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 Robert Walser [Suisse - germanophone]

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coline
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MessageSujet: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Lun 20 Nov 2006, 16:11

La Rose Gallimard, collection l'étrangère.


La Rose sera le dernier ouvrage de Robert Walser publié. En 1933, il est entré dans une clinique psychiatrique. Il y restera jusqu'au jour de Noël 1956. Ce jour-là, il quitte la clinique pour se promener dans la neige. Il marchera jusqu'à l'épuisement et à la mort.
« Une fois de plus, je n'ai fait là qu'esquisser ; en réalité, je devrais me sentir tenu d'en faire davantage. »
Et en effet, Walser relate en une quarantaine de textes courts, même pas des nouvelles, des situations, des portraits. Une écriture qui ressemble au travail des impressionnistes en peinture, par petites touches délicates.
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coline
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Mar 21 Nov 2006, 14:15

La rose

Je tournais les pages de ce livre, savourant l'écriture, mais pas plus accrochée que cela à ce qu'il racontait...J'ai toujours du mal à passer trop vite d'un sujet à un autre.
Et puis j'ai trouvé ce qu'il fallait faire!
Lire un texte...s'échapper...vaquer à autre chose...lire un autre livre...puis revenir au texte suivant de Walser toute disponible pour l'accueillir...
Et à ce moment-là...c'est une révélation! sunny

Ses écrits ont le charme (un peu désuet?) des écrits de Paul Gadenne, de Charles Juliet...
J'aime beaucoup retrouver de temps à autres ce style d'écriture.
Il y manque l'action qu'on peut trouver dans les récits plus contemporains mais quelle belle langue!
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coline
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Mar 21 Nov 2006, 14:20

La rose (citation)

Il ne faut pas que les écrivains se croient grands parce qu'ils se frottent à la grandeur, ils doivent au contraire essayer d'être significatifs dans les petites choses. Qu'est-ce que j'ai pensé à ce propos récemment? Qu'il fallait apprendre à parler de l'objet le plus infime d'une manière belle, ce qui vaudrait mieux que de s'exprimer pauvrement sur un sujet copieux."
Smile
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coline
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Mar 21 Nov 2006, 14:23

La rose (citation)

"La dame de mes pensées est si belle et je lui voue la ferveur d'un respect si sacré que je suis forcé de m'accrocher à une autre, saisissant ainsi l'occasion de me remettre de la fatigue de nuits sans sommeil, de raconter à la suivante combien de charme avait la précédente, et de lui dire: "Je t'aime tout autant."

Le coquin... Smile
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coline
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Mar 21 Nov 2006, 14:29

La rose (citation)

"Si l'on m'y autorise, j'évoquerai et chanterai un petit ruisseau qui se précipitait de la falaise, dans un chatoiement argenté, d'une beauté rieuse et divine, profondément grave et gai, et la manière dont il éclaboussait les rochers et rebondissait, petite contribution à ce colosse qu'est la mer où, à des milliers de mètres de profondeur, des monstres innocents nagent autour d'arbres cachés et éternellement humides, tandis que des paquebotsde luxe ornent la surface, et je parlerai d'ombres doucement posées sur la prairie, des petites maisons sur la pente, et d'un garçon couché.Quelle horreur, si cela faisait bâiller le lecteur!"
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Mar 21 Nov 2006, 16:04

coline a écrit:
La rose (citation)

"La dame de mes pensées est si belle et je lui voue la ferveur d'un respect si sacré que je suis forcé de m'accrocher à une autre, saisissant ainsi l'occasion de me remettre de la fatigue de nuits sans sommeil, de raconter à la suivante combien de charme avait la précédente, et de lui dire: "Je t'aime tout autant."

