine du fleuve
C'était une sirène qui s'était égarée
Les insultes couraient sur sa chair lisse
L'immondice couvrait ses seins d'or
Elle ne savait pas pleurer c'est pourquoi elle ne pleurait pas
Elle ne savait pas s'habiller c'est pourquoi elle ne s'habillait pas
Ils la tatouèrent avec des cigarettes et des bouchons brûlés
Et ils riaient jusqu'à tomber sur le sol de la taverne
Elle ne parlait pas car elle ne savait pas parler
Ses yeux étaient couleur d'amour lointain
Ses bras bâtis de topazes jumeaux
Ses lèvres se coupèrent dans la lumière du corail
Et tout à coup elle sortit par cette porte
À peine entra t-elle dans le fleuve qu'elle fut propre
Elle resplendit comme une pierre blanche dans la pluie
Et sans se retourner elle nagea à nouveau
Elle nagea vers jamais plus vers la mort.
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coline
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Sam 23 Sep 2006, 14:04

Fabula de la sirena y los borrachos


Todos estos señores estaban dentro
cuando ella entró completamente desnuda
ellos habían bebido y comenzaron a escupirla
ella no entendía nada recién salía del río
era una sirena que se había extraviado
los insultos corrían sobre su carne lisa
la inmundicia cubrió sus pechos de oro
ella no sabía llorar por eso no lloraba
no sabía vestirse por eso no se vestía
la tatuaron con cigarrillos y con corchos quemados
y reían hasta caer al suelo de la taberna
ella no hablaba porque no sabía hablar
sus ojos eran color de amor distante
sus brazos construidos de topacios gemelos
sus labios se cortaron en la luz del coral
y de pronto salió por esa puerta
apenas entró al río quedó limpia
relució como una piedra blanca en la lluvia
y sin mirar atrás nadó de nuevo
nadó hacia nunca más hacia morir.

Pablo Neruda
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colbrune
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Sam 23 Sep 2006, 15:31

Justement je viens de croiser ceci dans les coms d'un blog que j'aime bien, qui devrait plaire à Troglodyte aussi :



Tu me plais quand tu te tais car tu es comme absente,
et tu m'entends de loin, et ma voix point ne te touche,
On dirait que tes yeux se seraient envolés
et on dirait qu'un baiser t'aurait scellé la bouche.


Comme toutes les choses sont emplies de mon âme
tu émerges des choses, de toute mon âme emplie.
Papillon de songe, tu ressembles à mon âme,

et tu ressembles au mot mélancolie.

Tu me plais quand tu te tais et tu sembles distante
Et tu sembles gémir, papillon dans la berceuse.
Et tu m'entends de loin, et ma voix ne t'atteint pas :
laisse-moi me taire avec ton silence.

Laisse-moi aussi te parler avec ton silence
clair comme une lampe, simple comme un anneau.
Tu es comme la nuit, muette et constellée.
Ton silence est d'étoile, si lointain et si simple.

Tu me plais quand tu te tais car tu es comme absente.
Distante et endolorie comme si tu était morte.
Un mot alors, un sourire suffisent.
Et la joie que ce ne soit pas vrai, la joie m'emporte.

Pablo Neruda - Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée


Ce blog: http://lecturesalurelure.skynetblogs.be/


Dernière édition par colbrune le Jeu 21 Déc 2006, 23:34, édité 2 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Jeu 21 Déc 2006, 21:10

Matériel Nuptial

Debout comme un cerisier sans écorce ni fleurs,
particulier, enflammé, avec veines et salives,
et doigts et testicules,
je contemple une jeune fille de papier et de lune,
horizontale, tremblante et respirante et blanche,
ses mamelons comme deux chiffres séparés,
et la rencontre de rosier de ses jambes où
cille son sexe aux cils nocturnes.

Pâle, débordant,
je sens se noyer des mots dans ma bouche,
des mots comme des enfant noyés,
et vogue et vogue, les dents comme des navires,
et les eaux et la latitude comme des arsins.

Je la placerai comme une épée ou un miroir,
et j'ouvrirai jusqu'à la mort ses jambes craintives,
et je mordrai ses oreilles et ses veines,
et je la ferai reculer les yeux fermés
sur un fleuve épais de sperme vert.

Je l'inonderai de coquelicots et d'éclairs,
je l'envelopperai de genoux, de lèvres, d'aiguilles,
je la pénétrerai de parcelles d'épiderme pleurant
et d'angoisses de crime et de cheveux trempés.

