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 Germain Nouveau, poète

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Sapho
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MessageSujet: Germain Nouveau, poète   Mar 20 Aoû 2013, 12:58

Pour moi, nouvelle découverte d'un poète, ami de Rimbaud




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]





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rotko
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Mar 20 Aoû 2013, 18:43

j'ai entendu parler de lui, il a souffert de l'ombre de rimbaud, c'est bien que tu lui crées un fil :fleur: 
 
Un peu de musique

Une musique amoureuse
Sous les doigts d'un guitariste
S'est éveillée, un peu triste,
Avec la brise peureuse ;

Et sous la feuillée ombreuse
Où le jour mourant résiste,
Tourne, se lasse, et persiste
Une valse langoureuse.

On sent, dans l'air qui s'effondre,
Son âme en extase fondre ;
- Et parmi la vapeur rose

De la nuit délicieuse
Monte cette blonde chose,
La lune silencieuse.
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Mar 20 Aoû 2013, 20:42

je ne connaissais pas ce poète, j'aime beaucoup ses vers merci 
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Sapho
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Mer 21 Aoû 2013, 09:14

Germain Nouveau
Les Mains
 
Aimez vos mains afin qu’un jour vos mains soient belles,
Il n’est pas de parfum trop précieux pour elles,
Soignez-les. Taillez bien les ongles douloureux,
Il n’est pas d’instruments trop délicats pour eux.

C’est Dieu qui fit les mains fécondes en merveilles ;
Elles ont pris leur neige au lys des Séraphins,
Au jardin de la chair ce sont deux fleurs pareilles,
Et le sang de la rose est sous leurs ongles fins.

Il circule un printemps mystique dans les veines
Où court la violette, où le bluet sourit ;
Aux lignes de la paume ont dormi les verveines ;
Les mains disent aux yeux les secrets de l’esprit.

Les peintres les plus grands furent amoureux d’elles,
Et les peintres des mains sont les peintres modèles.

Comme deux cygnes blancs l’un vers l’autre nageant,
Deux voiles sur la mer fondant leurs pâleurs mates,
Livrez vos mains à l’eau dans les bassins d’argent,
Préparez-leur le linge avec les aromates.

Les mains sont l’homme, ainsi que les ailes l’oiseau ;
Les mains chez les méchants sont des terres arides ;
Celles de l’humble vieille, où tourne un blond fuseau,
Font lire une sagesse écrite dans leurs rides.

Les mains des laboureurs, les mains des matelots
Montrent le hâle d’or des Cieux sous leur peau brune.
L’aile des goélands garde l’odeur des flots,
Et les mains de la Vierge un baiser de la lune.

Les plus belles parfois font le plus noir métier,
Les plus saintes étaient les mains d’un charpentier.

Les mains sont vos enfants et sont deux sœurs jumelles,
Les dix doigts sont leurs fils également bénis ;
Veillez bien sur leurs jeux, sur leurs moindres querelles,
Sur toute leur conduite aux détails infinis.

Les doigts font les filets et d’eux sortent les villes ;
Les doigts ont révélé la lyre aux temps anciens ;
Ils travaillent, pliés aux tâches les plus viles,
Ce sont des ouvriers et des musiciens.

Lâchés dans la forêt des orgues le dimanche,
Les doigts sont des oiseaux, et c’est au bout des doigts
Que, rappelant le vol des geais de branche en branche,
Rit l’essaim familier des Signes de la Croix.

Le pouce dur, avec sa taille courte et grasse,
A la force ; il a l’air d’Hercule triomphant ;
Le plus faible de tous, le plus doux a la grâce,
Et c’est le petit doigt qui sut rester enfant.

Servez vos mains, ce sont vos servantes fidèles ;
Donnez à leur repos un lit tout en dentelles.
Ce sont vos mains qui font la caresse ici-bas ;
Croyez qu’elles sont sœurs des lys et sœurs des ailes :
Ne les méprisez pas, ne les négligez pas,
Et laissez-les fleurir comme des asphodèles.

