Forum littérature, roman, polar, poésie, théâtre, BD, SF, auteurs et livres du monde entier sur le forum littéraire et tous les arts, cinéma, peinture ...

Une table conviviale pour parler des livres, des spectacles, et goûter aux plaisirs des mots.
 
AccueilPortail*FAQIndex auteursS'enregistrerGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Guillaume Apollinaire

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
AuteurMessage
roudita
pilier
avatar

Nombre de messages : 385
Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 05/01/2006

MessageSujet: Guillaume Apollinaire   Mer 04 Juil 2007, 11:30




Tiens, je suis étonnée que ce fil n'existe pas déjà...
Comble du comble, pour moi qui suis une piètre lectrice de poésie, d'ouvrir un fil poétique !

Je me plonge avec grand délice dans Alcools et y retrouve maintes poésies apprises à l'école (comme le Bestiaire, le Pont Mirabeau..) et y découvre surtout bien d'autres belles choses..

Je me surprends à trouver cette lecture très agréable ! Replongez-vous y à l'occasion Smile
Revenir en haut Aller en bas
http://jude.netliberte.org
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mer 04 Juil 2007, 11:45

Citation :
Tiens, je suis étonnée que ce fil n'existe pas déjà...

ben oui ! où avions-nous la tête ?

la chanson du mal aimé :

Citation :
Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu'il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la Mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon


la chanson du mal aimé

Certes, il lui arrivait de tenir son coeur en écharpe...
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mer 04 Juil 2007, 12:06

LUL DE FALTENIN (1)

Citation :
LUL DE FALTENIN

A Louis de Gonzague Frick

Sirènes j'ai rampé vers vos
Grottes tiriez aux mers la langue
En dansant devant leurs chevaux
Puis battiez de vos ailes d'anges
Et j'écoutais ces choeurs rivaux

Une arme ô ma tête inquiète
J'agite un feuillard défleuri
Pour écarter l'haleine tiède
Qu'exhalent contre mes grands cris
Vos terribles bouches muettes

(1) une des 4 épées de la chanson du mal aimé :
Malourène, Pâline, Noubosse et Lul de Faltenin.

4 épées

Citation :
La troisième bleu féminin
N'en est pas moins un chibriape
Appelé Lul de Faltenin
Et que porte sur une nappe
L'Hermès Ernest devenu nain

chibriape et Lul de Faltenin, masques de Priape et de f(ph)allus.
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
roudita
pilier
avatar

Nombre de messages : 385
Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 05/01/2006

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mer 04 Juil 2007, 12:19

rotko a écrit:


(1) une des 4 épées de la chanson du mal aimé :
Malourène, Pâline, Noubosse et Lul de Faltenin.



heu.. oserai-je te contredire ?
je l'ai lu hier.. il me semble qu'il y en a 7 des épées..
Revenir en haut Aller en bas
http://jude.netliberte.org
roudita
pilier
avatar

Nombre de messages : 385
Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 05/01/2006

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mer 04 Juil 2007, 12:23

Deux petits passages qui m'ont "interpelée" (bouh, je n'aime pas ce mot) :

Citation :

Mais en vérité je l’attends
Avec mon coeur avec mon âme
Et sur le pont des Reviens-t’en
Si jamais revient cette femme
Je lui dirai Je suis content

et dans Le Cortège

Citation :

Et moi aussi de près je suis sombre et terne
Une brume qui vient d’obscurcir les lanternes
Une main qui tout à coup se pose devant les yeux
Une voûte entre vous et toutes les lumières
Et je m’éloignerai m’illuminant au milieu d’ombres
Et d’alignement d’yeux des astres bien-aimés
Revenir en haut Aller en bas
http://jude.netliberte.org
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mer 04 Juil 2007, 12:25

oui, 7 épées Embarassed

Pâline, Noubosse, Lul de Faltenin, Malourène, Sainte-Fabeau et les autres anonymes.
toutes ces épées me troublent ! tu as bien fait de me rappeler à l'ordre !
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mer 04 Juil 2007, 17:26

je connais par coeur plusieurs poemes d'apollinaire dont

Les colchiques

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la
Violatres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mer 04 Juil 2007, 17:36

les saltimbanques,
je les chante dans ma tête sans savoir si lamusique est de Honegger ou de Martinu "dans la plaine les baladins"