Je la ferai fuir en s'échappant à travers ongles et soupirs,
vers l'impossible, vers le néant,
grimpant à la moelle lente et à l'oxygène,
s'agrippant à des souvenirs et des raisons
comme une seule main, comme un doigt coupé
agitant un ongle de sel désemparé.

Elle doit courir en dormant sur des chemins de peau
dans un pays de colle cendreuse et de cendre,
luttant avec les couteaux, et les draps, et les fourmis,
et avec des yeux qui tombent en elle comme des morts,
et avec des gouttes d'une noire matière glissante
comme des poissons aveugles ou des balles d'eau grosse.

Pablo Neruda
(Résidence sur la terre)
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coline
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Jeu 21 Déc 2006, 21:12

Swallow, tu n'aurais pas la version espagnole de Matériel Nuptial?
Je ne la trouve pas...
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swallow
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Jeu 21 Déc 2006, 21:48

MATERIAL NUPCIAL

De pie como un cerezo sin cáscara ni flores,
especial, encendido, con venas y saliva,
y dedos y testículos,
miro una niña de papel y luna,
horizontal, temblando y respirando y blanca
y sus pezones como dos cifras separadas,
y la rosal reunión de sus piernas en donde
su sexo de pestañas nocturnas parpadea.

Pálido, desbordante,
siento hundirse palabras en mi boca,
palabras como niños ahogados,
y rumbo y rumbo y dientes crecen naves,
y aguas y latitud como quemadas.

La pondré como una espada o un espejo,
y abriré hasta la muerte sus piernas temerosas,
y morderé sus orejas y sus venas,
y haré que retroceda con los ojos cerrados
en un espeso río de semen verde.

La inundaré de amapolas y relámpagos,
la envolveré en rodillas, en labios, en agujas,
la entraré con pulgadas de epidermis llorando
y presiones de crimen y pelos empapados.

La haré huir escapándose por uñas y suspiros,
hacia nunca, hacia nada,
trepándose a la lenta médula y al oxígeno,
agarrándose a recuerdos y razones
como una sola mano, como un dedo partido
agitando una uña de sal desamparada.

Debe correr durmiendo por caminos de piel
en un país con cuchillos, y sábanas, y hormigas,
y con ojos que caen en ella como muertos,
y con gotas de negra materia resbalando
como pescados ciegos o balas de agua gruesa.



trouvé là :http://amediavoz.com/neruda.htm

On voit la difficulté de la traduction dans une autre langue:
"je sens se noyer des mots dans ma bouche,
des mots comme des enfant noyés"
En espagnol, 2 verbes différents : "Hundir" et "Ahogar" evitant la lourdeur de la repetition.
siento hundirse palabras en mi boca,
palabras como niños ahogados
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swallow
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Jeu 21 Déc 2006, 21:59

MATERIAL NUPCIAL

De pie como un cerezo sin cáscara ni flores,
especial, encendido, con venas y saliva,
y dedos y testículos,
miro una niña de papel y luna,
horizontal, temblando y respirando y blanca
y sus pezones como dos cifras separadas,
y la rosal reunión de sus piernas en donde
su sexo de pestañas nocturnas parpadea.

Pálido, desbordante,
siento hundirse palabras en mi boca,
palabras como niños ahogados,
y rumbo y rumbo y dientes crecen naves,
y aguas y latitud como quemadas.

La pondré como una espada o un espejo,
y abriré hasta la muerte sus piernas temerosas,
y morderé sus orejas y sus venas,
y haré que retroceda con los ojos cerrados
en un espeso río de semen verde.

La inundaré de amapolas y relámpagos,
la envolveré en rodillas, en labios, en agujas,
la entraré con pulgadas de epidermis llorando
y presiones de crimen y pelos empapados.

La haré huir escapándose por uñas y suspiros,
hacia nunca, hacia nada,
trepándose a la lenta médula y al oxígeno,
agarrándose a recuerdos y razones
como una sola mano, como un dedo partido
agitando una uña de sal desamparada.

Debe correr durmiendo por caminos de piel
en un país con cuchillos, y sábanas, y hormigas,
y con ojos que caen en ella como muertos,
y con gotas de negra materia resbalando
como pescados ciegos o balas de agua gruesa.



trouvé là :http://amediavoz.com/neruda.htm

On voit la difficulté de la traduction dans une autre langue:
"je sens se noyer des mots dans ma bouche,
des mots comme des enfant noyés"
En espagnol, 2 verbes différents : "Hundir" et "Ahogar" evitant la lourdeur de la repetition.
siento hundirse palabras en mi boca,
palabras como niños ahogados
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Utopie
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Mer 13 Juin 2007, 17:57

ODE À LA BICYCLETTE


J’allais sur le chemin crépitant :
le soleil s’égrenait comme maïs ardent
et la terre chaleureuse était un cercle infini
avec un ciel là-haut, azur, inhabité.