Portez à Dieu le doux trésor de vos parfums,
Le soir, à la prière éclose sur les lèvres,
Ô mains, et joignez-vous pour les pauvres défunts,
Pour que Dieu dans les mains rafraîchisse nos fièvres,

Pour que le mois des fruits vous charge de ses dons :
Mains, ouvrez-vous toujours sur un nid de pardons.

Et vous dites, — ô vous, qui, détestant les armes,
Mirez votre tristesse au fleuve de nos larmes,
Vieillard dont les cheveux vont tout blancs vers le jour,
Jeune homme aux yeux divins où se lève l’amour,
Douce femme mêlant ta rêverie aux anges,
Le cœur gonflé parfois au fond des soirs étranges,
Sans songer qu’en vos mains fleurit la volonté —
Tous, vous dites : « Où donc est-il, en vérité,
Le remède, ô Seigneur, car nos maux sont extrêmes ? »

— Mais il est dans vos mains, mais il est vos mains mêmes.



EXTRAIT D'UN ENSEMBLE DE POEMES QUI NE PARURENT QU'EN 1904 ET A SON INSU. L'ENSEMBLE S'INTITULE : LA DOCTRINE DE L'AMOUR
GERMAIN NOUVEAU NE PUBLIA QUASIMENT RIEN DE SON VIVANT ( il ne le souhaitait pas )
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Sapho
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Mer 21 Aoû 2013, 09:27

A propos de Germain Nouveau
Germain Nouveau naît en 1851 à Pourrières dans le Var, il y meurt en 1920. Entre les deux, 50 ans de recherche éperdue de l’Amour…
A 20 ans, poussé par le vent de l’aventure, de la poésie et du dessin qu’il pratique, il débarque à Paris. Immédiatement attiré par l’effervescence des cafés de la rive gauche, il se lit à Richepin, Mallarmé, Lisle d’Adam, Cros, Dierx… Un soir, au mythique café Tabourey, on lui désigne un homme solitaire, c’est Arthur Rimbaud. Il s’approche, ils discutent. C’est  le coup de foudre. Le lendemain, les deux hommes partent pour Londres. Rimbaud y écrira les Illuminations, Nouveau en reviendra exténué et métamorphosé.
De retour en France, Nouveau fait la connaissance de Verlaine. Ce dernier va lui faire découvrir la vie de Saint Benoît Labre, mendiant entre les mendiants qui se voua à l’humilité, au pèlerinage. Nouveau s’émerveille et s’identifie à ce chercheur d’absolu et d’abnégation. Vers la fin de sa vie, il effectuera tous les pèlerinages sur les pas de son modèle mystique : Rome, St Jacques de Compostelle, Jérusalem,… dans le plus pur dénuement, cherchant les railleries, les quolibets, vivant dans la fange, marchant pied nu…
La vie Germain Nouveau est en effet marquée par d’incessants voyages. Lorsqu’il n’est pas Paris, il est à Londres avec Verlaine, à Bruxelles,… Il tente de se fixer au ministère de l’instruction publique, mais cette vie n’est pas pour lui. On le retrouve au Liban professeur de dessin, portraitiste dans les rues d’Alger… Une constante, cependant : ses retours réguliers en Provence, chez son oncle ou sa sœur (Nouveau a perdu son père et sa mère lorsque ‘il était enfant). Comme si son soleil et sa terre natale qu’il a tenté d’oublier dans les nuits parisiennes ou les brumes londoniennes, pouvaient agir sur lui comme un pardon. La maison comme un point… Ce point autour duquel la destin de cet homme n’aurait peut être finalement aucun sens; son village de Pourrières où il meurt à près de 70 ans, au cours d’un jeûne trop sévère entre Pâques et le Vendredi Saint.