Le coquin... Smile
Grosse erreur à la fin…

La dame de mes pensées est si belle et je lui voue la ferveur d'un respect si sacré que je suis forcé de m'accrocher à une autre, saisissant ainsi l'occasion de me remettre de la fatigue de nuits sans sommeil, de raconter à la suivante combien de charme avait la précédente, et de lui dire: "Je t'aime beaucoup plus encore."
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rotko
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Mar 21 Nov 2006, 16:14

Pour qui a lu le lys dans la vallée, pas d'hésitation : ne rien dire du tout. Razz
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swallow
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 08 Déc 2006, 09:39

Hier je lisais une petite phrase de Robert Walser, trouvée sur http://www.peripheries.net/article223.html
et sans le vouloir l´énoncé me soufflait "GDS", les mots de Walser s´appliquant si bien à ce que represente notre Forum pour moi et pour vous sans doute.
« Il est bien agréable d’avoir ainsi en réserve, en arrière-garde quasiment, quelque chose qu’on aime bien. C’est comme si on possédait une maison, un endroit à soi chez quelqu’un, une retraite, un lieu magique, puisque décidément je ne peux pas vivre sans un peu de magie sous la main. »
Excusez la manipulation abusive, mais c´est bien ainsi que çà ce passe dans mon esprit en désordre.
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Seuguh
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 08 Déc 2006, 09:52

coline a écrit:
La rose (citation)

"Si l'on m'y autorise, j'évoquerai et chanterai un petit ruisseau qui se précipitait de la falaise, dans un chatoiement argenté, d'une beauté rieuse et divine, profondément grave et gai, et la manière dont il éclaboussait les rochers et rebondissait, petite contribution à ce colosse qu'est la mer où, à des milliers de mètres de profondeur, des monstres innocents nagent autour d'arbres cachés et éternellement humides, tandis que des paquebots de luxe ornent la surface, et je parlerai d'ombres doucement posées sur la prairie, des petites maisons sur la pente, et d'un garçon couché.Quelle horreur, si cela faisait bâiller le lecteur!"

Chouettes contrastes. Au début de La soupe perlée (ou quelque chose comme cela), Oulitskaïa en faisait beaucoup, ça me plaisait bien (mais évidemment je n'ai pas le livre sous la main...)
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coline
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 08 Déc 2006, 09:57

swallow a écrit:
Hier je lisais une petite phrase de Robert Walser, trouvée sur http://www.peripheries.net/article223.html
et sans le vouloir l´énoncé me soufflait "GDS", les mots de Walser s´appliquant si bien à ce que represente notre Forum pour moi et pour vous sans doute.
« Il est bien agréable d’avoir ainsi en réserve, en arrière-garde quasiment, quelque chose qu’on aime bien. C’est comme si on possédait une maison, un endroit à soi chez quelqu’un, une retraite, un lieu magique, puisque décidément je ne peux pas vivre sans un peu de magie sous la main. »
Excusez la manipulation abusive, mais c´est bien ainsi que çà ce passe dans mon esprit en désordre.

Wink On va pouvoir mettre cette citation au portail de GDS prochainement!
Swallow, j'aurais pu faire le même lien que toi en découvrant ces phrases.
Et, de plus, ce propos est très walserien, autant dans le style que dans ce qui est dit...
Toutes ces petites choses précieuses sur lesquelles il met des mots précieux...
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 08 Déc 2006, 10:00

Il faudra que je vous parle de Vie de poète et de Histoires d'images que je lis à petites goulées depuis quelques temps...
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 29 Déc 2006, 23:24

Trouvé sur le blog de Pierre Assouline (extraits):

