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 Rimbaud

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Moon
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Dim 15 Juil 2007, 14:36

Soleil et chair

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l'amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d'amour comme Dieu, de chair comme la femme,
Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !
Et tout croît, et tout monte !
- Ô Vénus, ô Déesse !
Je regrette les temps de l'antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux
Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante,
La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d'airain, les splendides cités ; Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.
L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
- Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.
Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.
Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l'Homme est Roi,
L'Homme est Dieu ! Mais l'Amour, voilà la grande Foi !
Oh ! si l'homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l'amour dans les coeurs !

II



Je crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodite marine ! - Oh ! la route est amère
Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c'est en toi que je crois !
- Oui, l'Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.
Il a des vêtements, parce qu'il n'est plus chaste,
Parce qu'il a sali son fier buste de dieu,
Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu,
Son cors Olympien aux servitudes sales !
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles
Il veut vivre, insultant la première beauté !
- Et l'Idole où tu mis tant de virginité,
Où tu divinisas notre argile, la Femme,
Afin que l'Homme pût éclairer sa pauvre âme
Et monter lentement, dans un immense amour,
De la prison terrestre à la beauté du jour,
La Femme ne sait plus même être courtisane !
- C'est une bonne farce ! et le monde ricane
Au nom doux et sacré de la grande Vénus !

III


Si les temps revenaient, les temps qui sont venus !
- Car l'Homme a fini ! l'Homme a joué tous les rôles !
Au grand jour, fatigué de briser des idoles,
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux !
L'Idéal, la pensée invincible, éternelle,
Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle,
Montera, montera, brûlera sous son front !
Et quand tu le verras sonder tout l'horizon,
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte !
- Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L'Amour infini dans un infini sourire !
Le Monde vibrera comme une immense lyre vDans le frémissement d'un immense baiser !

- Le Monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser.

Ô ! L'Homme a relevé sa tête libre et fière !
Et le rayon soudain de la beauté première
Fait palpiter le dieu dans l'autel de la chair !
Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,
L'Homme veut tout sonder, - et savoir ! La Pensée,
La cavale longtemps, si longtemps oppressée
S'élance de son front ! Elle saura Pourquoi !...
Qu'elle bondisse libre, et l'Homme aura la Foi !
- Pourquoi l'azur muet et l'espace insondable ?
Pourquoi les astres d'or fourmillant comme un sable ?
Si l'on montait toujours, que verrait-on là-haut ?
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau
De mondes cheminant dans l'horreur de l'espace ?
Et tous ces mondes-là, que l'éther vaste embrasse,
Vibrent-ils aux accents d'une éternelle voix ?
- Et l'Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ?
La voix de la pensée est-elle plus qu'un rêve ?
Si l'homme naît si tôt, si la vie est si brève,
D'où vient-il ? Sombre-t-il dans l'Océan profond
Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond
De l'immense Creuset d'où la Mère-Nature
Le ressuscitera, vivante créature,
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?...

Nous ne pouvons savoir ! - Nous sommes accablés
D'un manteau d'ignorance et d'étroites chimères !
Singes d'hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l'infini !
Nous voulons regarder : - le Doute nous punit !
Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile...
- Et l'horizon s'enfuit d'une fuite éternelle !...

Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts
Devant l'Homme, debout, qui croise ses bras forts
Dans l'immense splendeur de la riche nature !
Il chante... et le bois chante, et le fleuve murmure
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !...
- C'est la Rédemption ! c'est l'amour ! c'est l'amour !...

IV



Ô splendeur de la chair ! ô splendeur idéale !
Ô renouveau d'amour, aurore triomphale
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallipyge la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !
- Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots
Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots,
Blanche sous le soleil, la voile de Thésée,
Ô douce vierge enfant qu'une nuit a brisée,
Tais-toi ! Sur son char d'or brodé de noirs raisins,
Lysios, promené dans les champs Phrygiens
Par les tigres lascifs et les panthères rousses,
Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses.
- Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d'Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur,
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d'or fleurit sa chevelure.
- Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
- Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l'or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,
- Héraclès, le Dompteur, qui, comme d'une gloire,
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S'avance, front terrible et doux, à l'horizon !