Ce qui nous est parvenu de Nouveau est bref. « La Doctrine de l’amour » chant de mystique chrétienne, écrite vers 1880 et « Valentines » écrites un peu plus tard, alors qu’il tombe amoureux, constituent à peu près l’essentiel de l’oeuvre éditée.
Deux inspirations qui reflètent les deux faces du poète : l’une en recherche de rédemption dans la foi, l’autre jouisseuse et sensuelle témoignant d’une insouciance, d’un goût pour la vie et l’amour charnel. Deux polarités entre lesquelles Nouveau n’a cessé d’alterner jusqu’à l’extrême, trouvant dans la prière, le jeûne et le dénuement, le pardon d’une vie excentrique et instable aggravée par l’abus d’absinthe.
Mais si l’œuvre qui nous est parvenue est courte, c’est bien en partie au caractère de son auteur qu’on le doit. Considérant la notoriété comme pure vanité, il s’est toujours opposé à ce qu’on publie ses vers, allant même jusqu’à poursuivre en justice ceux qui à son insu l’avaient fait.

___________________


Louis Aragon – les Lettres Françaises, 7 octobre 1948

« A l’heure où se débat pour le poète des Illuminations tout le drame de sa vie, il y a près de lui un jeune homme, un autre lui même, son compagnon de Londres, Germain Nouveau,(…) Mais Nouveau, lui, n’est, ne demeure que le domaine de quelque uns. Et cependant jamais ils n’ont voulu faire de l’auteur des Valentines et de Savoir aimer ce qu’il est : non un poète mineur, mais un grand poète. Non un épigone de Rimbaud : son égal. »
André Breton – Conférence de Barcelone, Novembre 1922
« Il rôde actuellement de par le monde quelques individus pour qui l’art a cessé d’être une fin… Chacun de vous sait qu’une œuvre comme celle de Rimbaud ne s’arrête pas, comme l’enseigne les manuels, en 1875 (…). Elle est doublée en ce sens de celle d’un autre grand poète malheureusement peu connu, Germain Nouveau, qui de bonne heure renonça même à son nom et se mit à mendier. La raison d’une telle attitude défie étrangement les mots,(…) »
Jacques Lovichi auteur en 1961 (rééditées en 2005) de la thèse en «G. Nouveau, Précurseur du surréalisme?»
« Mystique et sensuel Nouveau l’a été, certes, (…). Sa vie loin d’être exemplaire, est cependant d’un haut exemple. On y voit comment un homme, ni meilleur ni pire qu’un autre, a eu, en toute circonstances, le souci d’aller au bout de lui-même. Cette recherche de l’authenticité à tout prix menée parallèlement dans la vie et dans l’œuvre, bien rares sont les artistes qui peuvent se vanter de l’avoir poussé jusqu’au extrêmes limites…
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Sapho
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Lun 26 Aoû 2013, 12:28

 IDIOT
 
Nous lisons dans Legrand du Saulle
Que le crétin a du goût pour
L’arithmétique... tiens ! c’est drôle !
Et la musique... du tambour.

Qu’il a du goût pour la peinture ;
J’en ai fait... pas... beaucoup, beaucoup,
Mais Henri Laujol s’aventure
Jusqu’à me trouver quelque goût.

J’aime beaucoup l’arithmétique ;
Ne disons pas cela trop haut ;
Mais la musique ! Oh ! la musique !
Je suis peut-être un idiot.

Cependant, je vis tout de même,
Je ne m’en porte pas plus mal,
Et puis... quand c’est Vous que l’on aime,
Se croire idiot... serait mal.

Et j’embrasse Legrand du Saulle
Pour n’avoir pas dit qu’un crétin
Peut faire en vers planter un saule
Bien connu du Quartier Latin.

EXTRAIT DES " VALENTINES "



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Sapho
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Jeu 29 Aoû 2013, 13:29




L'âme

Comme un exilé du vieux thème,
J'ai descendu ton escalier ;
Mais ce qu'a lié l'Amour même,
Le temps ne peut le délier.

Chaque soir quand ton corps se couche
Dans ton lit qui n'est plus à moi,
Tes lèvres sont loin de ma bouche ;
Cependant, je dors près de Toi.

Quand je sors de la vie humaine,
J'ai l'air d'être en réalité
Un monsieur seul qui se promène ;
Pourtant je marche à ton côté.

Ma vie à la tienne est tressée
Comme on tresse des fils soyeux,
Et je pense avec ta pensée,
Et je regarde avec tes yeux.