20 août 2006

Comment Robert Walser m’est tombé dessus
Cet été, un écrivain m’est tombé dessus au moment où je m’y attendais le moins. Entendez : alors que je me croyais protégé de toute intrusion par la barrière de livres que j’avais emportés avec moi. Cela a commencé par un zapping télévisé un samedi soir à la recherche de la chronique des événements courants. Métropolis m’est apparu sur Arte, la figure de Robert Walser m’a sauté au visage et la voix chaude de Pierre-André Boutang a fait le reste pour m’entraîner dans ses pas. C’est le genre d’écrivain dont on précise toujours entre parenthèses (Bienne 1878- Herisau 1956), non pour encourager à visiter le canton de Berne ou celui d’Appenzell, mais pour éviter que l’on en fasse une sorte d’écrivain autrichien du XIXème siècle. Il faut dire que l’intéressé n’avait rien fait lui-même pour se rendre inoubliable. A croire qu’il était la principal obstacle à la diffusion de son oeuvre. Dans le beau documentaire commenté par Boutang, au fil des témoignages et des évocations, il apparaît bien comme le plus grand écrivain suisse de langue allemande dont la fin (les vingt quatre dernières années de sa vie dans un asile psychiatrique, à sa sa demande puis contre son gré) éclaire rétrospectivement le début et le milieu de la vie. A l’écart, marginal, inclassable, il l’était sans aucun doute, comme il était fragile, mélancolique, solitaire, pauvre, nomade, vierge, rêveur, détaché des biens matériels et effrayé à l’idée de réussir quelque chose. De tous les métiers qu’il avait pratiqués avec l’air de ne pas y toucher (dans les assurances et la banque, puis dans une bibliothèque) avant de se vouer à l’écriture, le plus étonnant, celui qui mériterait qu’on lui consacre une nouvelle dont il serait le héros, c’est bien celui de valet au château Dambrau à Falkenstein (Haute-Silésie) en 1905, au sortir d’une école pour valets. Robert Walser a énormément écrit et publié : des romans (Les Enfants Tanner, Le Commis, L’Institut Benjamenta), des recueils de poèmes et de "petites proses", des textes divers pour les journaux. Avant son internement pour schizophrénie, ressentant un "effondrement de la main", il rédigeait (notamment Le Brigand) d’une écriture microscopique que des chercheurs opiniâtres mettront des années à déchiffrer. Ce qu’il appelait "le territoire du crayon". Le reclus de l’asile de Herisau en proie au délire de persécution, dont l’oeuvre avait pourtant été célébrée haut et fort par Kafka, Musil, Benjamin, Hesse, Zweig et Canettti, se serait effacé du monde dans l’indifférence quasi générale n’eut été l’amitié admirative de l’éditeur et écrivain Carl Seelig, son compagnon de promenade. Car Walser fut toute sa vie, et surtout les derniers temps, un promeneur absolu, qui voulut élever la marche à pied au rang d’un art de vivre. La promenade était sa respiration. Robert Walser cessa de respirer le 25 décembre 1956, les pieds dans la neige, alors qu’il se promenait."


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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 29 Déc 2006, 23:27

Trouvé sur le blog de Pierre Assouline (extrait):

"De lui, je n’avais lu autrefois que l’Institut Benjamenta (L’Imaginaire) : l’angoissante ironie qui s’en dégageait m’avait laissé un puissant souvenir, notamment l’occupation principale des élèves entre les enseignements théorique et pratique : l’attente… Je me promettais de revisiter Walser plus à fond d’autant qu’il ne se passe guère de semaines sans que les meilleurs critiques suisses, de ceux du Passe-Muraille à ceux du Temps, n’y encouragent leurs lecteurs. Et puis voilà, dans la torpeur d’une nuit d’août, après avoir éteint la télévision aussi distraitement qu’elle avait été allumée, en mettant un peu d’ordre dans les livres mis de côté depuis un an "à lire d’urgence en vacances", je me suis laissé happer par le dernier livre de W.G. Sebald Séjours à la campagne (Logis in einem Landhaus, traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau, Actes Sud) paru à la fin de l’année dernière. L’auteur des Emigrants et de Vertiges, s’y livre à quelques exercices d’admiration de Jean-Jacques Rousseau à Peter Hebel, six portraits en hommage à leur génie qui forment selon la loi du genre son autoportrait en creux. Et entre les pages 123 et 161, "Le promeneur solitaire. En souvenir de Robert Walser". Il était écrit que je ne lui échapperais pas. Sebald, qui identifie Walser à son grand-père qu’il adorait, enrichit son texte, comme à son habitude, de photographies et de documents publiés entre les lignes même et non dans un cahier spécial -heureux auteur auquel son éditeur permet une telle licence ! Le procédé lui autorise tous les recoupements et correspondances. Rien de tel pour dégager des similitudes de ce fleuve d’incertitudes. Très attaché au travail sur la langue, Sebald était bien placé pour décortiquer dans la graphorrée de Robert Walser les néologismes dont il avait le secret, tels que das Manshettelige (la dégonflardise) ou das Angstmeierlich (la génuflexibilité), et ses bizarreries comme un sofa "scrouinant" (gyxelnd). Son analyse de la parenté Gogol-Walser est des plus réjouissantes, comme l’est celle de ses "microgrammes", cette écriture minuscule pratiquée au fin fond de son terrier, de celui qui se sent dans l’illégalité et la clandestinité par rapport à la société, et constitue les archives d’une "véritable émigration intérieure". On comprend que W.G. Sebald avoue avoir été toute sa vie envoûté par l’ombre fraternelle de Robert Walser.

