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 Carole Martinez

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rotko
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Lun 28 Mai 2007, 05:03


Le coeur cousu de Carole Martinez, publié chez Gallimard a obtenu le prix Ouest-France du 18e festival international du livre Etonnants Voyageurs de Saint-Malo.

L'histoire de Frasquita Carasco. Elle a une réputation de magicienne, car ses dons se transmettent aux vêtements qu'elle coud, aux objets qu'elle brode : Réprouvée par le village pour adultère, elle est, suivie de ses marmots, condamnée à l'errance à travers l'Andalousie mise à feu et à sang par des révoltes paysannes...
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MessageSujet: Carole Martinez   Ven 08 Aoû 2008, 19:15

Mes recherches sur le forum sont infructueuses sur cette auteur et sur son premier roman - un vrai petit bijou - : "le Coeur Cousu" paru en 2007 chez Gallimard (ôtez-moi d'un doute: j'ai bon? scratch ); je profite donc de sa présentation pour faire mes premiers pas de ce côté du forum..

Le Coeur Cousu
Au sud de l'Espagne pendant la révolution, se succèdent les destins de femmes d'une même famille dont la mère, Frasquita, est le pilier central.
La force du roman tient dans son côté mi-conte, mi-fiction; en effet l'histoire ancrée dans la réalité baigne également dans un monde de sorcellerie et d'onirisme. Carole Martinez nous offre un très beau livre, l'histoire de femmes fabuleuses et maudites.

La 4ème de couv':
Citation :
'Ecoutez, mes soeurs ! Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Ecoutez... le bruit des mères ! Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes!' Frasquita Carasco a dans son village du sud de l'Espagne une réputation de magicienne, ou de sorcière. Ses dons se transmettent aux vêtements qu'elle coud, aux objets qu'elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu'elles faneront sous le regard jaloux des villageoises ; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d'un papillon qu'il s'envolera par la fenêtre : le coeur de soie qu'elle cache sous le vêtement de la Madone menée en procession semble palpiter miraculeusement... Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels...

Et vous, l'avez-vous aimé? Smile
Carole Martinez est en tout cas une auteur très sympa, présidente festival "Zinc de livres" 2008, les 13 et 14 septembre à Vendôme, pour ceux qui connaissent cheese
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rotko
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Sam 09 Aoû 2008, 05:19

je découvre.

Elle a bien réussi son coup : Carole Martinez, 41 ans, en remportant à Saint-Malo le troisième prix Ouest-France Étonnants Voyageurs 2007 pour Le coeur cousu.

Citation :
Le souffle lyrique et la force poétique de ce premier roman aux allures de conte ont séduit les dix jeunes jurés

+ Carole Martinez a reçu le prix Renaudot des lycéens en 2007.

+ le Prix littéraire Emmanuel-Roblès.

Au total huit prix !
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Sam 09 Aoû 2008, 06:07

oui, c'était d'ailleurs amusant parce que le bandeau rouge des prix gagnés par le livre faisait la taille de ce dernier!

(bon Gallimard l'a refait en plus petit, c'est déjà plus lisible..)

c'est en tout cas un titre que je conseille beaucoup en magasin
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Sam 09 Aoû 2008, 06:33

je pourrai me le procurer. 430 pages quand même.

elle a ecrit en 98

Le cri du livre --
par Martinez , Carole
1998 chez Pocket

qui serait au rayon jeunesse.
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Ven 29 Juil 2011, 06:05

Carole Martinez dont on a aimé sur cette page, le coeur cousu publie un nouveau livre

Du domaine des murmures, chez Gallimard, son deuxième roman, très différent du Cœur cousu, est une étonnante réussite. Etonnante par la difficulté surmontée : un roman qui se passe au XIIe siècle peut bien vite sombrer dans la pénible reconstitution historique. Ce n’est pas du tout le cas, et l’auteur, tout en faisant vivre un Moyen âge très plausible, nous épargne l’habituelle quincaillerie de la couleur locale.

Martinez fait parler une femme emmurée vive, selon son propre souhait, comme cela se pratiquait au Moyen âge. Elle s’est vouée à Dieu, unique recours pour éviter un mariage qu’elle voulait éviter, mais aussi par un acte de foi authentique à l’origine. Le monde ne nous apparaît qu’à travers la petite fenêtre ménagée dans la muraille de son tombeau


in l'article de Pierre Jourde
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Lun 26 Déc 2011, 09:25



Du domaine des murmures, chez Gallimard, son deuxième roman, très différent du Cœur cousu, est une étonnante réussite. Etonnante par la difficulté surmontée : un roman qui se passe au XIIe siècle peut bien vite sombrer dans la pénible reconstitution historique. Ce n’est pas du tout le cas, et l’auteur, tout en faisant vivre un Moyen âge très plausible, nous épargne l’habituelle quincaillerie de la couleur locale


j'y viendrai en détail, car je suis en train de le lire. A mon avis il faut passer le cap des 50-60 premières pages pour ne pas se laisser rebuter par un "traitement pieux " du thème, pause heureusement passagère.

