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 Salim Bachi [Algérie]

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rotko
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Jeu 06 Sep 2012, 06:23

Moi Khaled Kelkal chez Grasset, commence par le désastre de l'attentat du métro Saint Michel.

Comment peut-on en arriver à de telles actions ?

c'est l'itineraire du terroriste qui est reconstitué, comme avait pu le faire John Updike dans terroriste .

Un livre de questionnement qui aborde un problème de fond.

Je voulais être comme vous un gamin normal et tranquille bon père de famille au travail tous les jours pour nourrir ses mioches ce n’est pas si grave de voler une voiture alors qu’on a l’âge de déraison et qu’on ne veut pas passer pour une poule mouillée.

Comme j’aurais aimé naître en Amérique et devenir un acteur sous le soleil et me lancer dans une longue équipée sauvage.
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Luca
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Jeu 06 Sep 2012, 11:43

Merci Rotko pour cet article percutant. Il a le mérite non pas d'excuser mais de mettre en lumière des éléments qu'il est irresponsable d'ignorer obstinément.

Voilà qui me fait penser à La Mort blanche de Franck Herbert, roman qui offre une réflexion intéressante sur la violence :

Citation :
« Admettre l’ultime défaite provoque de terribles dommages psychiques (…), de cruelles conséquences. »

« Notre monde sape à ses risques et périls le sens qu’à l’individu de sa propre valeur, cette énergie qui est aux racines de la force humaine. C’est notre survie que nous minons, notre aptitude à relever les défis. C’est une aptitude innée sans laquelle il ne peut y avoir d’humanité. »

Etc.
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Amadak
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MessageSujet: salim Bachi   Jeu 06 Sep 2012, 17:44

chers amis, Luca, Rotko, où prendre le temps pour lire de si intéressants commentaires et articles? et je n'oublie pas Saranabeeda à qui je dois de nombreuses aides
il ne faut pas dormir c'est mieux de lire.
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rotko
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 07 Sep 2012, 13:56



Moi, Khaled Kelkal
, roman par Salim Bachi, chez Grasset.

1995, explosion dans le métro Saint Michel : huit morts, une centaine de blessés.

Citation :
« Comment ce bon élève souriant et discret est-il devenu un assassin ? »

Le monologue de Khaled Kelkal éclaire sans le justifier l’ itinéraire d’un immigré de la 2e génération vers le terrorisme.

La religion n’est nullement en cause, le personnage se moque pas mal du fatras religieux, au point d’ironiser sur son ami d’enfance qui, dans sa cavale après l’attentat, joint un Coran aux produits d’urgence.

Cependant l’endoctrinement et la manipulation trouvent un terreau réceptif.

Il faut écouter Khaled Kelkal, son ressentiment à se voir traité à part, par le regard des professeurs et de ses camarades du lycée la Martinière, étranger en France et « là-bas », dans la ville morte de Mostaganem, un cloaque de corruption généralisée.

Le jeune est pris dans une mentalité de banlieue qui demande des preuves d’audace, et une solidarité de fait dans les mauvais coups, sans droit à l’erreur devant la justice.

Le vol de la voiture du président du club de foot, lui porte un coup fatal. Aucune conciliation possible,

« J’avais volé la voiture du Président de l Olympique lyonnais. Un crime impardonnable, un crime contre un homme que la société protège et honore; Par une étrange ruse de l’histoire, nous avions fréquenté le même lycée, à des époques différentes.
Cela ne changea rien à mon affaire. J’eus beau en appeler à la solidarité de l’ancien condisciple, nous n’étions pas du même monde »


Quatre ans de prison. Et c’est la rencontre de khelif, l’endoctrineur recruteur, qui le prend en mains.

« Khelif me montra la voie, et je commençai à me nourrir à nouveau et je ne craignais plus personne. Je me mis à faire du sport, à prier, à lire merveilleux livre qui expliquait comment le Coran avait anticipé les grandes découvertes scientifiques de la NASA. »

Salim Bachi n’est pas l’avocat de son personnage, il montre seulement sa façon de raisonner, l’enchaînement des circonstances, et l’interprétation qui en est faite.