J’ai lu ces pages en vacances. En rentrant, au courrier, j’ai trouvé parmi quelques livres un poche à paraître à la rentrée Retour dans la neige (traduit de l’allemand par Golnaz Haudichar, 143 pages 5,50 euros, Points), recueil de 25 récits exquis parus entre 1899 et 1920 et signés… Robert Walser. Si ce n’est pas un signe, qu’est-ce qu’un signe ? Il ne m’en faut pas plus pour me convaincre que désormais, son oeuvre ne me lâchera plus. Dans la préface et les notes, Bernhard Echte nous apprend que Walser a passé son dernier quart de siècle à coller des sacs en papier, fabriquer de la ficelle et trier des petits pois à l’atelier de l’hôpital. Cela nous en dit bien davantage, et autrement mieux, que la phrase de Philippe Delerm ("Robert Walser, un faux naïf et un grand écrivain") que le Seuil a jugé bon de faire figurer en gros caractères au centre de la couverture du livre. Si l’on a bien compris, avec la nouvelle police de caractères, c’est là la nouvelle signature graphique de cette collection. Si l’on en juge par le résultat, le principe est absurde -et risque d’aboutir parfois à des accouplements grotesques. Quoi qu’on pense des qualités et du talent de Philippe Delerm, Robert Walser ne méritait pas ça.
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 29 Déc 2006, 23:35

Info importante (trouvée sur le blog de Pierre Assouline):

29 décembre 2006
Leur Walser à eux

Jean Lebrun a vraiment eu une belle idée, bien décalée, en consacrant Travaux publics son émission quotidienne, aux lecteurs de Robert Walser, lundi prochain de 18h30 à 19h30 sur France-Culture. Rien de tel pour commencer l’année. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, son équipe a pris l’initiative non moins originale d’aller chercher nombre desdits lecteurs parmi les commentateurs de “La République des livres” puisque depuis le début de l’été, je vous bassine légèrement avec mon Walser à moi (on appelle cela la foi des nouveaux convertis mais soyez sans inquiétude, ça passe, du moins, ça s’arrange). A-t-on jamais envisagé plus étrange postérité que celle de l’œuvre de Robert Walser (1878-1956) ? Le siècle littéraire en a pourtant vues d’autres. Mais quelque chose de différent rend plus troublante encore cette étrangeté au regard des canons de la notoriété. On dirait la sienne hérissée de paradoxes : il est né natif de Suisse alémanique et n’écrit qu’en allemand mais, grâce à des traducteurs tels que Bernard Lortholary, Jean Launay et plus récemment Marion Graf, il est davantage connu en France qu’en Suisse romande ; Kafka, Hesse, Musil et Benjamin le tenaient en haute estime mais son prestige international demeure invisible en regard du leur ; il a tant écrit et tant dissimulé ce qu’il écrivait qu’on se demande parfois s’il ne fut pas le premier obstacle à la diffusion de son œuvre ; son univers romanesque est des plus complexes, L’Institut Benjamenta pourrait être décrit comme kafkaïen mais Les Enfants Tanner montre bien qu’il est mieux qu’un précurseur de Kafka ou un membre échappé de la famille de Knut Hamsun. Toute une littérature de l’effacement, de l’ennui, du silence, et pourtant, il ne fait pas sombre à l’intérieur. Un fou peut-être, mais un fou de la digression, ainsi que l’on nomme les bavards de génie. Ses armes : un humour et une ironie au service de la plus légère acuité littéraire, celle qui se reconnaît à son absence totale de cuistrerie. Ses proses minuscules disent presque rien sur presque tout, et réciproquement, mais nul ne sait les dire comme lui. Son style tient tellement bien par sa seule force interne qu’il n’a pas besoin de s’appuyer sur des objets, des sujets, voire, horresco referens, des idées. Le feuilletonniste connaît la gloire journalistique de son vivant et une sorte de gloire littéraire à titre posthume. Il faut dire qu’il a toujours gardé ses distances avec la littérature régionaliste de son pays. Fournisseur de journaux à flux tendu, il livre en gros, demi-gros, détail. De tout sur tout et même des dramolets (modèle breveté dans le canton de Berne). Aujourd’hui, il a ses lecteurs, fervents et inconditionnels, qui s’entendent autour de ses douces apocalypses comme des initiés. Ils sont tous persuadés que Robert Walser ne s’adressent qu’à eux personnellement tant son écriture leur est immédiatement familière, qu’ils soient des lecteurs anonymes ou des écrivains eux-mêmes tels le français Michel Schneider, le sud-africain J.M.Coetzee, l’espagnol Enrique Vila-Matas ou l’autrichienne Elfriede Jelinek. Ne lui manque plus que le grand public. Qu’importe s’il vient à l’œuvre par la biographie du moment qu’il y vient. Car quiconque fait sa connaissance découvre aussitôt qu’il a été interné chez les fous durant son dernier quart de siècle. Délire de persécution, gaieté douloureuse, mélancolie profonde. C’est comme si la fin avait éclairé tout ce qui l’avait précédée. Ainsi pénètre-t-il chez ses nouveaux lecteurs précédé par sa légende. Marginal, inquiet, solitaire et contemplatif. A lui la faute car il est le premier architecte de son mythe.



