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 Camus, le premier homme.

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rotko
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MessageSujet: Camus, le premier homme.   Lun 03 Fév 2014, 16:26

J'ai une édition de Gallimard de 1994, avec des copies de manuscrit, des notes en bas de page pour des variantes, et des annexes.

la première partie, la recherche du père, raconte l'installation en Algérie du père de Camus/Cormery et la naissance de jacques Cormery. La partie intitulée Saint Brieuc est la découverte par Jacques cormery à 40 ans de la tombe de son père, tué à 29 ans pendant la guerre de 14. Une entrevue avec Malan (sans doute Roger Grenier), ami de Jacques Cormery.

Puis viennent les jeux de l'enfant.

L'auteur met en relief deux facteurs essentiels : la pauvreté de son milieu, et l'analphabétisme de son père -qui apprendra  cependant à lire comme il l'indique plus tard, et de sa mère, incapable de lire elle-même l'avis de décès remis par le maire. Quant à la grand mère, elle est dure et peu apte à comprendre les engrenages internationaux qui conduisent à la première guerre mondiale.

L'évocation de l'enfance, des jeux sur la plage, avec les cabanes sur pilotis ont bien été enregistrés par Jacques Ferrandez dans sa bande dessinée de l'étranger sur ce fil .

Deux  éléments me frappent au cours de la lecture, sans parler de l'amour pour la mère, présent à chaque page : l'indifférence dont j'accuse Jacques Cormery ("j'ai honte de mon indifférence"), et qui rappelle le premier titre de l'Etranger qui était je crois "l'indifférent" .

D'autre part la guerre, celle de 14, mais aussi celle qui va créer la scission Algérie France. Le père découvre plusieurs sentinelles au cou tranché, et l'enfant est témoins d'un attentat qui engendre de la tension entre les deux communautés, européenne et arabe.
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rotko
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Lun 03 Fév 2014, 16:44


Citation :
La mer était douce, tiède, le soleil léger maintenant sur les têtes mouillées, et la gloire de la lumière emplissait ces jeunes corps d'une joie qui les faisait crier sans arrêt.Ils régnaient sur la vie et sur lamer, et ce que le monde peut donner de plus fastueux, ils le recevaient et en usaient sans mesure, comme des seigneurs, assurés de leurs richesses irremplaçables.
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nicyrle
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Mar 04 Fév 2014, 14:16

Je peux me tromper mais je n’ai pas le souvenir que le titre L’indifférent ait été envisagé pour L’étranger par Camus. Sans parler de la première ébauche abandonnée, intitulée La mort heureuse, avec pour personnage Mersault, dès 1937, Camus pensa en effet à plusieurs titres dont nous avons gardé la trace dans les Carnets : Meursault,  La pudeur, Un Homme Libre, Un homme heureux, Un homme comme les autres.
Pour en revenir à la réflexion de Cormery dans Le Premier homme, que tu cites, Rotko, il faut relever ce qui la précède :
Citation :
J’aime ou je vénère peu d’êtres. Pour tout le reste, j’ai honte de mon indifférence.
Cormery s’adresse à Malan, qu'il aime et admire comme un père, mais à qui il reproche, gentiment, son manque de générosité et surtout ses soupçons permanents « d’arrière-pensées chez les autres. » Je ne crois pas que l’indifférence de Cormery/Camus soit de même nature que celle de l’étranger, étranger avant tout à lui-même et aux hommes mais pas à la nature, et sensible pour finir à « la tendre indifférence du monde ».

On pourra revenir sur le thème de la guerre dans Le premier homme, traité de façon particulière.

En tout cas, dès la première partie, il convient à mon sens de percevoir qu’elle débute sur deux épisodes fondateurs, celui de la naissance avec le mythe des origines et celui de la mort lié au thème du chaos.
Le premier chapitre est saisissant et sans doute déjà très travaillé (ce qui n’est pas toujours le cas des pages qui suivent), d’abord parce que le narrateur externe qui s’exprime va ensuite céder la place à Cormery à l’âge de 40 ans et que tout sera vu par lui ; ensuite parce son écriture est assez éloignée de ce que l’on a l’habitude de lire dans les autres romans de Camus : vision cosmique et envolées lyriques en longues phrases cadencées ne se trouvent pas ailleurs dans l’œuvre, du moins pas sous cette forme. Enfin, il faut noter qu’est mis d’emblée l’accent sur la fraternité entre Français et Arabes, élément essentiel pour l’ouvrage en projet.
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Mar 04 Fév 2014, 16:06

Ma foi, je te fais confiance, connaissant très mal l'étranger. Je me demande où j'ai trouvé cette idée d'un titre "l'indifférent"??

je trouve deux thèmes, celui de la mise à mort, et celui de l'amour du pays.