Quand je dis ou fais quelque chose,
Je te consulte, tout le temps ;
Car je sais, du moins, je suppose,
Que tu me vois, que tu m'entends.

Moi-même je vois tes yeux vastes,
J'entends ta lèvre au rire fin.
Et c'est parfois dans mes nuits chastes
Des conversations sans fin.

C'est une illusion sans doute,
Tout cela n'a jamais été ;
C'est cependant, Mignonne, écoute,
C'est cependant la vérité.

Du temps où nous étions ensemble,
N'ayant rien à nous refuser,
Docile à mon désir qui tremble,
Ne m'as-tu pas, dans un baiser,

Ne m'as-tu pas donné ton âme ?
Or le baiser s'est envolé,
Mais l'âme est toujours là, Madame ;
Soyez certaine que je l'ai.
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Lun 02 Sep 2013, 16:59

Amour

Je ne crains pas les coups du sort,
Je ne crains rien, ni les supplices,
Ni la dent du serpent qui mord,
Ni le poison dans les calices,
Ni les voleurs qui fuient le jour,
Ni les sbires ni leurs complices,
Si je suis avec mon Amour.

Je me ris du bras le plus fort,
Je me moque bien des malices,
De la haine en fleur qui se tord,
Plus caressante que les lices ;
Je pourrais faire mes délices
De la guerre au bruit du tambour,
De l'épée aux froids artifices,
Si je suis avec mon Amour.

Haine qui guette et chat qui dort
N'ont point pour moi de maléfices ;
Je regarde en face la mort,
Les malheurs, les maux, les sévices ;
Je braverais, étant sans vices,
Les rois, au milieu de leur cour,
Les chefs, au front de leurs milices,
Si je suis avec mon Amour.

ENVOI

Blanche Amie aux noirs cheveux lisses,
Nul Dieu n'est assez puissant pour
Me dire : " Il faut que tu pâlisses ",
Si je suis avec mon Amour.




Ce livre vaut actuellement 146 euros neuf

Mais on le trouve d'occasion à 59 euros!!!!!!!!!!!une fortune
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Dim 08 Sep 2013, 09:25

Le peigne.

La serviette est une servante,
Le savon est un serviteur,
Et l'éponge est une savante ;
Mais le peigne est un grand seigneur.

Oui, c'est un grand seigneur, Madame,
Des plus nobles par la hauteur
Et par la propreté de l'âme.
Oui, le peigne est un grand seigneur !

Quoi ? l'on ose dire à voix haute
Sale comme un... Du fond du cœur
Que l'on réponde ! À qui la faute ?
Mais le peigne est un grand seigneur !

Oui, s'il n'est pas propre, le peigne,
À qui la faute ? À son auteur ?
N'est-ce pas plutôt à la teigne !
Car... le peigne est un grand seigneur.

La faute, elle est à qui le laisse
S'épanouir dans sa hideur.
C'est la faute... à notre paresse.
Lui, le peigne est un grand seigneur.

Oui, notre main est sa vassale,
Et s'il est sale, par malheur,
Il se f...iche un peu d'être sale,
Car le peigne est un grand seigneur.

Il ne veut nettoyer la tête,
Que si la main de son brosseur
Lui fait les dents ; je le répète,
Oui, le peigne est un grand seigneur.


La faute, elle est à qui le laisse
S'épanouir dans sa hideur.
C'est la faute... à notre paresse.
Lui, le peigne est un grand seigneur.

Oui, notre main est sa vassale,
Et s'il est sale, par malheur,
Il se f...iche un peu d'être sale,
Car le peigne est un grand seigneur.

Il ne veut nettoyer la tête,
Que si la main de son brosseur
Lui fait les dents ; je le répète,
Oui, le peigne est un grand seigneur.

Oui, c'est un grand seigneur, le peigne ;
Sans être rogue ou persifleur,
Sa devise serait : « Ne daigne. »
Car le peigne est un grand seigneur.

Grand seigneur, son dédain nous cingle,
Porteur d'épée, il est railleur,
Or, cette épée est une épingle,
Si le peigne est un grand seigneur.