Par la lune d'été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s'étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux...
- La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon...
- La Source pleure au loin dans une longue extase...
C'est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
- Une brise d'amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l'horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
- Les Dieux écoutent l'Homme et le Monde infini !
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Dim 15 Juil 2007, 14:43

L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.
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Moon
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Ven 20 Juil 2007, 12:00

La Rivière de Cassis

La Rivière de Cassis roule ignorée
En des vaux étranges :
La voix de cent corbeaux l'accompagne, vraie
Et bonne voix d'anges :
Avec les grands mouvements des sapinaies
Quand plusieurs vents plongent.

Tout roule avec des mystères révoltants
De campagnes d'anciens temps,
De donjons visités, de parcs importants :
C'est en ces bords qu'on entend
Les passions mortes des chevaliers errants :
Mais que salubre est le vent !

Que le piéton regarde à ces claires-voies :
Il ira plus courageux.
Soldats des forêts que le Seigneur envoie,
Chers corbeaux délicieux !
Faites fuir d'ici le paysan matois
Qui trinque d'un moignon vieux.
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mar 31 Juil 2007, 00:09

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme.
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mar 31 Juil 2007, 05:45

Les Effarés
Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond [,]

À genoux, cinq petits, — misère ! —
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond [.]

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l'enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge,
Chaud comme un sein.

Quand, pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche,
On sort le pain,

Quand, sur les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées,
Et les grillons,

Quand ce trou chaud souffle la vie
Ils ont leur âme si ravie,
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu'ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, grognant des choses
Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières,
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,

Si fort, qu'ils crèvent leur culotte,
Et que leur chemise tremblote
Au vent d'hiver.
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 29 Nov 2007, 06:59

Nouvelle édition de la Correspondance de Rimbaud, aux Editions Fayard, Collection Biographies Littéraires.

Son auteur, Jean-Jacques Lefrère, a vérifié chaque lettre des éditions précédentes, confrontant le texte au manuscrit autographe, traqué la falsification, la censure et les « améliorations » stylistiques, retrouvé des passages inédits, classé par ordre chronologique les lettres du poète en les associant à d’autres documents, épistolaires ou non, témoins de l’aventure humaine et poétique de Rimbaud.
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 29 Nov 2007, 07:00

Charleville, (Ardennes), le 24 mai 1870
Á Monsieur Théodore de Banville.

Cher Maître,

Nous sommes aux mois d’amour ; j’ai presque dix-sept ans. L’âge des espérances et des chimères, comme on dit, – et voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, - pardon si c’est banal, – à dire mes bonnes croyances, mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes – moi j’appelle cela du printemps.
Que si je vous envoie quelques-uns de ces vers, – et cela en passant par Alph. Lemerre, le bon éditeur ; – c’est que j’aime tous les poètes, tous les bons Parnassiens, – puisque le poète est un Parnassien, - épris de la beauté idéale ; c’est que j’aime en vous, bien naïvement, un descendant de Ronsard, un frère de nos maîtres de 1830, un vrai romantique, un vrai poète. Voilà pourquoi, – c’est bête, n’est-ce pas, mais enfin?...
Dans deux ans, dans un an peut-être, je serai à Paris. – Anch’io, messieurs du journal, je serai Parnassien ! – Je ne sais ce que j’ai là... qui veut monter... – Je jure, cher maître, d’adorer toujours les deux déesses, Muse et Liberté.

Ne faîtes pas trop la moue en lisant ces vers :
. . . . . Vous me rendriez fou de joie et d’espérance, si vous vouliez, cher Maître, faire faire à la pièce Credo in unam une petite place entre les Parnassiens,
. . . . . Je viendrais à la dernière série du Parnasse : cela ferait le Credo des poètes !... – Ambition ! ô Folle !
Arthur Rimbaud.

Par les beaux soirs d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue;
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds :
Je laisserai le vent baigner ma tête nue...