Citation :
Pirette était ouvrier agricole dans une ferme du sahel, assez près d'Alger.Il avait tué à coups de marteaux ses maîtres et les trois enfants de la maison

L'éxecution à laquelle assiste le père de Camus/Cormery "en présence d'une foule considérable", déclenche chez le témoin des troubles. Une horreur qui se transforme chez le fils des cauchemars, dus "aux détails qu'on lui avait racontés et ceux qu''il imaginait".

Horreur tue par le père mais dont le fils a hérité. Et on retrouve ce thème dans la Peste (la mort du "hibou roux") et bien montrée dans la BD de Jacques Ferrandez pour l'Etranger.

Oui, j'explore et découvre au ras des pâquerettes, et je serai à l'écoute des remarques que tu pourras faire Nicyrle, toi qui possède bien cet auteur et ses oeuvres.

L'amour du pays

Oui, on est bien d'accord sur la présence de la nature et des sensations détaillées et précises de Noces, exprimées par Jacques Ferrandez dans son adaptation.

Ferrandez note une proposition d'aller à Paris pour Meursault, proposition qu'il décline, à l'instar de la mère qui n'envisage pas de quitter son "chez nous". On aura sans doute l'occasion de revenir sur les plaisirs de la chasse, ou du moins de l'équipée des chasseurs, et des odeurs d'école. Le voyage en train avec les chasseurs est un émerveillement à tout point de vue (p. 103 dans mon édition, un peu spéciale, je crois)
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Mar 04 Fév 2014, 22:10

merci Merci pour ta confiance, Rotko, je me sens investie d'une vraie responsabilité !

La jubilation des pages consacrées à l'évocation des souvenirs d'enfance de Cormery/Camus valorise leur aspect symbolique d'une union profonde avec sa famille et sa terre d'Algérie ; elles exaltent un retour
Citation :
à l'enfance dont il n'avait jamais guéri, à ce secret de lumière, de pauvreté chaleureuse qui l'avait aidé à vivre et à tout vaincre.
d'où un sentiment sincère de gratitude infinie à l'égard de ceux qui lui ont offert cette richesse aussi précieuse qu'infinie, faisant de lui "le plus riche des enfants".

Tu évoques aussi, Rotko, le passage du spectacle d'une exécution capitale par le père qui ne l'oubliera jamais et constitue un legs à son fils, transmis par la grand-mère dans le roman. Cet épisode fondateur se retrouve dans plusieurs écrits de Camus qui, lui-même, a entendu ce récit à propos de son propre père de la bouche de sa mère. Il en est question dès la première œuvre de Camus, L'Envers et l'Endroit, écrite à 22 ans. On sait que l'écrivain est intervenu à maintes reprises en faveur de condamnés à mort, y compris Brasillach que pourtant "il vomissait" pour reprendre une expression de Grenier ou encore des hommes qui avaient du sang sur les mains et qu'on qualifierait aujourd'hui de terroristes. Et surtout, ce legs paternel est à l'origine de son action militante pour l'abolition de la peine de mort. Il en fait une nouvelle fois le récit au début de son essai Réflexions sur la guillotine, publié en 1957 et repris dans un livre cosigné avec Arthur Koestler. Il écrit :
Citation :
Quand la suprême justice donne seulement à vomir à l'honnête homme qu'elle est censée protéger, il paraît difficile de soutenir qu'elle est destinée, comme ce devrait être sa fonction, à apporter plus de paix et d'ordre dans la cité. Il éclate au contraire qu'elle n'est pas moins révoltante que le crime, et que ce nouveau meurtre, loin de réparer l'offense faite au corps social, ajoute une nouvelle souillure à la première.

L'édition dont tu disposes est, à mon avis, la première, celle de 1994, et elle est précieuse, dans sa conception même, voulue par la fille de Camus, très soucieuse de respecter la lettre et l'esprit de l'œuvre de son père.
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Mer 05 Fév 2014, 16:11

oui, c'est la première édition.