Cette épingle, adroite et gentille,
Le rend propre comme une fleur,
Aux doigts de la petite fille
Dont le peigne est un grand seigneur.

Donc que je dise ou que tu dises
Qu'il est sale, mon beau parleur,
Il laisse tomber les bêtises,
Car le peigne est un grand seigneur.

Pour moi, je ne veux pas le dire :
Cela manquerait... de saveur,
Et puis cela ferait sourire ;
Non..., le peigne est un grand seigneur.


Sur vos dents fines et sans crasse,
Chaque matin j'ai cet honneur,
Mon beau peigne, je vous embrasse,
Et je suis votre serviteur.
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Ven 04 Oct 2013, 16:47

Athée.


-


Je m'adresse à tout l'Univers,
Après David, le roi psalmiste.
Oui, Madame, en ces quelques vers,
Je m'adresse à tout l'Univers.
Sur les continents et les mers,
Si tant est qu'un athée existe,
C'est moi, dis-je, à tout l'Univers,
Après David, le roi psalmiste.

Je me fous bien de tous vos dieux,
Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent,
Et bons à foutre dans les lieux.
Je me fous bien de tous vos dieux,
Je me fous même du bon vieux,
L'unique, devant qui tous tremblent ;
Je me fous bien de tous vos dieux,
Ils sont jolis, s'ils vous ressemblent.

Je ris du Dieu des bonnes gens,
S'il en est encor par le monde ;
Avec les gens intelligents.
Je ris du Dieu des bonnes gens.
Sacré Dieu ! quels airs indulgents !
Quel gros cul, quelle panse ronde !
Mais... pour les seules bonnes gens,
S'il en est encor par le monde.

Je me fous aussi de celui
Des grands philosophes, très drôles,
Qui parfois se prennent pour lui.
Je me fous aussi de celui
Dont l'incommensurable ennui
Voudrait peser sur nos épaules.
Je me fous aussi de celui
Des grands philosophes, très drôles.

Je plains fort, vous entendez bien,
Tout homme qui dit : Dieu, sur terre,
Indou, musulman ou chrétien,
Je le plains, vous entendez bien ;
Le déiste aussi, qui n'est rien
Dans l'église ou le phalanstère.
Je plains fort, vous entendez bien,
Tout homme qui dit : Dieu sur terre.

Je suis comme le vieux Blanqui
Je dis aussi : « Ni Dieu ni maître. »
Ni maîtresse... c'est riquiqui.
Je suis comme le vieux Blanqui.
Je me fous de n'importe qui.
Je jette tout par la fenêtre,
Et je me fous bien de Blanqui,
Comme de son « Ni Dieu ni maître. »

Je n'en ai qu'un, mais assez bon
Nom de Dieu ! pour que je l'écule,
Votre vrai Dieu, Dieu sans... rayon.
Je n'en ai qu'un, mais assez bon :
Le monde entier, ce grand capon,
Vit dans la peur de sa férule.
Je n'en ai qu'un mais assez bon
Nom de Dieu ! pour que je l'écule.

L'un ou l'autre mot m'est égal,
Si mon langage est clair, Madame.
Être clair c'est le principal.
L'un ou l'autre mot m'est égal.
Mais l'autre était grossier pas mal,
Et... j'ai le respect de la femme.
L'un ou l'autre mot m'est égal.
Si mon langage est clair, Madame.
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Sam 12 Oct 2013, 13:01

EN FORET

Dans la forêt étrange, c’est la nuit ;
C’est comme un noir silence qui bruit ;

Dans la forêt, ici blanche et là brune,
En pleurs de lait filtre le clair de lune.

Un vent d’été, qui souffle on ne sait d’où,
Erre en rêvant comme une âme de fou ;

Et, sous des yeux d’étoile épanouie,
La forêt chante avec un bruit de pluie.

Parfois il vient des gémissements doux
Des lointains bleus pleins d’oiseaux et de loups ;

Il vient aussi des senteurs de repaires ;
C’est l’heure froide où dorment les vipères,

L’heure où l’amour s’épeure au fond du nid,
Où s’élabore en secret l’aconit ;

Où l’être qui garde une chère offense,
Se sentant seul et loin des hommes, pense.

