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 Frédéric Pajak

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soussou
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MessageSujet: Frédéric Pajak    Lun 29 Juil 2013, 10:55

Fréderic Pajac est le fils de l'artiste peintre Jacques Pajak.
Il voyage beaucoup, forme et affirme sa sensibilité. Rédacteur en chef de plusieurs journaux culturels et satiriques, notamment le mensuel culturel Voir, il publie également des dessins dans ses journaux, gagne un prix du scénario à Locarno pour un film en préparation. En 1987, il publie un roman Le bon larron publié chez Bernard Campiche éditeur. L'Immense solitude, paru en 1999, est l'ouvrage qui le fait connaître. Pour ce livre, il reçoit le Prix Michel-Dentan 2000. Dans ce livre, Pajak invente une forme parfaitement originale: le texte et le dessin sont si intimement imbriqués qu'ils doivent se lire ensemble. Ce n'est pas un livre illustré, ni une forme de BD, mais un alliage à la fois fascinant et puissant entre les mots et les images, qui sont comme mis en miroir. Désirant avant tout ne pas se confiner à un champ plutôt qu'à un autre, Frédéric Pajak est à la fois peintre et écrivain. En 2000, Pajak met en scène le poète Guillaume Apollinaire dans Le chagrin d'amour, livre qui procède de la même veine que L'immense solitude. En 2001, il publie Humour, une biographie de James Joyce, en collaboration avec Yves Tenret.
Au printemps 2006, il publie un roman chez Gallimard, La Guerre sexuelle. Il a également lancé de nombreuses revues dont L'Imbécile et il édite chez Buchet Chastel la collection Les Cahiers dessinés, dans laquelle il rassemble des peintres, des dessinateurs et des auteurs de bande dessinée.

Frédéric Pajak publie un roman graphique au titre pour le moins oxymorique comme un remède contre l’incertitude des temps – ce Manifeste qui le hante depuis son adolescence est sans fin...

Le personnage principal du livre de Frédéric Pajak est le philosophe Walter Benjamin (1892-1940), « rêveur abîmé dans le paysage », mais l’on y croise aussi Beckett, Baudelaire, Céline, Gide, Van Velde, Van Gogh ou le chef d’une loge maçonnique...
Lors de la présentation de son nouvel opus, ce fils et petit-fils de peintre aime à rappeler : « J’entends les voix des auteurs morts, ceux que j’ai lus très jeune – et que je n’avais pas forcément compris… Alors, je me suis lancé dans ce travail : c’est une autre manière de les redécouvrir et de les expliciter pour moi-même. J’ai toujours eu envie de faire un livre écrit et dessiné qui serait aussi un livre d’émotion…».
S’il n’a pas vécu la guerre, il a subi les fortes influences idéologiques d’après guerre – le trotskysme et le maoïsme faisaient figure alors de « certitudes dominantes »…Son père était un peintre abstrait « tachiste », mort accidentellement à 36 ans, et son grand-père était aquarelliste.  Il passe son enfance sous le « ciel mouillé » de Strasbourg, chez sa grand-mère Eugénie Poulet et se souvient encore du cul-de-jatte des Grandes Arcades, des bidonvilles à l’orée de la ville et de ses séances de patinage sur le lac gelé de l’Orangerie.
Dans les psychédéliques seventies, il claque la porte de l’Ecole des Arts décoratifs et fait sa méditative traversée du siècle dans « le dégoût absolu des idéologies et de toutes les certitudes qu’elles entraînent » - en ce temps-là, il est couchettiste dans les wagons-lits internationaux puis intérimaire chez des imprimeurs ou dans des fabriques Surtout, depuis plus de trente ans,  il fait des « livres de lecteur » : « Je suis avant tout un lecteur, je lis pour restituer. Lire, ça aide à chercher la liberté de faire un livre qui soit volontairement inachevé… ».

