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 Jean-Pierre Duprey

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soussou
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MessageSujet: Jean-Pierre Duprey   Jeu 03 Oct 2013, 11:04

Le 2 octobre 1959, le poète et sculpteur Jean-Pierre Duprey met fin à ses jours dans son atelier de la rue du Maine. Deux jours auparavant, il avait déclaré au téléphone à un ami : « Je suis allergique à la planète ». Il venait tout juste de renouer avec la poésie et d’écrire, dans l’enthousiasme, La Fin et la Manière. À la misère sociale et au désarroi sentimental qui était alors les siens était venu s’ajouter un séjour en prison (le poète fut violemment malmené par la police pour avoir uriné, en signe de protestation contre la guerre d’Algérie, sur la tombe du soldat inconnu, à l’Arc de Triomphe). Séjour suivi, du 7 au 30 juillet 1959, d’un séjour à l’hôpital Sainte-Anne. Le poète Alain Jouffroy, qui lui rend alors visite, rapporte ce témoignage :


Les hurlements qui lui parvenaient la nuit, dans la chambre particulière qu’on lui avait donnée à Sainte-Anne, l’empêchaient de dormir. Quand je venais lui rendre visite, l’après-midi, il se tenait, un immobile sourire aux lèvres, debout à côté de son lit. Je lui tendais des livres sur le vaudou, sur la magie, que ses yeux ne voyaient pas. À mes questions, il répondait évasivement par des « peut-être », des « oui, c’est possible ». Et puis, brusquement, il éclatait de rire, et pendant quelques secondes nous retrouvions une complicité sans nom, sans phrases. En tuant le dialogue, il préservait le surgissement de la vie. Au-delà des mots, tout devenait merveilleusement brûlant, phosphorescent.


Dans la préface du recueil Un bruit de baiser ferme le monde (le cherche midi éditeur, 2001, pp. 11-12), Sylvain Goudemare écrit :



Il est grand temps de sortir Duprey du rôle de poète-maudit, maudit par son temps et son époque. Lui donner sa place de « Chevalier Sagittaire », l’évader d’un bazar littéraire où les poètes sont statufiés, tout à la fois poreux et pierreux. Lui qui nous questionne, ne cède pas devant le chantage à la beauté, mais demande, à sa façon : Que cherchez-vous ? Bien plus qu’un exemple, une voix fulgurante, pandémoniaque et angélique, d’un engagement qui se moque de toute autorité.
Pour le plaisir d’être libre,
« Et d’être libre comme est libre celui qui est libre alors même qu’on le croit en prison,
Et qui refuse jusqu’à son nom bien mérité d’homme libre pour en garder le bénéfice. »
Ceci pour un dictionnaire futur :
« Dupreyer : v. tr. (XXe siècle, dérivé de Duprey). S’éprendre de l’absolu. »







ENTRE



Entre le ballon noir et l’épine du blanc
Ce qui est, ce qui fait : je suis au balancement
Ce qu’est l’horizontale à la verticale.
C’est l’Epineuse noire au gonflement du blanc.

Chimère, machine au bloc de la mer
C’est ici que se courbe
Le serpent lié au mât
Par un soleil au verbe rouge.
Voici alors qu’un bleu étale
Comme un pétale sans fin
S’est creusé d’une fleur
Qui n’est ni bleu ni rouge.
Qui n’est ni blanche ni noire.

C’est l’Epineuse de voir, l’Effeuillement-fermoir
La bouche s’est fermée : c’est un rire éclatant.
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MessageSujet: Re: Jean-Pierre Duprey   Jeu 03 Oct 2013, 19:32

Merci pour cette présentation !
Il me parle son poème "par le soleil au verbe rouge"... en ce moment
alors j'ai creusé un peu en attendant de mieux le découvrir et j'ai trouvé celui-ci, du sable et des dunes



Naufrage


Sans doute la montagne a-t-elle
Elle-même son silence ! les mots
Sont des fleurs tombées dans un bain de sable ―
Décombres sous les pieds ! ― la mer,
Son éperon délivre le vaisseau de sa voile,
Et la dune est soudain vidée de ses rayons.


C’est un son de pipeau que promène le vent.
Et là, encore la barque dort
Le mât se brise ? La terre au loin
Ne chante plus
Que des refrains de mort. La cigarette du phare
S’éteint
Et les berceuses
Des villes se perdent dans la mémoire.


L’ange écoute son nom prononcé
Dans l’Orage. La maison secrète
De ta vie,
Tu l’oublies ?
C’est le bagage qui encombre les bras !
Et le flot
Délivre les noyés de leur bouche tordue.


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Jean-Pierre Duprey
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