Un livre poignant, qui sonne comme un avertissement. Après Khelkal, ce fut Mérah ..
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Luca
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 07 Sep 2012, 16:15

rotko a écrit:
Cependant l’endoctrinement et la manipulation trouvent un terreau réceptif.

(...)

Quatre ans de prison. Et c’est la rencontre de khelif, l’endoctrineur recruteur, qui le prend en mains.

« Khelif me montra la voie, et je commençai à me nourrir à nouveau et je ne craignais plus personne. Je me mis à faire du sport, à prier, à lire merveilleux livre qui expliquait comment le Coran avait anticipé les grandes découvertes scientifiques de la NASA. »
Il faudrait aussi regarder du côté de la prison, contexte idéal pour les recruteurs de tout poil. Un homme enfermé et frustré, seul et vulnérable, qui se retrouve en face d'un autre homme qui va lui parler d'espoir, de lutte, de dignité... difficile de résister, peut-être. Je pense ici au film de Jacques Audiard, Un prophète.
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rotko
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Sam 08 Sep 2012, 06:59

oui, la prison est durement ressentie, et on y voit une étape dans le cheminement. Cependant ce récit n'est pas un argumentaire de plaidoirie, chaque lecteur trouvera son interprétation des paroles et pensées attribuées à Khaled kelkal.

Lui-même raisonne avec sa mentalité ou son humeur de l'instant, allant du ressentiment à la haine, à l'ivresse joyeuse du combattant qui se fait son cinéma. C'est dire la densité de ce court récit ("roman" sur la couverture).

Petites réflexions :

- ces terroristes (Kelkal, Merah) ont été abattus ("finis-le, Finis-le" dans le livre) si bien que les interrogations demeurent, et les questions, non résolues. C'est une façon expéditive de clôre les affaires. Au moins les Norvégiens auront eu le procès de leur tueur. Pas nous.

- Khaled Kelkal fait des omissions qui serviraient son ressentiment et sa soif de vengeance. Salim Bachi fait suivre son récit d'une chronologie :

1991 Khaled Kelkal est condamné par le tribunal correctionnel à deux ans et demi de prison. il conteste ce jugement en appel. La cour le condamne à quatre ans de prison ferme.

Lourde sanction aggravée en appel pour un jeune de 20 ans.

- Si cette chronologie mentionne quelques affaires terroristes en France, n'est-ce pas pour que l'itinéraire raconté de Khaled Kelkal soit vu comme symptomatique et serve d'avertissement ?

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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Sam 08 Sep 2012, 09:29

rotko a écrit:
ces terroristes (Kelkal, Merah) ont été abattus ("finis-le, Finis-le" dans le livre) si bien que les interrogations demeurent, et les questions, non résolues. C'est une façon expéditive de clôre les affaires. Au moins les Norvégiens auront eu le procès de leur tueur. Pas nous.
Une manière de rester dans le sensationnel et l'émotionnel et d'interdire toute réflexion a posteriori. Quand on pense à la portée philosophique qu'ont eu les procès des criminels nazis, on ne peut que le regretter.
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rotko
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Sam 08 Sep 2012, 11:31


Moi, Khaled Kelkal.

Un des thèmes qui parcourt l’œuvre est celui de la reconnaissance : quel que soit le lieu, le personnage veut être reconnu, au lycée devant ses camarades et professeurs, en prison, devant les co-détenus, dans son quartier et devant ses potes, être aussi à la hauteur de l’image glorieuse que lui ont donnée les manipulateurs.

J’ai trouvé dans le texte des citations démarquées de Baudelaire, Aragon, et Verlaine, notamment. Il ne s’agit pas de coquetteries de l’auteur, mais de bribes restantes d’une culture à laquelle le jeune homme n’a plus eu accès.