« La Mort est  toujours en chasse »

Dans ce volume d’une série annoncée de neuf, Frédéric Pajak fait revivre, à grands renforts de noirs à l’encre de Chine et de dessins à contrejours, l’immense solitude de Walter Benjamin à Paris et Ibiza, cette « île de l’oubli », alors à l’écart de tous les trafics, où il était venu en 1932 travailler à un scénario – il a tout juste quarante ans et y vit une brève liaison avec la peintre hollandaise Toet Blaupot ten Cate.
Mais Benjamin est un penseur qui intellectualise tout : incapable d’écrire de la fiction, il ne prend pas non plus toute la mesure de l’esprit du temps - son secrétaire particulier, Maximilien Verspohl, repart d’Ibiza pour être nommé chef d’une section SS à Hambourg… Aurait-il été entouré de nazis ? Mais comment sentir le vent des choses ? Que sait l’homme des sept prénoms du vent ?
Voyant son ami Jean Selz allumer un feu, Benjamin lui dit : « Vous travaillez comme un romancier. Rien ne ressemble plus à un roman qu’un feu de bûches. Toute cette construction minutueuse, morceau par morceau, l’un soutenant l’autre dans un parfait équilibre, à quoi donc est-elle destinée ? A être détruite. Ainsi le roman. Tous les héros d’un roman se tiennent l’un sur l’autre, dans un parfait équilibre, et le véritable but du roman est de les détruire ».
Dans La crise du roman (1930), il avait écrit : « Le lieu de naissance du roman est l’individu dans sa solitude »…
Un autre personnage vit sur l’île : Raoul Villain, l’assassin de Jean Jaurès à la veille de la Grande Guerre – acquitté en 1919, il sera exécuté le 17 septembre 1936 par les républicains espagnols pour espionnage au profit des franquistes…
Malade (la malaria ?), Walter Benjamin quitte Ibiza à la fin du mois de septembre 1933. Aux questions sur la situation politique de l’Allemagne, il répond : « Désormais, lorsqu’on entend un Allemand parler de culture, il est bon de sentir un révolver dans sa poche »… S’il pressent le pire, il reste cependant dans le Vieux Monde : « Si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté »…


« Il n’y a que du ciel »

En cette décisive année 1933, Benjamin vit son grand basculement et écrit Expérience et pauvreté - où il s’adresse à l’homme perdu d’après le 30 janvier 1933 : « Pauvres, voilà ce que nous sommes devenus. Pièce après pièce, nous avons dispersé l’héritage de l’humanité, nous avons dû laisser ce trésor au mont-de-piété, souvent pour un centième de sa valeur, en échange de la petite monnaie de l’actuel. A la porte se tient la crise économique, derrière elle une ombre, la guerre qui s’apprête »…
Entre 1933 et 1940, il erre entre la France, l’Espagne, le Danemark et l’Italie, en « mercenaire de la plume » vivant de contributions à la presse et de traductions – et aussi du commerce des livres. Le 26 septembre 1940, il se suicide à Portbou, alors qu’il voulait passer en Espagne, pour ne pas être livré à la police allemande…
Fréderic Pajak peint des villes la nuit (ou la neige grise qui se meurt sur Lausanne) et ouvre des mondes jusqu’à la moelle des choses – la transmission de talent a fonctionné quand bien même il a  perdu son père à neuf ans et  n’a pas connu son grand-père…
Fulgurances poétiques, picturales et métaphysiques affluent – les sentiments qui le traversent prennent corps pour manifester l’incertitude fondamentale qui saisit l’être jeté au monde – la solitude comme le talent se nourrissent de tout ce qui s’écrit sur eux et de ce je-ne-sais-quoi de neuf remonté des grandes profondeurs comme pour être vendu à la criée… Que faire de tout ce ciel si ce n’est le mettre en mots et en images pour sans répit lui faire rendre sens ?