Avec des passages très travaillés, d'autres appliqués, et d'autres moins. Je suis d'accord avec toi sur les longues phrases.

Celle qui ouvre le poulailler et l'égorgement de la poule fait 23 lignes.

Citation :
Cette angoisse devant l'inconnu [...] une lumière plus douce, comme réfléchie par la toile cirée, le visage de la femme et celui de l'enfant, qui de l'autre côté de la table assistait à la cérémonie, et son coeur se desserrait lentement à mesure que la lumière montait.

Elle mêle des éléments concrets, le réglage de la lampe, reconstitué en détail, et les sentiments du jeune jacques Cormery, à la manière de Proust.

Au passage, on remarquera certains lapsus de l'auteur qui emploie le nom véritable (Germain ou Camus) à la place des patronymes fictifs (Bernard ou Cormery), indices révélateurs de la dominante autobiographique du récit.

J'ai vu aussi - car en explorant je me renseigne, que le manuscrit de la mort heureuse avait été édité, ce que tu sais bien, mais que je signale aux grains curieux  Smile 
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Sam 08 Fév 2014, 15:10

La nouvelle le baiser de la concierge d'Agnès Bihl me fait d'autant plus apprécier la conduite de Cormery et de ses copains garnements qui font tout pour contrecarrer les coups de filet de Galoufa, le capteur de chiens.    

Ce dernier a un outil, à lasso ou à lacet, qui lui permet de capturer les chiens, de les mettre en cage, et au terme de trois jours, de les "euthanasier" à la fourrière.

Le refus de ces pratiques les conduit de façon instinctive à tout faire pour les mettre en échec. Conduite qui leur vient d'un sentiment immédiat de protection de la vie, en contradiction avec la politique officielle de la ville.
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Suzanne
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Sam 08 Fév 2014, 17:12

Tu vas vite, Rotko,
Je viens juste de "re"lire le paragraphe de la naissance.
Avec des images très poétiques au début avec l'orage qui arrive, comparait aux vagues de la mer, au nord et les vagues des dunes, au sud.
La porte bleuie par les multiples sulfatages de la vigne qui l'entourait.
Les réflexions du vieil Arabe :
Spoiler:
 
Quelque-chose m'intrigue :
-au départ il y a 4 personnes dans la carriole dont le frère ainé de Jacques qui a 4 ans puis il est dit au médecin qu'ils l'ont laissé à la belle-mère ?
Il s'est appelé Jacques parce que la cantinière qui a participé à l'accouchement s'appelé madame Jacques.
La vraie cantinière s'appelait-elle madame Albert ? La réponse n'est pas bien importante, mais c'est ce à quoi j'ai pensé sur le moment.
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nicyrle
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Sam 08 Fév 2014, 18:14

rotko a écrit:
oui, c'est la première édition.

Avec des passages très travaillés, d'autres appliqués, et d'autres moins. Je suis d'accord avec toi sur les longues phrases.

Au passage, on remarquera certains lapsus de l'auteur qui emploie le nom véritable (Germain ou Camus) à la place des patronymes fictifs (Bernard ou Cormery), indices révélateurs de la dominante autobiographique du récit.

Il faut toujours avoir à l’esprit en lisant ce livre, qu’il s’agit non seulement d’une œuvre inachevée (nous ne disposons que d’un tiers environ du roman) mais d’une œuvre à l’état brut, non relue, non corrigée. Alors, certes, on sent bien que certains passages ont été très travaillés mais même ceux-là auraient probablement donné lieu à des remaniements, Camus étant très perfectionniste. D’autres ont manifestement été écrits au fil de la plume, d’où des phrases interminables et des incohérences, des lapsus. Cela dit, on sait par ses Carnets que l’auteur avait en tête une manière d’écrire novatrice, et je pense qu’au moins une fois dans le livre, le doute est permis entre erreur involontaire et choix délibéré d’écriture ; j’y reviendrai pus tard car je crois que c’est particulièrement intéressant.
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Sam 08 Fév 2014, 18:28

Suzanne a écrit:
Quelque-chose m'intrigue :
-au départ il y a 4 personnes dans la carriole dont le frère ainé de Jacques qui a 4 ans puis il est dit au médecin qu'ils l'ont laissé à la belle-mère ?
Il s'est appelé Jacques parce que la cantinière qui a participé à l'accouchement s'appelé madame Jacques.
La vraie cantinière s'appelait-elle madame Albert ? La réponse n'est pas bien importante, mais c'est ce à quoi j'ai pensé sur le moment.