Rien qu'avec le titre, on joue sur deux tableaux : les murs, sorte d'isolement matériel, et les murmures, le domaine de la parole et de la création littéraire, mais aussi celui de la rumeur, voire de l'échange fondé sur l'honnêteté et la pureté du coeur.
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Mar 03 Jan 2012, 12:30

Du domaine des murmures, chez Gallimard,

2/2

J’ai eu un court moment de doute :

- s’agissait-il d’une chronique sacrée du Moyen-âge ? Le vocabulaire et la langue pouvaient le faire croire, avec le « palefroi »,  la « mesnie, la « fenestrelle » et des tournures archaïques comme « nous avions même âge », ou « sa voix solennelle bâtissant cathédrale »…

- y trouverait-on des conversions subites comme celle de Lothaire, le « promis » de la recluse qui l’avait refusé ?

Mais non ! Ce récit évite les écueils, convainc le lecteur sans l’amuser de folklore ou de fariboles religieuses, et par l’intermédiaire d’ Esclarmonde nous suivons l’exploration des croisades sans jamais tomber dans les niaiseries édifiantes.

Au contraire ! chapeau

On voit l’évêque Thierry pris à contre-pied de ses croyances, lui qui, plus curieux des machines de guerre que de cathédrales à édifier, périt victime de sa passion des armes, par un juste retour des choses (celui qui manie l’épée etc.).

On voit « la sainte recluse » travaillée par le doute et le bon sens, menacée par les perversions de la puissance spirituelle…

Toute une époque vit dans ce récit : l’Hydre de la Rumeur, les créatures fantastiques née de la crédulité villageoise, mais aussi les croyances poétiques de l’imagination populaire - ou de l’art des «  jongleurs », avec des chevaux fabuleux et des équipées épiques.

Carole Martinez nous enchante avec ce conte qui tient du vécu et l’imaginaire, nous ravit dans un autre monde sans abandonner notre sens critique sur les choses d’ici-bas.

Une très bonne lecture. I love you
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Mer 25 Jan 2012, 17:22

Interrogée à propos de son premier roman, Carole Martinez disait que sa grand-mère d’origine espagnole, concierge à Paris, lui racontait des histoires effrayantes, emplies de vieilles superstitions : "Elle avait une dimension de conteuse extraordinaire, elle repoussait les murs. L'écriture ne lui était pas accessible, elle appartenait à une classe sociale qui n'y a pas droit, mais ses histoires étaient vraiment merveilleuses, pleines de mysticisme et de fantastique." Ces histoires familiales ont en effet nourri Le cœur cousu et personnellement, j’attendais avec curiosité son second roman.

Dans Du domaine des Murmures, il s’agit d’un tout autre univers, celui du Moyen-Age en France mais il se confirme que Carole Martinez a hérité des talents de conteuse de sa grand-mère ! Car c’est bien un conte qui nous est proposé, où se mêlent douceur, tendresse, violence, cruauté, dans une langue tantôt très poétique, tantôt très crue, exactement comme dans Le cœur cousu.
J’ai eu du mal avec les 50 premières pages alors que j’étais entrée d’emblée dans l’histoire du Cœur cousu. Elles baignent dans un mysticisme qui me dérangeait d’autant plus que le vocabulaire religieux est omniprésent. Après avoir refermé le livre, je persiste à penser que l’auteur n’a peut-être pas trouvé tout à fait le ton juste pour ce début. Fort heureusement, la suite du roman prend, si j’ose dire, de la hauteur et l’on perçoit de plus en plus nettement que cette fable a valeur de mythe et s’adresse à nos contemporains, pour leur dire qu’en somme rien n’a fondamentalement changé du sort fait aux femmes, de leurs aspirations, de leur pouvoir aussi sur elles-mêmes et sur les autres, que les hommes, partagés entre pulsions violentes et désir de tendresse, sont enfermés plus qu’ils ne le croient dans leurs contradictions. J’ai beaucoup aimé ce qui est dépeint de l’amour maternel, de la relation père/fille, des rapports entre pauvres et riches, des interrogations liées à la religion, à la guerre, à ce qui peut mouvoir ou émouvoir les foules.