Michel Loetscher

Frédéric Pajak, Manifeste incertain, éditions Noir sur Blanc, 192 p
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MessageSujet: Frédéric Pajak, manifeste incertain   Lun 04 Nov 2013, 10:11



Frédéric Pajak est né en 1955 dans les Hauts-de-Seine. Il a publié une quinzaine d’ouvrages, souvent écrits et dessinés : Le chagrin d’amour, Humour – une biographie de James Joyce –, Nietzsche et son père, Nervosité générale, Mélancolie, aux PUF ; La guerre sexuelle, J’entends des voix et Autoportrait, chez Gallimard. Il est l’éditeur des Cahiers dessinés. Après L’étrange beauté du monde et En souvenir du monde, réalisés avec Lea Lund, les Editions Noir sur Blanc poursuivent la publication des oeuvres de Frédéric Pajak.


Le 26 septembre 1940, Walter Benjamin se suicide à Port-Bou, devant la frontière espagnole. Quarante ans plus tard, le 2 août 1980, un attentat à la gare de Bologne fait quatre-vingt-cinq morts et plus de deux cents blessés. Après quinze ans d'enquête, les responsables sont identifiés : il s'agit de militants néofascistes, d'officiers du renseignement militaire et de Licio Gelli, le dirigeant de la loge P2.

Ce premier tome du Manifeste incertain se propose d'évoquer à la fois le destin de Walter Benjamin dans l'Europe en crise, celui de deux jeunes néofascistes à la fin des années quatre-vingt et différentes figures de l'art moderne Bram van Velde, Samuel Beckett, Edward Hopper , comme des contrepoints au récit.


de nombreux dessins accompagnent le récit : je suis content d'avoir mis la main sur ce livre.

Les dessins en noir et blanc prolongent, amplifient, gauchissent le récit, introduisent des dissonances subtiles, privilégient la puissance de la suggestion (la passerelle d’un paquebot) à la pesanteur de l’illustration (Walter Benjamin en train d’embarquer), pour s’estomper dans des paysages confinant à l’abstraction.
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MessageSujet: Re: Frédéric Pajak    Lun 04 Nov 2013, 10:16

 
 
Ses dessins échappent au statut servile de l'illustration. Ils induisent des flashs-back, des moments d'humour, de plaisir et de perplexité, de la fascination ou bien de la désespérance, des raccourcis, des énigmes et des deuils. Ses noirs et blancs fixent l'inguérissable obscurité, l'amor fati d'un destin : en l'occurrence, Walter Benjamin, malmené par les secousses et les insomnies de son siècle.
 
voyez ce site pour l'analyse et les dessins
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MessageSujet: Re: Frédéric Pajak    Jeu 07 Nov 2013, 10:37

Le préambule du manifeste incertain est une ouverture qui donne le ton.
 
Née de la solitude et du désarroi, c'est une oeuvre longuement portée, un amas de notes et dessins, de "fragments sortis de partout".
 
Le manifeste, à contre-courant d'une "société sans mémoire", veut évoquer le passé et la guerre du temps.
 
La tristesse de la guerre :
Citation :
tout Strasbourg sentait la guerre, et la pisse sur les murs des immeubles en ruine, et le chagrin
 
spectacle désolant, contrebalancé par l'affection d'une grand mère.
 
Pajak se sent des affinités, avec les peintres Van Velde (Bram et Geer) qu'il laisse à Beckett le soin de présenter : ce sont des "êtres totalement désespérés", comme dans Fin de partie, qui "ouvrent des fenêtres sur un pays gris et plat".
 
Il faut consulter le livre pour voir les dessins en noir et blanc (plus de noir que de blanc), à l'encre de chine, qui accompagnent le propos : troncs d'arbres nus et un canal en arrière plan.
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MessageSujet: Re: Frédéric Pajak    Sam 09 Nov 2013, 09:37

Dans une autre partie du manifeste incertain, Pajak évoque les voyages de Walter Benjamin, ses ambitions ( concilier la tradition juive, le communisme et les idéaux anarchistes), ses séjours à Capri, puis les dernières années à Ibiza.
 
Les errances ou parcours en bateaux donnent lieu à des encres particulièrement belles sur des scènes d’embarquement, des costumes îliens, des paysages portuaires.
 