La première édition souligne en note la contradiction que tu relèves à propos du frère aîné ; il y en a d'autres dans le roman ! Il ne faut évidemment pas s'y attacher et passer outre, c'est d'ailleurs ce qui contribue, je trouve, au côté émouvant de cette ultime publication.
En ce qui concerne le prénom donné à Albert Camus, je ne peux pas te dire ce qu'il en est. De toute façon, la naissance racontée ici n'est pas au détail près celle de l'auteur né à Mondovi près de Bône. Ce qui compte, c'est moins la référence autobiographique que la dimension symbolique, mythique de l'événement raconté ici.
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Sam 08 Fév 2014, 18:55

je ne l'ai pas encore commencé ! rhoooooo  Embarassed  je n'ai pas eu le temps de lire aujourd'hui, des tas de choses à faire, chuis un peu fatiguée, d'autant que j'étais réveillée à 5 h et que je me suis levée à 5 h 30 environ. Bouh !
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Suzanne
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Sam 08 Fév 2014, 21:47

2 Saint Brieuc
Je mets en spoiler Ysandre comme ça tu n'es pas obligée de lire.
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Dim 09 Fév 2014, 09:15

3 Saint-Brieuc et Malan
Je jette là les idées qui me viennent au fur et à mesure, de façons non exhaustives.
Spoiler:
 
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Suzanne
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Lun 10 Fév 2014, 12:21

4 Les jeux de l'enfant
Jacques est dans le bateau qui le ramène en Algérie. Il essaie de dormir et se rappelle de son enfance. De la sieste qu'il détestait par-dessus tout parce qu'il lui fallait dormir alors avec sa grand-mère alors qu'il avait envie de jouer. Un sacré dictateur cette grand-mère !
Ses jeux solitaires : tourner en courant autour de la table en déclamant je m'ennuie je m'ennuie ! (je crois que j'ai dû faire pareil )
Les jeux avec les copains et toute la pauvreté dans laquelle il vive mais aussi la joie de vivre de ces gamins.
Chose surprenante il parle très peu de son frère.
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Suzanne
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Lun 10 Fév 2014, 14:07

5 Le père. Sa mort. La guerre. L'attentat
Jacques arrive près de sa mère qui l'embrasse
Souvenir poignant: l'odeur trop rare dans sa vie d'enfant, de la tendresse. On sent qu'il en a bavé avec la grand-mère chef de famille
On imagine sa mère retranchée derrière une barrière invisible, isolée dans sa semi surdité.
Cette mère qui ne disait du mal de personne ne se plaignait jamais mais ne souriait pas non plus. Quelle vie a-t-elle eu ?
Et elle voulait continuer à vivre dans le même quartier avec légèrement plus de confort alors que ses enfants pouvait l'aider. Son pays c'était l'Algérie pas la France où il fait froid et où elle serait une étrangère
Le père élevait dans un orphelinat était fâché avec ses frères, saura-t-on pourquoi plus loin ?
Il a été très choqué par les agissements des Marocains pendant la guerre de 1905.
En marge : Il n'avait jamais vu la France. Il la vit et fut tué.
La mère était illettrée et le père avait appris à lire vers l'âge de 20 ans
Pour la mère les Allemands étaient des gens méchants qui forçaient la France à la guerre, Elle ne savait pas ce qu'était une ile n'en ayant jamais vue.
Elle aura la chance de travailler pendant 10 heures des petits tubes en cartons (cartouches)
Scènes terribles de la guerre, scène émouvante où Lucie Cormery reçoit la visite du maire lui annonçant la mort de son mari (comme elle était presque sourde elle n'a rien entendu et c'est sa mère qui lui apprend ce qu'il arrive. et à regarde dans le noir le malheur qu'elle ne comprenais pas.
Attentat, Jacques prend la défense d'un arabe attaqué par un ouvrier. Il faut tous les tuer. L'ouvrier réagit comme bien d'autres maintenant en mettant tout le monde dans le même sac et en ne se remettant pas en question.
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Lun 10 Fév 2014, 15:21

Suzanne a écrit:
2 Saint Brieuc
Je mets en spoiler Ysandre comme ça tu n'es pas obligée de lire.
Spoiler:
 