Normal, Walser est l’homme qui marche, un écrivain du genre piéton éternel, capable de relier sa Bienne à leur Genève à marche forcée, exemple remarquable de nomadisme helvète. Ainsi élevée au rang d’un des beaux-arts, la promenade redevient un art de vivre. Il marche même malade hanté par le pressentiment de sa mort. Rarement un personnage aussi immobile aura ainsi ébranlé le milieu du monde. Mais Robert Walser exagère. Il en fait trop dans le minuscule comme Thomas Bernhard en fait trop dans le majuscule. Il exagère tellement qu’il meurt en marchant, le jour de Noël 1956, dans la neige .

L’air de rien, Robert Walser est partout. La prochaine fois que vous lirez un livre d’Elfriede Jelinek, songez qu’elle lui rend un secret hommage en insérant silencieusement dans chacun de ses propres textes une phrase de lui. Comme on cimentait autrefois une bête dans les fondations d’une cathédrale.
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coline
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Sam 30 Déc 2006, 00:06

Dans Histoires d'images:



Sonnet sur une Vénus du Titien

Ses cheveux noirs semblent chanter une mélodie,
La crémeuse blancheur de ses membres rayonne,
Ce corps gracieux, se pourrait-il qu'il s'en étonne,
Est la somme subtile de suaves harmonies.

De tout son long, on croirait qu'elle supplie,
Souplement alanguie sur une sorte d'ottomane,
Penchée, telle svelte oriflamme,
Sur les humains dont elle serait l'amie.

Dans ses mains, un bouquet de violettes sourit,
Dispense ses parfums au spectateur ravi,
Devant l'autel, dévote, une servante prie.

Ô un regard encore sur sa chevelure,
Puis encore un sur la belle courbure,
L'humble dessin de ses hanches chéries.
1927
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Mar 02 Jan 2007, 09:33

coline a écrit:
Info importante (trouvée sur le blog de Pierre Assouline):

29 décembre 2006
Leur Walser à eux

Jean Lebrun a vraiment eu une belle idée, bien décalée, en consacrant Travaux publics son émission quotidienne, aux lecteurs de Robert Walser, lundi prochain de 18h30 à 19h30 sur France-Culture. Rien de tel pour commencer l’année.

C'était une bonne ...et une mauvaise idée...Un jour de l'An...Evidemment, je l'ai ratée... Rolling Eyes
J'espère que l'on peut ré-écouter l'émission...
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Jeu 04 Jan 2007, 01:05



Dans Histoires d'images:

LA CHUTE D'ICARE DE BRUEGEL

Ilots épars,rutilant sur la mer,
frégates arrivant d'on ne sait quel hémisphère,
il y a, me semble-t-il,
beaucoup de cultures sur ces îles,
il doit être sept ou huit heures du soir,
non, il n'est pas si tard,
car on voit un laboureur,
un de ces âpres besogneurs
trimant encore dans les champs
comme un héros agricole,
gagnant petit, jouant son rôle,
la terre est noire, ou brune .
Un être ailé veut se confier
aux airs, nous le verrons bientôt
gesticuler dans l'éther.
Merveilleuse, malicieuse, la lune
guigne, et tel autre,
face au temple de la nature,
assis sur un rocher ultra-vieux,
n'a d'yeux
que pour un minuscule
oiseau qui vole et s'égosille,
épris de ses propres trilles,
tandis que les moutons,
à l'abandon, broutent en paix, à l'Occident
pâle teinté de rouge. Aïe, une main
s'agite dans un muet appel à l'aide,
et choit
de tout en haut jusques en bas,
comme le golfe marin sourit gaiement,
en minaudant, car l'autre avait juré que vainqueur
au-dessus de la mer, libre de toute pesanreur,
béat, il épouserait la divine
beauté dans l'azur, au mépris des racines
terrestres, or dans l'art de la dégringolade
le voici fort bon petit maître
et il lui faudra se sentir
plutôt petit à l'avenir.
Mais tout de même, il sied
de rendre justice aux bienfaits
de l'esprit d'entreprise, ce que j'ai
écrit je le dois à un tableau de Bruegel
qui me reste en mémoire,
je lui voue une estime notable,
car la peinture est admirable.
Toute ambition
d'élévation
au-dessus de la vie
commune, a dans la vie
sa fin.
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Jeu 04 Jan 2007, 12:04

Rotko a craint que je me sois trompée de fil en postant sur Le vol d'Icare de Bruegel mais pas du tout...
Ce texte est bien de Robert Walser.
Il est tiré de son recueil: Histoires d'images...
Pareil pour le Sonnet sur La Vénus du Titien.
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Jeu 04 Jan 2007, 12:25

Histoires d'images:
un livre qui combine littérature et peinture.

Le premier interlocuteur de Robert Walser était un peintre, son propre frère, Karl Walser.

Le dialogue avec la peinture est une source d'inspiration pour Robert Walser.
Les textes de ce livre ne sont pas des commentaires rigoureux des oeuvres mais plutôt une expression très libre qu'elles font naître où se mêlent l'imaginaire et la mémoire de l'auteur.
J'ai posté deux textes écrits sous forme de poèmes, parce qu'ils sont les plus courts...D'autres, en prose, font parfois plusieurs pages (mais jamais beaucoup tout de même) .
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Jeu 04 Jan 2007, 16:33

L'institut benjamenta de Robert Walser situe bien le problème Walser, à mon sens. Précédé d'une introduction de Marthe Robert que jean Lebrun avait lue attentivement pour "travaux publics", ce récit brouille la frontière entre le message et le dire. Qui prendrait au comptant l'attitude passive, toute faite d'abnégation et de soumission du narrateur ferait un évident contresens. Avoir pour idéal de

Citation :
s'humilier jusqu'au dernier degré de la bassesse

relève de l'ironie et de la subversion.

Toutefois ce qui est vrai et perceptible dans le récit derrière un ton (faussement) naïf fut pratiquement mis en pratique dans la vie de Walser. Peindre une attitude pathologique qui veut que l'individu devienne un zero absolu fait s'interroger sur le refus total d'ambition de l'auteur lui-même, voire sa volonté de tenir son oeuvre pour négligeable - à ne même pas mentioner dans une conversation privée.

On pense bien entendu au narrateur de la metamorphose, mais aussi à Woyzeck, un Woyzeck consentant, résigné, visant à s'humilier encore davantage devant les figures du pouvoir.


Dernière édition par le Jeu 04 Jan 2007, 17:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Jeu 04 Jan 2007, 16:53

L'écriture, qui joue de la naïveté feinte, de l'antiphrase et de la rouerie implicite, se rattache, l'auteur le mentionne suffisamment, au conte mais sans le message.

Dans le détail des 90 pages que j'ai lues, il n'est pas toujours aisé de séparer le vrai du fictif, le sérieux de l'attitude adoptée.

Faire l'apologie caustique du silence face aux autorités, pour mieux faire ressortir la vanité de leur attitude, traiter en apparence si lègèrement un objectif personnel qui vise au neant, et finalement se taire, interroge le lecteur.

Parfois une phrase allume une loupiote :

Citation :
J'ai du plaisir à entendre les autres se plaindre. On peut alors regarder celui qui parle et éprouver pour lui une profonde, une fervente pitié.

Attendrait-il du lecteur cette comprehension ?