Dans la plaine les baladins
S'éloignent au long des jardins
Devant l'huis des auberges grises
Par les villages sans églises
Et les enfants s'en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin il lui font signe
Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L'ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leurs passage.

qui chante ? leo Ferré ? Montand ?
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
roudita
pilier
avatar

Nombre de messages : 385
Localisation : Bruxelles
Date d'inscription : 05/01/2006

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mer 04 Juil 2007, 17:41

rotko a écrit:
les saltimbanques,
je les chante dans ma tête sans savoir si lamusique est de Honegger ou de Martinu "dans la plaine les baladins"
(...)
qui chante ? leo Ferré ? Montand ?


Montand Smile
Musique de Bessieres

et voilà, je l'ai dans la tête pour la soirée, merci Rotko cheers
Revenir en haut Aller en bas
http://jude.netliberte.org
berne
pilier
avatar

Nombre de messages : 2144
Date d'inscription : 11/11/2006

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Jeu 05 Juil 2007, 15:12

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine.



Je l'ai en disque de Serge REGGIANI en scène
production jacques Canetti
Revenir en haut Aller en bas
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Jeu 05 Juil 2007, 16:00

Apollinaire fait partie de ces poètes dont les vers nous reviennent quand on se promène dans Paris.

Citation :
Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

C'est la dernière strophe de Marie. que je n'ai jamais entendu chanter par Leo Ferré. Sad

Que penseriez-vous d'ouvrir un fil (dans poésie ininterrompue ou vos pratiques culturelles) sur évocation d'une ville, on y mettrait des poemes, le rappel de scènes de films ou de romans ?
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
Moon
Animation
avatar

Nombre de messages : 8306
Age : 27
Localisation : Seattle
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mar 18 Sep 2007, 15:25

Nuit Rhénane

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été

Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire
Revenir en haut Aller en bas
http://lumiereaout.canalblog.com/
June
pilier
avatar

Nombre de messages : 35
Date d'inscription : 24/03/2008

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mar 25 Mar 2008, 20:33

Allez comme ça à brûle pourpoint, quelques bribes d'Alcools qui me viennent spontanèment:

" Ta mère fit un pet foireux et tu naquis de sa colique" dans Réponse des cosaques zaporogues au sultan de Constantinople
( je plaisante... encore que, voilà qui est pratique pour envoyer balader poétiquement un importun , ça fait lettré de suite)

" Et moi j'ai le coeur aussi gros
Q'un cul de dame damascène
Ô mon amour je t'aimais trop
Et maintenant j'ai trop de peine

Sept épées de mélancolie
Sans morfil ô claire douleur
Sont dans mon coeur et la folie
Veut raisonner pour mon malheur
Comment voulez-vous que j'oublie "

ou encore:
" Et la septième s'exténue
Une femme une rose morte
Merci que le dernier venu
Sur mon amour ferme la porte
Je ne vous ai jamais connue" dans Les sept épées

Pis aussi:

" L'angoisse de l'amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé" dans Zone

ça y est, j'ai fini mon brûle-pourpoint
Revenir en haut Aller en bas
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mer 26 Mar 2008, 05:10

Apollinaire manie aussi l'humour dans

Citation :
LUL DE FALTENIN



Sirènes j'ai rampé vers vos
Grottes tiriez aux mers la langue
En dansant devant leurs chevaux
Puis battiez de vos ailes d'anges
Et j'écoutais ces choeurs rivaux

titre bizarre que certains interprètent comme un anagramme approximatif du phallus (fallul).
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
Tchipette
Animation
avatar

Nombre de messages : 3927
Age : 55
Date d'inscription : 19/11/2007

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Mar 20 Mai 2008, 17:31

J'ai un faible pour les calligrammes...

clic !

