J'ai lu
Tom Sawyer et
Huckleberry Finn il y a 5 ou 6 mois de cela.
J'ai beaucoup aimé
Sawyer (sans doute parce que l'esprit insouciant de l'enfance et de l'Aventure y est très présent), moins
Huckleberry, pour lequel je me suis presque forcée. Peut-être était-ce dû au contexte dans lequel j'ai lu ces romans, et qui était mauvais pour moi... Et peut-être que cela a entaché mes lectures...
Ceci dit, cela faisait des années que je voulais lire
Sawyer, donc je ne regrette rien. Mais ces romans ne me laisseront pas un souvenir impérissable.
Ceci étant, Mark Twain a un sens du récit et de la satire exceptionnel

.
Pour la polémique et la censure entourant
Huckleberry Finn, dont j'ai eu connaissance lors de ma lecture du livre, en faisant des recherches, je suis tout autant choquée que Bridget.
Notre époque sainte-nitouche, masochiste, parano et bien-pensante qui profane et détruit le
sens et ce qui fait
sens m'effraie.
Par sens, j'entends par-là du moins pour ce sujet ce qui est intrinsèque à une autre époque que la nôtre. Pourquoi vouloir niveler vers le bas les œuvres des époques antérieures en les ramenant , en les courbant, en les écrasant aux normes de notre époque ??????? C'est in-sensé et délirant. Ça prouve à quel point notre époque est malade...
Il conviendrait plutôt d'expliquer aux enfants que le mot
nigger à l'époque de Twain était dégradant, mais qu'il était malheureusement inhérent à celle-ci et employé à dessein puisqu'à cette époque, les Noirs étaient hélas considérés comme des êtres inférieurs, par la plus grande bêtise idéologique qui soit, à savoir le racisme. Que c'était ainsi et que l'on ne peut plus rien à ce qui a été écrit et inscrit jadis dans l'Histoire, mais qu'au contraire, rappeler le souvenir de ces atrocités nous permet aujourd'hui de ne plus commettre les mêmes erreurs. Et que c'est pour ça qu'on ne doit pas les cacher, ni les censurer : on doit les laisser telles quelles, afin de s'en rappeler toujours pour ne plus tomber dedans. Et puis le propos de Twain dans
Huckleberry n'est-il pas abolitionniste ? Dévoyer l’œuvre de Twain de la sorte, c'est donc dévoyer et dénaturer son propos, son sens, qui va finalement dans celui des "bien-pensants" qui veulent retoucher
Huckleberry...
Cela me rappelle un extrait essentiel du
Loup des Steppes de Hermann Hesse, qui résume bien et pointe bien tout le scandale et le ridicule de la chose :
"Il m’a dit une fois, lorsque nous parlions des soi-disant cruautés du Moyen Âge : 'Cette cruauté, en réalité, n’en est pas une. Un homme du Moyen Âge prendrait en horreur le ton de notre existence moderne, il le trouverait bien pire que cruel : exécrable et barbare. Chaque époque, chaque culture, chaque tradition possède son ton. Elle a les douceurs et les atrocités, les beautés et les cruautés qui lui conviennent. Elle accepte certaines souffrances comme naturelles, s’accommode patiemment de certains maux. La vie humaine ne devient une vraie souffrance, un véritable enfer, que là où se chevauchent deux époques, deux cultures, deux religions. Un homme de l’Antiquité qui aurait dû vivre au Moyen Âge aurait misérablement étouffé de même qu’un sauvage au milieu de notre civilisation. Mais il y a des époques où toute une génération se trouve coincée entre deux temps, entre deux genres de vie, tant et si bien qu’elle en perd toute spontanéité, toute moralité, toute fraîcheur d’âme. Naturellement, chacun ne ressent pas cela avec la même intensité. Une nature telle que Nietzsche a dû, anticipant une génération, souffrir la misère dont nous souffrons à présent ; ce par quoi il a passé seul et incompris, des milliers le ressentent aujourd’hui.'
Je repense souvent à ces paroles en lisant son manuscrit. Haller fait partie de ceux qui sont pris entre deux époques, qui sont chassés de tout abri et de toute innocence, dont le destin est d’éprouver l’ambiguïté de la vie humaine, accrue jusqu’au tourment individuel, jusqu’à l’enfer."