Je laisse aux futurs lecteurs le soin d’apprécier la délicate construction de ce récit - qui n’a rien de linéaire ou de journalistique.
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Amadak
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MessageSujet: salim Bachi-page13   Sam 08 Sep 2012, 16:40

Le terrorisme gagne des adeptes partout, et partout on cherche à les justifier. Des raisons peuvent se trouver, on les écoute ,on les plaint, manquent les voix mortes des victimes et de leurs familles.
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Luca
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Dim 07 Oct 2012, 09:01

Moi, Khaled Kelkal : grande claque ! Voilà longtemps que je n'avais relu un livre sitôt la dernière page tournée. La dernière fois, c'était d'ailleurs Le Très-Bas, de Christian Bobin. D'une certaine manière, Moi, Khaled Kelkal est le "négatif" du Très-Bas. Même incroyable densité, même niveau concernant la qualité du style, même profondeur du personnage. Mais noir, noir, noir.

Je laisse décanter...
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ECaminade
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Mer 17 Oct 2012, 09:38

Moi, Khaled Kelkal, Salim Bachi,Grasset, février 2012, 136 p., 15€

Ne vous détournez pas bêtement de ce roman dont le titre choc peut susciter des réticences !
Après l'avoir écarté, alors que rien ne m'autorisait à douter de la manière dont Salim Bachi allait traiter un tel sujet, je me suis bousculée un peu, une rencontre avec l'auteur m'a convaincue, et je l'ai enfin lu... Une grande claque, Luca a raison !

Fidèle à l'esprit de la collection "Ceci n'est pas un fait divers", ce roman est avant tout un objet littéraire et il me semble utile de lever toute ambiguïté: Salim Bachi ne s'est pas approprié un nom pour nourrir un roman, il est venu au contraire, grâce à son travail littéraire, nous rappeler que ce nom était bien celui d'un homme, d'un très jeune homme que la conjugaison de la fatalité et de sa propre volonté a conduit à commettre des actes monstrueux. Le recours à la fiction et un travail approfondi de la forme, de la structure narrative et du style, permettent ainsi à l'auteur d'élever la genèse d'un terroriste à une dimension mythique universelle.

Ce roman rejoint les grandes tragédies antiques ainsi que celles de Shakespeare, qui emplissaient leurs spectateurs de pitié et de terreur.
Salim Bachi lui donne la forme d'une tragédie en cinq parties, elles-mêmes découpées en plusieurs courtes scènes dans lesquelles il déploie une progression narrative spiralaire. Cet enchevêtrement d'espaces et de temporalités, de retours en arrière et d'anticipations, révélant la confusion mentale ravageant l'esprit de Kelkal à l'image de la folie dont Hamlet s'était emparé et qui finit par le gagner. Et le texte avance en s'enroulant, répétant des formules comme des refrains, reprenant même de longs passages. Rien ne semble pouvoir rompre cet élan, un élan qui en se fragmentant redevient tumultueux puis repart dans des divagations de plus en plus délirantes.

Le caractère très musical de l'écriture, l'alternance de séquences haletantes au rythme saccadé (succession de phrases sèches, courtes, elliptiques) et de passages lyriques de plus en plus amples (comme de long poèmes quasiment sans ponctuation) n'est pas sans rappeler par ailleurs le parlé-chanté de tragédies grecques, comme l'Oedipe roi de Sophocle. Et une multiplicité d'échos mythologiques, littéraires, cinématographiques ou musicaux viennent faire choeur en commentant et amplifiant l'action.
Ce texte est en effet un tissage de références mythologiques et de citations tronquées faisant sonner des vers de poèmes ou de chants connus, intégrant des titres de livres, de films, de chansons ou de répliques célèbres...