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien...
Mais un amour immense entrera dans mon âme :
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, – heureux comme avec une femme !
20 avril 1870
A.R.
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 29 Nov 2007, 07:04

Mercredi 10 septembre 1884, Aden
Rimbaud à sa famille

Aden le 10 septembre 1884

Mes chers amis.

Il y a longtemps qu je n’ai reçu de vos nouvelles : j’aime cependant à croire que tout va bien chez vous et je vous souhaite bonnes récoltes et long automne. Je vous crois en bonne santé et en paix comme d’ordinaire.

Voici le 3° mois de mon nouveau contrat de 6 mois, qui va être passé. Les affaires vont mal, et je crois que fin décembre j’aurai à chercher un autre emploi, que je trouverai d’ailleurs facilement, je l’espère. Je ne vous ai pas envoyé mon argent parce que je ne sais pas où aller, je ne sais pas où je puis me trouver prochainement, et si je ne pourrai pas employer ces fonds dans quelque petit trafic lucratif.

2)_ [sic] Il se pourrait que, dans le cas où je doive quitter à [sic] Aden, j’aille à Bombay, où je trouverais à placer ce que j’ai à forts intérêts sur des banques solides, et je pourrais presque vivre de mes rentes : 6000 roupies à 6% me donneraient 360 roupies par an, soit 2 francs par jour, et je pourrais vivre là dessus en attendant des emplois.

Celui qui n’est pas un grand négociant pourvu de fonds ou crédits considérables, celui qui n’a que de petits capitaux, ici risque bien plus de les perdre que de les voir fructifier, car on est entouré de mille dangers, et la vie, si on veut vivre un peu confortablement, vous coûte plus que vous ne gagnez, car les employés en Orient à présent sont aussi mal payés qu’en Europe, leur sort y est même bien plus précaire, à cause des climats funestes et de la vie énervante qu’on mène. – Pour moi [,] je suis à peu près acclimaté à tous ces climats, froids ou chauds, frais ou secs, et je ne risque plus d’attraper les fièvres ou autres maladies d’acclimatation, mais je sens que je me fais très vieux très vite, dans ces métiers idiots et ces compagnies de sauvages ou d’imbéciles.

Enfin, vous le penserez comme moi, je crois, du moment que je gagne ma vie ici, et puisque chaque homme est esclave de cette fatalité misérable, autant ici qu’ailleurs, mieux vaut même ici qu’ailleurs où je suis inconnu ou bien où l’on m’a oublié complètement et où j’aurais à recommencer ! Tant donc que je trouverai mon pain ici, ne dois-je pas y rester, tant que je n’aurai pas de quoi vivre tranquille, et il est plus que probable que je n’aurai jamais de quoi, et que je ne vivrai ni ne mourrai tranquille. Enfin, comme disent les musulmans :

C’est écrit ! – C’est la vie, elle n’est pas drôle.

L’été finit ici fin septembre, et dès lors nous n’aurons plus que 25 à 30 centigrades dans le jour et de 20 à 25 la nuit, c’est ce qu’on appelle l’hiver ici.

Tout le littoral de cette sale Mer Rouge est ainsi torturé par les chaleurs. Il y a un bateau de guerre français à Obok[,] sur 70 hommes composant tout l’équipage[,] 65 sont malades des fièvres tropicales, et le commandant est mort hier. Encore à Obok, qui est à 4 heures de vapeur d’ici, fait-il plus frais qu’à Aden, mais ici c’est très sain, et c’est seulement énervant par l’excès des chaleurs.
Et le fameux Frédéric, est-ce qu’il a fini ses escapades ; qu’est-ce que c’est que ces histoires ridicules que vous me racontiez sur son compte ? Il est donc pousssé par une frénésie de mariage, cet homme-là.

Donnez[-]moi des nouvelles de tout cela.
Bien à vous.

Rimbaud.
Maison Bardey
Aden

souce : Florilettres, laposte.
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Ven 23 Mai 2008, 05:57

Voici le texte de rimbaud (sous titré Fantaisie) retrouvé dans un numéro du progrès des Ardennes sous le pseudo connu de jean Baudry chez un bouquiniste

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Lun 04 Aoû 2008, 11:44

Enfance

Citation :
"Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.