La réussite du roman tient finalement, je crois, au mélange subtil des genres : roman des origines, mythe, roman historique, poème lyrique, et j’en oublie !
Aux réserves concernant les premières pages, j’en ajouterai d’autres sur les récits liés aux croisades que j’ai trouvés parfois un peu longuets. Mais globalement, j’ai trouvé ce roman prenant et très original dans sa facture.
Comme en outre, je suis très sensible aux qualités d’écriture, j’ai découvert quasiment à chaque page de véritables trouvailles et surtout une aisance, une virtuosité derrière lesquelles je soupçonne un travail intense et minutieux.
Quelques exemples :
Citation :
Je suis l'ombre qui cause.
Je suis la vierge des Murmures.
Citation :
Cette bouche de pierre est devenue la mienne, mon unique orifice. C'est grâce à elle que j'ai pu parler enfin, murmurer à l'oreille des hommes et les pousser à faire ce que jamais mes lèvres n'auraient pu obtenir, même dans le plus doux des baisers.

Citation :
[…] et les phrases avalées, les mots mort-nés m'étouffent. La foule des peines souterraines me tourmente. Ce qui n'a pas été dit m'enfle l'âme, flot coagulé, furoncles de silence à percer d'où s'écoulera le fleuve de pus qui me retient entre ces pierres, ce long ruban d'eau noire charriant carcasses d'émotions, cris noyés aux ventres gonflés de nuit, mots d'amour avortés. Saignées de paroles pétrifiées dans leurs gangues.
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Albert
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Mer 25 Jan 2012, 18:04

Merci Nicyrle pour le compte rendu, je suis très en retard dans mes lectures, mais j'avais beaucoup aimé Le coeur cousu, je lirai le 2° .......un jour!
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nicyrle
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Jeu 26 Jan 2012, 10:04

Je pensais avoir parlé en son temps du Coeur cousu et je m'aperçois qu'il n'en est rien ! En fait je l'ai seulement présenté au club de lecture de la bibliothèque que je fréquente. Je reviens donc à lui avec plaisir.

Résumé :

Dans un tout petit village perdu au-delà d’une sierra espagnole aride et rocailleuse, une jeune fille, Frasquita, se voit confier par sa mère un coffret et des prières secrètes, chuchotées par des ombres au fond du cimetière un soir de printemps. Dans ce coffret dort son don, mais elle doit avoir la patience d’attendre qu’il se développe avant d’ouvrir cette boîte et d’hériter de ce qu’elle contient.

Frasquita a su attendre, et a trouvé dans le mystérieux coffret un nécessaire à couture, des aiguilles et des fils multicolores. Avec ces précieux présents, la jeune fille donne vie à de véritables merveilles, un éventail aux couleurs d’un papillon magnifique, un cœur caché pour la statue de la Vierge, et pour elle-même, une robe de mariée extraordinaire. Mais le regard des hommes ne voit pas toujours la beauté d’un bon œil, et Frasquita, mariée et mère de famille, doit faire face aux regards accusateurs et aux murmures qui la taxent de sorcellerie. Et quand son mari, obsédé par un coq de combat rouge comme le sang, la joue et la perd, elle n’a d’autre choix que de fuir le village, avec pour tous biens ses enfants et le coffret. Elle fuit dans un voyage halluciné, parcourant l’Espagne qui s’enflamme sous les paroles des révolutionnaires, poursuivie par le sort, par son don, par des voix.

Sa dernière fille, Soledad, fait le récit de cette vie exceptionnelle, de celle de ses sœurs, et de la sienne, comme un chant d’amour et de haine pour une mère, pour toutes les mères qui sont venues avant elles, courbées sous le poids de leurs fardeaux et de leurs secrets.

Mon point de vue :

C’est un étonnant mélange des genres que ce roman qui tient du conte, de l’épopée, du roman picaresque et du poème en prose, avec surtout une trame fantastique si habilement tissée qu’elle en devient réaliste ! 400 pages d’une écriture toute en finesse, si travaillée qu’elle en paraît simple.