De Baudelaire ( L'albatros) et Verlaine (Ô triste était mon âme), en effet, du chant des partisans ou du flamenco aux chansons de Dalida et aux films de Brigitte Bardot, sans oublier des références littéraires à des auteurs connus ou moins connus (la formule/refrain « les zéros tournent en rond », titre d'un essai de Malek Haddad par exemple), l'auteur recourt à un matériau d'un riche éclectisme ! Et on peut s'amuser à lister par dizaines toutes ces références sans compter celles qu'on entend bien sonner sans réussir à se rappeler d'où elles proviennent: un régal !


Pour ceux que ça intéresse 2 extraits du livre, suite à la critique de mon blog, donnent un aperçu significatif de l'écriture de l'auteur.


Dernière édition par ECaminade le Mer 17 Oct 2012, 09:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Mer 17 Oct 2012, 09:53

très belle analyse, Ecaminade, et qui incitera à lire ou relire Moi, Khaled Kelkal.
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 19 Oct 2012, 08:59

Amadak a écrit:
Le terrorisme gagne des adeptes partout, et partout on cherche à les justifier. Des raisons peuvent se trouver, on les écoute ,on les plaint, manquent les voix mortes des victimes et de leurs familles.

Ce livre n'est en aucun cas une justification mais une tentative de compréhension. Salim Bachi, par ce travail littéraire, tente simplement de montrer comment un tout jeune homme du fait de la conjugaison de la fatalité et de sa propre volonté a été conduit à commettre des actes monstrueux...
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 19 Oct 2012, 09:54

En effet, sous la plume de Salim Bachi, Kelkal est loin d'être un innocent : « Je suis responsable de mes actes, je les ai commis en conscience. (…) Un apprenti chimiste sait de science occulte qu’il jongle avec les forces de l’univers et que son œuvre, aussi infime soit-elle, participe du grand mouvement. On ne l’imagine pas un seul instant innocent de ses actes. Je ne le suis pas et ne demande pas à l’être. Mes crimes ont été commis en pleine lucidité. Cette clairvoyance m’a fait réclamer mon sort en ne désarmant pas afin de ne pas avoir à être jugé par le tribunal des hommes. »

Il est, en revanche, clairement un symptôme social qu'il serait irresponsable de ne pas chercher à comprendre. « En France nous étions une quantité négligeable pour les indifférents, des envahisseurs pour les racistes qui prospéraient sur le fumier colonial. En Algérie, au paradis de l’enfance et des chimères paternelles, nous étions de nouveaux riches et traités comme tels, ou pire des traîtres qui avaient déserté en pleine guerre conne le monde, pris le parti de l’ancienne puissance coloniale, oublié leur culture et leur langue. » Et plus loin : « Je n’imaginais pas encore le nombre de vexations du même style qui avaient émaillé sa vie de travailleur déraciné, apatride, perdu en une langue qu’il ne maîtrisait pas assez pour tenir à distance les racistes qui se démarquaient ainsi de la masse pauvre et abrutie par le travail et l’alcool en humiliant les Arabes qu’ils côtoyaient tous les jours. (…) Je ne pouvais pas comprendre cela, je ne l’avais pas vécu et mon père se gardait bien de m’en parler. On cherche à protéger ses enfants du danger jusqu’à fabuler. »

Symptôme obstiné : « Mon père tombé en chômage, j’ai quitté le lycée La Martinière. Ou plutôt je me suis fait renvoyer. » Salim Bachi crée d'ailleurs un néologisme tout à fait significatif qui fait écho à La Mal Vie de Daniel Karlin et Tony Lainé : les immigris.