Il faut  comprendre que Jacques n'a jamais été informé de quoi que ce soit concernant son père, si ce n'est le fameux épisode de l'éxécution publique à laquelle il a assisté. Jacques sait seulement que son père est mort à la guerre de 14. Même plus tard, quand, si j'ose dire, il revient à la charge auprès de sa mère pour tenter d'en savoir un peu plus sur son père, il n'obtient rien ou presque. La mémoire de sa mère est "enténébrée, rien n'était sûr". Les pauvres ont moins de "repères" que les riches, "dans l'espace" comme "dans le temps".
Citation :
Bien sûr, il y a la mémoire du cœur dont on dit qu'elle est la plus sûre, mais le cœur s'use à la peine et au travail, il oublie plus vite sous le poids des fatigues.
Poignant constat... A cela s'ajoute que la mère de Jacques (comme celle de Camus), sourde, "avec un embarras de parole", séquelle d'une maladie de l'enfance, s'est retrouvée forcée à une "résignation muette", doublée d'une obligation de "faire face à la vie" et donc de vivre au jour le jour. Les pauvres, les faibles n'ont ni passé ni mémoire.

La scène au cimetière est une scène clé. Elle est une révélation pour Jacques qui éprouve devant la tombe de son père non pas de la piété filiale mais...
Citation :
la compassion bouleversée qu'un homme fait ressent devant l'enfant injustement assassiné - quelque chose ici n'était pas dans l'ordre naturel et, à vrai dire, il n'y avait pas d'ordre mais seulement folie et chaos là où le fils était plus âgé que le père.

C'est moi qui souligne des mots essentiels car c'est bien le "chaos" que Jacques a découvert. Notons au passage l'élargissement symbolique à tous les fils dont les pères morts avant l'heure, comme le sien, étaient rassemblés dans ce carré et tous les carrés des "morts au champ d'honneur". C'est l'injustice de la guerre et de l'Histoire qui est ici dénoncée.

A la fin du chapitre quand Jacques tourne le dos à la tombe et "abandonne" son père, c'est qu'il n'a plus rien à apprendre en ce lieu. Il va essayer de le retrouver dans sa "vraie patrie", d'où la décision qui suit immédiatement de retourner en Algérie. Il ne faut surtout pas voir là une prise de conscience destructrice ou un comportement ingrat, égoïste, c'est tout le contraire.

Enfin, j'ajoute une information essentielle qu'on trouve dans les Carnets dont je parle si souvent  Wink :
Citation :
Quand près de la tombe de son père, il sent le temps se disloquer - ce nouvel ordre du temps est celui du livre.

C'est clairement dire que le livre du Premier homme a pour objectif (entre autres) de rétablir "l'ordre". A nous de voir ensuite, au fil de la lecture, ce qu'il en est.
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Mar 11 Fév 2014, 07:58

j'ai commencé à lire le premier homme hier soir. Coucou Manic   
je donnerai sans doute mes commentaires au fur et à mesure de ma lecture. J'aurai Nicyrle et Rotko pour me guider  coeur! 
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Mar 11 Fév 2014, 16:03

Surtout Nicyrle, moi je suis le mouvement, sans avoir la connaissance des carnets qui révèlent les intentions de l'auteur sur ce livre inachevé, où la liberté d'interprétation reste grande dans l'état actuel.
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Mar 11 Fév 2014, 16:39

rotko a écrit:
Surtout Nicyrle, moi je suis le mouvement, sans avoir la connaissance des carnets qui révèlent les intentions de l'auteur sur ce livre inachevé, où la liberté d'interprétation reste grande  dans l'état actuel.
Puisque tu as entre les mains l'édition de 1994, tu disposes des précieuses Annexes (5 feuillets et les Notes et plans du Premier homme) retrouvés glissés dans le manuscrit en cours et que Catherine, la fille de Camus, a eu la bonne idée de joindre à la publication initiale. Je ne sais pas si ces éléments importants figurent aussi dans les éditions ultérieures, celle du Livre de Poche par exemple. La connaissance des Carnets et de certaines autres œuvres, en particulier L'Envers et l'Endroit, constituent un plus appréciable, évidemment.
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Jeu 13 Fév 2014, 18:38

Des incohérences apparaissent à plusieurs reprises dans Le premier homme, Suzanne l’a souligné ; on les explique par le fait qu’il s’agit d’un manuscrit inachevé, non relu, non corrigé. Je voudrais cependant revenir sur un passage particulier qui, personnellement me trouble. Il se situe au moment où Jacques Cormery, après le voyage à Mondovi, retourne à Alger ; son avion descend sur la ville :

