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 Rimbaud

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maïa
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MessageSujet: Rimbaud   Mar 07 Fév 2006, 14:40

Je lance un fil sur Rimbaud, que j'adore, pour que Sony vienne nous parler de sa passion pour ce génie...
A toi l'honneur, Sony Smile
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rotko
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MessageSujet: Stendhal et Rimbaud   Lun 19 Juin 2006, 18:23

Le manuscrit autographe (six cahiers) d'une partie du Journal d’Henri Beyle et un exemplaire de La Chartreuse de Parme, revu et corrigé par son auteur en vue d'une nouvelle édition, devaient être vendus le 20 juin à l'Hôtel Drouot.
Finalement "L'exemplaire Berès" de la Chartreuse sera remis par son propriétaire, Pierre Berès, au ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres.
Au cours de la même vente seraient vendus quelques-uns des douze poèmes autographes que Rimbaud avait donnés à son ami Verlaine. La bibliothèque de Charleville-Mézieres cherche des fonds ou des mécènes pour racheter ces poèmes.
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Vincimil
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MessageSujet: Voyelles   Lun 21 Aoû 2006, 19:30

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombres; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles;
I, pourpres, sang craché, rires des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides,
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
-O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux!
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Vincimil
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MessageSujet: [Quatrain]   Lun 21 Aoû 2006, 20:00

L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins;
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles,
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
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Vincimil
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mar 22 Aoû 2006, 03:42

"Le passant considérable", disait Mallarmé... Rimbaud n'est pas un "poète", mais quelqu'un qui est passé par la poésie, comme par mille (vraiment mille) autres projets, toujours à la recherche de "quelque chose".
Jusqu'au carnet tenu dans sa civière en fuite, jusqu'au message dicté en rendant l'âme. Rimbaud, à la lettre, n'a pas cessé d'écrire, de quérir.


Alain Borer - Rimbaud l'heure de la fuite
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Vincimil
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mar 22 Aoû 2006, 04:00

Chanson de la plus haute tour

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.

J'ai tant fait patience
Qu'à jamais j'oublie.
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Qu'il vienne, qu'il vienne.
Le temps dont on s'éprenne.

Telle la prairie
A l'oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D'encens et d'ivraies,
Au bourdon farouche
Des sales mouches.

Qu'il vienne, qu'il vienne,
Le temps dont on s'éprenne.
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rotko
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mar 22 Aoû 2006, 07:07

Tu oublies le début , ou ta version de la chanson de la plus haute tour est tronquée, ce qui n'aurait rien d'etonnant car j'ai vu des textes tres différents. voici donc le début

Oisive jeunesse
À tout asservie,
Par délicatesse
J'ai perdu ma vie.

Ah! que le temps vienne
Où les cœurs s'éprennent.
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Vincimil
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Sam 09 Sep 2006, 09:56

Vénus Anadyomène

Comme d'un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D'une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent; le dos court qui rentre et qui ressort;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l'essor;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates;

L'échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement; on remarque surtout
Des singularités qu'il faut voir à la loupe...

Les reins portent deux mots gravés: Clara Venus;
- Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.

27 juillet 1870
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Vincimil
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Sam 09 Sep 2006, 10:42

Arthur Rimbaud

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Vincimil
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MessageSujet: Matin   Sam 09 Sep 2006, 12:04

Matin

N'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d'or, - trop de chance! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle? Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin, que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi je ne puis pas plus m'expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler!
Pourtant, aujourd'hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C'était bien l'enfer; l'ancien, celui dont le fils de l'homme ouvrit les portes.
Du même désert, à la même nuit, toujours mes yeux las se réveillent à l'étoile d'argent, toujours, sans que s'émeuvent les Rois de la vie, les trois mages, le coeur, l'âme, l'esprit. Quand irons-nous, par-delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la surperstition, adorer - les premiers! - Noël sur la terre!
Le chant des cieux, la marche des peuples! Esclaves, ne maudissons pas la vie.
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Vincimil
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MessageSujet: Angoisse   Sam 09 Sep 2006, 13:59

Angoisse

Se peut-il qu'Elle me fasse pardonner les ambitions

continuellement écrasées, - qu'une fin aisée répare les

âges d'indigence, - qu'un jour de succès nous endorme

sur la honte de notre inhabileté fatale?
(O palmes! diamant! - Amour, force! - plus haut que

toutes joies et gloires! - de toutes façons, partout, -

démon, dieu, - Jeunesse de cet être-ci: moi!)
Que des accidents de féérie scientifique et des

mouvements de fraternité sociale soient chéris comme

restitution progressive de la franchise première?...
Mais la Vampire qui nous rend gentils commande que nous

nous amusions avec ce qu'elle nous laisse, ou

qu'autrement nous soyons plus drôles.
Rouler aux blessures, par l'air lassant et la mer; aux

supplices, par le silence des eaux et de l'air

meurtriers; aux tortures qui rient, dans leur silence

atrocement houleux.
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Vincimil
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 05 Oct 2006, 15:41

Adieu – Une saison en enfer

L’automne déjà ! – Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons.
L’automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l’ivresse, les mille amours qui m’ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d’âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le cœur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment… L’affreuse évocation ! J’exècre la misère.
Et je redoute l’hiver parce que c’est la saison du confort !
- Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d’or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d’artiste et de conteur emportée !
Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !
Suis-je trompé ? la charité serait-elle sœur de la mort, pour moi ?
Enfin, je demanderai pardon pour m’être nourri de mensonge. Et allons.
Mais pas une main amie ! et où puiser le secours ?