La Frasquita Carasco de Carole Martinez, la femme trahie par son mari pour une histoire de coq était son arrière-arrière-grand-mère. Une affaire qui a marqué son enfance, elle raconte lors d'une interview : «Une nuit, des voisines sont venues l'avertir que son mari l'avait jouée. Alors, pour ne pas payer la dette, elle a fui jusqu'en Algérie. Je la trouvais admirable mais je la voyais comme une victime.»
Deux siècles plus tard, elle a brodé pour son ancêtre un destin sur mesure.
Citation :
Je voulais qu'elle soit davantage responsable de sa propre vie. Le Coeur cousu est un roman des origines: je n'avais plus qu'à pousser la porte de mon bureau et tout cet univers était là.
Ce livre est une odyssée au féminin.
L’héroïne qui fait la grande traversée parcourt les chemins caillouteux de l'Andalousie du 19e siècle, et arrive à tirer sa charrette remplie de ses 6 enfants jusqu'à la mer. Un septième est à naître. Là, ils prennent le bateau pour s'installer dans une nouvelle vie en Algérie.
Durant le voyage hallucinant de l’héroïne, rencontres et épreuves se multiplient et Frasquita tient bon jusqu'au bout. Dans un univers austère, l'isolement, les croyances, les superstitions, la médisance et la jalousie pourrissent la vie de cette jeune femme aux dons exceptionnels de brodeuse et de couturière.
Cet art, qui est autant sa malédiction que sa bénédiction, elle le doit à une filiation matriarcale qui, par magie, relie les vivantes et les mortes depuis la nuit des temps.
J’ai trouvé le style exceptionnel, avec une écriture tantôt légère et poétique, tantôt réaliste,voire dure et crue. Bref j’ai été sous le charme autant de l’histoire que de la manière dont elle est racontée.
Je crois que le tour de force de l’écrivain tient au fait qu’elle a su mêler ce qui relève du conte ou du fantastique à ce qui tient du roman réaliste, ancré dans un quotidien difficile.
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Ven 27 Jan 2012, 11:10

Nicyrle a écrit:
Dans Du domaine des Murmures, il s’agit d’un tout autre univers, celui du Moyen-Age en France mais il se confirme que Carole Martinez a hérité des talents de conteuse de sa grand-mère !

je vois qu'on a eu les mêmes appréhensions pour le début, mais comme toi, Nicyrle, j'ai trouvé que la suite les dissipait, je dirais même en faisait justice.

Pour moi le titre a son importance : Murs murs et Murmures, ou le récit d'une emmurée volontaire.

Au départ c'est le pari fou d'une jeune fille qui refuse d'être unie sans son consentement à un personnage brutal, peu séduisant par ses manières, à supposer qu'il le soit par son physique, un homme entreprenant sans scrupules.

A ce choix, la jeune fille est encouragée, disons peut-être conditionnée par un discours religieux ambiant, de pureté, de noblesse d'âme, de spiritualité.

Elle devient prisonnière de son rôle par la rumeur, entérinée par la certification religieuse qui la hisse au niveau de la sainteté : discours officiel.

Ensuite les on-dit transmettent - voire causent à l'envi, des miracles ou de bonnes actions qui courent la campagne. A tel point qu'elle est prête à se mettre à son propre compte, à croire elle-même à sa "mission" ou à son rôle. A le revendiquer.

En fait, elle ne tombe pas longtemps dupe d'elle-même, et retrouvera une forme de vérité, hors des discours officiels, quitte à être victime des croyances transmises par les "fidèles" ou les crédules, en l'occurence.

Cette importance de l'oralité explique à mes yeux les "longueurs " qui concernent les croisades, exploits "fabuleux", au sens de fables, dont on voit que la réalité démystifie les discours.

C'est surtout cet aspect qui m'a frappé dans le livre, ainsi que la présence d'un bestiaire imaginaire transmis par les rumeurs publiques.

Comme le titre l'indique, le domaine des murmures, toute la population est enfermée dans le discours, la rumeur etc, je trouve le livre, compte tenu de la modération de la "sainte" et de l'époque, assez subversif.
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Ven 27 Jan 2012, 21:53

rotko a écrit:

Pour moi le titre a son importance : Murs murs et Murmures, ou le récit d'une emmurée volontaire.

Cette importance de l'oralité explique à mes yeux les "longueurs " qui concernent les croisades, exploits "fabuleux", au sens de fables, dont on voit que la réalité démystifie les discours.

C'est surtout cet aspect qui m'a frappé dans le livre, ainsi que la présence d'un bestiaire imaginaire transmis par les rumeurs publiques.

Comme le titre l'indique, le domaine des murmures, toute la population est enfermée dans le discours, la rumeur etc, je trouve le livre, compte tenu de la modération de la "sainte" et de l'époque, assez subversif.