Citation :
Jacques pensait au petit cimetière de Saint-Brieuc où les tombes des soldats étaient mieux conservées que celles de Mondovi. La Méditerranée séparait en moi deux univers, l’un où dans dans des espaces mesurés les souvenirs et les noms  étaient conservés, l’autre où le vent de sable effaçait les traces des hommes sur de grands espaces. Lui avait essayé d’échapper à l’anonymat, à la vie pauvre, ignorante obstinée, il n’avait pu vivre au niveau de cette patience aveugle, sans phrases, sans autre projet que l’immédiat.

Le mélange des 1ère et 3e personnes surprend ; on a l’impression que Camus oublie qu’il parle de son personnage, « Jacques », pour s’exprimer à la première personne, « moi », puis revient à Jacques avec « Lui ».
Ce n’est peut-être pas du tout une erreur à corriger ! Ce pourrait être un choix délibéré d’écriture, naviguant entre fiction et autobiographie, une des expressions libres à donner à cette œuvre, une des modulations de ses « gammes intérieures » dont Camus parle dans une interview de 1957. Evoquant son futur roman, il dit :
Citation :
Je pense pouvoir, dans cette œuvre que je voudrais accessible à tous, donner libre cours à ma tonalité. Je voudrais moduler mon chant selon toutes mes gammes intérieures.

Dans une lettre à Grenier, il parle d’un « roman direct »  et, dans les Carnets, on trouve l’expression laconique et décidée :

Citation :
Liberté de prendre n’importe quel ton.

Je me demande vraiment si Camus n’avait pas en tête une toute nouvelle forme d’expression très libre qui aurait pu aboutir à des audaces de ce genre dans l’écriture.

Ce commentaire n’engage que moi, naturellement !
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Jeu 13 Fév 2014, 20:48

Nicyrle a écrit:
Je mets en spoiler Ysandre comme ça tu n'es pas obligée de lire.

oh mais, j'en suis plus loin dans le livre, Manic !
Ces moments passés sur la tombe de son père m'ont pas mal bouleversée, je n'ai pas encore trouvé le moyen d'en parler  pale  La découverte de l'âge qu'avait son père quand il est mort (29 ans) et celui qu'il a, là devant cette stèle (40 ans)...." Et le flot de tendresse et de pitié qui d'un coup vint lui emplir le cœur n'était pas le mouvement d'âme qui porte le fils vers le souvenir du père disparu, mais la compassion bouleversée qu'un homme fait ressent devant l'enfant injustement assassiné... quelque chose ici n'était pas dans l'ordre naturel et, à vrai dire, il n'y avait pas d'ordre mais seulement folie et chaos là où le fils était plus âgé que le père. La suitte du temps lui-même se fracassait autour de lui immobile, entre ces tombes qu'il ne voyait plus, et les an nées cessaient de s'ordonner suivant ce grand fleuve qui coule vers sa fin..."
son "mouvement d'âme" n'était en effet pas filial, il n'avait pas connu son père, mais le décalage temporel lui faisait ressentir une douleur universelle, pour des enfants morts trop tôt et tellement injustement. Je pense qu'il en a eu brusquement une conscience aigue. L'idée même est déchirante !
Il ne trouverait jamais son père, l'homme couché là n'avait jamais eu de cheveux gris, n'avait pas vieillit près de sa mère, ne l'avait pas vu devenir lui-même un homme, tout seul !
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nicyrle
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Jeu 13 Fév 2014, 21:47

Ysandre a écrit:
Nicyrle a écrit:
Je mets en spoiler Ysandre comme ça tu n'es pas obligée de lire.