- Pourtant la lune est bonne dans le ciel,
Qui verse, avec un sourire de miel,

Son âme calme et ses pâleurs amies
Au troupeau roux des roches endormies.

Germain Nouveau, Premiers poèmes
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Dim 27 Oct 2013, 14:02

DERNIER MADRIGAL

Quand je mourrai, ce soir, peut-être,
Je n’ai pas de jour préféré,
Si je voulais, je suis le maître,
Mais… ce serait mal me connaître,
N’importe, enfin, quand je mourrai,

Mes chers amis, qu’on me promette
De laisser le bois … au lapin,
Et, s’il vous plait, qu’on ne me mette
Pas, comme une simple allumette,
Dans une boîte de sapin ;

Ni, comme un hareng dans sa tonne ;
Ne me couchez pas tout du long,
Pour le coup de fusil qui tonne,
Dans la bière qu’on capitonne
Sous sa couverture de plomb.

Car je ne veux rien, je vous le jure ;
Pas de cercueil ; quant au tombeau,
J’y ferai mauvaise figure,
Je suis peu fait pour la sculpture,
Je le refuse, fût-il beau.

Mon vœu jusque là ne se hausse ;
ça me laisserait des remords,
Je vous dis (ma voix n’est pas fausse) :
Je ne veux même pas la fosse,
Où sont les lions et les morts.

Je ne suis ni puissant ni riche,
Je ne suis rien, que le toutou
Que le toutou de ma Niniche ;
Je ne suis que le vieux caniche
De tous les gens de n’importe où.

Je ne veux pas qu’on m’enferre
Ni qu’on m’enmarbre, non, je veux
Tout simplement que l’on m’enterre,
En faisant un trou …dans ma Mère
C’est le plus ardent de mes vœux.


Moi, l’enterrement qui m’enlève,
C’est un enterrement d’un sou
Je trouve ça chic ! oui, mon rêve
C’est de pourrir, comme une fève


Eh ! pardieu ! c’est au cimetière
Près d’un ruisseau (prononcez l’Ar)
Du beau village de Pourrières
De qui j’implore une prière,
Oui, c’est bien à Pourrières, Var.

Croisez-moi les mains sous la tête,
Qu’on laisse mon oeïl gauche ouvert ;
Alors ma paix sera complète,
Vraiment je me fais une fête
D’être enfoui comme un pois vert.

Creusez-moi mon trou dans la terre,
Sous la bière, au fond du caveau,
Où, tout à côté de mon père,
Dort déjà ma petite mère ;
Madame Augustine Nouveau.

Puis… comblez-moi de terre… fine,
Sur moi, replacez le cercueil ;
Que comme avant dorme Augustine !
Nous dormirons bien, j’imagine,
Fût-ce en ne dormant … que d’un oeïl.

Et… retournez- la sur le ventre,
Car il ne faut oublier rien,
Pour qu’en son regard le mien entre.
Nous serons deux tigres dans l’antre
Mais deux tigres qui s’aiment bien.

Paix au caveau ! Murez la porte !
Je ressuscite au dernier jour.
Entre mes bras je prends la Morte,
Je m’élève d’une aile forte
Nous montons au ciel dans l’Amour.

Un point … important… qui m’importe,
Pour vous ça doit vous être égal,
Je ne veux pas qu’on m’emporte
Dans des habits d’aucune sorte,
Fût-ce un habit de carnaval.

Pas de suaire en toile bise…
Tiens ! c’est presque un vers de Gautier,
Pas de linceul, pas de chemise,
Puisqu’il faut que je vous le dise,
Nu, tout nu, mais nu tout entier.