Citation :

Reconnais-toi
Cette adorable personne c'est toi
Sous le grand chapeau canotier
Oeil
Nez
La bouche
Voici l'ovale de ta figure
Ton cou exquis
Voici enfin l'imparfaite image de ton buste adoré
vu comme à travers un nuage
Un peu plus bas c'est ton coeur qui bat

Mais le plus beau pour moi, c'est celui-ci (pas très original, je le crains Wink )

Je souhaite dans ma maison :
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi les livres,
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux pas vivre.
Revenir en haut Aller en bas
Moon
Animation
avatar

Nombre de messages : 8306
Age : 27
Localisation : Seattle
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Ven 13 Fév 2009, 16:52

Zone

À la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine
Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à vingt-cinq centimes pleines d'aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes

Voilà la jeune rue et tu n'es encore qu'un petit enfant
Ta mère ne t'habille que de bleu et de blanc
Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
Vous n'aimez rien tant que les pompes de l'Église
Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette
Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège
Tandis qu'éternelle et adorable profondeur améthyste
Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ
C'est le beau lys que tous nous cultivons
C'est la torche aux cheveux roux que n'éteint pas le vent
C'est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère
C'est l'arbre toujours touffu de toutes les prières
C'est la double potence de l'honneur et de l'éternité
C'est l'étoile à six branches
C'est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche
C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur

Pupille Christ de l'œil
Vingtième pupille des siècles il sait y faire
Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l'air
Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder
lls disent qu'il imite Simon Mage en Judée
Ils crient qu'il sait voler qu'on l'appelle voleur
Les anges voltigent autour du joli voltigeur
Icare Énoch Élie Apollonius de Thyane
Flottent autour du premier aéroplane
Ils s'écartent parfois pour laisser passer ceux que transporte la Sainte-Eucharistie
Ces prêtres qui montent éternellement élevant l'hostie
L'avion se pose enfin sans refermer les ailes
Le ciel s'emplit alors de millions d'hirondelles
À tire-d'aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux
D'Afrique arrivent les ibis les flamants les marabouts
L'oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes
Plane tenant dans les serres le crâne d'Adam la première tête
L'aigle fond de l'horizon en poussant un grand cri
Et d'Amérique vient le petit colibri
De Chine sont venus les pihis longs et souples
Qui n'ont qu'une seule aile et qui volent par couples
Puis voici la colombe esprit immaculé
Qu'escortent l'oiseau-lyre et le paon ocellé
Le phénix ce bûcher qui soi-même s'engendre
Un instant voile tout de son ardente cendre
Les sirènes laissant les périlleux détroits
Arrivent en chantant bellement toutes trois
Et tous aigles phénix et pihis de la Chine
Fraternisent avec la volante machine

Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent
L'angoisse de l'amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé
Si tu vivais dans l'ancien temps tu entrerais dans un monastère
Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière
Tu te moques de toi et comme le feu de l'Enfer ton rire pétille
Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie
C'est un tableau pendu dans un sombre musée
Et quelquefois tu vas le regarder de près

Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la be

Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé à Chartres
Le sang de votre Sacré-Coeur m'a inondé à Montmartre
Je suis malade d'ouïr les paroles bienheureuses
L'amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l'image qui te possède te fait survivre dans l'insomnie et dans l'angoisse
C'est toujours près de toi cette image qui passe

Maintenant tu es au bord de la Méditerranée
Sous les citronniers qui sont en fleur toute l'année
Avec tes amis tu te promènes en barque
L'un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiesques
Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs
Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur

Tu es dans le jardin d'une auberge aux environs de Prague
Tu te sens tout heureux une rose est sur la table
Et tu observes au lieu d'écrire ton conte en prose
La cétoine qui dort dans le creux de la rose

Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit
Tu étais triste à mourir le jour où t'y vis
Tu ressembles au Lazare affolé par le jour
Les aiguilles de l'horloge du quartier juif vont à rebours
Et tu recules aussi dans ta vie lentement
En montant au Hradchin et le soir en écoutant
Dans les tavernes chanter des chansons tchèques

Te voici à Marseille au milieu des pastèques

Te voici à Coblence à l'hôtel du Géant

Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon

Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et qui est laide
Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde
On y loue des chambres en latin Cubicula locanda
Je m'en souviens j'y ai passé trois jours et autant à Gouda

Tu es à Paris chez le juge d'instruction
Comme un criminel on te met en état d'arrestation

Tu es fait de douloureux et de joyeux voyages
Avant de t'apercevoir du mensonge et de l'âge
Tu as souffert de l'amour à vingt et à trente ans
J'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps
Tu n'oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais sangloter
Sur toi sur celle que j'aime sur tout ce qui t'a épouvanté

Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres immigrants
Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants
Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare
Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages
Ils espèrent gagner de l'argent dans l'Argentine
Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune
Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez votre coeur
Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels
Quelques-uns de ces immigrants restent ici et se logent
Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges
Je les ai vus souvent le soir ils prennent l'air dans la rue
Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs
Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque
Elles restent assises exsangues au fond des boutiques

Tu es debout devant le zinc d'un bar crapuleux
Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux

Tu es la nuit dans un grand restaurant

Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant
Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant
Elle est la fille d'un sergent de ville de Jersey

Ses mains que je n'avais pas vues sont dures et gercées

J'ai une pitié immense pour les coutures de son ventre

J'humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible me bouche

Tu es seul le matin va venir
Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues
La nuit s'éloigne ainsi qu'une belle Métive
C'est Ferdine la fausse ou Léa l'attentive

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie

Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
Dormir parmi tes fétiches d'Océanie et de Guinée
lls sont des Christs d'une autre forme et d'une autre croyance
Ce sont les Christs inférieurs des obscures espérances

Adieu Adieu

Soleil cou coupé
Revenir en haut Aller en bas
http://lumiereaout.canalblog.com/
Moon
Animation
avatar

Nombre de messages : 8306
Age : 27
Localisation : Seattle
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Ven 13 Fév 2009, 18:36

Crépuscule

Frôlée par les ombres des morts
Sur l'herbe où le jour s'exténue
L'arlequine s'est mise nue
Et dans l'étang mire son corps

Un charlatan crépusculaire
Vante les tours que l'on va faire
Le ciel sans teinte est constellé
D'astres pâles comme du lait

Sur les tréteaux l'arlequin blême
Salue d'abord les spectateurs
Des sorciers venus de Bohême
Quelques fées et les enchanteurs

Ayant décroché une étoile
Il la manie à bras tendu
Tandis que des pieds un pendu
Sonne en mesure les cymbales

L'aveugle berce un bel enfant
La biche passe avec ses faons
Le nain regarde d'un air triste
Grandir l'arlequin trismégiste
Revenir en haut Aller en bas
http://lumiereaout.canalblog.com/
Moon
Animation
avatar

Nombre de messages : 8306
Age : 27
Localisation : Seattle
Date d'inscription : 16/12/2006

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Ven 20 Fév 2009, 12:34

Je n'ai pas encore lu de plus beau poème chez Apollinaire.

Le brasier

A Paul-Napoléon Roinard

J'ai jeté dans le noble feu
Que je transporte et que j'adore
De vives mains et même feu
Ce Passé ces têtes de morts
Flamme je fais ce que tu veux

Le galop soudain des étoiles
N'étant que ce qui deviendra
Se même au hennissement mâle
Des centaures dans leurs haras
Et des grand'plaintes végétales

Où sont ces têtes que j'avais
Où est le Dieu de ma jeunesse
L'amour est devenu mauvais
Qu'au brasier les flammes renaissent
Mon âme au soleil se dévêt

Dans la plaine ont poussé des flammes
Nos coeurs pendent aux citronniers
Les têtes coupées qui m'acclament
Et les astres qui ont saigné
Ne sont que des têtes de femmes

Le fleuve épinglé sur la ville
T'y fixe comme un vêtement
Partant à l'amphion docile
Tu subis tous les tons charmants
Qui rendent les pierres agiles
Revenir en haut Aller en bas
http://lumiereaout.canalblog.com/
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Dim 14 Juin 2009, 19:08

Citation :
et l'unique cordeau des trompettes marines

Ce site raffine ici dans l'analyse de ce vers, mais risque l'erreur dans l'interprétation du mot marine


Citation :
doit peut être son nom aux matelots qui l'auraient inventé (il était utilisé dans la marine anglaise au XVIIème siècle) et à sa parfaite imitation du chant de la trompette ordinaire.

les musicologues pensent plutôt que cet instrument etait utilisé pour les litanies de Marie :

Son nom provient de l'usage, musical, qu’en faisaient les religieuses dès le XIIIe siècle pour remplacer la trompette. Auf Deutsch : Marientrompette ou Nonnengeige (Marieken = religieuses).
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
Constance
pilier