Le titre a son importance, je le pense également, notant au passage l'allitération en d dans Du domaine des murmures. Une sorte d'écho amplifie tout ce qui est dit ou chuchoté. Ce que tu appelles l'oralité prend toute son importance et renvoie habilement aux usages du Moyen-Age comme au pouvoir oublié des fables, ce que l'auteur déplore par la bouche même de ses personnages féminins.
Quant au côté subversif du roman, j'y suis sensible également : à bien des égards, cette jeune fille n'est jamais aussi libre que lorsqu'elle vit enfermée entre ses quatre murs. Mais par ailleurs (comme chaque être vivant et quelle que soit l'époque ?) elle construit sa prison et semble n'avoir pas d'autre issue que la mort.
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Ven 27 Juil 2012, 09:25

"Je suis l'ombre qui cause.

Je suis celle qui s'est volontairement clôturée pour tenter d'exister.

Je suis la vierge des Murmures.

A toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dans l'espoir des emmurées".



La jeune Esclarmonde, jeune fille de 15 ans, a refusé le mariage, voulu par son père. Elle a opté pour l'enfermement au Domaine des Murmures. Elle sera emmurée, juste une fenestrelle permettra de lui passer ses repas.

Paradoxalement, comme l’indique son prénom, sa réclusion ne va pas l’éloigner du monde mais au contraire l’en rapprocher de façon très intéressante. Ce livre nous « plonge » dans l’époque terrible qui est la sienne, qui l’enserre et résonne en sa prison. Les murmures amplifient et répercutent cette violence là. La prison devient une véritable caisse de résonance.

A travers la vie d' Esclarmonde, Carole Martinez évoque la vie des femmes au Moyen-Age, leur condition de vie. J'ai aimé cette première partie où l'auteur joue avec les mots, elle sait conquérir le lecteur, le faire réfléchir sur cette condition des femmes de cette époque., et pourquoi pas la nôtre.
La deuxième partie, je l'ai trouvée ennuyeuse, Esclarmonde dans ses songes, voit son père lors des Croisades.



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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Ven 27 Juil 2012, 13:41

Astazie a écrit:
[color=blue] J'ai aimé cette première partie où l'auteur joue avec les mots, elle sait conquérir le lecteur, le faire réfléchir sur cette condition des femmes de cette époque., et pourquoi pas la nôtre.
La deuxième partie, je l'ai trouvée ennuyeuse, Esclarmonde dans ses songes, voit son père lors des Croisades.

Si on fait une table ronde consensuelle sur le domaine des murmures, tu parleras pour la première partie, et moi pour la seconde.

Si au contraire, on veut hérisser le poil du public, je me chargerai de la première partie, et toi, de la seconde rire

On aura donc un bon numéro de duettistes, selon l'impression d'ensemble qu'on voudra donner.

Amitiés, chère Astazie Happy
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Sam 28 Juil 2012, 21:03

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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Mar 19 Nov 2013, 15:54

Le Coeur cousu, c'est comme un feu d'artifice : quand on le lit, c'est plein de bruit et de couleur et puis quand on referme le livre, il ne reste rien.

J'ai vraiment préféré Le Cri du livre, un excellent roman policier.
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Mar 19 Nov 2013, 17:04

Solweig a écrit:

J'ai vraiment préféré Le Cri du livre, un excellent roman policier.
chez pocket junior.j'ai apprécie Du domaine des murmures - Prix Goncourt des lycéens 2011, malgré des craintes initiales - infondées finalement !, de récit religieux édifiant siffle 
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Mar 19 Nov 2013, 17:07

Solweig a écrit:
Le Coeur cousu, c'est comme un feu d'artifice : quand on le lit, c'est plein de bruit et de couleur et puis quand on referme le livre, il ne reste rien.

J'ai vraiment préféré Le Cri du livre, un excellent roman policier.
Je te trouve très sévère ! Ma lecture de ce livre remonte à un certain temps et je m'en souviens encore très bien, il m'avait séduite à tous points de vue. Comme quoi, des goûts et des couleurs (c'est le cas de le dire Wink ) !...
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Jeu 13 Fév 2014, 21:38

J'aime beaucoup le cœur cousu. Partage entre un conte initiatique (à la Candide) et du fantastique..... Je trouve ce livre reposant.
J'en suis au milieu. Il me rappelle des contes d'enfants en ayant un peu plus noirceur.  Smile 

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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Jeu 13 Fév 2014, 21:54

Bonne fin de lecture, Cleo. Tu verras que ce n'est pas qu'un livre reposant, il va bien au-delà...
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MessageSujet: Re: Carole Martinez   Dim 16 Fév 2014, 07:52

Ce n'était pas une critique négative de déclarer que c'est un livre reposant. Il est écrit simplement et même si l'histoire peut être dure parfois, le style en forme de conte le rend reposant..... Smile J'en suis au 3/4 et je ne suis pas déçue. Je pense même lire d'autres livres de l'auteur.  lire 

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