Il y a une horloge qui ne sonne pas.

Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.

Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.

Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.

Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.

Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse."
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 28 Aoû 2008, 14:19

Le poème de Rimbaud que je préfère est la première partie de la Comédie de la soif: j'y trouve une très belle musicalité des vers et un rythme rapide.


Comédie de la soif
Arthur Rimbaud

I

LES PARENTS

Nous sommes tes Grands-Parents.
Les Grands !
Couverts des froides sueurs
De la lune et des verdures.
Nos vins secs avaient du cœur !
Au soleil sans imposture
Que faut-il à l’homme ? boire.

MOI - Mourir aux fleuves barbares.

Nous sommes tes Grands-Parents
Des champs.
L’eau est au fond des osiers :
Vois le courant du fossé
Autour du château mouillé.
Descendons en nos celliers ;
Après, le cidre et le lait...

MOI - Aller où boivent les vaches.

Nous sommes tes Grands-Parents ;
Tiens, prends
Les liqueurs dans nos armoires ;
Le Thé, le Café, si rares,
Frémissent dans les bouilloires.
- Vois les images, les fleurs.
Nous rentrons du cimetière.

MOI - Ah ! tarir toutes les urnes !
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Bulma
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 05 Mar 2009, 10:18

"Le dormeur du Val" est une oeuvre géni-ale (au sens étymologique du terme) à l'état pur. C'est un chef d'oeuvre de concision.
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Luce14
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Dim 31 Mai 2009, 20:23

Fleurs (Illuminations) de Rimbaud

D'un gradin d'or, - parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, - je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures.

Des pièces d'or jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme d'émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau.

Tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.
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Venquere
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Sam 13 Juin 2009, 13:17

marie C a écrit:
"l'incontournable pour moi on ne peut parler de Rimbaud sans ce poème. sunny "

Le dormeur du val


Tout à fait d'accord!!! cheese
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[D]ark-Siren
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Sam 26 Déc 2009, 22:24

Up!!

Ô Saisons, ô châteaux...


Ô saisons, ô châteaux,
Quelle âme est sans défaut ?

Ô saisons, ô châteaux,

J'ai fait la magique étude
Du bonheur,que nul n'élude.

Ô vivre lui, chaque fois
Que chante son coq gaulois.

Mais ! je n'aurais plus d'envie,
Il s'est chargé de ma vie.

Ce charme ! il prit âme et corps,
et dispersa tous efforts.

Que comprendre à ma parole ?
Il fait qu'elle fuit et vole !

Ô saisons, ô châteaux !

[ Et, si le malheur m'entraîne,
Sa disgrâce m'est certaine.

Il faut que son dédain, las !
Me livre au plus prompt trépas !

- Ô Saisons, ô Châteaux !

PS : pour le poème « le dormeur du val » je me demande si c’est l’ensemble des indices trouvé dans tout le poème qui nous indique que le soldat est mort, ou seulement les vers « v7, v8 », pour la deuxième proposition je ne suis pas très convaincue, quelqu’un peut m'éclairer s’il vous plait ?
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rotko
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 31 Déc 2009, 12:29

[D]ark-Siren a écrit:

PS : pour le poème « le dormeur du val » je me demande si c’est l’ensemble des indices trouvé dans tout le poème qui nous indique que le soldat est mort, ou seulement les vers « v7, v8 », pour la deuxième proposition je ne suis pas très convaincue, quelqu’un peut m'éclairer s’il vous plait ?

A mon avis, le poème a été conçu par Rimbaud pour donner un choc révélateur dans le dernier vers. C'est une methode bien différente de celle de Hugo qui joue habituellement sur la compassion.

Voilà pour la 1ère lecture, je crois, ensuite, on revient sur le texte et on relève des indices inaperçus au premier regard.
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[D]ark-Siren
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Ven 01 Jan 2010, 20:23

Merci pour ta réponse :-)

Heu !! Quand j'ai lu le poème et en faisant des recherches , j'étais convaincue qu'il faut un ensemble des indices ...Mais bon ce que j'ai trouvé un peu incompréhensible :c'est de laisser tout derrière et avoir une seule réponse :

Citation :
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pale dans son lit vert où la lumière pleut.