Passèrent près de moi les bicyclettes,
les uniques insectes
de cette minute sèche de l’été,
discrètes, véloces, transparentes :
elles m’ont semblé simples mouvements de l’air.

Ouvriers et filles allaient aux usines,
livrant leurs yeux à l’été,
leur tête au ciel, assis
sur les élytres des vertigineuses
bicyclettes qui sifflaient passant
ponts, rosiers, ronces
et midi.

J’ai pensé au soir, quand les jeunes se lavent
chantent, mangent, lèvent un verre de vin
en l’honneur de l’amour et de la vie,
et qu’à la porte attend la bicyclette,
immobile parce que son âme
n’était que de mouvement,
et, tombée là, elle n’est pas
insecte transparent qui parcourt l’été,
mais squelette froid
qui seulement retrouve un corps errant
avec l’urgence et la lumière,
c’est-à-dire avec la
résurrection de chaque jour.

Pablo NERUDA
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Moon
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Mar 17 Juil 2007, 09:00

Ivre de longs baisers, ivre des térébinthes,
je dirige, estival, le voilier des roses,
me penchant vers la mort de ce jour si ténu,
cimenté dans la frénésie ferme de la mer.

Blafard et amarré à mon eau dévorante
croisant dans l'aigre odeur du climat découvert,
encore revêtu de gris, de sons amers,
et d'un triste cimier d'écume abandonnée.

Je vais, dur, passionné, sur mon unique vague,
lunaire, brusque, ardent et froid, solaire,
et je m'endors d'un bloc sur la gorge des blanches
îles fortunées, douces comme des hanches fraîches.

Mon habit de baisers tremble en la nuit humide
follement agité d'électriques décharges,
d'hébraïque façon divisé par des songes
l'ivresse de la rose en moi s'est déployée.

En remontant les eaux, dans les vagues externes,
ton corps jumeau et qui se soumet dans mes bras
comme un poisson sans fin s'est collé à mon âme
rapide et lent dans cette énergie sous les cieux.

(Vingt poèmes d'amour et une chanson desespérée)
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Moon
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Ven 20 Juil 2007, 11:47

Neruda a écrit:
Toutes les îles du monde sont les filles du vent


Mais je ne sais plus d'où ça vient et impossible de retrouver cette citation sur internet... scratch
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Utopie
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Lun 23 Juil 2007, 22:45

Je prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète
et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :

dans ma patrie
on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun de vous ne pense à moi.
Pensons plutôt à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique: je veux que viennent
avec moi le mineur, la fillette,
l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
Que nous allions au cinéma,
que nous sortions
boire le plus rouge des vins.

Je ne suis rien venu résoudre.

Je suis venu ici chanter
je suis venu
afin que tu chantes avec moi.
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marie chevalier
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Dim 29 Juil 2007, 08:24

Il reste que je ne suis qu'un homme, mais plusieurs vous diront quel homme j'ai été. J'ai toujours lutté pour le peuple et les droits de celui-ci de se gouverner lui-même, j'en ai frôlé la mort plus d'une fois et j'ai même dû me sauver de chez moi pour de longues années. Mais toujours j'ai écrit et aimé la vie. Mon oeuvre a fait le tour du monde et je suis devenu un symbole pour une jeunesse pleine de vie. Les élèves aimeront mon Chant général où je tente de faire sentir toute la beauté du monde. J'aime la vie et le monde. J'ai été heureux dans ma lutte incessante. Notez cher lecteur qu'un film fut fait sur mes relations avec un postier lors de mon exil en Italie, un film merveilleux de tendresse mettant en vedette Philippe Noiret: Il Postino

Neruda, Pablo (Neftali Reyes)

Le 24 septembre 1973, Pablo Neruda meurt à Santiago. Ses obsèques se déroulent en présence de l'armée: des chants jaillissent de la foule, témoignant, par-delà la mort, du pouvoir subversif de la poésie.
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clmemont
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Dim 29 Juil 2007, 10:53

LA POÉSIE

Et ce fut à cet âge... La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d'où elle surgit, de l'hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n'étaient pas des voix, ce n'étaient pas
des mots, ni le silence :
d'une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était là
et me touchait.
Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j'écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l'ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l'univers.
Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l'instar, à l'image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l'abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent.