Oui, l’heure nouvelle est au moins très sévère.
Car je puis dire que la victoire m’est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s’effacent. Mes derniers regrets détalent, - des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toute sortes. – Damnés, si je me vengeais !
Il faut être absolument moderne.
Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n’ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !... Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.
Cependant c’est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.
Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c’est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, - j’ai vu l’enfer des femmes là-bas ; - et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.
Avril-août 1873
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Moon
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Dim 13 Mai 2007, 10:40

Bal des pendus

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.

Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !

Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles
Se heurtent longuement dans un hideux amour.

Hurrah ! les gais danseurs, qui n'avez plus de panse !
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop ! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse !
Belzébuth enragé racle ses violons !

Ô durs talons, jamais on n'use sa sandale !
Presque tous ont quitté la chemise de peau ;
Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.
Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau :

Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton :
On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées,
Des preux, raides, heurtant armures de carton.

Hurrah ! la bise siffle au grand bal des squelettes !
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer !
Les loups vont répondant des forêts violettes :
A l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...

Holà, secouez-moi ces capitans funèbres
Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés
Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres :
Ce n'est pas un moustier ici, les trépassés !

Oh ! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporté par l'élan, comme un cheval se cabre :
Et, se sentant encor la corde raide au cou,

Crispe ses petits doigts sur son fémur qui craque
Avec des cris pareils à des ricanements,
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
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rotko
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Dim 13 Mai 2007, 11:07

Superbe ! on pourra ouvrir un fil sur les pendus et les danses macabres, on trouvera des textes et des tableaux multiples.
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Dim 13 Mai 2007, 15:44

l'incontournable pour moi on ne peut parler de Rimbaud sans ce poème. sunny

Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
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Moon
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Dim 13 Mai 2007, 15:53

Moi je ne peux pas parler de Rimbaud sans penser aux deux premiers poèmes que j'ai appris.

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.

Ma bohème

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Dim 13 Mai 2007, 16:24

c'est tout simplement magnifique sunny
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Claudy
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 17 Mai 2007, 12:41

J'ai vu que vous parliez de Rimbaud, " l'homme aux semelles de vent " ... et je n'ai pas pu résister, tellement ses poèmes ont accompagné mon adolescence sunny
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 17 Mai 2007, 14:11

Claudy a écrit:
J'ai vu que vous parliez de Rimbaud, " l'homme aux semelles de vent "

clic !


L'homme aux semelles devant,
par Jean-Robert Ipousteguy
(Paris, 1984).
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MessageSujet: Arthur Rimbaud   Mar 26 Juin 2007, 14:34

Ophélie

I

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles ...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

II

O pâle Ophélia! belle comme la neige !
Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
- C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre Folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !

III

- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur Rimbaud
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mar 26 Juin 2007, 14:51

Je ne le connaissais pas celui-là, ca me donne envie de réouvrir les Illuminations. I love you
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mar 26 Juin 2007, 14:55

ouffffff ! surtout pas en doublon Wink
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mar 26 Juin 2007, 19:21

pour Utopie !

Aube ( illuminations)
J'ai embrassé l'aube d'été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route
du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes
se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq.
A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre,
je la chassais.

En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu
son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mar 26 Juin 2007, 19:48

Merci Marie !!! sunny
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rotko
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Dim 08 Juil 2007, 06:50

Mémoire (Fantaisie)

I


L'eau claire; comme le sel des larmes d'enfance,
L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes;
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense;


l'ébat des anges; - Non... le courant d'or en marche,
meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d'herbe. Elle
sombre, ayant le Ciel bleu pour ciel-de-lit, appelle
pour rideaux l'ombre de la colline et de l'arche.


II


Eh! l'humide carreau tend ses bouillons limpides!
L'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes.
Les robes vertes et déteintes des fillettes
font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides.


Plus pure qu'un louis, jaune et chaude paupière,
le souci d'eau - ta foi conjugale, ô l'Épouse! -
au midi prompt, de son terne miroir, jalouse
au ciel gris de chaleur la Sphère rose et chère.


III


Madame se tient trop debout dans la prairie
prochaine où neigent les fils du travail; l'ombrelle
aux doigts; foulant l'ombelle; trop fière pour elle;
des enfants lisant dans la verdure fleurie


leur livre de maroquin rouge! Hélas, Lui, comme
mille anges blancs qui se séparent sur la route,
s'éloigne par-delà la montagne! Elle, toute
froide, et noire, court! après le départ de l'homme!


IV


Regret des bras épais et jeunes d'herbe pure!
Or des lunes d'avril au coeur du saint lit! Joie
des chantiers riverains à l'abandon, en proie
aux soirs d'août qui faisaient germer ces pourritures!


Qu'elle pleure à présent sous les remparts! l'haleine
des peupliers d'en haut est pour la seule brise.
Puis, c'est la nappe, sans reflets, sans source, grise :
un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine.


V


Jouet de cet oeil d'eau morne, je n'y puis prendre,
ô canot immobile! oh! bras trop courts! ni l'une
ni l'autre fleur : ni la jaune qui m'importune,
là; ni la bleue, amie à l'eau couleur de cendre.


Ah! la poudre des saules qu'une aile secoue!
Les roses des roseaux dès longtemps dévorées!
Mon canot, toujours fixe; et sa chaîne tirée
Au fond de cet oeil d'eau sans bords, - à quelle boue?


Arthur Rimbaud

le site pierdelune juxtapose le texte de Rimbaud avec sa traduction anglaise
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