Mais toute compréhension sera impossible tant que nous nous abriterons frileusement derrière les explications simplistes qui nous arrangent bien, comme la religion, à laquelle Bachi tord le cou avec brio : « J’avais connu des mecs comme lui, en prison, qui vous attiraient par la seule force de leur néant. Ils recelaient en eux des tonnes de ressentiment et de haine, de quoi embarquer un escadron de mauvais bougres et les parachuter sur une mechta pour rétablir l’ordre et le progrès. Le feu et l’enfer vous sont promis si vous nous suivez, clament tous les Mehdi du monde : un salaud intégral avant d’être un croyant intégriste. » Plus loin : « Ce n’étaient pas quelques règles à observer, mais un sentiment plus profond, une loi intime que nous avions éprouvée dans notre chair. C’était notre essence face à la multitude hostile. L’islam ne servait qu’à renforcer cette impression d’appartenir à un corps général dont nous étions les artères et le sang et le souffle… »

L'auteur évoque d'ailleurs bien la confusion identitaire du jeune homme, mélangeant à souhait les références islamiques, chrétiennes ou judaïques : « Un Coran. Quel idiot. Et pourquoi pas une Bible. Une Torah. Comment trouver le réconfort dans ces vieux grimoires. » (dans Les jeunes et l'identité masculine, P. Duret démontre combien les difficultés identitaires sont dues à une multiplicité – et non à une carence – de modèles parfois contradictoires).

Le concept de résilience est très à la mode en ce moment ; on le met à toute les sauces en oubliant rapidement son point central, crucial : le tuteur de résilience, alors que c'est lui qui fait toute la différence. Je pense à Jamel Debbouze, qui explique bien comment sa rencontre avec Alain Degois lui a ouvert les portes de l'expression et de la création. Khaled Kelkal, lui, a rencontre Khélif : « Je l’avais rencontré en prison alors que j’étais misérable et seul, je menaçais de m’écrouler comme une ruine : je n’avais pas encore 20 ans, et j’étais fous, de douleur, de haine. » « Lorsque je pénétrais enfin dans la cellule, j’aperçus une ombre sur un lit. L’ombre bougeait. Elle se leva et me prit dans ses bras. J’étais le bienvenu, enfin, après un si long chemin depuis le lycée. Il s’appelait Khélif et entreprit de parfaire mon éducation musulmane. Un véritable ami, Khélif, et un maître. Je sortais des ténèbres avec lui. (…) Khélif me montra la voie, et je commençai à me nourrir à nouveau et je ne craignais plus personne. »

Et pour nous maintenir confortablement dans ces explications simplistes qui nous rassurent et continuer à nous y prélasser, nous savons y faire : « Quelques années plus tôt, on m’aurait guillotiné. Mais les temps changent et une balle dans la tête suffit à présent à vous juger. La peine de mort ne prend plus la peine d’être capitale. Elle est minimale et passe à la télévision. C’est d’ailleurs la raison d’être des terroristes : faire peur, redonner un visage à la mort. » Enfin... jusqu'au prochain...

Au final, un terrible voyage dans les ténèbres, porté par un style brillant, violent, désespéré et déterminé, mais aussi empreint d'une grande poésie. Avec, comme l'a fait très justement remarquer ECaminade, un traitement temporel judicieux, avec ces allers-retours, ces répétitions et ces accélérations brutales, sorte de spirale infernale sans issue.
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 06:17



Merci à Besta de m'avoir permis de lire "le grand frère", une nouvelle de Salim Bachi dans ce recueil avec des auteurs divers.

Spoiler:
 

Le grand frère et Rachid sont en "mission commandée" : on les suit dans le quartier latin jusqu'à leur destination, pour effectuer un "mauvais coup" ; le duo est contrasté : l'un a l'habitude des voyages et des armes, il est cultivé, fin stratège, l'autre est un "benêt" déculturé de La Courneuve, son lieu de vie et son univers.