(Mémorial de l'île Noire, 1964) Le lune dans le labyrinthe
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Amarande
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Mar 11 Sep 2007, 08:18

Moon a écrit:
Neruda a écrit:
Toutes les îles du monde sont les filles du vent


Mais je ne sais plus d'où ça vient et impossible de retrouver cette citation sur internet... scratch

... du recueil La Rose détachée, que justement j'ai lu dernièrement, probablement au moment où tu postais ce message, Moon


L'Île


Toutes les îles de la mer sont les filles du vent.

Ici pourtant, le couronné, le vent vivant, le premier vent,
a fondé sa maison et replié ses ailes pour y vivre :
du coeur de Rapa Nui la minuscule il a réparti ses domaines,
il a soufflé, inondé, révélé ses dons
vers le ponant, vers le levant, vers l'espace homogène
pour instaurer finalement des germes purs,
pour que finalement surgissent les racines.



Le recueil commence par :


J'introduis mon thème

Vers Pâques, l'île des présences,
me voici parti, rassasié de portes et de rues,
chercher ce que là-bas je n'ai jamais perdu.
Janvier le sec
présente une allure d'épi :
sa clarté jaune pend au sol chilien,
pourtant, ce mois la mer finit par l'effacer
et je pars à nouveau, pour revenir un jour.

Statues que la nuit a construites
et égrenées en cercle clos
pour n'être vues que de la mer.

(J'ai voyagé pour les reprendre, les dresser
dans ma demeure disparue.)

Et ici, entouré de présences grisâtres,
de spatiale blancheur, de mouvement
bleu, d'eau marine, de nuages, de pierre,
je recommence à vivre les vies de ma vie.


(chez Poésie/Gallimard)
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xian
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Jeu 18 Oct 2007, 07:23

Citation :
Toutes les îles de la mer sont les filles du vent.

Serait-ce donc pour cela que tant d'hommes veulent courir les îles ?
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plume
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Sam 27 Oct 2007, 05:49

L’INSECTE

« De tes hanches à tes pieds
Je veux faire un long voyage.
Moi, plus petit qu’un insecte.
Je vais parmi ces collines,
elles sont couleur d’avoine
avec des traces légères
que je suis seul à connaître,
des centimètres roussis,
de blafardes perspectives

Là se dresse une montagne.
Jamais je n’en sortirai.
Ô quelle mousse géante !
Et un cratère, une rose
de feu mouillé de rosée !

Par tes jambes je descends
en filant une spirale
ou dormant dans le voyage
et j’arrive à tes genoux,
à leur ronde dureté
pareille aux âpres sommets
d’un continent de clarté

Puis je glisse vers tes pieds
Et vers les huit ouvertures
de tes doigts, fuseaux pointus,
tes doigts lents, péninsulaires,
et je tombe de leur haut
dans le vide du drap blanc
où je cherche, insecte aveugle
et affamé ton contour
de brûlante poterie ! »

EL INSECTO

« De tus caderas a tus pies
quiero hacer un largo viaje.

Soy más pequeño que un insecto.

Voy por estas colinas,
son de color de avena,
tienen delgadas huellas
que sólo yo conozco,
centímetros quemados,
pálidas perspectivas.

Aquí hay una montaña.
No saldré nunca de ella.
Oh qué musgo gigante!
Y un cráter, una rosa
de fuego humedecido!

Por tus piernas desciendo
hilando una espiral
o durmiendo en el viaje
y llego a tus rodillas
de redonda dureza
como a las cimas duras
de un claro continente.

Hacia tus pies resbalo,
a las ochos aberturas
de tus dedos agudos,
lentos, peninsulares,
y de ellos al vacío
de la sábana blanca
caigo, buscando ciego
y hambriento tu contorno
de vasija quemante
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rotko
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Sam 27 Oct 2007, 06:12

merci plume !

voila qui va bien avec l'odeur de la papaye verte. et un imaginaire amoureux.
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plume
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MessageSujet: Pablo Neruda   Jeu 24 Jan 2008, 07:15

