« Je ne suis pas étonné que ce roman, dont le héros est un fripon et l’héroïne une catin, plaise parce que toutes les mauvaises actions du héros ont pour motif l’amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse. »
MONTESQUIEU
De l'Abbé Prévost, je n'ai lu que Manon Lescaut, j'avais environ vingt ans la première fois, vingt-huit la seconde...
La première fois que je l'ai lu, je fus fâché, non pas contre l'héroïne, mais contre le héros qui ne se montrait pas à la hauteur de la belle de son cœur... contre aussi l'auteur qui me semblait prendre un plaisir sadique à faire s'acharner le destin sur les deux amoureux...
La seconde lecture fut un peu différente, peut-être née de plus d'expérience, d'une prise de distance doublée d'une plus grande pénétration du sentiment inhérent à toute l'œuvre... la passion...
"Qui n'a jamais aimé, d'une passion à colorer les montagnes des plus chatoyants rayons amoureux, ne peut comprendre l'œuvre..."
Anonyme.
Elle ne se lit ni avec sa raison, ni à travers le prisme des perceptions habituelles mais dans un élan unique, charnel, qui s'empare de nous, nous submerge et nous rend... vivant.
Tant que l'Aimée vit, Des Grieux ne respire que pour la satisfaire... en cela et uniquement en cela, est son bonheur mais quel Bonheur! Tout le reste l'indiffère ou n'a d'intérêt que s'il peut s'en servir pour construire leur locus amoenus...
Lorsque Mademoiselle Lescaut s'éteint, il s'éteint à son tour, il ne vivait que par elle, que pour elle... un même souffle, un même coeur...