oh mais, j'en suis plus loin dans le livre, Manic !
Ces moments passés sur la tombe de son père m'ont pas mal bouleversée, je n'ai pas encore trouvé le moyen d'en parler  pale  La découverte de l'âge qu'avait son père quand il est mort (29 ans) et celui qu'il a, là devant cette stèle (40 ans)...." Et le flot de tendresse et de pitié qui d'un coup vint lui emplir le cœur n'était pas le mouvement d'âme qui porte le fils vers le souvenir du père disparu, mais la compassion bouleversée qu'un homme fait ressent devant l'enfant injustement assassiné... quelque chose ici n'était pas dans l'ordre naturel  et, à vrai dire, il n'y avait pas d'ordre mais seulement folie et chaos là où le fils était plus âgé que le père. La suitte du temps lui-même se fracassait autour de lui immobile, entre ces tombes qu'il ne voyait plus, et les an nées cessaient de s'ordonner suivant ce grand fleuve qui coule vers sa fin..."
son "mouvement d'âme" n'était en effet pas filial, il n'avait pas connu son père, mais le décalage temporel lui faisait ressentir une douleur universelle, pour des enfants morts trop tôt et tellement injustement. Je pense qu'il  en a eu brusquement une conscience aigue. L'idée même est déchirante !
Il ne trouverait jamais son père, l'homme couché là n'avait jamais eu de cheveux gris, n'avait pas vieillit près de sa mère, ne l'avait pas vu devenir lui-même un homme, tout seul !
Ce n'est pas moi qui ai mis ce spoiler, Ysandre  Razz  c'est Suzanne !
 cheers Tu as très bien perçu le sens de cette scène magnifique devant la tombe du père ; la première fois que je l'ai lue, j'en ai pleuré et je ne peux la relire sans émotion. On devine que Camus lui même a éprouvé ce sentiment poignant et cette universalité dont tu parles si bien.
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Amadak
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MessageSujet: camus le premier homme page 1   Jeu 13 Fév 2014, 22:23

Chers amis ,fascinée par cette lecture, je suivrai demain
Merci Nicyrle, Rotko,Suzanne ,Ysandre, passionnants commentaires merci 
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Ven 14 Fév 2014, 07:44

Nicyrle a écrit:
la première fois que je l'ai lue, j'en ai pleuré
moi aussi, mais je n'ai pas osé le dire... une prof de français m'avait traitée de fontaine une fois,  on étudiait un texte sur l'amour filial de je ne sais plusde qui, et j'avais fondu en larmes ! rhooooooooooo ! Embarassed 
je n'ai jamais réussi complètement à combattre cette hyper émotivité, on appelle également cela de la sensiblerie ..... mais je ne pense même pas que ce soit ça, maintenant que je l'ai combattue, j'ai fait du tri en ciblant mes émotions  lol!
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MessageSujet: Re: Camus, le premier homme.   Ven 14 Fév 2014, 09:09

Jamais dans le livre on n’oublie ni le rang social des protagonistes, ni les problèmes de cohabitation entre les communautés, deux facteurs qui s’interpénètrent, que l’auteur n’esquive pas :

Le chômage [...] expliquait que ces ouvriers, chez Pierre comme chez Jacques, qui toujours dans la vie quotidienne étaient les plus tolérants des homme, fussent toujours xénophobes dans les questions de travail, accusant successivement les Italiens, les Espagnols, les Juifs, les arabes et finalement la terre entière de leur voler leur travail - attitude déconcertante certainement pour les intellectuels qui font la théorie du prolétariat, et pourtant fort humaine et bien excusable.. »

Il reste de fait que les fréquentations sont  rares, que nul prénom arabe n’est donné dans le texte,sauf pour Tahar, le voisin du poulailler

,Jean Noel Pancrazi romancier et critique littéraire, se montrait dans des circonstances  assez similaires plus proche d’un ami arabe dont il parle avec chaleur et compréhension dans madame Arnoul.

Comme chez Camus on sent une tension, avec la mention des « bandits »,  parfois des attentats ou des faits divers sanglants, des bagarres fréquentes, une animosité perçue comme latente dans une société prête à exploser, au point que certains  pensent au départ, nourrissant pourtant un amour de la terre qu’ils ne pouvaient partager....qu’avec des Arabes qu’ils ne fréquentaient pas…

Ce peuple attirant et inquiétant, proche et séparé, qu’on côtoyait au long des journées, et parfois l’amitié naissait, ou la camaraderie, et, le soir venu, ils se retiraient pourtant dans leurs maisons inconnues, où l’on ne pénétrait jamais, barricadées aussi avec leurs femmes qu’on ne voyait jamais ou, si on les voyait dans la rue, on ne savait pas qui elles étaient, avec leur voile à mi-visage et leurs beaux yeux sensuels et doux au-dessus du linge blanc, et ils étaient si nombreux dans les quartiers où ils étaient concentrés, si nombreux que parleur seul nombre, bien que résignés et fatigués, ils faisaient planer une menace invisible qu’on reniflait dans l’air des rues certains soirs […]
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