Nombre de messages : 1650
Date d'inscription : 01/10/2009

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Lun 23 Nov 2009, 16:25




La tzigane


La Tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l'Espérance
L'amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l'oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Avé

On sait très bien que l'on se damne
Mais l'espoir d'aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu'a prédit la tzigane


(Alcools)
Revenir en haut Aller en bas
rotko
pilier
avatar

Nombre de messages : 69282
Date d'inscription : 26/12/2005

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Sam 12 Déc 2009, 18:38


clic !
Revenir en haut Aller en bas
http://grain-de-sel.cultureforum.net/forum.htm
MdSA
pilier
avatar

Nombre de messages : 78
Date d'inscription : 25/11/2009

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Dim 13 Déc 2009, 12:33

Selon "La littérature française pour les nuls", le poème "Marie" de Guillaume Apollinaire est un des dix plus beaux poèmes de la littérature française:

Marie

Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille
Toutes les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie


Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux


Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un cœur à moi ce cœur changeant
Changeant et puis encor que sais-je


Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne
Que jonchent aussi nos aveux


Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

Revenir en haut Aller en bas
MdSA
pilier
avatar

Nombre de messages : 78
Date d'inscription : 25/11/2009

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Dim 13 Déc 2009, 12:39

rotko a écrit:
oui, 7 épées Embarassed

Pâline, Noubosse, Lul de Faltenin, Malourène, Sainte-Fabeau et les autres anonymes.
toutes ces épées me troublent ! tu as bien fait de me rappeler à l'ordre !

Ce poème reste une énigme pour moi. Est-ce les 7 épées, dira-t-on de "l'amour", qu'Apollinaire s'est fait planter, étant donné qu'il s'appelle le "Mal-Aimé"? Je connais ses histoires avec Marie Laurencin et Annie Playden, mais s'il existe 7 épées, il devrait y avoir 5 autres femmes...


Pardon pour le double-post.
rotko a écrit:

clic !

Connais-tu le calligramme de la tour Eiffel? C'est à cause de sa ressemblance avec une femme qu'Apollinaire traite la Tour Eiffel, dans le poème Zone, de "bergère" Wink
Revenir en haut Aller en bas
Constance
pilier


Nombre de messages : 1650
Date d'inscription : 01/10/2009

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Dim 13 Déc 2009, 13:06

Citation :
Selon "La littérature française pour les nuls", le poème "Marie" de Guillaume Apollinaire est un des dix plus beaux poèmes de la littérature française:




Comme quoi "les nuls" ne sont jamais du côté où l'on pourrait imaginer qu'ils se trouvent ... ceux-là qui s'érigent en thaumaturges staliniens de la poésie, voire en représentants de l'Opus Dei poétique, auraient mieux fait de s'abstenir de se concerter pour écrire une telle connerie ... respect
Revenir en haut Aller en bas
MdSA
pilier
avatar

Nombre de messages : 78
Date d'inscription : 25/11/2009

MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   Dim 13 Déc 2009, 13:12

Constance a écrit:
Citation :
Selon "La littérature française pour les nuls", le poème "Marie" de Guillaume Apollinaire est un des dix plus beaux poèmes de la littérature française:




Comme quoi "les nuls" ne sont jamais du côté où l'on pourrait imaginer qu'ils se trouvent ... ceux-là qui s'érigent en thaumaturges staliniens de la poésie, voire en représentants de l'Opus Dei poétique, auraient mieux fait de s'abstenir de se concerter pour écrire une telle connerie ... respect

Eh, il est sur ma liste de Noël. C'est vrai que ce n'est pas un des plus beaux en français, mais c'est toujours une question de goût à mon avis.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire   

Revenir en haut Aller en bas
 
Guillaume Apollinaire
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 3Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant
 Sujets similaires
-
» Guillaume Apollinaire : La Loreley
» Je cherche le texte du "Matelot d'Amsterdam" d'Apollinaire.
» Parcours de Magic9379 (Guillaume)
» Lycée Guillaume Apollinaire de Thiais (94) : un élève blessé à coups de cutter dans l'établissement, par six personnes extérieures au lycée.
» Guillaume Apollinaire : Nuit rhénane

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Grain de sel - Forum littéraire et culturel :: "Autres lectures" :: Poésie ininterrompue-
Sauter vers: