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 Salah Stétié

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soussou
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MessageSujet: Salah Stétié   Dim 14 Juil 2013, 09:15




Pourquoi un livre qui traite de la poésie – car il ne s’agit que de cela – s’intitule-t-il « L’interdit » ? Est-ce à dire que la poésie, le dire poétique et, partant, le poète risque sans cesse « l’interdit » ? Il se trouve que la poésie n’existe qu’à travers ce risque au sens où, ayant pour tâche essentielle de nommer l’innommé, elle rapporte, d’une contrée qu’il n’est pas donné à l’homme de connaître, les bribes d’une parole que quelques hommes seulement peuvent entendre. La poésie exige, pour cela, une oreille sensible aux harmonies subtiles du dire sublime de la langue. Cet être-à-l’écoute, cette oreille qu’est finalement le poète reçoit des marges du monde l’offrande d’une parole inouïe destinée à être formulée dans la langue vernaculaire des hommes. C’est pourquoi le poète est aussi celui qui, recueillant dans la vasque de son ouïe l’eau lustrale d’une parole immémoriale, doit se faire l’émissaire d’un sens et d’un message plus grand que lui en faisant ré(ai)sonner ce qui, pour lui, passe toute raison. Passeur de sens, Passeur halluciné parfois lorsque le sens déborde son être, le poète est l’ambassadeur de l’être. Ambassadeur, Salah Stétié le fut donc doublement puisqu’il occupa, à l’instar de Claudel ou de Saint John Perse, cette fonction hautement diplomatique au Pays-Bas ainsi qu’au Maroc pour le compte du Liban, son pays natal. Cette fonction politique assumée peut être pensée comme le reflet existentiel, comme l’effet de la surabondance du destin poétique qui fait sentir sa puissance jusqu’à informer le quotidien et qui semble nécessiter, dans l’ordre de l’existence mondaine donc, une correspondance.

Salah Stétié, trop peu connu du grand public au regard de l’excellence de son grand œuvre, fait partie de ces auteurs essentiels, de ces « porteurs de feu » que sont les poètes par qui l’être trouve encore, en ces temps de détresse, à dire ce qui doit être dit afin que le dialogue avec l’homme ne soit pas rompu et que quelque chose comme une histoire puisse encore parvenir à une humanité désenchantée. Aussi belle et envoûtante que sa pensée est profonde et riche, la langue de Salah Stétié témoigne d’une haute culture qui fait honneur à ses maîtres que furent le magistral Gabriel Bounoure ou encore le flamboyant Louis Massignon. Homme de deux cultures, « homme du double pays » comme il aime à le dire, homme en qui l’Orient et l’Occident se retrouvent et se fondent comme se confondent, aux limites du jour, les lumières gémellaires de l’aube et du crépuscule, Salah Stétié, en un langage où la clarté de l’expression toujours l’emporte sur la complexité du sujet traité, nous fait profiter de cette singulière et ensorcelante lumière ou sagesse que dispense chacun de ses ouvrages et qui provient de ce soleil poétique posté aux confins des horizons et à l’origine du temps. Salah Stétié, nous donnant à mieux entendre l’étrangeté du dire poétique et, nous le rendant plus familier, réussit la gageure de nous familiariser avec ce monde que nous ne comprenons plus parce que nous ne l’habitons plus vraiment, tant il vrai, comme le pensait Hölderlin, que c’est bel et bien poétiquement que l’homme habite sur la terre. En lisant les textes de Salah Stétié, où partout effleure une spiritualité à laquelle aucun athéisme ne saurait résister, on appréhende mieux l’énigmatique efficience de cette « intuition d’un ailleurs derrière le cours aventureux des choses ». Cette brève mais intense, mais dense réflexion sur l’essence de la poésie nous fait comprendre combien le poème nous est essentiel, lui qui n’est rien d’autre, au fond, que la célébration de cette « réalité réelle » dont nous parle le poète, adjoignant à la réalité l’adjectif « réel » comme pour mieux souligner que, communément, nous ne faisons pas l’expérience de cette réalité-là, la seule, au demeurant, qui soit digne d’être vécue.

Pour autant, et malgré l’excellence des explications données par Salah Stétié au travers notamment de sa très pertinente analyse des « raisons et déraisons de la poésie », l’univers poétique reste infiniment secret, comme si tous les discours que l’on pourrait former à son sujet, toutes les lectures que nous voudrions en faire, étaient comme des blessures, des ouvertures sur le texte mystérieux du poème, qui, sitôt faites, se referment aussitôt pour ne laisser pas même apparaître cette cicatrice que doit laisser toute intention d’avoir voulu rendre raison de ce qui fait question. L’éclaircissement total du sens du poème n’est pas possible et cette impossibilité-là est le signe de notre finitude. Tout se passe comme si, pénétrant toujours plus avant dans l’espace des cercles concentriques que génère, comme des ondes, le milieu de l’être, le fait de tourner autour de ce mystère – que chaque poème exprime à sa manière – devait nous situer toujours plus résolument en nous-même. Lire ou relire, comme je le fais souvent, les ouvrages de Salah Stétié, c’est se mettre à l’unisson de la poésie, c’est reprendre à notre compte et comme étant notre destin propre ce que nous croyions jusque-là inessentiel et ornemental et c’est enfin, puisqu’il est un enfant d’Orient et d’Occident capable d’invoquer aussi bien Djelal Al Din Rûmî, Ibn Arabi, Bashô que Novalis, Pascal, Baudelaire ou Heidegger, profiter d’une parole claire et pure comme cette lumière de l’aube et profonde et riche d’expérience comme celle du crépuscule. Si, toutefois, le mystère poétique dont je me suis fait, l’instant d’une chronique, le très humble émissaire, ne vous semblait que trop vague, je vous invite à méditer cette géniale sentence de Valéry : « Les hommes ont une idée si vague de la poésie que ce vague même de leur idée est, pour eux, la définition de la poésie ». Et si, en revanche, ce mystère vous aimante, c’est que vous évoluez d’ores et déjà dans l’orbe de cette « économie spirituelle de l’univers » dont nous parle Salah Stétié et pour laquelle il travaille inlassablement, amoureusement et, pourrait-on dire pour faire écho au titre de cet ouvrage, périlleusement.

Extrait :

« Ce que plus simplement je veux dire c’est que la poésie n’apparaît pas parmi les urgences que l’homme contemporain, que la société d’aujourd’hui, ressentent comme telles. Nous appartenons de plus en plus, dans le monde dit développé, à des sociétés de « divertissement » au sens pascalien du terme : or le poète est l’homme de l’ « avertissement ». En marge de la distraction universelle, il est celui qui sait et qui répète à l’envi que les formes de cette distraction, que les modes de ce divertissement passent et passeront et que l’homme, qu’il le veuille ou non, est finalement comptable de ce dont le poète, par son œuvre, n’a de cesse de rappeler l’existence : ces présences que l’homme, au fur et à mesure qu’il se spiritualise par l’usure des jours et par la transparence advenue, retrouve en lui-même et autour de lui. » Salah Stétié
NE PARLANT QU’À LA PIERRE

(très long poème de plusieurs pages
publié dans les Fiançailles de la fraîcheur,
Éditions de l'Imprimerie Nationale, 2003 ;
dont quelques strophes sont ici présentées)



Celle qui va contre le vent l’épaule courbe
Elle est nocturne avec le cheval de ses jambes
Brisant la flamme enracinée en agonie
De centre et de pur sable et de racines
Les étoiles tenant avec leurs mains la grille
Et regardant le froid tomber sur l’herbe noire
Touchée du feu, herbe aimée de la nuit vive
Sous la poussière céleste qui va s’éteindre
Puis mourir pour laisser briller l’esprit
Plus pur enfant que sa prison ses yeux de larmes
Dominant le Néant enfin néant le monde
Enfin livré à des armées passantes
Autour de la lampe restée dans la maison
Abandonnée et ne parlant qu’à sa pierre