Tous deux ont un point commun : le sentiment d'être en exil pour le premier, et celui d'être de nulle part pour le second, individu minable perdu dans un lieu sordide.

j'en reste là pour l'instant, laissant la parole à mes "petits camarades". Smile
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Ysandre
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 07:15

cette nouvelle, Le grand frère, me laisse dubitative scratch
quelle différence entre un meurtre perpétré par deux types en costumes ou par deux types en survêt' à capuche ? tenter d'expliquer ou d'excuser des actions mauvaises en mettant en avant le passé douloureux, l'incurie, les mauvais traitements infligés, le déracinement, est très à la mode depuis quelque temps....
le manque d'éducation, de culture, les ghettos, le racisme primaire, la montée de l'islam intégriste, etc... n'excusent pas tout. Pourquoi beaucoup s'en sortent-ils en ne cédant pas à la facilité de profiter du système ou de dealer ?
D'autre part, la ficelle employée pour mettre en exergue l'inculture de l'un et la culture de l'autre, me parait un peu grosse. La réaction de la grand mère vis à vis de sa petite fille, semble là pour ajouter "une excuse"...... hum !
Je veux bien essayer de comprendre, mais tout excuser .....
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 08:25


le titre du recueil est Paris noir, sans doute un ouvrage commandé à de s auteurs connus et de bonne réputation.

A mon sens "le grand frère" répond au programme :

parler de Paris, en l'occurence le quartier latin, ce que chaque personnage fait à sa manière. Le grand frère dit lui-même "jouer les guides touristiques" p.87. Or Paris c'est la station Saint-Michel, le lieu de l'attentat décrit dans moi mohammed Kelkhal, La Seine, c'est le fleuve où ont été jetés des Algériens le 17 octobre 1961, souvenirs équivoques et à double tranchant des Français issus de l'immigration.

On évoque aussi la Sorbonne, le Collège de France, les rues qui ont connu 1968 avec la rue Gay Lussac notamment, le Mac Do, les lieux anonymes "angles morts des sociétés modernes"etc.

La population est présentée : les habitants des appartements riches, la mentalité, les différences de génération, les étudiantes pressées vues par un gars de la Courneuve, qui ne connaît pas ce genre de filles etc

L'autre point : c'est Paris NOIR : donc des personnages peu recommandables, le grand frère qui utilise des niais pour "de basses besognes", la vieille pleine aux as capable de vendre sa petite fille par égoïsme.

Les personnages ne sont pas à juger - ou pire à excuser, ils sont des acteurs "noirs", ie des êtres vils dont les défauts sont plus visibles que dans la vie courante. C'est la loi du genre
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 09:24

oui, bien sur, deux aspects de la société sont représentés, mais il y a une sorte de surenchère qui me gêne un peu. On ne présente la vieille que sous son aspect le plus vil, sans nuance, alors que les agresseurs sont dépeints comme des victimes de la société. Je sais qu'il faut toujours rechercher les racines pour trouver une réponse, pour tenter de comprendre le pire, mais actuellement, il y a une espèce d'acharnement à vouloir tout excuser.
D'autre part, j'ai trouvé le syle bon, les descriptions des quartiers de Paris évoqués, très belles et pleines d'enseignements. Et je n'avais pas fait de rapprochement avec la station St Michel, la Seine, etc...
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 10:28

je n'en dis pas plus pour l'instant, pour ne pas couper l'herbe sous le pied des autres lecteurs.

On aura de quoi discuter, car cette nouvelle, toute programmée qu'elle soit, et d'un interêt mineur par rapport à d'autres oeuvres, renvoie à certains thèmes de l'auteur, tout comme ta remarque est réfutée à plusieurs reprises - et par divers intervenants, sur le fil de Salim Bachi.
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 15:10

@ysandre; crois tu que s'ils se présentaient avec leurs joggings, leurs casquettes et leur dégaine d'avant dans ce bel immeuble même sans concierge pour le moment ils s'en sortiraient bien sans suspiscion instinctive ?

d'un intérêt mineur selon les goûts de chacun et chacun ses goûts Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 15:31

rotko a écrit:
je n'en dis pas plus pour l'instant, pour ne pas couper l'herbe sous le pied des autres lecteurs.