L'ennui est que, disait Montequieu, à faire de petites choses les humains deviennent petits. Walser aurait-il tissé une attitude en toile d'araignée où il s'est finalement englué ?
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Jeu 04 Jan 2007, 22:48

Il y a dans les écrits de Walser un thème fondamental: la volonté de l'échec...ou plutôt l'acharnement à ne pas réussir...

L'Institut Benjamenta m'attend , je ne l'ai pas encore lu, je n'ai pas commencé par les romans (sur les conseils avisés d'une amie spécialiste de Walser)...mais je crois savoir que c'est le thème de ce roman-conte.

Je regrette que tu reprennes pour l'appliquer à Walser la citation de Montesquieu:"L'ennui est que, à faire de petites choses les humains deviennent petits. "
Cet homme, dans un désir d'humilité porté à l'extrême, n'a rien en tout cas d'un "petit" en littérature.
En dépit de sa prose sans recherche, réduite à sa plus simple expression, je suis de plus en plus fascinée par la grandeur de sa pensée, sa capacité décuplée à voir l'infiniment petit, le banal, et de le sublimer.

Je crois que, dans un désir de découverte de cet auteur auquel de grands écrivains rendirent hommage, il est peut-être bien de commencer à petites doses, par des textes courts...comme on s'habitue peu à peu à de nouvelles saveurs sans risquer de craindre l'indigestion.
C'est ce que je fais...et qui me régale!...
Je serai ainsi préparée à lire, il me semble, sans risquer le choc de la déconcertation, L'Institut Benjamenta et Les enfants Tanner.

Pierre Michon, Charles Juliet, Robert Walser: des auteurs très différents qui sont des découvertes immenses pour moi. Ils me donnent l'impression d'aller au-delà de la belle et agréable lecture...et de devoir un peu le payer par du temps, de la volonté, des efforts parfois...finalement si peu en regard de ce à quoi ils me donnent accès.
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 05 Jan 2007, 07:05


Citation :
Je regrette que tu reprennes pour l'appliquer à Walser la citation de Montesquieu:"L'ennui est que, à faire de petites choses les humains deviennent petits. "
Cet homme, dans un désir d'humilité porté à l'extrême, n'a rien en tout cas d'un "petit" en littérature
.

Je ne mets pas en doute son écriture que je decouvre. Je m'etonne quand même de la conjonction entre des propos de son personnage sur
Citation :
"la volonté de l'echec et l'acharnement à ne pas réussir"
et son silence final, sa volonté de ne plus vouloir entendre parler de ce qu'il avait écrit.

Mais je poursuis ma lecture et on en rediscutera.

As-tu écouté l'émission de Jean Lebrun , travaux publics ? il parlait des lecteurs de Walser comme d'un cercle très fermé (une "secte" a t-il dit) d'admirateurs inconditionnels ?

Bref, poursuivons sans préjugés notre decouverte de cet auteur un peu déconcertant.
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 05 Jan 2007, 11:03

rotko a écrit:

As-tu écouté l'émission de Jean Lebrun , travaux publics ? il parlait des lecteurs de Walser comme d'un cercle très fermé (une "secte" a t-il dit) d'admirateurs inconditionnels ?

Bref, poursuivons sans préjugés notre decouverte de cet auteur un peu déconcertant.

Oui, oui, j'ai écouté cette émission...J'espère pouvoir écouter toutes celles qui lui auront été consacrées sur France Culture...
J'ai dû entrer sans le vouloir dans la secte! Smile J'ai juste voulu voir de quoi il s'agissait ...et j'ai été happée! Smile

C'est très étrange parce que je voudrais poster des extraits sur GDS* pour le faire découvrir...eh bien...ça ne marche pas, il me semble que vous n'allez y trouver que de la banalité...
L'appréciation ne peut se faire, je crois, que sur l'ensemble, sur "l'oeuvre"...
C'est la première fois que je me trouve confrontée à ce problème...si l'on peut parler de problème... scratch
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rotko
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MessageSujet: Re: Robert Walser [Suisse - germanophone]   Ven 05 Jan 2007, 11:05

Oui, ne pas mettre d'extraits tout de suite, on parlera de l'oeuvre en entier, elle le mérite cheers

il faut privilégier tout ce qui interroge.
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