WAlter Benjamin aura vu les festivités fascistes de Capri, les manifestations mussoliniennes à Rome et ailleurs, il aura lu le pamphlet antisémite de Céline, «  bagatelles pour un massacre »….
 
Il aura vécu l'ascension d'Hitler qu'il pensait -ou souhaitait, sans lendemain...
 
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MessageSujet: Re: Frédéric Pajak    Mer 05 Fév 2014, 08:58

je n'avais pas vu le post de Soussou, et je fusionne les fils sur Pajak.


Editions noir sur blanc

Comment faire à la fois un récit de Frédéric Pajak et un album de photographies de Lea Lund, et puis un livre qui soit aussi un film ? Tel est le défi de cet objet. Des phrases, des personnages, des ratures, des virgules qui dansent entre les points ; des regards, des ombres, le décor de nos vies, des nuages à cheval sur les vagues ; et des images en mouvement, le flou dans le viseur s'acharnant à creuser dans la netteté. Des villes : Paris, Lorient... Et puis la jeunesse, l'insomnie, les médicaments. Comment parler de soi et des autres, évoquer l'amitié, le bonheur de faire et le malheur d'être défait, vaincu par d'imprévisibles vainqueurs ? Derrière ce qu'on qualifie abusivement de travail - écrire, photographier, peindre, dessiner -,

Un très beau livre, et un ton très fort !

L'auteur qui dessine et peint se regarde sans complaisance, cruellement même dans un face à face avec lui-même. Une enfance turbulente, un révolté, un jeune délinquant dont les formules frappent le lecteur comme une cible, même si le premier visé est le narrateur lui-même qui fait contre lui son réquisitoire !

"Révolté contre tout, contre tous", il instruit son procès

Citation :
Tu aimes ceux qui te détestent et tu détestes ceux qui t'aiment.

des formules parlent d'insomnie et d'ivresse :

"L'insomnie, ce déguisement de la détresse", "faire corps avec son inconscient : voilà la cause secrète de l'ivrogne"

Les Photos splendides car expressives, d'une salle de café, de laissés pour compte, d'amis aussi, avec une tendresse bourrue

Citation :
Paul Nizon, c'est un écrivain qui te plaît. Non par ses qualités, mais par l'extravagance de ses défauts : orgueilleux, mégalomane, brutal et rusé comme un paysan bernois, cyclothymique, maussade, sarcastique et si conscient des limites de son territoire de jeu.

On reconnaît des artistes (sculpteurs, peintres) Jean-François Stevenin, Roger Knobelspiess...
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MessageSujet: Re: Frédéric Pajak    Ven 07 Fév 2014, 09:18



En souvenir du monde est le livre d’une inquiétude, d’une insomnie. «Il fait trop noir dans la joie du monde», écrit à la première page quelqu’un qui tutoie l’auteur. «A tes yeux, c’est dans l’exagération que se cache la pudeur»: il y aura des plaintes, des éclats de colère, de l’agressivité dans le narcissisme. Les belles images en noir et blanc de Lea Lund font un contrepoint lumineux à cet éboulement de tristesses et de révoltes. Elles évoquent l’enfance, l’école haïe, la joie du corps qui plonge dans l’eau.


Pajak à Turin.
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MessageSujet: Re: Frédéric Pajak    Ven 07 Fév 2014, 14:40

Les paroles d'un ami à pajak

in en souvenir du monde

« Je ne te reverrai plus jamais. Je te sais condamné à la dépression, à la folie. Tu adoptes une stratégie animale, comme un cafard en alerte permanente, capable de t’échapper par la ruse et la rapidité. Même ta guérison, même une quelconque amélioration de ton état me laissent désormais indifférent.

Tu ne lis plus de livres, tu ne vas pas au théâtre ni au cinéma. Tu n’écoutes jamais de musique. Tu ne regardes pas la télévision. Tu ne t’intéresses à rien. Tu es mort, mon pauvre ami »

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