Comme sans fourreau la rapière,
Comme sans gant du tout la main,
Nu comme un ver sous ma paupière,
Et qu’on ne grave sur leur pierre
Qu’un nom, un mot, un seul, Germain,

Fou de corps, fou d’esprit, fou d’âme,
De cœur, si l’on veut de cerveau,
J’ai fait mon testament, Madame ;
Qu’il reste entre vos mains de femme,
Dûment signé : GERMAIN NOUVEAU.
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Dim 27 Oct 2013, 14:09

PORTRAIT DE GERMAIN NOUVEAU PAR BOUYGUES-DEBAS


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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Jeu 19 Déc 2013, 18:07

VOLUPTE



Plaisir, bourreau des cœurs, vendeur juré des âmes,
Ah ! trop longtemps tu pris le masque de l’amour
Au vestiaire impur des romans et des drames !

Voyageant sous son nom et suivi par ta cour
De Lovelaces fous et de Phèdres navrées,
Plaisir, tyran cruel, voici venir ton tour !

Ah ! trop longtemps tu fis, dans tes mornes Caprées,
Des corps humains liés à tes rouges poteaux
De blancs Saint-Sébastiens pleins de flèches dorées ;

Et depuis trop longtemps, roulé dans tes manteaux,
Tu te glisses le soir dans les tavernes saoules,
Où tu mets les hoquets et les coups de couteaux.

Renard caché qui mord le ventre obscur des foules,
N’es-tu pas las d’errer épié dans tes nuits
Par le crime dans l’ombre horrible où tu te coules ?

Père des sommeils lourds et des mornes ennuis,
N’es-tu pas las de boire au fond des yeux la vie,
Comme un soleil brutal boit l’ombre dans un puits ?

— Tout ce qui vient de Dieu, tout ce qui fait envie :
La grâce des fronts purs, la force des lutteurs,
L’intelligence, lampe à Dieu même ravie,

Jusqu’à la voix qui vibre au gosier des chanteurs,
Jusqu’au trésor de pleurs qui tremble au cœur des femmes,
Tu fais passer sur tout tes souffles destructeurs.

Tu donnes jusqu’au goût des souffrances infâmes,
Et les petits enfants, qui baissent leurs cils noirs,
Pâlissent au passage effrayant de tes flammes.

Tu glanes des savants aux plis de tes peignoirs,
Et tu domptes le cœur des rudes capitaines,
Rien qu’avec le parfum que jettent tes mouchoirs.

Tu traites les vertus d’atroces puritaines,
Mais leur cœur réfléchit, comme un lac de cristal,
La force et la douceur des étoiles hautaines.

Cependant, dur geôlier dont le poignard brutal
Ne se laisse fléchir par les cris de personne,
Tu peuples la prison autant que l’hôpital.

Tu te dis bon vivant, tu t’assieds sur la tonne,
Ton verre dans la main, tu chantes, et pourtant
Aux hideurs que tu fais la science s’étonne.

Tu couves tous les fruits d’un air inquiétant ;
Ton appétit funèbre engloutirait le monde,
Pourvoyeur de la mort, qui n’est jamais content.

Que t’importe ! Tu ris sous ta perruque blonde,
Ou bien tu vas prêcher la modération,
Rhéteur païen, leurré par ta propre faconde.

Fils lugubre de l’homme, et sa punition,
Ennemi de l’amour, tu rêves la conquête
De sa gloire, et maudis sa noble passion…

Mais l’amour triomphant met le pied sur ta tête !
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nicyrle
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Jeu 19 Déc 2013, 22:18

C'est un véritable florilège que tu nous offres, Sapho,   cheers  Tu as eu raison de nous (re)mettre en mémoire ce poète trop peu connu. Merci à toi  merci
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Ven 20 Déc 2013, 05:37

oui, merci ma Sapho   
c'est très beau ce qu'il écrit, et combien de métaphores belles ! un vocabulaire très riche.

"Ah ! trop longtemps tu fis, dans tes mornes Caprées,
Des corps humains liés à tes rouges poteaux
De blancs Saint-Sébastiens pleins de flèches dorées ;"
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Suzanne
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   Ven 20 Déc 2013, 08:56

Magnifiques ! Merci Sapho
Je ne le connaissais pas du tout !
Pour moi Pourrières c'était synonymes de melons délicieux et d'une histoire romaine assez macabre, maintenant en plus ce sera l'origine d'un fabuleux poète !
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau, poète   

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Germain Nouveau, poète
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