On aura de quoi discuter, car cette nouvelle, toute programmée qu'elle soit, et d'un interêt mineur par rapport à d'autres oeuvres, renvoie à certains thèmes de l'auteur, tout comme ta remarque est réfutée à plusieurs reprises - et par divers intervenants, sur le fil de Salim Bachi.

sans vouloir faire de moral ( non ce n'est pas moi ça !!!!! ) ce genre de réflexion m'irrite, Un intérêt mineur mais par rapport à quoi ? et sa remarque réfutée ? et alors ? devrait on ne plus faire de commentaire pour brosser dans le bon sens ?? des fois je me demande c'est du grand n'imp' Rolling Eyes
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rotko
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 15:41

Il faudrait respecter ce que je dis, quelles que soient tes humeurs.

Citation :
d'un interêt mineur par rapport à d'autres oeuvres

j'aurais dû dire moindre, et j'ai lu plusieurs oeuvres de Bachi, comme en temoigne le fil.

la remarque réfutée concerne Ysandre et
Ysandre a écrit:
une espèce d'acharnement à vouloir tout excuser.

Natalia a écrit:
des fois je me demande c'est du grand n'imp'

je n'ai effectivement pas l'impression de dire n'importe quoi, et j'attends d'autres avis pour m'expliquer.
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 16:13

le grand frère (suite)

A première vue, les explications du grand frère sur l’histoire d’Abélard et d’Héloïse n’ont pas grand-chose à faire dans cette nouvelle noire, surtout pour un auditeur comme Rachid, totalement dépassé par ces informations. De même les considérations sur l’enfer dans les différentes religions paraissent un peu déplacées.

On pourrait croire que le grand frère veut « éduquer » son jeune compagnon, mais en dépit de toute sa culture (Hemingway, Dante, Joyce, Malcolm X), son amour des œuvres d’art, et sa connaissance des bijoux (il repère vite ceux qui sont en toc), il se conduit comme un malfrat en s’emparant d’objets de valeur, sans reculer devant des mutilations de sa victime.

Opère-t-il pour son propre compte ? Puisqu’il est « en mission commandée », qu’il utilise un « benêt » selon ses propres termes, qu’il maîtrise, dans des endroits bien choisis, l’art du déguisement pour ne pas se faire repérer, je pense qu’il s’agit d’un terroriste professionnel, chargé de trouver des fonds.

Dans Moi Mohammed Kelkal, il correspond à Khélif, celui qui recrute, arme des bras, et disparaît ensuite dans la nature, une fois l’action accomplie.
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Natalia
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Ven 02 Nov 2012, 17:05

Natalia a écrit:
rotko ton problème est que tu es méprisant sans même t'en rendre compte

combien as tu lu de Ursula le Guin et de Dessaint avant des les assassiner à ta guise?? bref..je ne te répondrai plus sur aucun topic où tu t'exprimeras autant dire que c'est bon on ne me verra plus A tchao

réponse enfin attendue au bar Rolling Eyes
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rotko
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MessageSujet: Re: Salim Bachi [Algérie]   Dim 04 Nov 2012, 08:09


J'avais posé la question à Besta : est-ce vraiment la fin ? p.95

Le grand frère en avait assez entendu, il s’occupa de la vieille femme.

La jeune fille reposait toujours sur la moquette, alanguie telle une odalisque. Elle était belle. Et elle dormait comme une princesse de contes de fée. Le Grand Frère était heureux qu’elle n’eût pas assister à tout cela. Peut-être même dormirait-elle jusqu’au bout de sa propre nuit, une nuit sans fin, une nuit sans gloire.


fin très ouverte, et qu'on comprend comme on veut, à moins que l'auteur ne donne des rails en laissant le lecteur rouler à son allure.

J'attends que Besta soit pleinement remis pour aborder le sujet.

cette histoire, je peux l'envoyer à qui me donne son courriel. Le travail initial a été fait par Besta.

Ysandre peut aussi dire comment elle interprète cette fin.
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Salim Bachi [Algérie]
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