Tu ne ressembles à personne depuis que je t'aime.
Laisse-moi t'étendre parmi les guirlandes jaunes.
Qui inscrit ton nom avec des lettres
de fumée parmi les étoiles du Sud ?
Ah laisse-moi me souvenir comment
tu étais alors, quand tu n'existais pas encore. [...]
Maintenant, maintenant aussi, petite,
tu m'apportes du chèvrefeuille,
et jusqu'à tes seins en sont parfumés.
Pendant que le vent triste galope en tuant des papillons
moi je t'aime, et ma joie mord ta bouche de prune.
Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,
à mon âme esseulée et sauvage, à mon nom que tous chassent.
Tant de fois nous avons vu s'embraser
l'étoile du Berger en nous baisant les yeux
et sur nos têtes se détordre
les crépuscules en éventails tournants.
Mes paroles ont plu sur toi en te caressant.
Depuis longtemps j'ai aimé ton corps
de nacre ensoleillée.
Je te crois même reine de l'univers.
Je t'apporterai des fleurs joyeuses
des montagnes, des copihues,
des noisettes foncées, et des paniers
sylvestres de baisers.
Je veux faire avec toi
ce que le printemps fait avec
les cerisiers.

Pablo Neruda (extrait, L'AMOUR EN RIME)
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Jeu 24 Jan 2008, 12:46

magnifique Plume ! superbe! I love you
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rotko
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Lun 07 Juil 2008, 15:22

Selon le quotidien chilien El Mercurio,un recueil de brefs poèmes inédits de Pablo Neruda, L'"Album de Isla Negra" vient d'être découvert.

ces poèmes sont dédiés à Alicia Urrutia, une des nièces de son épouse qui était la maîtresse du poète pendant les dernières années de sa vie.
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plume
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Ven 12 Déc 2008, 14:24

Fille brune, fille agile, le soleil qui fait les fruits,
qui alourdit les blés et tourmente les algues,
a fait ton corps joyeux et tes yeux lumineux
et ta bouche qui a le sourire de l'eau.


Noir, anxieux, un soleil s'est enroulé aux fils
de ta crinière noire, et toi tu étires les bras.
Et tu joues avec lui comme avec un ruisseau,
qui laisse dans tes yeux deux sombres eaux dormantes.


Fille brune, fille agile, rien ne me rapproche de toi.
Tout m'éloigne de toi, comme du plein midi.
Tu es la délirante enfance de l'abeille,
la force de l'épi, l'ivresse de la vague.


Mon coeur sombre pourtant te cherche,
J'aime ton corps joyeux et ta voix libre et mince.
Ô mon papillon brun, doux et définitif,
tu es blés et soleil eau et coquelicot.
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rotko
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MessageSujet: Re: Pablo Neruda (Chili).   Ven 12 Déc 2008, 15:49

Très beau poème, Plume, et que la traduction ne me paraît pas déflorer.
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plume
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MessageSujet: Je peux écrire les vers les plus tristes   Ven 19 Déc 2008, 07:25

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Écrire, par exemple : " La nuit est étoilée
et les astres d'azur tremblent dans le lointain. "

Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.

Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Je l'aimais, et parfois elle aussi elle m'aima.

Les nuits comme cette nuit, je l'avais entre mes bras.
Je l'embrassai tant de fois sous le ciel, ciel infini.

Elle m'aima, et parfois moi aussi je l'ai aimée.
Comment n'aimerait-on pas ses grands yeux, ses grands yeux fixes.

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Penser que je ne l'ai pas. Regretter l'avoir perdue.

Entendre la nuit immense, et plus immense sans elle.
Et le vers tombe dans l'âme comme la rosée dans l'herbe.

Qu'importe que mon amour n'ait pas pu la retenir.
La nuit est pleine d'étoiles, elle n'est pas avec moi.

Voilà tout. Au loin on chante. C'est au loin.
Et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.

Comme pour la rapprocher, c'est mon regard qui la cherche.
Et mon coeur aussi la cherche, elle n'est pas avec moi.

Et c'est bien la même nuit qui blanchit les mêmes arbres.
Mais nous autres, ceux d'alors, nous ne sommes plus les mêmes.

je ne l'aime plus, c'est vrai. Pourtant, combien je l'aimais.
Ma voix appelait le vent pour aller à son oreille.

À un autre. A un autre elle sera. Ainsi qu'avant mes baisers.
Avec sa voix, son corps clair. Avec ses yeux infinis.

je ne l'aime plus, c'est vrai, pourtant, peut-être je l'aime.
Il est si bref l'amour et l'oubli est si long.

C'était en des nuits pareilles, je l'avais entre mes bras
et mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.

Même si cette douleur est la dernière par elle
et même si ce poème est les derniers vers pour elle.

http://www.youtube.com/watch?v=7BFaNDesLSw
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