La relation entre le verbe 'dormir" et " sous la nue" , et "être pale" cela veut dire que la personne est morte ..Je crois que ce n'est pas convainquant col
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rotko
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Sam 02 Jan 2010, 05:33

Il s'agit de ménager la surprise finale; donc de jouer sur l'ambiguité.
le sommeil est comprehensible (sieste estivale) et lapâleur explicable par une grande luminosité.

Le choc final - qui montre l'horreur de la guerre, fait revenir sur ces premières impressions.
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mer 13 Jan 2010, 06:03

Baronian ne s'occupe pas seulement de polars, il publie un livre sur Rimbaud.


clic !

Jean-Baptiste Baronian: Rimbaud (Folio).
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vtarallo
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Sam 06 Fév 2010, 09:42

D'accord avec vous: "Le dormeur du val" est certainement un des plus beaux poèmes en langue française. Mais il est surtout très original dans sa structure interne et la manière dont sont construits les vers, avec beaucoup de rejets par exemple pour mettre certains mots en exergue: "luit", "dort" et surtout "tranquille".
Le lyrisme est feint et vise à ménager la surprise du lecteur en le conduisant, au dernier vers seulement, à la finalité du poème: la mort.
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vtarallo
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Sam 06 Fév 2010, 09:53

Ici, il rentre directement dans le vif du sujet:

LE MAL

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu ;
Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu'une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant ;
- Pauvres morts ! dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !...

- Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or ;
Qui dans le bercement des hosannah s'endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l'angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !


... et fait un petit clin d'oeil tout particulier à la religion dans les deux derniers tercets!
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vtarallo
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mer 10 Fév 2010, 10:41

Connaissez-vous ce poème écrit avec Verlaine et Albert Mérat:

SONNET DU TROU DU CUL


Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d’amour qui suit la fuite douce
Des Fesses blanches jusqu’au cœur de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse
Pour s’aller perdre où la pente les appelait.

Mon Rêve s’aboucha souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C’est l’olive pâmée, et la flûte caline ;
C’est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos !


Très très gonflé!
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Rosie
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Jeu 15 Avr 2010, 16:39

J'interromps cette jolie poésie un instant pour vous faire partager ce qu'une autre personne nous a fait partager ailleurs - donc, ce n'est pas moi qui l'ai trouvé ce scoop, mais c'est trop merveilleux, c'est trop bon, alors je ne peux me contenir plus longtemps !

Voici une photo retrouvée d'Arthur Rimbaud à l'âge de 30 ans



http://www.france-info.com/culture-livres-2010-04-15-decouverte-d-une-photo-inedite-d-arthur-rimbaud-430273-36-39.html
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Constance
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Ven 16 Avr 2010, 08:01

Merci Rosie ... merci ... je suis allée fouiner sur le Net, et j'ai pu voir la photo de groupe d'où ce portrait a été tiré et agrandi ... il serait intéressant de connaître l'avis des morphopsychologues sur l'évolution de son visage ...
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rotko
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MessageSujet: Re: Rimbaud   Mer 04 Aoû 2010, 05:50



Citation :
«Aden… un roc affreux… sans un brin d’herbe… à moins qu’on ne l’apporte.»

Ce «roc affreux», des photos prises à l’époque du poète nous le donnent à découvrir à l’occasion d’une exposition au musée Rimbaud de Charleville-Mézières (Ardennes). Des vues du port, du quartier européen, des grands hôtels, dont celui de l’Univers - qui existe encore, mais dans un drôle d’état, et où le poète séjourna, des factoreries, quelques mosquées…

Exposition Jusqu’au 12 septembre. Au musée Rimbaud de Charleville-Mézières, un voyage dans ce port d’Arabie, à l’époque où le poète y travailla pour un négociant français.

l'article de libé

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