(…)

Rêveuse est celle-là
A l’ombre du grand sable
Et son corps d’oasis est brouillé par la vent
Le lac profond de ce qu’elle est est dans la pierre
Et donne aux anges du feu leur nom de pluie
C’est ici l’oasis ô femme ô veine herbeuse
Avec l’aisselle herbue et la rivière
De ta joie forte et ce fracas d’emmêlement
De durs roseaux absolus par le désir
Ardeur de ces roseaux majeurs rompant la femme

Je salue le temps l’océan sa main de cuivre
Car il finira lui aussi par s’effacer
Toutes villes, ivres d’absence, le salueront
La femme absente marchera sous le vent dur
L’amande ouverte de son ventre désœuvrée
Impurement elle aura des mains de neige
Et son épaule aussi sera de fille impure
Fille rêvant d’un grand cheval surgi du feu
Où flambe sa crinière aussi de femme grande
En lieu de sable et de désir sous l’amandier
Blanchi par le hennissement des terres

(…)

Et pourtant mon amour il y avait ce cheval
Avec son long hennissement d’azur
Et toi tes jambes fortes
A nouveau les voici marchant dans les prairies
Par les rues de la ville
Ni toi ni moi ni le cheval de cette ville
N’avons rencontré le poète et son enfant
Je porte en moi ô mon amour cet enfant mort
Comme un bouquet un fagot un enfant mort
Pour le donner aux rusées constellations
Qui vont bientôt s’éteindre

(…)

Beauté abstraite des falaises de tes jambes
Avec le long jasmin de leur malheur
Dans ce pays de rossignols près de la mer
Et le rossignol est un aigle : il parlera
Langage d’aigle avec le vent des sables
Au sommet de la dune
Où tient le point de l’écroulement du sable

" Quand la mémoire va au bois, cela fut dit,
Elle ramène un joli fagot "
Ici tout est mémoire
Ici ici tout est enfin mémoire
Il faut trouver l’issue
Il faut trouver l’issue
Il faut trouver l’issue


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Sapho
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MessageSujet: Re: Salah Stétié   Dim 14 Juil 2013, 09:54

Chère Soussou, tu m'as fait découvrir un poète exceptionnel ! Je vais essayer de trouver ses oeuvres car son écriture est d'une grande sensibilité





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rotko
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MessageSujet: Re: Salah Stétié   Dim 14 Juil 2013, 10:13

parfait, j'en ai 6 titres, pas seulement en poésie

En un lieu de brûlure -- Salah Stétié ; préface de Pierre Brunel

1124 pages, avec pluseurs oeuvres, catalogué en romans.

L'eau froide gardée ; Fragments ; Inversion de l'arbre et du silence ; L'être poupée ; Colombe aquiline ; L'autre côté brûlé du très pur ; Les porteurs de feu et autres essais ; Ur en poésie ; Arthur Rimbaud ; Mallarmé sauf azur ; Le vin mystique ; Carnets du méditant ; Le voyage d'Alep ; Lecture dune femme ; Les parasites de l'improbable


Soussou : merci !
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soussou
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MessageSujet: Re: Salah Stétié   Lun 15 Juil 2013, 07:05

Puisque l’arbre a charge d’homme, m’indique Salah Stétié dans sa dédicace, sachant que j’abonde dans cette philosophie qui n’est point écologique, car elle n’a aucune ambition politique, mais se nourrit d’intuitions, donc d’humanité, elle dit la verdure qui est en nous, cette substance qui est aussi le sel de notre sang quand les sens sont en émoi, j’en appelle aux hommes de bonne volonté pour se pencher sur le berceau du monde : la nature. Car du désir, aussi, nous pouvons ressentir pour un paysage flamboyant puisque vallées et rivières savent chanter pour nos oreilles internes le diamant qui ouvre les soleils de nos cœurs... 
L’intuition donc, qui "est assise avec ses jeunes filles / Anxieuses étonnées sous la première feuille / Ouvertes endormies / Enfin - rien - mais - lui s’ébroue"
.

Comme un jeune faon l’homme aussi jouit du contact, ce branchement intégral les pieds sur terre, dans la terre exactement - ainsi le courant tellurique irradiera et l’homme recouvrera ses repères avec les étoiles. Tout est accompli, aurait dit un certain Jésus avant de s’éteindre pour aller ailleurs. Tout s’accomplit alors dans la communion juste et durable de l’homme dans la nature qui l’accueille et le supporte depuis des siècles les siècles...

L'homme a un ami, l’arbre sans qui rien ne serait possible ; mais en ces temps de fer et d’acier rougi du feu dans le sang des innocents, s’en souvient-il encore ? C’est là le chant que Salah Stétié entonne dans une poésie narrative libre de toute norme : un chant épique et religieux comme l’aventure et la culture, seules, savent nous montrer les images oubliées, les textes égarés. Rappelant à nos mémoires évasives les Rubaïyats de Djelâl-Eddine Roûmi qui trouva cette formule merveilleuse :

La rose est un jardin secret où se cachent des arbres

Oui, compagnon de route et d’infortune, confident des amours brisés ou support des amours heureux, l’arbre en nous est aussi le prince de ces forêts qui veillent sur nos destinées en absorbant les vents fétides pour nous offrir un air pur...

C’est depuis son jardin clos des Yvelines que Salah Stétié nous fait signe, rapporte quelques souvenirs, tout en contemplant ses arbres, ses amis jalousement aimés comme certaines favorites d’un harem qui savent ensorceler le maître des lieux. Avec ses chats et ses roses, le poète libanais nous offre une carte du Tendre en pays de bois, rendant hommage au roi de son petit monde, le cyprès, tout d’impulsion lente vers ces cieux inatteignables...





En ouvrant ce livre on se jette dans les rêves sans hésiter, captivé par les mots qui sont un licou, accompagné par les dessins de Farhad Ostovani tout de légèreté enivrante et puis ce temps qui nous conduit vers... un calme tout de félicité enveloppé, nous permettant de nous y lover quelques minutes que l’on prolongera le plus possible pour que demeure, encore, un peu plus, le plaisir subtile, rare et délicieux, de la lecture d’un texte de Salah Stétié, unique baume apaisant dans notre bruit quotidien...

François Xavier

Salah Stétié, Dans le miroir des arbres, avec des dessins de Farhad Ostovani, Fata Morgana, mars 2011, 50 p.
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soussou
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MessageSujet: Re: Salah Stétié   Jeu 01 Aoû 2013, 21:14

« Dans une époque où le nom même de l’Être, celui du sens et de l’essence sont devenus objets de répulsion, de dérision et finalement d’une étrange amnésie, Salah Stétié ose dire que seule une poésie prenant appui sur les grandes interrogations fondamentales est susceptible d’éclairer la condition des hommes et de nous prémunir contre ces maladies mortelles que sont les certitudes sans horizon, les cynismes affamés, les divertissements de littérateurs enfilant des perles d’insignifiance, ou l’abandon blasé à l’esclavage de l’immédiat. »
Celui qui avoue son arabité lui être corps et cœur, et qui milite activement pour une Méditerranée « frémissante de grands mythes », éprouve une vraie fascination pour la vertu de transparence de la langue française. Autant que le poète a foi en la lumière de la langue, en ses « chevaux tremblants ». Lumière de l’affranchissement.

    Si Salah Stétié n’hésite pas à se positionner comme « double exilé », ou comme « invité de la langue française », il met volontiers en exergue sa grande amitié pour la poésie et pour les grands poètes européens que sont Pierre-Jean Jouve, René Char, Henri Michaux, André Pieyre de Mandiargues, Yves Bonnefoy, E. M. Cioran… et son si cher Georges Schehadé, sans oublier sa grande affection pour Gérard de Nerval.

    Deux figures majeures marqueront la vie intellectuelle du poète : Gabriel Bounoure (lors de leur rencontre à l’École Supérieure des Lettres de Beyrouth, en 1947), puis Louis Massignon (au Collège de France). De l’un comme de l’autre, il recevra une véritable initiation à la littérature européenne. L’Eau froide gardée est le premier recueil publié en 1973, que Pierre Brunel considère d’aussi grande facture que le recueil d’Yves Bonnefoy Du mouvement et de l’immobilité de Douve. À l’occasion des quatre-vingts ans du poète, il convient de dire que Salah Stétié a construit une œuvre de poésie et de prose des plus cohérentes et des plus généreuses. Aucune place à l’enflure, à la gloriole, au lyrisme ravi, à l’intellectualisme maniéré, mais place à la finesse et à la fraîcheur, à la « beauté convulsive » et à la tension de la célébration. Salah Stétié déplore cette guerre de l’homme contre l’Être, c’est-à-dire contre ce qui détourne l’humain de sa vérité tragique. Et face à la dévastation, qui nous fait rompre avec notre ouverture à l’Être, il convient de demeurer dans la vigilance et dans la résistance contre le formalisme, l’anecdotique, la pensée en régression, la métaphysique de pacotille, et contre tout ce qui participe insidieusement à l’extension du désastre.


Lampe infléchie parmi les écritures
À cause du renversement nocturne
De branche verte ― et ses roses séchées.
Rocaille haute que torture une pensée
Fermée sur la poésie de mille olives
Feintes par l’arbre en attente de blessure
― Selon l’antique prophétie éblouissant
Les chèvres de subtilité du sel

L'Être poupée, XXXIII

TRANCHANT DE L’AUBE


À Naïm Kattan



Cet homme nous vient du fond des terres, du fond des âges,
Cela fait des milliers d’années qu’il est Juif
Et cela fait des siècles qu’il est Arabe,
Il vient de Bagdad entre Tigre et Euphrate sous les palmiers, de Bagdad ville abasside, ville éternelle…
Il écrivit d’abord en arabe et, parce que Paris est Paris et que la France est ce qu’elle est :
Le cœur de la culture, le cœur du monde,
Il écrivit ensuite en français, comme tous ceux, venus de l’Ailleurs, pour qui cette langue est l’Ici et l’Ailleurs, et dont le cœur bat au rythme du monde,
En français, il écrivit en français, et il continue d’écrire dans cette langue,
Ainsi qu’un nouveau flux de sang doublant le beau sang rouge de l’origine,
Idées, souvenirs, enfance, personnages, poésie et rêve de poésie, tout lui arrive toujours comme tout lui est arrivé sur un demi-siècle d’étalement créateur
Dans cette langue, la sienne à jamais, et la mienne,
Sans que ni lui ni moi n’ayons renié ni lui sa judéité ni moi mon arabité à l’horizon de cette langue qui nous est convergence,
Et dans la convergence, il y a l’amitié et la foi, la confiance dans ce qui va venir, dans ce qui doit venir :
La paix dans le cœur et l’esprit, la fraternité inaltérable, au-delà de la stupidité des massacres,
Parce que la vérité et la justice sont plus fortes et plus conséquentes que le déchirement, le délabrement des consciences, et la brutalité de tous ceux dont la mâchoire est lourde et le front bas,
Et que la main de l’homme juste ne peut reposer que dans la main de l’homme juste, pour que s’arrêtent le cactus des barbelés et l’affreux crachat des canons,
Abraham-Ibrahim, l’Ami de Dieu dans ton cœur, Naïm Kattan du Québec, et dans mon cœur aussi, moi qui suis fils d’un Liban dont nous est venue la Fiancée,
Abraham pleure sur la Palestine en deuil, et qui resplendira plus tard nécessairement, parce que, parmi d’autres, deux hommes d’amitié ont vécu, rêvé, et souffert en même temps,
Et qu’ils n’ont pas perdu, pour autant, la confiance l’un dans l’autre,
Hommes seulement présents à la vérité de l’Esprit qui est une et indéfectible, quand elle existe, là où elle existe,
Deux hommes seulement, mais représentatifs de beaucoup, qui croient comme eux, avec eux, que la parole est fondement, fondation et refondation,
Et qui attendent du salut promis et donc en marche,
Nécessairement en marche, l’achèvement de la longue nuit stérile
Et la sortie, au vif tranchant de l’aube et du Livre, du premier jumeau délivré.




Salah Stétié, “Tranchant de l’aube”, in Revue littéraire Les Écrits, n° 136, novembre 2012, Montréal, pp. 89-90.
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MessageSujet: Re: Salah Stétié   Jeu 01 Aoû 2013, 21:25

AUBE





L'intuition dit verdure
Mais l'arbre où le saisir ?
Vidé de sa substance absent du ciel et pierres
Ni vallée ni rivière à douceur avant voix
vers lui à disparaître
Au coin du paysage, qu’il emporte ses noix !
Liant en lui et déliant désert et souffle



Mais rien que presque étoile à rayons et rayures



L’intuition est assise avec ses jeunes filles
Anxieuses étonnées sous sa première feuille
Ouvertes endormies
Enfin – rien – mais – lui – s’ébroue



Il faut l’écrire avec ses oiseaux dans la mort

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MessageSujet: Re: Salah Stétié   Ven 02 Aoû 2013, 10:06

J'ai emprunté Obscure lampe de cela avec des bois gravés de Raoul Ubac, éditions Jacques brémond.
 
 
Retirée en pensée obscure
Est lampe obscure
En elle est lapensée
De (presque) lampe en sa lampe retirée
Afin de conserver

L'obscure lampe de cela, lampe de gel
/ Cela s'étant produit par neige
Cernant la neige et lal lampe, et cela
 
 
cette page
 
Raoul Ubac : Une ardoise gravée pour alentour de la montagne.
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MessageSujet: Re: Salah Stétié   Ven 02 Aoû 2013, 12:29

EXTRAIT DE L'INTERDIT de STETIE :

" La poésie n'apparaît pas parmi les urgences que l'homme contemporain, que la société d'aujourd'hui, ressentent comme telles. Nous appartenons de plus en plus, dans un monde dit développé, à des sociétés de " divertissement " au sens pascalien du terme : or le poète est l'homme de l' " avertissement ". En marge de la distraction universelle, il est celui qui sait et qui répète à l'envi que les formes de cette distraction, que les modes de ce divertissement passent et passeront et que l'homme, qu'il le veuille ou non, est finalement comptable de ce dont le poète, par son oeuvre, n'a de cesse de rappeler l'existence :  ces présences que l'homme, au fur et à mesure qu'il se spiritualise par l'usure des jours et par la transparence advenue, retrouve en lui-même et autour de lui "
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rotko
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MessageSujet: Re: Salah Stétié   Mar 13 Aoû 2013, 12:05

En un lieu de brûlure édité chez Bouquins de Robert Laffont donne une anthologie des textes de Salah Stétie, notamment sur lapoésie : il parle de Rimbaud et de Mallarmé. Je lis actuellement Rimbaud d'Aden, un développement sur cette période de la vie de Rimbaud qui nous surprend.

Citation :
je sens que je me fais très vieux très vite, dans ces métiers idiots et ces compagnies de sauvages ou d’imbéciles.
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